adj. numér. (Arithmétique) nombre qui renferme en soi trois fois dix, ou dix fois trois ; en chiffre arabe il s'exprime en posant un 3 devant un zéro, comme il se voit par ces figures 30 ; en chiffre romain il se marque de cette manière XXX ; et en chiffre français de finance, ou de compte, de la sorte xxx. Savary. (D.J.)

TRENTE-ET-UN, (Jeu) la belle est le flux ; ce jeu est fort divertissant ; on peut y jouer plusieurs personnes ; le jeu de cartes doit être de cinquante-deux. Il faut encore avoir trois corbillons que l'on met de rang sur la table ; l'on met dans l'un pour la belle, dans le second pour le flux, et dans l'autre pour le trente-un. Voyez ces termes à leur article. On peut fixer la partie à tant de coups, trente, quarante, plus ou moins ; après quoi l'on voit à qui fera ; il n'y a point d'avantage à faire, puisque lorsque la belle, ou le flux, ou le trente-un, sont égaux entre deux joueurs, il reste pour le coup suivant qui est double. Celui qui doit mêler donne à couper à la gauche, et donne à chacun deux cartes d'abord, et ensuite une troisième à chacun qu'il retourne ; c'est la plus haute de ces dernières qui est la plus belle ; quoique l'as vaille onze au trente-un ; il est au-dessous du roi, de la dame, et du valet pour la belle. Après avoir tiré la belle, chacun regarde dans son jeu s'il a le flux ; et si personne ne l'a on le remet au coup suivant. Enfin, après avoir tiré la belle et le flux, on en vient au trente-un, et chacun examinant son jeu le compte en lui-même ; et s'il approche de trente, et que selon la disposition des cartes il craigne de passer trente-un, il s'y tient, sinon il en demande, et celui qui a mêlé en donne du dessus à chacun qui lui en demande, selon son rang, en commençant par sa droite. On ne donne qu'une carte à chacun des joueurs qui en demandent, et on ne recommence à en donner que lorsque le tour est fait ; celui qui mêle peut en prendre à son tour lorsqu'il trouve bon pour son jeu d'aller à fond. Voyez ALLER A FOND.

Les joueurs qui ont été à fond, ou qui sans y avoir été ont plus de trente-un, ne peuvent gagner ; mais celui qui a trente-un, ou si personne n'a ce point justement, c'est celui qui en approche de plus près qui gagne. Ce qui fait qu'on s'y tient lorsqu'on a vingt-huit, vingt-neuf, ou trente, on s'y tient plutôt que de risquer à prendre une carte qui fera passer le trente-un. Lorsqu'il y a plusieurs trente-un, c'est celui qui l'a plus tôt eu qui gagne ; c'est pourquoi celui qui a trente-un le premier doit avertir qu'il l'a ; et si deux ou plusieurs l'avaient dans le même tour, personne ne gagnerait, et on renvoyerait le coup au jeu suivant ; on ferait de même d'un point plus bas s'il était égal, et le gagnant ; telle est la manière de jouer ce jeu, qui n'a rien que de fort aisé.

TRENTE-MAILLE, s. m. (Pêche) sorte de filet tramaillé ; le ret de trente-mailles ou ret à poisson plat, est une espèce de trameau ou de picot dérivant ; les pêcheurs s'en servent de même que des brions ; mais quand le temps leur permet de descendre à la mer et de passer la barre de Bayonne, ils tendent alors leur ret en demi-cercle, et après qu'il est tendu de la même manière que les picots sédentaires, ils battent l'eau pour faire donner le poisson dans le filet. Cette pêche tient ainsi des rets verquans aux aloses dans la rivière et des picots sédentaires à la mer ; on s'en sert en tout temps ; mais la meilleure saison pour faire la pêche du poisson plat à cette côte, est durant le mois de Septembre ; le ret a une brasse de haut sur soixante de long ; la maille du hameau ou de l'émail est de deux sortes ; la plus large a six pouces deux lignes ; la charte, nappe, ou flue, n'a que quinze lignes en carré.

TRENTE, (Géographie moderne) ville d'Italie, capitale du Trentin, dans la Marche trévisane ; elle est située sur la rivière d'Etsch ou Adige, qu'on y passe sur un pont, dans une plaine environnée de montagnes, qui sont presque toute l'année couvertes de neige, à 4 milles du lac de Garde, à 6 de Bolzano, à 8 de Vérone, et à 24 d'Inspruck.

La ville est séparée en deux quartiers, dont le plus grand est habité par les Italiens, et l'autre par les Allemands. Il y règne de grandes chaleurs en été, et pendant l'hiver un froid violent. La rivière et des torrents qui tombent des montagnes désolent souvent cette ville par des débordements. On y compte huit églises, dont trois paroissiales. Le chapitre de la cathédrale est composé de nobles et de lettrés qui ont droit d'élire leur évêque. Long. 28. 36. lat. 46.

La ville de Trente est fort ancienne. Strabon, Pline et Ptolémée en font mention. Elle dérive son nom de trois ruisseaux qui des montagnes voisines entrent dans la ville, et sa fondation est attribuée aux anciens Toscans. Après ceux-ci les Cénomants la doivent avoir réparée et élargie. Elle a obéi successivement aux Goths, aux Lombards et aux empereurs romains. Ensuite elle a fait partie du domaine des ducs de Bavière. Aujourd'hui l'évêque de Trente en est le seigneur pour le temporel et le spirituel. Il est prince de l'empire, et possède toute la comté de Trente avec plusieurs bourgs et seigneuries, en vertu de la donation qui lui en fut faite l'an 1027, par l'empereur Conrad II. et confirmée par les empereurs Frédéric I. et II. Il reconnait pourtant pour son protecteur le comte de Tirol, qui pendant la vacance du siege envoie à Trente un gouverneur qui commande jusqu'à ce que l'évêque soit élu.

Trente n'a guère qu'un mille d'Italie de circuit, et n'a rien dans son enceinte qui mérite d'être vu. Elle n'est fameuse que par le concile qui s'y est tenu dans le seizième siècle. Il commença l'an 1545, et ne finit que l'an 1563. Fra-Paolo, Vargas, Ranchin et MM. Dupuy en ont dévoilé l'histoire. L'église où ce concile a tenu ses assemblées, s'appelle Sainte Marie-Majeure ; elle est petite, et bâtie d'un vilain marbre qui n'est que dégrossi. On y voit dans un grand tableau le concile représenté ; mais ce tableau n'est pas le pendant de la Messe Jules de Raphaèl. Aucun des grands acteurs du concile n'y est caractérisé, pas même le cardinal de Lorraine, qui y joua le plus grand rôle, et qui s'y rendit avec un train magnifique composé d'une quarantaine d'évêques, et d'un grand nombre de docteurs. Le pape en conçut de l'ombrage, et saisi de crainte, pria Philippe de le soutenir ; mais la fortune le servit encore mieux, la mort du duc de Guise rabaissa le courage du cardinal. Il trouva convenable pour les intérêts de sa maison, de s'humaniser avec sa sainteté ; et relâchant de ses grands desseins, il ne soutint dans le concile ni les trente-quatre articles de réformation qu'il s'était proposé d'appuyer, ni les droits de la couronne, ni les libertés de l'église gallicane.

Aconce (Jacques), philosophe et théologien, naquit à Trente au xvj. siècle. Il embrassa la réformation, vint à Londres, et reçut mille marques de bonté de la reine Elisabeth, comme il le témoigne à la tête du livre qu'il lui dédia. C'est le fameux recueil des stratagemes du Diable, qui a été si souvent traduit et si souvent imprimé. L'auteur mourut peu de temps après la publication de cet ouvrage, dont la première édition est de Bâle en 1565.

Il n'adoptait point les principes de Calvin, ce qui fit qu'on l'accusa de tolérantisme comme d'un crime ; mais il répondit aux Protestants, comme Jesus-Christ à ses disciples : Vous ne savez de quel esprit vous êtes. C'était alors une gloire rare qu'une âme éprise de la tolérance ; le contraire serait de nos jours une chose odieuse.

Aconce n'était pas seulement théologien, mais un esprit exact, plein de discernement et de pénétration, qui prévoyait déjà qu'on allait passer dans un siècle plus éclairé que le sien, et sa conjecture était bien fondée. Il est vrai que le seizième siècle a produit un plus grand nombre de savants hommes que le dix-septième ; cependant il s'en faut beaucoup que le premier de ces deux siècles ait eu autant de lumières que l'autre. Pendant que le règne de la critique et de la philosophie a duré, on a vu par toute l'Europe plusieurs prodiges d'érudition. L'étude de la nouvelle philosophie, et celle des langues vivantes ayant introduit un autre gout, on a cessé de voir cette vaste et cette profonde littérature ; mais en récompense il s'est répandu dans la république des lettres un certain esprit plus fin, et accompagné d'un discernement plus exquis. Les gens sont aujourd'hui moins savants et plus habiles.

Le jésuite Martini (Martin) était aussi natif de Trente. Il fut envoyé par ses supérieurs à la Chine ; ses ouvrages sur ce royaume contiennent une description géographique de la Chine en latin. Ils ont été imprimés à Amsterdam en 1659, in-fol. avec quantité de cartes. (D.J.)

TRENTE, concile de, (Histoire ecclésiastique) la clôture de ce fameux concile qui avait commencé en 1545, se fit en 1563. Du Ferrier, ambassadeur fit ses protestations contre ce qui s'était passé à ce concile. Nous voyons dans une lettre datée de Fontainebleau du 3 Mars, de Jean Morvilliers à son neveu l'évêque de Rennes, ambassadeur auprès de l'empereur : " Que sitôt que le cardinal de Lorraine fut de retour du concile, on envoya quérir les présidents de la cour et gens du roi pour voir les decrets du concile, ce qu'ils ont fait ; et la matière mise en délibération, le procureur général proposa au conseil que quant à la doctrine ils n'y voulaient toucher, et tenaient toutes choses quant à ce point pour saines et bonnes, puisqu'elles étaient déterminées en concile général et légitime ; quant aux decrets de la police et réformation, y avaient trouvé plusieurs choses dérogeantes aux droits et prérogatives du roi et privileges de l'église gallicane, qui empêchaient qu'elles ne fussent reçues ni exécutées ". On fit écrire Dumoulin contre le concile de Trente.

Le comte de Luna, ambassadeur d'Espagne, voulant disputer au concile de Trente la préséance aux ambassadeurs du roi, ceux-ci conservèrent leur place, et l'ambassadeur d'Espagne se vit réduit à se déplacer, et à se mettre entre le dernier cardinal prêtre et le premier cardinal diacre, pour ne pas être assis au-dessous de l'ambassadeur de France. Hénaut. (D.J.)

TRENTE-SIX MOIS, s. m. (Commerce) nom que l'on donne quelquefois à ceux qui s'engagent pour aller servir aux Indes occidentales, et particulièrement aux îles Antilles ; on les appelle ainsi parce que leur engagement se fait le plus ordinairement pour trois ans de douze mois chacun. On les nomme autrement engagés. On en peut distinguer de deux sortes parmi les Français, les uns qui servent les habitants des iles, et les autres qui s'engagent avec les boucaniers. Ceux-ci mènent une vie errante et laborieuse comme leurs maîtres ; à la fin de leur temps on leur donne pour récompense un fusil, deux livres de poudre, deux chemises, deux caleçons et un bonnet ; après quoi ils deviennent associés de leurs maîtres dans la chasse des bœufs et le commerce des cuirs. Les autres travaillent avec les negres, et sont traités comme eux ; mal vêtus, mal nourris, souvent chargés de coups : leur récompense est quelques milliers de sucre ou de tabac, qu'ils achetent bien chérement par les fatigues continuelles et les mauvais traitements qu'ils essuient. Voyez ENGAGES. Dictionnaire de Commerce.