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Catégorie : Philosophie morale
S. f. (Philosophie morale) émotion de l'âme causée par le plaisir ou par la possession de quelque bien.

La joie, dit Locke, est un plaisir que l'âme goute, lorsqu'elle considère la possession d'un bien présent ou à venir comme assurée ; et nous sommes en possession d'un bien, lorsqu'il est de telle sorte en notre puissance que nous pouvons en jouir quand nous voulons. Un homme blessé ressent de la joie lorsqu'il lui arrive le secours qu'il désire, avant même qu'il en éprouve l'effet. Le père qui chérit vivement la prospérité de ses enfants, est en possession de ce bien aussi longtemps que ses enfants prospèrent ; car il lui suffit d'y penser pour ressentir de la joie.

Elle diffère de la gaieté, voyez GAIETE. On plait, on amuse, on divertit les autres par sa gaieté ; on pame de joie, on verse des larmes de joie, et rien n'est si doux que de pleurer ainsi.

Il peut même arriver que cette passion soit si grande, si inespérée, qu'elle aille jusqu'à détruire la machine ; la joie a étouffé quelques personnes. L'histoire grecque parle d'un Policrate, de Chilon, de Sophocle, de Diagoras, de Philippides, et de l'un des Denis de Sicile, qui moururent de joie.

L'histoire romaine assure la même chose du consul Manius Juventius Thalna, et de deux femmes de Rome, qui ne purent soutenir le ravissement que leur causa la présence de leur fils après la déroute arrivée au lac de Trasymène ; mes garants sont Aulugelle, liv. III. chap. XVe Valere Maxime, liv. IX. chap. XIIe Tite-Live, liv. XXII. chap. VIIe Pline, liv. VII. chap. liij. et Ciceron dans ses Tusculanes.

L'histoire de France nomme la dame de Châteaubriant que l'excès de joie fit expirer tout d'un coup, en voyant son mari de retour du voyage de Saint Louis.

J'ai lu d'autres exemples semblables dans les écrits des Médecins, comme dans les Mémoires des curieux de la nature, Décur. 2. ann. 9, observ. 22 ; dans Kornman, de mirac. mortuor. part. IV. cap. cvj. et dans le Journal de Leipsick, année 1686. p. 284.

Mais sans m'arrêter à des faits si singuliers, et peut-être douteux en partie, il y a dans les Actes des Apôtres un trait plus simple qui peint au naturel le vrai caractère d'une joie subite et impétueuse. Saint Pierre ayant été tiré miraculeusement de prison, vint chez Marie mère de Jean, où les fidèles étaient assemblés en prières ; quand il eut frappé à la porte, une fille nommée Rhode, ayant reconnu sa voix, au lieu de lui ouvrir, courut vers les fidèles avec des cris d'allégresse, pour leur dire que saint Pierre était à la porte.

Si la gaieté est un beau don de la nature, la joie a quelque chose de céleste ; non pas cette joie artificielle et forcée, qui n'est que du fard sur le visage ; non pas cette joie molle et folâtre dont les sens seuls sont affectés, et qui dure si peu ; mais cette joie de raison, pure, égale, qui ravit l'âme sans la troubler ; cette joie douce qui a sa racine dans le cœur, enfin cette joie délectable qui a sa source dans la vertu, et qui est la compagne fidèle des mœurs innocentes ; nous ne la connaissons plus aujourd'hui, nous y avons substitué un vernis qui s'écaille, un faux brillant de plaisir ; et beaucoup de corruption. (D.J.)

JOIE, GAIETE, (Synonyme) ces deux mots marquent également une situation agréable de l'âme, causée par le plaisir ou par la possession d'un bien qu'elle éprouve ; mais la joie est plus dans le cœur, et la gaieté dans les manières ; la joie consiste dans un sentiment de l'âme plus fort, dans une satisfaction plus pleine ; la gaieté dépend davantage du caractère, de l'humeur, du tempérament ; l'une sans paraitre toujours au dehors, fait une vive impression au dedans ; l'autre éclate dans les yeux et sur le visage : on agit par gaieté, on est affecté par la joie. Les degrés de la gaieté ne sont ni bien vifs, ni bien étendus ; mais ceux de la joie peuvent être portés au plus haut période ; ce sont alors des transports, des ravissements, une véritable ivresse. Une humeur enjouée jette de la gaieté dans les entretiens ; un événement heureux répand de la joie jusques au fond du cœur ; on plait aux autres par la gaieté, on peut tomber malade et mourir de joie. (D.J.)




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