S. f. (Métaphysique et Physique) substance étendue, solide, divisible, mobile et passible, le premier principe de toutes les choses naturelles, et qui par ses différents arrangements et combinaisons, forme tous les corps. Voyez CORPS.

Aristote établit trois principes des choses, la matière, la forme, et la privation. Les Cartésiens ont rejeté celui-ci ; et d'autres rejettent les deux derniers.

Nous connaissons quelques propriétés de la matière ; nous pouvons raisonner sur sa divisibilité, sa solidité, etc. Voyez DIVISIBILITE.

Mais quelle en est l'essence, ou quel est le sujet où les propriétés résident ? C'est ce qui est encore à trouver. Aristote définit la matière, ce qui est nec quid, nec quantum, nec quale, ni aucune chose déterminée, ce qui a fait penser à plusieurs de ses disciples, que la matière n'existait point. Voyez CORPS.

Les Cartésiens prennent l'étendue pour l'essence de la matière ; ils soutiennent que puisque les propriétés dont nous venons de faire mention sont les seules qui soient essentielles à la matière, il faut que quelques-unes d'elles constituent son essence ; et comme l'étendue est conçue avant toutes les autres, et qu'elle est celle sans laquelle on n'en pourrait concevoir aucune autre, ils en concluent que l'étendue constitue l'essence de la matière ; mais c'est une conclusion peu exacte : car selon ce principe, l'existence de la matière, comme l'a remarqué le docteur Clarke, aurait plus de droit que tout le reste à en constituer l'essence ; l'existence ou le existère étant conçu avant toutes les propriétés, et même avant l'étendue.

Ainsi puisque le mot étendue parait faire naitre une idée plus générale que celle de la matière ; il croit que l'on peut avec plus de raison appeler essence de la matière, cette solidité impénétrable qui est essentielle à toute matière, et de laquelle toutes les propriétés de la matière découlent évidemment. Voyez ESSENCE, ETENDUE, ESPACE, etc.

De plus, ajoute-t-il, si l'étendue était l'essence de la matière, et que par conséquent la matière et l'espace ne fussent qu'une même chose, il s'ensuivrait de-là que la matière est infinie et éternelle, que c'est un être nécessaire, qui ne peut être ni créé ni anéanti ; ce qui est absurde ; d'ailleurs il parait, soit par la nature de la gravité, soit par les mouvements des cometes, soit par les vibrations des pendules, etc. que l'espace vuide et non résistant est distingué de la matière, et que par conséquent la matière n'est pas une simple étendue, mais une étendue solide, impénétrable, et douée du pouvoir de résister. Voyez VUIDE, ÉTENDUE.

Plusieurs des anciens philosophes ont soutenu l'éternité de la matière, de laquelle ils supposaient que tout avait été formé, ne pouvant concevoir qu'aucune chose put être formée de rien. Platon prétend que la matière a existé éternellement, et qu'elle a concouru avec Dieu dans la production de toutes choses, comme un principe passif, ou une espèce de cause collatérale. Voyez ETERNITE.

La matière et la forme, principes simples et originaux de toutes choses, composaient selon les anciens certaines natures simples qu'ils nommaient éléments, des différentes combinaisons desquelles toutes les choses naturelles étaient formées. Voyez ÉLEMENT.

Le docteur Woodward semble d'une opinion peu éloignée de celle-là. Il prétend que les parties de la matière sont originairement et réellement différentes les unes des autres ; que la matière au moment de sa création a été divisée en plusieurs ordres ou genres de corpuscules différents les uns des autres en substance, en gravité, en dureté, en flexibilité, en figure, en grandeur, etc. et que des diverses compositions et combinaisons de ces corpuscules, résultent toutes les variétés des corps tant dans la couleur que dans la dureté, la pesanteur, le gout, etc. Mais M. Newton veut que toutes ces différences résultent des différents arrangements d'une même matière qu'il croit homogène et uniforme dans tous les corps.

Aux propriétés de la matière qui avaient été connues jusqu'ici, M. Newton en ajoute une nouvelle, savoir celle d'attraction, qui consiste en ce que chaque partie de la matière est douée d'une force attractive, ou d'une tendance vers toute autre partie, force qui est plus grande dans le point de contact que par-tout ailleurs, et qui décrait ensuite si promptement, qu'elle n'est plus sensible à une très-petite distance. C'est de ce principe qu'il déduit l'explication de la cohésion des particules des corps. Voyez COHESION. Voyez aussi ATTRACTION.

Il observe que tous les corps, et même la lumière et toutes les parties les plus volatiles des fluides, semblent composées de parties dures ; de sorte que la dureté peut être regardée comme une propriété de toutes matières, et qu'au moins la dureté de la matière lui est aussi essentielle que son impénétrabilité ; car tous les corps dont nous avons connaissance, sont tous ou bien durs par eux-mêmes, ou capables d'être durcis : or si les corps composés sont aussi durs que nous les voyons quelquefois, et que cependant ils soient très-poreux, et composés de parties placées seulement les unes auprès des autres, les parties simples qui sont destituées de pores, et qui n'ont jamais été divisées, seront encore bien plus dures ; de plus, de telles parties dures ramassées en un monceau, pourront à peine se toucher l'une l'autre, si ce n'est en un petit nombre de points ; et ainsi il faudra bien moins de force pour les séparer, qu'il n'en faudrait pour rompre un corpuscule solide, dont les particules se toucheraient par-tout sans qu'on imaginât de pores ni d'interstices qui pussent en affoiblir la cohésion. Mais ces parties si dures étant placées simplement les unes auprès des autres, et ne se touchant qu'en peu de points, comment, dit M. Newton, seraient-elles si fortement adhérentes les unes aux autres sans le secours de quelque cause, par laquelle elles fussent attirées ou pressées les unes vers les autres ?

Cet auteur observe encore que les plus petites parties peuvent être liées les unes aux autres par l'attraction la plus forte, et composées de parties plus grosses et d'une moindre vertu, et que plusieurs de celles-ci peuvent par leur cohésion en composer encore de plus grosses, dont la vertu aille toujours en s'affoiblissant, et ainsi successivement jusqu'à ce que la progression finisse aux particules les plus grosses, desquelles dépendent les opérations de Chimie et les couleurs des corps naturels, et qui par leur cohésion, composent les corps de grandeur sensible. Si le corps est compact, et qu'il plie ou qu'il cede intérieurement à la pression, de manière qu'il revienne ensuite à la première figure, il est alors élastique. Voyez ÉLASTIQUE. Si les parties peuvent être déplacées, mais ne se rétablissent pas, le corps est alors malleable, ou mol ; que si elles se meuvent aisément entr'elles, qu'elles soient d'un volume propre à être agitées par la chaleur, et que la chaleur soit assez forte pour les tenir en agitation, le corps sera fluide ; et s'il a de plus l'aptitude de s'attacher aux autres corps, il sera humide : les gouttes de tout fluide, selon M. Newton, affectent une figure ronde par l'attraction mutuelle de leurs parties, de même qu'il arrive au globe de la terre et à la mer qui l'environne ; sur quoi, voyez COHESION. Les particules des fluides qui ne sont point attachées trop fortement les unes aux autres, et qui sont assez petites pour être fort susceptibles de ces agitations qui tiennent les liqueurs dans l'état de fluidité, sont les plus faciles à séparer et à raréfier en vapeurs ; c'est-à-dire, selon le langage des Chimistes, qu'elles sont volatiles, qu'il ne faut qu'une légère chaleur pour les raréfier, et qu'un peu de froid pour les condenser ; mais les parties plus grosses, qui sont par conséquent moins susceptibles d'agitation, et qui tiennent les unes aux autres par une attraction plus forte, ne peuvent non plus être séparées les unes des autres que par une plus forte chaleur, ou peut-être ne le peuvent-elles point du tout sans le secours de la fermentation ; ce sont ces deux dernières espèces de corps que les Chimistes appellent fixe. M. Newton observe encore que tout considéré, il est probable que Dieu dans le moment de la création, a formé la matière en particules solides, massives, dures, impénétrables, mobiles, de volumes, de figures, de proportions convenables, en un mot, avec les propriétés les plus propres à la fin pour laquelle il les formait ; que ces particules primitives étant solides, sont incomparablement plus dures qu'aucun corps poreux qui en soient composés ; qu'elles le sont même à un tel point, qu'elles ne peuvent ni s'user ni se rompre, n'y ayant point de force ordinaire qui soit capable de diviser ce que Dieu a fait indivisé dans le moment de la création. Tant que les particules continuent à être entières, elles peuvent composer des corps d'une même nature et d'une même texture. Mais si elles pouvaient venir à s'user ou à se rompre, la nature des corps qu'elles composent changerait nécessairement. Une eau et une terre composées de particules usées par le temps, et de fragments de ces particules, ne seraient plus de la même nature que l'eau et la terre composées de particules entières, telles qu'elles l'étaient au moment de la création ; et par conséquent pour que l'univers puisse subsister tel qu'il est, il faut que les changements des choses corporelles ne dépendent que des différentes séparations, des nouvelles associations, et des divers mouvements des particules permanentes ; et si les corps composés peuvent se rompre, ce ne saurait être dans le milieu d'une particule solide, mais dans les endroits où les particules solides se joignent en se touchant par un petit nombre de points.

M. Newton croit encore que ces particules ont non-seulement la force d'inertie, et sont sujettes aux lois passives de mouvement qui en résultent naturellement, mais encore qu'elles sont mues par de certains principes actifs, tel qu'est celui de la gravité, ou celui qui cause la fermentation et la cohésion des corps ; et il ne faut point envisager ces principes comme des qualités occultes qu'on suppose résulter des formes spécifiques des choses ; mais comme des lois générales de la nature, par lesquelles ces choses elles-mêmes ont été formées. En effet, les phénomènes nous en découvrent la vérité, quoique les causes n'en aient point encore été découvertes. Voyez FERMENTATION, GRAVITATION, ELASTICITE, DURETE, FLUIDITE, SEL, ACIDE, etc.

Hobbes, Spinosa, etc. soutiennent que tous les êtres dans l'univers sont matériels, et que toutes leurs différences ne viennent que de leurs différentes modifications, de leurs différents mouvements, etc. ainsi ils imaginent qu'une matière extrêmement subtile, et agitée par un mouvement très-vif, peut penser. Voyez à l'article AME, la réfutation de cette opinion. Sur l'existence de la matière, voyez les articles CORPS et EXISTENCE, Chambers.

MATIERE SUBTILE, est le nom que les Cartésiens donnent à une matière qu'ils supposent traverser et pénétrer librement les pores de tous les corps, et remplir ces pores de façon à ne laisser aucun vuide ou interstices entr'eux. Voyez CARTESIANISME. Mais en vain ils ont recours à cette machine pour étayer leur sentiment d'un plein absolu, et pour le faire accorder avec le phénomene du mouvement, etc. en un mot, pour la faire agir et mouvoir à leur gré. En effet, s'il existait une pareille matière, il faudrait pour qu'elle dut remplir les vides de tous les autres corps, qu'elle fût elle-même entièrement destituée de vuide ; c'est-à-dire parfaitement solide, beaucoup plus solide par exemple que l'or, et par conséquent, qu'elle fût beaucoup plus pesante que ce métal, et qu'elle résistât davantage (voyez RESISTANCE) ; ce qui ne saurait s'accorder avec les phénomènes. Voyez VUIDE.

M. Newton convient néanmoins de l'existence d'une matière subtile, ou d'un milieu beaucoup plus délié que l'air, qui pénètre les corps les plus denses, et qui contribue ainsi à la production de plusieurs des phénomènes de la nature. Il déduit l'existence de cette matière des expériences de deux thermomètres renfermés dans deux vaisseaux de verre, de l'un desquels on a fait sortir l'air, et qu'on porte tous deux d'un endroit froid en un endroit chaud. Le thermomètre qui est dans le vuide devient chaud, et s'élève presque aussitôt que celui qui est dans l'air, et si on les reporte dans l'endroit froid, ils se refroidissent, et s'abaissent tous deux à peu près au même point. Cela ne montre-t-il pas, dit-il, que la chaleur d'un endroit chaud se transmet à-travers le vuide par les vibrations d'un milieu beaucoup plus subtil que l'air, milieu qui reste dans le vuide après que l'air en a été tiré ? et ce milieu n'est-il pas le même qui brise et réfléchit les rayons de lumière ? etc. Voyez LUMIERE, Chambers.

Le même philosophe parle encore de ce milieu ou fluide subtil, à la fin de ses principes. Ce fluide, dit-il, pénètre les corps les plus denses ; il est caché dans leur substance ; c'est par sa force et par son action que les particules des corps s'attirent à de très-petites distances, et qu'elles s'attachent fortement quand elles sont contiguès ; ce même fluide est aussi la cause de l'action des corps électriques, soit pour repousser, soit pour attirer les corpuscules voisins ; c'est lui qui produit nos mouvements et nos sensations par ses vibrations, qui se communiquent depuis l'extrémité des organes extérieurs jusqu'au cerveau, par le moyen des nerfs. Mais le philosophe ajoute qu'on n'a point encore une assez grande quantité d'expériences pour déterminer et démontrer exactement les loix suivant lesquelles ce fluide agit.

On trouvera peut-être quelqu'apparence de contradiction entre la fin de cet article, où M. Newton semble attribuer à une matière subtile la cohésion des corps ; et l'article précédent où nous avons dit après lui que l'attraction est une propriété de la matière. Mais il faut avouer que M. Newton ne s'est jamais expliqué franchement et nettement sur cet article ; qu'il parait même avoir parlé en certains endroits autrement qu'il ne pensait. Voyez GRAVITE et ATTRACTION, voyez aussi ETHER et MILIEU ETHERE, au mot MILIEU. (O)

MATIERE IGNEE ou MATIERE DE FEU, principe que quelques chimistes emplaient dans l'explication de plusieurs effets, surtout pour rendre raison de l'augmentation de poids que certains corps éprouvent dans la calcination. Ceux qui ont fait le plus d'usage de ce principe, et qui l'ont mis le plus en vogue, conviennent qu'il n'est pas démonstratif par lui-même, comme le sel, l'eau, etc. mais ils prétendent seulement qu'il l'est par les conséquences : donnons-en un exemple. Lorsqu'on fait fondre vingt livres de plomb dans une terrine plate qui n'est pas vernie, et qu'on agite ce plomb sur le feu avec une spatule jusqu'à ce qu'il soit réduit en poussière, on trouve après une longue calcination, que quoique par l'action du feu il se soit dissipé une grande quantité de parties volatiles du plomb, ce qui devrait diminuer son poids, cette poudre, ou cette chaux de plomb, au-lieu de peser moins que le plomb ne pesait avant la calcination, occupe un plus grand espace, et pese beaucoup plus ; car au-lieu de peser vingt livres, elle en pese vingt-cinq. Que si au contraire on revivifie cette chaux par la fusion, son volume diminue, et le plomb se trouve alors moins pesant qu'il n'était avant qu'on l'eut réduit en chaux ; en un mot on ne trouve que dix-neuf livres de plomb. Or ce n'est ni du bois ni du charbon qu'on a employé dans cette opération, que le plomb en se calcinant a pu tirer ces cinq ou six livres de poids ; car on a fait calciner plusieurs matières au foyer du verre ardent, dont feu M. le régent a fait présent à l'académie, et on a trouvé également que le poids augmentait. L'air n'a pu non plus se condenser durant l'opération, en une assez grande quantité dans les pores du plomb, pour y produire un poids si considérable : car pour condenser un volume d'air du poids de cinq livres dans un espace cubique de quatre à cinq pouces de hauteur, il faudrait y employer un poids énorme. On a donc conclu que cette augmentation de poids ne pouvait procéder que des rayons du soleil qui se sont concentrés dans la matière exposée à leur action pendant tout le temps que dure l'opération, et que c'était à la matière condensée de ces rayons de lumière qu'il fallait attribuer l'excès de pesanteur qu'on y observait ; et pour cet effet on a supposé que la matière qui sert à nous transmettre la lumière et la chaleur, l'action du soleil ou du feu, était pesante, qu'elle était capable d'une grande condensation, qu'elle se condensait en effet prodigieusement dans les pores de certains corps, sans y être contrainte par aucun poids ; que la chaleur, qui raréfie universellement toutes les autres matières, avait néanmoins la propriété de condenser celle-ci, et que la tissure des corps calcinés, quoique très-foible, avait nonobstant cela la force de retenir une matière qui tend à s'étendre avec une telle force, qu'une livre de cette matière contenue dans les pores de cinq livres de plomb, étant dans son état naturel ; devait nécessairement occuper un espace immense, puisque la pesanteur de cette matière, dans son état naturel, est absolument insensible ; que c'était ensuite cette matière de feu, condensée dans les sels alkalis, qui produisait en nous ce goût vif et perçant que nous y éprouvons, et dans les fermentations cette ébullition qui nous étonne, ces couleurs vives que les différentes matières prennent en se précipitant ; en un mot que c'était à cette matière de feu qu'on devait attribuer conformément les effets les plus délicats de la Chimie, et que sans être obligé d'entrer dans aucune autre discussion, il suffisait d'avoir remarqué, que ces effets avaient quelque relation à ceux que le feu produit communément, sans qu'on sache comment, ni qu'on soit obligé de le dire, cela suffisait, dis-je, pour rapporter tous les effets à cette cause : voilà bien des hypothèses précaires. Les Chimistes ont-ils donc constaté par quelque expérience sensible, ce poids prétendu des rayons du soleil ? ont-ils éprouvé que la matière qui reste dans le récipient de la machine du vuide, lorsqu'on a pompé l'air grossier, et qui contient certainement la matière de la lumière, puisque nous voyons les objets qui y sont renfermés, tenait le vif argent suspendu dans le baromètre à la moindre hauteur, ou plutôt pour employer le moyen infaillible que M. Newton nous a donné pour juger du poids des fluides, ont-ils senti quelque résistance que la matière de la lumière fasse à un globe pesant qui la traverse, qui ne doive être attribué à l'air grossier ? S'ils n'ont rien fait de tout cela, on peut conclure que la matière ignée, considérée comme un amas prodigieux de lumière pesante, condensée, et réduite en un petit espace, est une pure chimère.

Selon les remarques très détaillées de M. Boerhaave, l'air contient dans ses pores un grand nombre de molécules pesantes, de l'eau, de l'huile, des sels volatils, etc. A l'égard de l'eau, on sait de quelle façon, quelque quantité que ce soit de sel de tartre exposé à l'air, se charge en fort peu de temps d'un poids égal de molécules d'eau. Cette matière pesante est donc contenue dans les pores de l'air. La présence des molécules de soufre, de sels, etc. n'est pas plus difficile à constater. Sans recourir à aucun alembic, on n'a qu'à se trouver en rase campagne dans un temps d'orage, y lever les yeux au ciel pour y voir ce grand nombre d'éclairs qui brillent de toutes parts : ce sont des feux, ce sont des soufres allumés, ce sont des sels volatils, personne n'en peut disconvenir ; et si dans la moyenne région, dans la région des nuées, l'air se trouve chargé de molécules d'huile, de sel, etc. à plus forte raison en sera-t-il chargé, et comme imbibé dans le lieu où nous respirons, puisque ces matières pesantes sortant de la terre, n'ont pu s'élever si haut, sans avoir passé par les espaces qui nous séparent des nues, et sans s'y être arrêtées en plus grande abondance que dans ces régions élevées. D'ailleurs ne voit-on pas avec quelle facilité, et à la moindre approche du feu, le vif-argent même, qui est une matière si pesante, se répand dans l'air ; et qui peut douter après cela que l'air ne contienne dans ses pores un très-grand nombre de particules pesantes ? Mais, dira-t-on, l'huile ne s'évapore point, elle ne se mêle que très-difficilement avec l'air ; n'est-ce pas plutôt là une preuve que l'air en est abondamment fourni, et qu'il n'en peut recevoir dans ses pores plus qu'il n'en a déjà reçu ? D'ailleurs l'esprit-de-vin, exposé à l'air, ne s'affoiblit-il pas continuellement, et les molécules de l'huile qu'il contient ne s'y répandent-elles pas sans cesse ? Lorsque les molécules de l'huile n'ont pas été développées jusqu'à un certain point, elles sont trop pesantes et trop fortement comprimées l'une contre l'autre par l'action élastique de la matière éthérée pour être détachées l'une de l'autre par l'action dissolvante de l'air. Ainsi l'huile commune ne s'évapore pas : mais lorsque par l'action du feu les molécules de l'huile se sont développées et détachées l'une de l'autre dans les pores de l'eau qui les contient, elles se répandent dans l'air avec facilité, parce qu'elles sont devenues beaucoup plus légères. Quelle impossibilité y a-t-il donc, après qu'on a vu que l'air pouvait fournir facilement vingt livres d'eau à vingt livres de sel de tartre, et qu'il les leur fournissait en effet en peu de temps, que le même air puisse fournir à vingt livres de plomb pendant tout le temps que dure la calcination, je ne dis pas vingt livres de molécules d'eau, que l'action du feu éloigne et chasse des pores de l'air, qui environne le vase dans lequel on calcine le plomb, mais seulement cinq livres de molécules de matières plus denses, plus pesantes, et en même temps plus subtiles, qui étaient contenues dans les pores de l'air parmi ces mêmes molécules d'eau, lesquelles n'étant plus soutenues dans ces pores par les molécules de cette eau, que le feu en a éloigné, se dégageront des pores de l'air par leur propre pesanteur, viendront se joindre aux molécules du plomb, dont elles augmenteront le poids et le volume. Est-ce qu'il est plus difficile de concevoir que l'air fournisse à vingt livres de plomb un poids de cinq livres, qu'il l'est que le même air fournisse à une même quantité de sel de tartre le poids de vingt livres : c'est tout le contraire, puisque ce poids est quadruple du précédent. On concevra donc enfin distinctement qu'à mesure qu'on calcinera vingt livres de plomb, l'ardeur du feu échauffera l'air voisin du vase qui contient la matière, qu'elle en éloignera toutes les molécules d'eau que cet air peut contenir dans ses pores, et que les molécules de cet air étant devenues plus grandes, leur vertu dissolvante aura diminué ; d'où il suit que les molécules des autres matières plus pesantes qui y sont en même temps contenues cessant d'y être soutenues, tomberont sur la superficie du plomb ; qu'ensuite ce volume d'air s'étant promptement rarefié, et étant devenu plus leger que celui qui est au-dessus, montera et cedera la place avec la même vitesse à un nouvel air, qui déposera de la même façon sur le plomb les molécules pesantes qu'il contient, et ainsi de suite, si bien qu'en fort peu de temps toutes les parties de l'air contenu dans un grand espace, pourront par cette mécanique simple et intelligible, s'approcher successivement l'une après l'autre du plomb que l'on calcine, et déposer les molécules pesantes que cet air contient dans ses pores.

Dans l'expérience dont il s'agit principalement ici, à mesure qu'on bat le plomb avec une spatule, cette poussière répandue dans l'air s'y insinue, et comme ses particules ne sont pas adhérentes les unes aux autres, elles s'attachent facilement à la superficie des molécules du plomb, formant une espèce de croute sur les superficies de ces molécules, qui les empêche de se réunir, et qui réduit le plomb à paraitre sous la forme d'une poudre impalpable. Par où l'on voit que le feu, ou les rayons de lumière, réunis au foyer d'une loupe, ne fournissent ici qu'un grand mouvement qui désunit les parties du métal, en calcinant les souffres, qui les lient entr'elles, et laissent aux particules pesantes, qui viennent des pores de l'air, et qui n'ont pas la même viscosité, la liberté d'environner les molécules du plomb, et de réduire ce métal en poudre. Et si dans la révivification de cette chaux de plomb, il arrive que non-seulement elle perde le poids qu'elle avait acquis, mais qu'on trouve au contraire le plomb qui en renait encore plus léger que n'était celui qu'on avait d'abord employé, ne voit-on pas que cela ne vient que de ce que les particules pesantes et subtiles que le plomb a reçues de l'air durant la calcination, et qui enveloppant les particules de ce métal, l'avaient réduit en poudre et en avaient augmenté le poids et le volume, s'unissant aux molécules onctueuses du suif que l'on joint à la matière dans cette opération, ou que la flamme même leur fournit, se volatilisent de nouveau, et se répandent dans l'air d'où elles étaient venues. Desorte que ce nouveau plomb destitué de cette matière et des soufres grossiers qu'il a perdus dans l'opération, doit peser moins qu'il ne pesait avant qu'on l'eut réduit en chaux ; ce qui arriverait dans toutes les matières que l'on calcine, si le poids des particules qui s'exhalent durant la calcination n'excédait pas quelquefois le poids de celles qui viennent s'y joindre. Voyez FEU, CHALEUR, U ELASTIQUEIQUE. Art. de M. FORMEY.

MATIERE, SUJET, (Grammaire) la matière est ce qu'on emploie dans le travail ; le sujet est ce sur quoi l'on travaille.

La matière d'un discours consiste dans les mots, dans les phrases et dans les pensées. Le sujet est ce qu'on explique par ces mots, par ces phrases et par ces pensées.

Les raisonnements, les passages de l'Ecriture-sainte, les caractères des passions et les maximes de morale, sont la matière des sermons ; les mystères de la foi et les préceptes de l'Evangile en doivent être le sujet. Synonymes de l'abbé Girard. (D.J.)

MATIERE MORBIFIQUE, (Médecine) on a donné le nom de matière morbifique à toute humeur étrangère ou altérée, qu'on a cru se mêler au sang, et y devenir le germe, le levain, la cause de quelque maladie. Les maladies excitées par ces humeurs nuisibles, ou déplacées, ont été appelées maladies avec matière ou humorales. Suivant les théories vulgaires, dès que la matière morbifique est dans le sang, elle y produit une altération plus ou moins prompte, selon le degré d'énergie qu'elle a, et différente, selon le vice particulier de l'humeur. Boerhaave a prodigieusement multiplié, diversement combiné, et très-méthodiquement classé les prétendus vices des humeurs, de façon à établir pour chaque maladie une matière morbifique particulière ; il a cru apercevoir dans le sang et les humeurs qui circulent dans les vaisseaux formés d'un corps organique, les mêmes altérations qui auraient pu leur arriver par différents mélanges, ou par leur dégénération spontanée laissées à elles-mêmes et en repos dans des vaisseaux ouverts exposés à l'action de l'air : ainsi il a substitué à l'histoire et à l'évaluation juste des phénomènes de la nature sa propre manière de les concevoir ; de-là sont venues ces divisions minucieuses et ces classes nombreuses de vices simples et spontanés des humeurs, de viscosité glutineuse spontanée, de diverses acrimonies mécaniques, salines, huileuses et savonneuses, et de celles qui résultaient de la differente combinaison des quatre espèces ; ces soudivisions ultérieures d'acrimonie saline et muriatique ammoniacale, acide, alkalescente, fixe, volatile, simple ou composée, d'acrimonie huileuse, spiritueuse, saline, terrestre et âcre, etc. Les humoristes modernes ont retenu beaucoup de ces vices ; ils ont prétendu que l'on en observait toujours quelqu'un dans toutes les maladies, et qu'il n'y en avait point sans matière, sans altération propre et primitive des humeurs ; et c'est sur cette idée purement théorique qu'est fondée la règle générale sur l'usage prétendu indispensable des évacuans. Quelques-uns ont jugé que la sueur et la transpiration retenues ou dérangées, fournissaient toujours la matière morbifique, qui jetait les premiers fondements de la maladie ; d'autres en plus grand nombre, ont pensé que la matière morbifique dans toutes les maladies aiguës, n'était autre chose que des humeurs viciées qui se préparaient et s'accumulaient dans l'estomac par une suite de mauvaises digestions, d'où elles étaient versées par la voie des veines lactées continuellement ou périodiquement dans la masse des humeurs, et y produisaient d'ordinaire un épaississement considérable, qui, suivant eux, déterminait la fièvre, l'accès ou le redoublement. En conséquence, dans le traitement des maladies aiguës, ils ont eu principalement en vue d'épuiser le foyer de ces humeurs, et d'en tarir la source ; c'est d'une théorie aussi fausse qu'insuffisante, qu'a pris naissance un des dogmes fondamentaux de la Médecine pratique la plus accréditée, c'est qu'il faut dans les maladies aiguës purger au moins tous les deux jours ; le peu de succès répond à l'inconséquence du précepte : et il est très-certain qu'il serait moins indifférent et plus nuisible, s'il était exécuté aussi efficacement qu'il est vivement recommandé, et qu'on s'empresse de le suivre avec ponctualité. Les anciens médecins chimistes ont aussi prétendu que toutes les maladies étaient avec matière ; ils en attribuaient l'origine à des ferments morbifiques indéterminés, mais pas plus obscurs ni plus incertains que la matière morbifique des mécaniciens modernes. Les éclectiques, pour soutenir les droits de leur âme ouvrière, se sont accordés sur ce point avec les humoristes, persuadés que l'âme était la cause efficiente de toutes les maladies, et qu'elle n'a gissait pas sans motif ; ils se sont vus contraints de recourir toujours à un vice humoral, à une matière morbifique qui excitât le courroux et déterminât les effets de ce principe aussi spirituel que bienfaisant. L'absurdité de l'humorisme trop généralisé, et la connaissance assurée de quelques affections purement nerveuses ont fait tomber quelques médecins dans l'excès opposé ; ils ont conclu de quelques faits particuliers bien constatés, au général, et n'ont pas fait difficulté d'avancer qu'il n'y avait point de maladies avec matière, et que tous ces vices des humeurs n'étaient que des suppositions chimériques ; que le dérangement des solides était seul capable de produire toutes les différentes espèces de maladie : et partant de cette idée, ils ont bâti un nouveau système pratique ; les émolliens, relâchans, narcotiques leur ont paru les secours les plus indiqués par l'état de spasme et de constriction toujours supposé dans les solides ; ils ont borné à ces remèdes diversement combinés, toute leur matière médicale. On voit par là, et c'est ce qui est le plus préjudiciable à l'humanité, que toutes ces variétés de théorie ont produit des changements qui ne peuvent manquer d'être nuisibles dans la pratique : on ne s'est pas contenté de déraisonner, on a voulu faire des applications, et l'on a rendu les malades victimes d'une bizarre imagination. Il s'est enfin trouvé des médecins sages qui, après avoir mûrement et sans préjugé pesé les différentes assertions, et surtout consulté la nature, ont décidé qu'il y avait des maladies où les nerfs seuls étaient attaqués, et on les appelle nerveuses. Voyez ce mot. Que d'autres étaient avec matière ; c'est-à-dire, dépendaient de l'altération générale des humeurs, opérée par la suppression de quelque excrétion, et qui ne peut se guérir sans une évacuation critique ; elles sont connues sous le nom de maladies humorales. Voyez ce mot. Telles sont toutes les fièvres putrides simples, ou inflammatoires, quelques autres maladies aiguës, toutes les maladies virulentes, contagieuses, etc. Les maladies chroniques sont presque toutes absolument nerveuses dans leur origine, dépendent du désordre trop considérable et de la lésion sensible de quelque viscère ; mais ces vices ne peuvent pas subsister longtemps sans donner lieu à quelque altération dans les humeurs, qu'on observe toujours quand la maladie a fait quelques progrès. (M)

MATIERE MEDICALE, (Thérapeutique) ensemble, total, système de corps naturels qui fournissent des médicaments. Voyez la fin de l'article MEDICAMENT. (b)

MANIERE PERLEE DE KRUGER, (Chim. et Mat. méd.) qu'on appelle encore magistère d'antimoine. Les chimistes modernes donnent ce nom à une poudre blanche, subtile, qui se précipite des lotions de l'antimoine diaphorétique, soit d'elle-même, soit par l'addition d'un acide, et principalement de l'acide vitriolique.

La nature de ce précipité n'a point été encore déterminée par les Chimistes ; car sans compter les définitions évidemment fausses, telles que celle de Boerhaave, qui le nomme un soufre fixe d'antimoine, les idées qu'en donnent Mender et Hoffman ne paraissent rien moins qu'exactes. Le premier avance que " cette poudre n'est rien autre chose qu'une chaux fine de régule ", et Hoffman qui observe qu'on obtient cette matière perlée en une quantité très-considérable (cet auteur dit que les lotions de la masse provenue de douze onces de régule d'antimoine, et de deux livres de nitre détonnés ensemble, lui ont fourni cinq onces de cette matiere), croit que cette matière est beaucoup moins fournie par la substance réguline, que par le nitre qui a été changé en terre par la force de la calcination, et par la mixtion de l'acide vitriolique. Hoffman, obs. phys. chim. liv. III. obs. iv.

Lemery qui, aussi-bien que Mender, a retiré ce précipité des lotions du régule d'antimoine préparé avec l'antimoine entier, dit au contraire qu'on n'obtient qu'un peu de poudre blanche, qu'il regarde comme la partie d'antimoine diaphorétique la plus détachée, c'est-à-dire apparemment, divisée.

M. Baron pense que " ce n'est autre chose pour la plus grande partie, que la terre que le nitre fournit en se décomposant, et se changeant en alkali par la violence de la calcination ; ou, ce qui est la même chose, qu'elle provient en très-grande partie des débris de l'alkali fixe du nitre ; et qu'on explique aisément par-là pourquoi cette matière se réduit difficilement en régule par l'addition des matières inflammables, c'est que la quantité de terre réguline qui lui reste unie, n'est presque rien, comparaison faite à ce qu'elle contient de la terre du nitre fixé ". Notes sur la chim. de Lemery, art. antim. diaphorét.

Nous observerons sur toutes ces opinions ; 1°. qu'il est vraisemblable que la matière perlée est composée en partie des débris terreux du nitre alkalisé, et qu'ainsi M. Mender dit trop généralement que ce n'est autre chose qu'une chaux fine de régule. 2°. Que cette terre nitreuse ne peut point cependant en constituer la plus grande partie ; car ces débris terreux du nitre devraient se trouver en beaucoup plus grande quantité dans l'antimoine diaphorétique lavé, que dans ses lotions : or l'antimoine diaphorétique n'en contient point ; car il ne fait aucune effervescence avec les acides ; ce qui serait, s'il était mêlé de terre nitreuse, que les acides dissolvent avec effervescence. 3°. Que les cinq onces de matière perlée que Hoffman a retirée de sa lessive (qui ne contenait que de l'alkali fixe et du nitre entier, puisqu'il avait préparé son antimoine diaphorétique avec le régule d'antimoine), paraissent avoir été principalement du tartre vitriolé, ce qui n'est certainement point la méprise d'un chimiste bien expérimenté ; mais enfin ce ne peut avoir absolument été que cela ; et l'on est d'autant plus fondé à s'arrêter à cette idée, que la lotion ou lessive qu'a employée Hoffman, doit avoir été très-rapprochée, s'il est vrai, comme il le dit, que l'acide vitriolique en ait détaché des vapeurs d'acide nitreux, et qu'il a employé d'ailleurs un acide vitriolique concentré. 4°. Si la matière perlée est véritablement composée en très-grande partie de terre alkaline nitreuse, cette terre n'y est point nue, mais elle est combinée avec l'acide vitriolique sous forme de sélénite ; ce que Hoffman parait avoir connu lorsqu'il a dit que le nitre était changé en terre par la calcination et la mixtion avec l'acide vitriolique ; et par conséquent il n'est point indifférent à la nature de la matière perlée qu'on emploie à sa préparation l'acide vitriolique, ou un autre acide ; car s'il résulte de la combinaison de l'acide employé avec la terre nitreuse un sel neutre très-soluble, toute cette terre restera suspendue dans la lessive, à la faveur de cette nouvelle combinaison, comme elle s'y soutenait auparavant par le moyen de l'alkali fixe, ou des sels neutres auxquels elle était attachée. Nous concluons de toutes ces observations, qui ne sont que des conjectures, 1°. que nous avons été fondés à avancer que la nature de la matière perlée était encore ignorée des Chimistes ; 2°. qu'elle pouvait être déterminée cependant par un petit nombre d'expériences simples ; 3°. enfin que sa vertu médicinale était parfaitement ignorée à priori. Or, comme la connaissance à posteriori, ou l'observation médicinale manque aussi presqu'absolument, et que le peu qu'on sait sur cette matière porte à croire que c'est-là un remède fort innocent, ou même fort inutile, nous pensons qu'on peut sans scrupule en négliger l'usage. (b)

MATIERES, transport des, (Finance) on entend par ce mot de matières, la sortie des espèces ou lingots d'or ou d'argent hors d'un pays qu'on porte dans un autre, pour acquitter la balance de ce qu'on doit dans le commerce. Prouvons que la liberté de ce transport ne peut ni ne doit être empêché dans un état commerçant.

La défense de transporter les espèces ou matières, ne les empêche point d'être transportées. Les Espagnols ont fait des lois très-rigoureuses contre le transport des espèces et matières ; mais comme les denrées et manufactures étrangères consommées en Espagne, montaient à une plus grande somme que les denrées et les manufactures étrangères consommées en pays étrangers, et qu'une grande partie des effets envoyés en Amérique, appartenait aux étrangers, la valeur de ces effets, et la balance dûe par l'Espagne, ont été transportées en espèces ou matières, et de tout ce qui a été apporté des Indes, très-peu est resté aux Espagnols, malgré les défenses qu'on a pu faire.

Il est inutile de défendre le transport des espèces ou matières ; quand il n'y a point de balance due, alors ce transport cesse ; quand une balance est due, cette défense n'est pas le remède propre à ce mal.

Le meilleur est d'être plus industrieux ou plus ménager, de faire travailler davantage le peuple, ou l'empêcher de tant dépenser.

Prétendre empêcher le transport des espèces et matières, tant qu'une balance est due, c'est vouloir faire cesser l'effet, quoique la cause dure. Rendre le peuple plus industrieux, diminuer la dépense, etc. fait cesser le mal, en levant la cause ; par ce moyen le commerce étranger peut être rendu avantageux, et les espèces ou matières des étrangers seront apportées dans le pays ; mais tant qu'une balance est dûe aux étrangers, il n'est guère praticable ni juste d'empêcher le transport des espèces ou matières.

De plus, la défense de transporter les espèces ou matières est préjudiciable à l'état ; elle fait monter le change ; le change affecte le commerce étranger et augmente la balance, qui est cause que les espèces sont transportées ; ainsi en augmentant la cause, elle augmente le transport.

L'Angleterre même, quoique plus éclairée que la France sur le fait de la monnaie, est mal conseillée au sujet du transport des espèces et matières ; l'Angleterre défend ce transport, et son commerce en souffre par ce moyen ; car pendant la guerre, le change alors continue d'être considérablement à son désavantage. Voyez ESPECES, OR, ARGENT, MONNOIE, COMMERCE, CHANGE, MANUFACTURE. (D.J.)

MATIERE. (Monnayage) A la Monnaie, on appelle ainsi une masse de métal, soit d'or, d'argent, de billon, ou de cuivre, soit à fabriquer, ou monnoyé, de quel titre et de quel poids que ce sait.

Il y a des états, où l'or et l'argent monnoyé, comme non monnoyé, sert au dehors comme à l'intérieur à commercer ; on le trafique comme marchandise, comme des étoffes, des toiles, etc.

Les sentiments sur le trafic de l'or et de l'argent, sont bien opposés. Voici là-dessus ce que pense un auteur étranger. " Ce commerce est d'un si grand avantage pour une nation, que les états qui les défendent, ne peuvent jamais être regardés comme considérables ; car il est plus avantageux de transporter, d'envoyer chez l'étranger de l'or et de l'argent monnoyés que non monnoyés, puisque dans le premier cas on gagne l'avantage de la fabrication ".

Cette réflexion tombe d'elle-même ; car l'étranger achète le métal au titre, ainsi ce gain est une chimère. En France, loin de regarder ce commerce des espèces monnoyées comme avantageux pour l'état, il est expressément défendu sous peine capitale. Ce crime se nomme billonnage. Voyez BILLONNAGE.

Les Orfèvres ne peuvent non plus fondre des matières monnoyées, de quelque nature qu'elles soient, ou de quelque pays qu'elles viennent, à l'exception des piastres qui ont un cours libre dans le commerce.

MATIERES, terme de rivière, pièces de bois en-travers, posées sur les plats-bords d'un bateau foncet.