S. m. (Chronologie, Astronomie et Histoire) division du temps, fondée sur l'apparition et la disparition successive du soleil.

Il y a deux sortes de jour, l'artificiel et le naturel.

Le jour artificiel qui est le premier qu'il semble qu'on ait appelé simplement jour, est le temps de la lumière, qui est déterminé par le lever et le coucher du soleil.

On le définit proprement le séjour du soleil sur l'horizon, pour le distinguer du temps de l'obscurité, ou du séjour du soleil sous l'horizon, qui est appelé nuit. Voyez NUIT.

Le jour naturel, appelé aussi jour civil, est l'espace de temps que le soleil met à faire une révolution autour de la terre, ou pour parler plus juste, c'est le temps que la terre emploie à faire une révolution autour de son axe ; les Grecs l'appellent plus proprement nicthemeron, comme qui dirait nuit et jour.

Il faut cependant observer que par ces mots de révolution de la terre autour de son axe, on ne doit pas entendre ici le temps qu'un point ou un méridien de la terre emploie à parcourir 360 degrés, mais le temps qui s'écoule depuis le passage du soleil à un méridien, et le passage suivant du soleil par ce même méridien ; car comme la terre avance sur son orbite d'occident en orient, en même temps qu'elle tourne sur son axe, le soleil repasse par le méridien un peu avant que la terre ait fait une révolution entière autour de son axe. Pour en sentir la raison, il n'y a qu'à imaginer que le soleil se meuve d'orient en occident autour de la terre pendant l'espace d'un an, comme il parait le faire, et qu'en même temps la terre tourne sur son axe d'orient en occident, il est facile de voir qu'un point de la terre qui se sera trouvé sous le soleil, s'y retrouvera de nouveau un peu avant que d'avoir fait un tour entier.

L'époque ou le commencement du jour civil, est le terme où le jour commence, et où finit le jour précédent. Il est de quelque conséquence de fixer ce terme ; et il est certain que pour distinguer les jours plus commodément, il faut se fixer à un moment où le soleil occupe quelque partie facile à distinguer dans le ciel ; par conséquent le moment le plus propre à fixer le commencement du jour, est celui dans lequel le soleil passe par l'horizon ou par le méridien. Or, comme de ces deux instants, le plus facile à déterminer par observation, est celui du passage par le méridien, il semble qu'on doit préferer de faire commencer le jour naturel à minuit ou à midi ; en effet l'horizon est souvent chargé de vapeurs ; d'ailleurs le lever ou le coucher du soleil sont sujets aux réfractions : ainsi il est difficile de les observer exactement. Car les réfractions élevant le soleil, font qu'il parait sur l'horizon, dans le temps qu'il est encore au dessous, et par conséquent elles augmentent la durée du jour artificiel ; on ne peut donc savoir exactement la durée du jour par cette méthode, sans connaître bien les réfractions, et sans pouvoir observer facilement le soleil à l'horizon : deux choses qui sont souvent susceptibles d'erreur. Cependant comme le lever et le coucher du soleil sont d'un autre côté le commencement et la fin du jour artificiel ; ils paraissent aussi être propres par cette raison à marquer le commencement et la fin du jour naturel ou civil.

Ceux qui commencent le jour au lever du soleil, ont l'avantage de savoir combien il y a de temps que le soleil est levé ; ceux qui commencent le jour au coucher, savent combien il leur reste de temps jusqu'à la fin du jour ; ce qui peut être utile dans les voyages et les différents travaux : mais les uns et les autres sont obligés de calculer pour avoir l'heure du midi et celle de minuit.

Il n'est donc pas étonnant que les différents peuples commencent différemment leur jour, puisque les raisons sont à peu-près égales de part et d'autre.

Ainsi 1°. les anciens Babyloniens, les Perses, les Syriens, et plusieurs autres peuples de l'Orient, ceux qui habitent aujourd'hui les îles Baléares, et les Grecs modernes, etc. commencent leur jour au lever du soleil.

2°. Les anciens Athéniens et les Juifs, les Autrichiens, les Bohémiens, les Marcommants, les Silésiens, les nations modernes et les Chinois, etc. le commencent au coucher du soleil.

3°. Les anciens Umbriens et les anciens Arabes, aussi-bien que les Astronomes modernes le commencent à midi.

4°. Les Egyptiens et les Romains, les François modernes, les Anglais, les Hollandais, les Allemands, les Espagnols et les Portugais, etc. à minuit.

C'était aussi à minuit que les anciens Egyptiens commençaient le jour, et même le fameux Hipparque avait introduit dans l'Astronomie cette manière de compter, en quoi il a été suivi par Copernic et par plusieurs autres astronomes ; mais la plus grande partie des astronomes modernes a trouvé plus commode de commencer à midi.

Le jour se divise en heures, comme le mois et la semaine en jours. Voyez HEURE, MOIS, SEMAINE, etc.

Sur les différentes longueurs des jours dans les différents climats, voyez CLIMAT et GLOBE.

Les Astronomes ont été divisés entr'eux sur la question, si les jours naturels sont égaux tout le long de l'année, ou non. Un professeur de Mathématiques à Séville, prétend, dans un mémoire imprimé parmi ceux des Transactions philosophiques, qu'après des observations consécutives pendant trois années, il a trouvé tous les jours égaux. M. Flamsteed dans les mêmes Transactions, réfute cette opinion, et fait voir que quand le soleil est à l'équateur, le jour est plus court de quarante secondes, que quand il est aux tropiques ; et que quatorze jours tropiques sont plus longs que quatorze jours équinoctiaux de 1/6 d'heure, ou de 10 minutes. Cette inégalité des jours vient de deux différentes causes ; l'une est l'excentricité de l'orbite de la terre, l'autre est l'obliquitté de l'écliptique. La combinaison de ces deux causes fait varier la longueur du jour ; et c'est sur cette inégalité qu'est fondée ce qu'on appelle équation du temps. Voyez EXCENTRICITE, ECLIPTIQUE et EQUATION DU TEMS. Wolf et Chambers. (O)

JOUR, (Histoire romaine) les Romains commençaient le jour à minuit ; ils partagèrent l'espace d'un minuit à l'autre en plusieurs parties, auxquelles ils donnèrent des noms pour les distinguer. Ils appelèrent le minuit inclinatio ; le temps de la nuit où les coqs ont accoutumé de chanter, gallicinium ; le point du jour, diluculum ; le midi, meridies ; le coucher du soleil, suprema tempestas ; le soir, vespera ; la nuit, prima fax, parce que l'on allume des bougies, des lampes, des flambeaux, dès que la nuit commence ; et la durée de la nuit, concubium.

Par rapport aux jours dont chaque mois est composé, ils les divisèrent en fastes, néfastes, jours de fêtes, jours ouvriers et féries. Les jours fastes étaient comme nous disons aujourd'hui les jours d'audience, les jours de palais. Les jours néfastes étaient ceux pendant lesquels le barreau était fermé. Les jours de fêtes, ceux où il n'était pas permis de travailler ; et tantôt c'était le jour entier, tantôt jusqu'à midi seulement ; et les féries qui souvent n'étaient point jours de fêtes. Voyez FASTE, NEFASTE, FERIES, etc.

Enfin pour ce qui regarde la vie privée des Romains pendant le cours de la journée. Voyez VIE PRIVEE des Romains. (D.J.)

JOUR civil des Romains, (Histoire romaine) le jour civil des Romains était divisé en plusieurs parties, auxquelles ils donnaient différents noms. La première partie était media nox, minuit : après cela venaient mediae noctis inclinatio, gallicinium, le chant du coq ; conticinium, qui était le temps le plus calme de la nuit ; diluculum, la pointe du jour ; et mane, le matin qui durait jusqu'à midi. Après midi, était meridiei inclinatio, que nous appelons vulgairement la relevée ; solis occasus, le coucher du soleil ; après cela étaient suprema tempestas, vesper, crepusculum, concubium, le temps où l'on se couche, et nox intempestas qui durait jusqu'à minuit. On divisait aussi la nuit en quatre parties que les Romains appelaient veilles, excubiae ou vigiliae. Voyez NUIT.

Parmi ces jours, il y en avait qu'on appelait festi, et d'autres profesti ; ceux-là étaient consacrés aux dieux, soit pour faire des sacrifices, soit pour célebrer des jeux en leur honneur. Ces jours de fêtes s'appelaient feriae ; il y en avait de publiques et de particulières. Voyez FETES des Romains.

Les jours qu'on nommait profesti, étaient ceux dans lesquels il était permis de vaquer aux affaires publiques et particulières ; on les partageait en jours fastes et néfastes ; les fastes étaient ceux où le préteur pouvait prononcer ces trois mots, do, dico, addico, c'est-à-dire, les jours où il était permis de rendre la justice. Les jours néfastes étaient ceux où ils ne pouvaient l'exercer, comme dans les féries, et dans les temps de la vendange et de la moisson. Il y avait aussi des jours appelés intercisi et endocisi, dans lesquels on pouvait rendre la justice à certaines heures seulement. On les trouve marqués dans les fastes par ces lettres F P et N P, qui signifient fastus prior, et nefastus prior. Quelques uns confondent mal-à-propos les jours néfastes avec ces jours où l'on se faisait un scrupule de travailler, à cause de quelque malheur arrivé à pareil jour, comme celui de la bataille d'Allia. Il est cependant vrai qu'on a donné le nom de néfastes à ces jours malheureux.

Les Romains avaient encore d'autres jours qui avaient différents noms, comme ceux qu'on appelait comitiales, pendant lesquels on tenait les comices, et les jours de marché appelés nundinae ou novendinae, parce qu'ils revenaient tous les neuf jours. Les habitants de la campagne venaient à la ville ces jours de marché, pour y porter des denrées, pour y recevoir des lais, et même pour y travailler à leurs procès, depuis la loi hortensia ; car jusques là ces jours avaient été néfastes.

Les jours qu'on nommait proeliares, étaient ceux où il était permis de répeter son bien, et d'attaquer ses adversaires ; les jours qui leur étaient opposés, s'appelaient non proeliares : c'était, par exemple, les jours noirs et funestes, dies atri, qui arrivaient tous les lendemains des kalendes, des ides et des nones de chaque mois ; car le peuple s'imaginait ridiculement qu'il y avait quelque chose de funeste dans le mot post qui servait à exprimer ce que nous appelons le lendemain. Ainsi tous les jours malheureux se nommaient chez les Romains, comme chez les Grecs, des jours noirs. Les jours heureux au contraire étaient appelés blancs chez ces deux peuples.

On ne pouvait, dans ces jours malheureux, travailler publiquement à aucune affaire ; cependant on doit les distinguer des jours néfastes ; car les féries étaient des jours néfastes, et non des jours malheureux. Les jours appelés inominales, étaient tous les quatriemes jours avant les kalendes, les ides et les nones de chaque mois, et quelques féries.

On trouve dans le droit romain, des jours qu'on nomme comperendini, qui étaient ceux où l'on assignait son adversaire à comparaitre pour le surlendemain de la première audience ; d'autres appelés stati, qui étaient pour terminer ses affaires avec l'étranger, et d'autres enfin qui portaient le nom de justi, c'est-à-dire, trente jours complets, accordés par une loi des douze tables à celui qui avait avoué son crime, ou à celui qui avait été condamné, afin de lui donner la facilité de trouver la somme d'argent qu'il était obligé de payer, ou de satisfaire de quelqu'autre manière à la sentence du juge. (D.J.)

JOUR, (Iconolog.) les anciens qui représentaient en figure tout ce qu'ils croyaient pouvoir en être susceptible, donnèrent une image au jour considéré en lui-même, et sans aucun rapport ni à l'année, ni au mois, ni à la semaine, dont il fait partie. Athénée, dans sa description d'une magnifique pompe d'Antiochus Epiphane, dit qu'on y voyait des statues de toutes les sortes, jusqu'à celles du jour et de la nuit, de l'aurore et du midi.

Comme le nom grec du jour est féminin, le jour était peint en femme, et non-seulement le jour, mais aussi ses parties étaient aussi personnifiées suivant leur genre.

Le crépuscule,

Tempus,

Quod tu, nec tenebras nec possis dicère lucem,

Sed cum luce tamen, dubiae confinia noctis,

le crépuscule, dis-je, était peint en jeune garçon, qui tenait une torche, et qui avait un grand voile étendu sur la tête, mais un peu reculé en arrière ; voilà ce qui désignait que le crépuscule participait à la lumière et aux ténèbres, au jour et à la nuit ; et c'est aussi ce que signifie la torche qu'il tenait à la main ; car au point du jour, il fait un peu clair, mais si peu, qu'on a encore besoin d'un flambeau qui éclaire.

L'aurore aux doigts de rose, et croceo velamine fulgens, se peignait en femme ayant un grand voile, et étant trainée dans un char à deux chevaux ; le voile qu'elle portait sur sa tête, était fort reculé en arrière, ce qui marque que la clarté du jour est déjà assez grande, et que l'obscurité de la nuit se dissipe.

Le midi, quùm medio sol aureus splendet olympo, était aussi peint en femme, à cause qu'il est du genre féminin dans la langue grecque.

Le soir ou le vesper, infuscans terras jam croceo noctis amictu, était peint en homme qui tenait le voile sur sa tête, mais un peu en arrière, parce que l'obscurité de la nuit ne se répand qu'insensiblement, et laisse assez longtemps de la clarté pour se conduire encore.

Enfin le crépuscule du soir était représenté comme celui du matin, par un petit garçon qui porte un voile sur la tête ; mais il n'a point de flambeau ; il lui serait inutile, puisqu'il Ve se perdre dans les ténèbres de la nuit ; il tient de ses deux petites mains les rênes d'un des chevaux du char de Diane, prise pour la lune, et qui court se précipiter aussi dans les ondes de l'Océan, hesperias abiturus in undas. Dict. Mythol. (D.J.)

JOUR heureux et malheureux, (Litt. anc. et moderne) quelque ridicule que soit l'idée qu'il y ait dans la nature des jours plus heureux ou plus malheureux les uns que les autres, il n'en est pas moins vrai que de temps immémorial, les plus célébres nations du monde, les Chaldéens, les Egyptiens, les Grecs et les Romains, ont également donné dans cette opinion superstitieuse, dont tout l'Orient est encore convaincu.

Les rois d'Egypte, selon Plutarque, n'expédiaient aucune affaire le troisième jour de la semaine, et s'abstenaient ce jour-là de manger jusqu'à la nuit, parce que c'était le jour funeste de la naissance de Typhon. Ils tenaient aussi le dix septième jour pour infortuné, parce qu'Osiris était mort ce jour-là. Les Juifs poussèrent si loin leur extravagance à cet égard, que Moyse mit leurs recherches au rang des divinations, dont Dieu leur défendait la pratique.

Si je passe aux Grecs, je trouve chez eux la liste de leurs jours apophrades ou malheureux, ce qui a fait dire plaisamment à Lucien, en parlant d'un fâcheux de mauvaise rencontre, qu'il ressemblait à un apophrade. Le jeudi passait tellement pour apophrade chez les Athéniens, que cette superstition seule fit longtemps différer les assemblées du peuple qui tombaient ce jour-là. Le poème d'Hésiode sur les travaux rustiques, écrit dans le onzième siècle avant J. C. fait une espèce de calendrier des jours heureux, où il importe de former certaines entreprises, et de ceux où il convient de s'en abstenir ; il met surtout dans ce nombre le cinquième jour de chaque mois, parce qu'ajoute-t-il, ce jour-là les furies infernales se promenent sur la terre. Virgile a saisi cette fiction d'Hésiode, pour en parer ses géorgiques. " N'entreprenez rien, dit-il, le cinquième jour du mois, c'est celui de la naissance de Pluton et des Euménides ; en ce jour la terre enfanta Japet, le géant Cée, le cruel Tiphée, en un mot, toute la race impie de ces mortels qui conspirèrent contre les dieux ". Mais Hésiode, pour consoler son pays, mit au rang des jours heureux le septième, le huitième, le neuvième, le onzième et le douzième de chaque mois.

Les Romains nous font assez voir par leur calendrier la ferme créance qu'ils avaient de la distinction des jours. Ils marquèrent de blanc les jours heureux, et de noir ceux qu'ils réputaient malheureux ; tous les lendemains des kalendes, des nones et des ides, étaient de cette dernière classe. L'histoire nous en a conservé l'époque et la raison.

L'an de Rome 363, les tribuns militaires, voyant que la république recevait toujours quelque échec, requirent qu'on en recherchât la cause. Le sénat ayant mandé le devin L. Aquinius, il répondit que lorsque les Romains avaient combattu contre les Gaulois, près du fleuve Allia, avec un succès si funeste, on avait fait aux dieux des sacrifices le lendemain des ides de Juillet ; et qu'à Crémère les Fabiens furent tous tués, pour avoir combattu le même jour ; sur cette réponse, le sénat, de l'avis du collège des pontifes, défendit de rien entreprendre à l'avenir contre les ennemis le lendemain des kalendes, des nones et des ides ; chacun de ces jours fut nommé jour funeste, dies atra, nefandus, inauspicatus, inominalis, aegyptiacus dies.

Vitellius ayant pris possession du souverain pontificat le quinzième des kalendes d'Aout, et ayant ce même jour fait publier de nouvelles ordonnances, elles furent mal reçues du peuple, disent Suétone et Tacite, parce que tel jour étaient arrivés les desastres de Crémère et d'Allia.

Il y avait quelques autres jours estimés malheureux par les Romains ; tels étaient le jour du sacrifice aux mânes, celui des lémuries, des féries latines et des saturnales, le lendemain des volcanales, le quatrième avant les nones d'Octobre, le sixième des ides de Novembre, les nones de Juillet, appelées caprotines, le quatrième avant les nones d'Aout, à cause de la défaite de Cannes, et les ides de Mars, par les créatures de Jules-César.

On juge bien qu'outre ces jours-là il y en avait d'autres que chacun estimait malheureux par rapport à soi-même. Auguste n'entreprenait rien d'important le jour des nones ; et quantité de particuliers avaient une folie pareille sur le quatrième des calendes, des nones et des ides.

Plusieurs observations historiques, superstitieusement recueillies, ont contribué à favoriser, avec tant d'autres erreurs, celle des jours heureux et malheureux. Joseph remarque que le temple de Salomon avait été brulé par les Babyloniens le 8 Septembre, et qu'il le fut une seconde fois au même jour et au même mois par Titus. Aemilius Probus débite que Timoléon le corinthien gagna toutes ses victoires le jour de sa naissance.

Aux exemples tirés de l'antiquité, on en joint d'autres puisés dans l'histoire moderne. On prétend que Charles-Quint fut comblé de toutes ses prospérités le jour de S. Matthias. Henri III, nous dit-on, fut élu roi de Pologne, ensuite roi de France, le jour de la pentecôte, qui était aussi celui de sa naissance. Le pape Sixte V. aimait le mercredi sur tous les jours de la semaine, parce qu'il prétendait que c'était le jour de sa naissance, de sa promotion au cardinalat, de son élection à la papauté, et de son couronnement. Louis XIII. assurait que tout lui réussissait le vendredi. Henri VII, roi d'Angleterre, était attaché au samedi, comme au jour de tous les bonheurs qu'il avait éprouvés.

Mais rien ne serait si facile que d'apporter encore un plus grand nombre de faits, qui prouveraient l'indifférence des jours pour la bonne ou mauvaise fortune, s'il s'agissait de combattre par des exemples des préventions superstitieuses, contraires au bon sens et à la raison. On remarqua, dit Dion Cassius, l. XLII. que Pompée fut assassiné en Egypte le même jour qu'il avait autrefois triomphé des Pirates et de Mithridate, et l'on ajoutait encore que c'était celui de sa naissance. Le même jour, dit Guichardin, que Léon X. fut sacré avec une pompe merveilleuse, il avait été fait misérablement prisonnier un an auparavant. Reconnaissons donc avec un ancien, qu'une même journée nous peut être également mère et marâtre, et que ceux conséquemment qui se sont moqués du choix superstitieux de certains jours, ont eu par-là un grand avantage pour le succès de leurs entreprises, sur ceux qui ont été assez crédules pour s'y assujettir.

Alexandre le grand, bien instruit sur ce point par Aristote son précepteur, se moqua spirituellement de quelques-uns de ses capitaines qui lui représentaient sur le bord du Granique, que jamais les rois de Macédoine ne mettaient leurs armées en campagne au mois de Juin, et qu'il devait craindre le mauvais augure qu'on pouvait tirer s'il négligeait de suivre l'ancien usage. " Il faut bien y remédier, répondit-il en souriant ; et j'ordonne aussi pour cela que ce Juin, que l'on craint tant, soit nommé le second mois de Mai. " Il sut encore insister si adroitement auprès de la Sybille du temple de Delphes, qui lui refusait de consulter le dieu un jour réputé malheureux, qu'elle lui dit enfin, en cédant à ses instances, qu'il voulait faire paraitre jusques sur le seuil du temple de Delphes qu'il était invincible. " Cet oracle me suffit, répartit joliment Alexandre ; je n'en peux recevoir de plus clair ni de plus favorable ",

C'est sur le même ton que Luculle répondit à ceux qui tâchaient de le dissuader de combattre contre Tigranes aux nones d'Octobre, parce qu'à pareil jour l'armée de Cépion fut taillée en pièces par les Cimbres ; " et moi, dit-il, je vais le rendre de bon augure pour les Romains ". Il attaqua le roi d'Arménie et le vainquit.

Dion de Syracuse se conduisit de même vis-à-vis de Denis de Syracuse ; il lui livra bataille le jour d'une éclipse de lune, qui était réputé un jour funeste, et remporta la victoire. C'en est assez sur les anciens.

Quoique la distinction des jours heureux et malheureux paraisse présentement aussi absurde qu'elle l'est en effet, je doute fort que tous les hommes en soient également désabusés : quand je considère d'un côté tant de choses propres à nourrir cette erreur, qui sont toujours en usage, et que je vois régner dans la cour des monarques, chez ces grands qui tonnent sur nos têtes, comme parmi le petit peuple qu'ils vexent, des opinions aussi puériles, aussi superstitieuses que celle-ci, et qui même y ont un très-grand rapport : je crois alors fermement que dans tous les siècles et dans tous les lieux la superstition a des droits qui peuvent bien changer de forme, mais qui ne seront jamais entièrement détruits.

Il y a dans le mercure de Juin 1688 un discours contre la superstition populaire des jours heureux et malheureux : cela n'est pas étonnant ; mais le singulier, c'est que ce discours est de François Malaval, fameux écrivain mystique, qui donna dans toutes les extravagances du mysticisme. L'esprit humain, tantôt sage, tantôt fou, adopte également l'erreur et la vérité pêle-mêle. Ce Malaval devint aveugle à neuf mois, et mourut en 1719 à 82 ans. (D.J.)

JOURS de férie, (Histoire ecclésiastique) dies feriales ou feriae, signifiaient chez les anciens des jours consacrés à quelque fête, et pendant lesquels on ne travaillait point, du verbe latin feriari, être aisif, chommer, fêter.

Ce mot a totalement changé d'acception, et signifie présentement les jours de travail, par opposition au dimanche et aux fêtes chommées, comme on voit dans le statut 27 d'Henri VI, chap. Ve et dans Fortesme de laudibus leg. Angliae.

Le pape S. Sylvestre ordonna que sabbati et dominici die retento, reliquos hebdomadae dies feriarum nomine distinctos, ut jam ante in ecclesia vocari caeperant, appelari. De-là vient que dans les brefs ou calendriers ecclésiastiques, le lundi, mardi, mercredi, jeudi et vendredi sont désignés par les noms de feria prima, secunda, tertia, quarta, quinta et sexta.

JOURS maigres, (Théologie) jours où par un précepte de l'Eglise on ne doit point manger de viande. Voyez ABSTINENCE.

JOURS critiques, (Histoire moderne) dies critici. Voyez CRITIQUES.

JOURS, (Médecine) pairs, impairs, principaux, radicaux ou critiques, indices ou indicateurs, intercalaires, vides, etc. Voyez la doctrine médicinale sur les jours à l'article CRISE.

JOUR DE L'AN, (Histoire ancienne) ou premier jour de l'année, a fort varié chez différents peuples par rapport au temps de sa célébration, mais il a toujours été en grande vénération.

Chez les Romains le premier et le dernier jour de l'an étaient consacrés à Janus ; ce qui a été cause qu'on le représente avec deux visages.

C'est des Romains que nous tenons cette coutume si ancienne des compliments du nouvel an. Avant que ce jour fût écoulé ils se faisaient visite les uns les autres, et se donnaient des présents accompagnés de vœux réciproques. Lucien parle de cette coutume comme très-ancienne, et la rapporte au temps de Numa. Voyez ETRENNES, VOEUX, etc.

Ovide a cette même cérémonie en vue dans le commencement de ses fastes :

Postera lux oritur, linguisque animisque favete :

Nunc dicenda bono sunt bona verba die.

Et Pline plus expressément liv. XXVIII, chap. j. Primum anni incipientis diem laetis precationibus invicem faustum ominantur.

JOURS ALCYONIENS, (Histoire ancienne) phrase que l'on trouve souvent dans les auteurs pour exprimer un temps de paix et de tranquillité.

Cette expression tire son origine d'un oiseau de mer, que les Naturalistes appellent alcyon, et qui, selon eux, fait son nid vers le solstice d'hiver, pendant lequel le temps est ordinairement calme et tranquille.

Les jours alcyoniens, suivant l'ancienne tradition, arrivent sept jours avant et sept jours après le solstice d'hiver ; quelques uns appellent ce temps-là l'été de S. Martin ; et le calme qui règne dans cette saison engage les alcyons à faire leur nid et à couver leurs œufs dans les rochers qui sont au bord de la mer.

Columella appelle aussi jours alcyoniens le temps qui commence au 8 des calendes de Mars, parce qu'on observe qu'il règne pour lors un grand calme sur l'océan atlantique.

JOURS, GRANDS-JOURS, (Jurisprudence) ou HAUTS-JOURS, étaient une espèce d'assise extraordinaire, ou plutôt une commission pour tenir les plaids généraux du roi dans les provinces les plus éloignées.

Il ne faut pas s'imaginer que ces sortes d'assises aient été ainsi nommées parce qu'on les tenait dans les plus longs jours de l'année, car on les tenait plusieurs fois l'année et en différents temps ; on les appela grands jours, pour dire que c'était une assise extraordinaire où se traitaient les grandes affaires.

Les grands jours royaux furent établis pour juger en dernier ressort les affaires des provinces les plus éloignées, et principalement pour informer des délits de ceux que l'éloignement rendait plus hardis et plus entreprenans ; on les tenait ordinairement de deux en deux ans.

Ils étaient composés de personnes choisies et députées par le roi à cet effet, tels que les commissaires appelés missi dominici, que nos rois de la première et de la seconde race envoyaient dans les provinces pour informer de la conduite des ducs et des comtes, et des abus qui pouvaient se glisser dans l'administration de la justice et des finances contre l'ordre public et général.

Les grands-jours les plus anciens qui aient porté ce nom, sont ceux que les comtes de Champagne tenaient à Troie. ; et ce fut à l'instar de ceux-ci que les assemblées pareilles qui se tenaient au nom du roi furent aussi nommées grands-jours.

La séance même du parlement, lorsqu'il était encore ambulatoire, était nommée grands-jours. Les parlements de Toulouse, Bordeaux, Bretagne, et quelques autres tenaient aussi leurs grands-jours.

Depuis que les parlements ont été rendus sédentaires, les grands-jours n'ont plus été qu'une commission d'un certain nombre de juges tirés du parlement pour juger en dernier ressort toutes affaires civiles et criminelles par appel des juges ordinaires des lieux, mêmes les affaires criminelles en première instance.

Les derniers grands-jours royaux sont ceux qui furent tenus en 1666 à Clermont en Auvergne, et au Puy en Velai pour le Languedoc.

Nos rois accordèrent aux princes de leur sang le droit de faire tenir des grands jours dans leurs apanages et pairies ; mais l'appel de ces grands-jours ressortissait au Parlement, à moins que le roi ne leur eut octroyé spécialement le droit de juger en dernier ressort.

Plusieurs seigneurs avaient aussi droit de grands-jours, où l'on jugeait les appelations interjetées des juges ordinaires, des crimes qui se commettaient par les baillifs et sénéchaux et autres juges dépendants du seigneur. Ces grands jours seigneuriaux ont été abolis par l'ordonnance de Roussillon, qui défend à tout seigneur d'avoir deux degrés de juridiction en un même lieu : quelques pairs en font cependant encore assembler, mais ils ne jugent pas en dernier ressort.

Nous allons donner quelques notions sommaires des grands-jours dont il est le plus souvent fait mention dans les ordonnances et dans les histoires particulières.

Grands-jours d'Angers ou du duc d'Anjou, étaient pour l'apanage du duc d'Anjou ; ils furent accordés par Charles V. à Louis son frère, duc de Tours et d'Anjou, avec faculté de les tenir, soit à Paris ou dans telle ville de ses duchés qu'il voudrait. Louise de Savoye, mère du roi François I, fit en 1516 ériger des grands-jours en la ville d'Angers ; on en tint aussi pour le roi dans cette ville en 1539.

Grands-jours d'Angoulême étaient ceux des comtes d'Angoulême. Voyez le recueil de Blanchard à la table.

Grands-jours de l'archevêque de Rouen, ou hauts-jours, étaient une assise majeure qui se tenait en son nom. Un Arrêt du parlement de Rouen du 2 Juillet 1515 ordonna qu'ils se serviraient du terme de hauts-jours, et non d'échiquier. Voyez le recueil d'arrêts de M. Froland, pag. 34.

Grands-jours d'Auvergne, sont ceux qui se tinrent dans cette province, tant à Clermont et Montferrand, qu'à Riom. Il y en eut à Montferrand en 1454, et sous Louis XI. en 1481, tant pour l'Auvergne que pour le Bourbonnais, Nivernais, Lyonnais, Forez, Beaujolais et la Marche ; ils s'ouvrirent à Montferrand : on les y tint encore en 1520, et à Riom en 1542 et 1546. Voyez Grands-jours de Berry.

Grands-jours de Beaumont ; il est parlé des grands-jours de ce comté dans des lettres de Charles VI. du 6 Mai 1403.

Grands-jours de Beaune ou de Bourgogne, étaient ceux qui se tenaient pour la province de Bourgogne avant l'érection du parlement de Dijon : ils jugeaient sans appel.

Grands-jours de Berry ou du duc de Berry. Jean I, duc de Berry, eut le droit de faire tenir les grands-jours pour juger les appelations que l'on interjetait du sénéchal de Poitou et d'Auvergne, du bailli de Berry et de ses autres juges inférieurs dont il est parlé dans Joannes Galli, quest. 250, et dans les anciennes ordonnances.

Grands jours de Bourbonnais, voyez Grands jours d'Auvergne et Grands-jours de Moulins.

Grands-jours de Bourgogne, voyez Grands-jours de Beaune.

Grands jours du duc de Bretagne ; on donnait quelquefois ce nom au parlement de cette province avant qu'il fût sédentaire, comme on peut voir par l'ordonnance de Charles VIII. de l'an 1495.

Grands-jours de Champagne, voyez Grands-jours de Troie..

Grands-jours de Brie ; le duc d'Orléans, frère de Charles VI, y en faisait tenir. Voyez les lettres de 1403.

Grands jours de Châtelleraut, voyez le recueil de Blanchard.

Grands-jours de Clermont en Auvergne, voyez Grands-jours d'Auvergne.

Grands-jours de Clermont en Beauvaisis, voyez le recueil de Blanchard.

Grands-jours de Dombes ; le parlement de cette principauté, qui tenait anciennement ses séances à Lyon par emprunt de territoire, devait aller tenir ses grands-jours en Dombes deux fois l'année, suivant un édit de Louis III, prince souverain de Dombes, du mois de Septembre 1571.

Grands-jours de Limoges, voyez le recueil de Blanchard.

Grands-jours de Lyon furent tenus en 1596.

Grands jours du comté du Maine, étaient ceux qu'y faisait tenir le duc d'Anjou, comte du Maine, auquel ils avaient été accordés par des lettres de 1371.

JOURS (grands) La cour des grands-jours de la ville de S. Michel en Lorraine, était déjà établie en 1380. Il y a sur ce tribunal une ordonnance de René d'Anjou, duc de Lorraine, du 4 Mars 1449. Le duc Charles III. en confirma l'établissement sous le titre de cour de parlement et grands-jours de saint Michel, le 8 Octobre 1571. Le 3 Décembre 1573 il en régla les fonctions. Il y a une ordonnance du même prince touchant l'appel des sentences de la cour des grands-jours de S. Michel, du 8 Octobre 1607. Louis XIII. supprima ces grands-jours en 1635, temps auquel il occupait la Lorraine par ses armes.

Grands-jours de Montferrand, voyez Grands-jours d'Auvergne.

Grands-jours du duché de Montmorency, c'étaient ceux que les seigneurs de Montmorency faisaient tenir dans leur pairie. Voyez les lettres-patentes citées par Blanchard à la table.

Grands-jours de Moulins furent tenus en 1534, 1540 et 1550.

Grands-jours de Normandie ; les ducs de cette province en faisaient tenir, soit à Rouen, ou même quelquefois à Paris ; on les appelait les hauts-jours. Voyez le recueil d'arrêts de M. Froland, pag. 74.

Grands-jours d'Orléans, c'était le duc d'Orléans qui les faisait tenir dans son apanage : il en est parlé dans des lettres de Charles VI. du 6 Mai 1403.

Grands-jours de Paris ; Charles le Bel ordonna que l'on en tint dans cette ville, et que l'on y fit la recherche des criminels.

Grands-jours de Poitiers ou des comtes de Poitou, furent tenus en 1454, 1531, 1541, 1567, 1579 et 1634.

Grands-jours des reines, étaient ceux qui leur étaient accordés dans les terres qu'on leur donnait pour leur douaire : il en est fait mention dans l'ancien style du parlement, chap. 23.

Grands-jours de Riom, voyez Grands-jours d'Auvergne.

Grands-jours de Saissons, étaient ceux du comte de Saissons. Voyez le recueil de Blanchard à la table.

Grands-jours de Tours ; le parlement de Paris en tint dans cette ville en 1519, 1533, 1547.

Grands-jours de Troie., appelés aussi la cour de Champagne, étaient des assises publiques et générales que les comtes de Champagne tenaient à Troie., pour juger en dernier ressort les affaires majeures et celles qui étaient dévolues par appel des assises des bailliages, et principalement les causes des barons de Champagne, lesquels relevaient immédiatement du comté. Cette prérogative fut accordée aux comtes de Champagne à cause de leur dignité de palatins. Leurs grands-jours se tenaient trois ou quatre fois l'année ; ils étaient composés d'un certain nombre de juges choisis dans l'ordre de la noblesse ; on y appelait les causes selon le rang des bailliages ; on y observait les formes judiciaires, c'est-à-dire qu'on les jugeait par enquêtes ou par plaids, selon la nature de l'affaire. Quand ces jugements pouvaient servir de règlements, on les insérait dans le recueil des coutumes de Champagne. Depuis que Philippe le Bel eut réuni cette province à la couronne, les grands-jours de Troie. se tenaient en son nom, comme comte de Champagne ; il ordonna en 1302 que ces grands-jours se tiendraient deux fois l'année : le roi y envoyait huit députés du parlement, entre lesquels étaient plusieurs prélats ; ils renvoyaient au parlement de Paris les affaires dont la connaissance pouvait l'intéresser. Voyez les mémoires de Pithou.

Grands-jours de Valais ; le duc d'Orléans y en faisait tenir, suivant ce qui est dit dans des lettres de Charles VI. du 6 Mai 1403.

Grands-jours de Vertus ; Charles VI, par des lettres du 6 Mai 1403, accorda au duc d'Orléans son frère le droit d'y faire tenir des grands-jours.

Grands-jours d'Yvetot, ou hauts-jours d'Yvetot ; ce droit fut confirmé aux seigneurs d'Yvetot par des lettres de Louis XI. de 1464. Voyez la dissertation de l'abbé de Vertot sur le royaume d'Yvetot.

Voyez le glossaire de Ducange au mot dies ; celui de Laurière au mot jours. Fontanon, tom. I. liv. I. tit. 17. (A)

JOUR dans le commerce de lettres de change, marque le temps auquel une lettre doit être acquittée.

On dit qu'une lettre de change est payable à jour préfix, à jour nommé, lorsque le jour qu'elle doit être payée est exprimé et fixé dans la lettre de change. Les lettres à jour préfix ne jouissent point du bénéfice des dix jours de faveur ou de grâce. Voyez FAVEUR et JOURS DE GRACE.

Une lettre de change à deux, à quatre, à six jours de vue préfixe, est celle qui doit être payée deux, quatre ou six jours après celui de son acceptation. Voyez LETTRE DE CHANGE et ACCEPTATION. Diction. de commerce.

JOURS DE GRACE, en terme de Commerce, c'est un nombre de jours accordé par la coutume pour le payement d'une lettre de change lorsqu'elle est dû., c'est-à-dire lorsque le temps pour lequel elle a été acceptée est expiré. Voyez LETTRE DE CHANGE, CHANGE et FAVEUR.

En Angleterre on accorde trois jours de grâce, en sorte qu'une lettre de change acceptée pour être payée, par exemple, dans dix jours à vue, peut n'être payée que dans treize jours. Par toute la France l'on accorde dix jours de grâce ; autant à Dantzick ; huit à Naples ; six à Venise, à Amsterdam, à Rotterdam, à Anvers ; quatre à Francfort ; cinq à Leipsic ; douze à Hambourg ; six en Portugal ; quatorze en Espagne ; trente à Genes, etc. Remarquez que les dimanches et les fêtes sont compris dans le nombre des jours de grâce. Voyez ACCEPTATION.

JOUR NOMME, (Commerce) bateau de diligence, dont le maître s'est obligé d'arriver à certain jour préfix dans le port de sa destination, à peine de diminution de la moitié du prix porté par sa lettre de Voiture. Dictionnaire de Commerce.

JOUR DE PLANCHE, (Commerce) on nomme ainsi à Amsterdam et dans les autres villes maritimes des Provinces unies, le séjour que le maître ou batelier d'un bâtiment freté par des marchands, est obligé de faire dans le lieu de son arrivée ; sans qu'il lui soit rien dû au-delà du fret. On convient ordinairement de ces jours de planche par la charte partie, à-moins qu'ils ne soient fixés ou par l'usage ou par des règlements. A Rotterdam, par exemple et aux environs, les bateliers sont obligés de donner trois jours de planche ; ceux de Brabant, Flandres, Zélande, et des autres villes également distantes d'Amsterdam, en donnent cinq ou six, suivant la grandeur du bâtiment ; mais si après ces jours de planche ou réglés ou convenus, le bâtiment reste encore chargé, le marchand paye tant par jour par proportion à sa grandeur, ou au prix accordé pour le fret. Dictionnaire de Commerce.

JOUR, JOURNAL, (Arpentage) grande mesure des héritages : cette dénomination est fort en usage en Lorraine ; on y dit pour les terres labourables jours, journaux ; pour les prés fauchés, et pour les forêts arpent : ce n'est cependant qu'une même mesure ; elle est communément dans ce pays de 250 taises de Lorraine. Cette taise a de longueur 10 pieds de Lorraine, le pied 10 pouces, le pouce 10 lignes ; ce qui fait environ huit pieds neuf pouces dix lignes, mesure de roi.

JOUR, terme d'Architecture ; ce mot s'entend de toute ouverture faite dans les murs par où l'on reçoit de la lumière, et qu'on nomme aussi baye ou bée.

Jour droit, celui d'une fenêtre à hauteur d'appui.

Faux-jour, celui qui éclaire quelque petit lieu, comme une garde-robe, un retranchement, un petit escalier.

Jour d'en-haut, celui qui est communiqué par un abat-jour qui ne reçoit le jour que par le dôme, un soupirail, une lucarne faitière de grenier, généralement tout jour qui est pris à six ou sept pieds de haut ou plus.

Jour-à-plomb, celui qui vient directement par-en-haut, comme au Panthéon à Rome.

Jour de coutume, voyez VUE DE COUTUME.

Jour d'escalier, c'est le vide ou l'espace carré ou rond qui reste entre les limons droits ou rampans de bois ou de pierre, sur lesquels est portée la rampe de fer.

JOUR, terme d'Horlogerie ; c'est un espace qu'on laisse entre deux roues qui passent l'une sur l'autre, ou entre les platines et ces roues, pour empêcher qu'elles ne se touchent. Les jours de la grande roue moyenne avec la platine des piliers et la grande roue, et du barrillet avec la platine du dessus et la grande roue, ne doivent pas être trop considérables, ou, pour parler comme les Horlogers, doivent être bien ménagés ; afin de conserver au barrillet, et par conséquent au grand ressort, le plus de hauteur qu'il est possible.

JOUR, (Peinture) on dit qu'un tableau est dans son jour, lorsque la lumière qui fait qu'on le voit vient du même côté que celle qui éclaire les objets peints dans ce tableau.

Il y a des auteurs qui prétendent qu'on appelle jour, les endroits les plus éclairés d'un tableau, mais on ne se sert point de cette expression : on dit la lumière, les lumières d'un tableau, et non les jours d'un tableau.

JOURS, (Rubanier) ouvrage à jour, terme plus propre au galon qu'à tout autre ouvrage, puisqu'il n'y a presque que le galon qui soit susceptible de pareil travail ; rarement on en ménage sur les rubans figurés ; les jours sont des ornements pratiqués dans les desseins, qui laissent effectivement à jour les espaces qu'ils doivent représenter ; ces jours sont appelés corps séparés, parce qu'ils sont travaillés chacun séparément et l'un après l'autre par autant de navettes différentes ; ce qui fait qu'il y a des ouvrages à 10 ou 12 et même 25 ou 26 navettes, quand les jours sont pratiqués l'un à côté de l'autre ; il faut avoir soin de ne travailler que quelques coups de navette sur chacun de ces corps séparés tant qu'il y en a, afin que le battant puisse frapper le plus également qu'il est possible ces coups de navette ; autrement si on rachevait entièrement le jour, qui est quelquefois de beaucoup de ces coups, et que l'on passât ensuite à un autre, l'épaisseur de ce premier qui vient d'être fait, empêcherait que le battant ne frappât régulièrement les autres coups qui restent à faire.