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Catégorie : Philosophie & Logique
S. m. pl. (Philosophie et Logique) ce sont les qualités qu'un être peut avoir et n'avoir pas, sans que pour cela son essence soit changée ou détruite. Ce sont des manières d'être, des façons d'exister, qui changent, qui disparaissent, sans que pour cela le sujet cesse d'être ce qu'il est. Un corps peut être en repos ou en mouvement, sans cesser d'être corps ; le mouvement et le repos sont donc des modes de ce corps ; ce sont ses manières d'être.

On donne quelquefois le nom d'accident à ce que nous appelons des modes ; mais cette expression n'est pas propre, en ce qu'elle donne l'idée de quelque chose qui survient à l'être et qui existe sans lui ; ou c'est cette manière de considérer deux êtres ensemble, dont l'un est mode de l'autre. Voyez l'art. ACCIDENT, comme sur la distinction des attributs et des modes voyez aussi l'article ATTRIBUT.

Tout ce qui existe a un principe ou une cause de son existence. Les qualités essentielles n'en reconnaissent point d'autre que la volonté du créateur. Les attributs découlent des qualités essentielles, et les modes ont leur cause dans quelque mode antécédent, ou dans quelque être différent de celui dans lequel ils existent, ou dans l'un et l'autre ensemble. Penser à une chose plutôt qu'à une autre, est une manière d'être qui vient ou d'une pensée précédente, ou d'un objet extérieur, ou de tous les deux à la fais. La perception d'un objet se liant avec ce que nous avions dans l'esprit un moment auparavant, occasionne chez nous une troisième idée.

Il ne faut pas confondre avec les modes leur possibilité, et ceci a besoin d'explication. Pour qu'un sujet soit susceptible d'un certain mode, il faut qu'il ait au préalable certaines qualités, sans lesquelles on ne saurait comprendre qu'il puisse être revêtu de ce mode. Or ces qualités nécessaires au sujet pour recevoir le mode, sont ou essentielles, ou attributs, ou simples modes. Dans les deux premiers cas, le sujet ayant toujours ses qualités essentielles et ses attributs, est toujours susceptible et prêt à recevoir le mode ; et sa possibilité étant elle-même un attribut, est par cela même prochaîne. Dans le troisième cas, le sujet ne peut être revêtu du mode en question, sans avoir acquis auparavant les modes nécessaires à l'existence de celui-ci : la possibilité en est donc éloignée, et ne peut être regardée elle-même que comme un mode.

Il faut des exemples pour expliquer cette distinction. Un corps est mis en mouvement ; pour cela, il ne lui faut qu'une impulsion extérieure assez forte pour l'ébranler. Il a en lui-même et dans son essence tout ce qu'il faut pour être mu. Sa mobilité ou la possibilité du mouvement est donc prochaîne, c'est un attribut.

Pour que ce corps roule en se mouvant, il ne suffit pas d'une action extérieure ; il faut encore qu'il ait de la rondeur ou une figure propre à rouler. Cette figure est un mode ; c'est une possibilité de mode éloignée. Elle est éloignée dans un bloc de marbre, et elle devient prochaîne dans une boule, puisque la rondeur, simple mode dans le bloc de marbre, est attribut dans la boule.

Cette distinction fait voir que la possibilité de modes éloignés peut être attachée ou détachée du sujet sans qu'il périsse, puisque ce ne sont que des modes ; au-lieu que les possibilités prochaînes étant des attributs, elles sont inséparablement annexées au sujet. On ne saurait concevoir un corps sans mobilité ; mais on le conçoit si plat qu'il ne saurait rouler. Modifier un être, c'est le revêtir de quelques modes qui sans en altérer l'essence, lui donnent pourtant de nouvelles qualités, ou lui en font perdre. Ces modifications peuvent arriver sans que l'être pour cela soit changé ni détruit. Un corps peut recevoir diverses situations ; il peut garder la même place, ou passer sans cesse d'une place dans une autre ; il peut prendre successivement toutes sortes de figures, sans devenir différent de ce qu'il est, sans que son essence soit détruite. Ces modifications sont simplement des changements de relation, soit externes, soit internes. Malgré ces variations, l'être subsiste : et c'est en tant que subsistant, quoique sujet à mille et mille modifications, que nous le nommons substance. Voyez l'article SUBSTANCE. Sur quoi nous nous contenterons de dire que l'idée de la substance peut servir à rendre plus nette et plus complete l'idée du mode qui la détermine à être d'une certaine manière.

MODE (Logique) Des modes et des figures des syllogismes. On appelle mode en Logique la disposition de trois propositions, selon leur quantité et leur qualité.

Figure est la disposition du moyen terme avec les termes de la conclusion.

Or on peut compter combien il peut y avoir de modes concluans : car par la doctrine des combinaisons, 4 termes comme A, E, I, O, étant pris trois à trois, ne peuvent être différemment arrangés qu'en 64 manières. Mais de ces 64 diverses manières, ceux qui voudront prendre la peine de les considérer chacune à part, trouveront qu'il y en a

28 excluses par la troisième et la sixième règle, qu'on ne conclut rien de deux négatives et de deux particulières :

18 Par la cinquième, que la conclusion suit la plus faible partie :

6 par la quatrième, qu'on peut conclure négativement de deux affirmatives :

1, savoir I, E, O, par le troisième corollaire des règles générales :

1, savoir A, E, O, par le sixième corollaire des règles générales.

Ce qui fait en tout 54 ; et par conséquent il ne reste que dix modes concluans :

Mais de-là il ne s'ensuit pas qu'il n'y ait que dix espèces de syllogismes, parce qu'un seul de ces modes en peut faire diverses espèces, selon l'autre manière d'où se prend la diversité des syllogismes, qui est la différente disposition des trois termes que nous avons dit s'appeler figure.

Or cette disposition des trois termes ne peut regarder que les deux premières propositions, parce que la conclusion est supposée avant qu'on fasse le syllogisme pour la prouver ; ainsi le moyen ne pouvant s'arranger qu'en quatre manières différentes avec deux termes de la conclusion, il n'y a aussi que quatre figures possibles.

Car ou le moyen est sujet dans la majeure et attribut dans la mineure ; ce qui fait la première figure.

Ou il est attribut dans la majeure et dans la mineure ; ce qui fait la seconde figure.

Ou il est sujet en l'une et en l'autre ; ce qui fait la troisième figure.

Ou il est enfin attribut dans la majeure et sujet dans la mineure. Ce qui peut faire une quatrième figure, que l'on nomme figure galénique.

Néanmoins parce qu'on ne peut conclure de cette quatrième manière que d'une façon qui n'est nullement naturelle, et où l'esprit ne se porte jamais, Aristote et ceux qui l'ont suivi, n'ont pas donné à cette manière de raisonner le nom de figure. Galien a soutenu le contraire, et il est clair que ce n'est qu'une dispute de mots, qui se doit décider en leur faisant dire de part et d'autre ce qu'ils entendent par figure.

I. règle. Il faut que la mineure soit affirmative, si elle était négative, la majeure serait affirmative par la troisième règle générale, et la conclusion négative par la cinquième : donc le grand terme serait pris universellement dans la conclusion, et particulièrement dans la majeure, parce qu'il en est l'attribut dans cette figure ; ce qui serait contre la seconde règle, qui défend de conclure du particulier au général. Cette raison a lieu aussi dans la troisième figure, où le grand terme est aussi attribut dans la majeure.

II. règle. La majeure doit être universelle, car la mineure étant affirmative, le moyen qui en est l'attribut y est pris particulièrement : donc il doit être universel dans la majeure où il est sujet, ce qui la rend universelle. Voyez la première règle générale.

On a fait voir qu'il ne peut y avoir que dix modes concluans ; mais de ces dix modes, A. E. E. et A. O. O. sont exclus par la première règle de cette figure. I. A. I. et O. A. O. sont exclus par la seconde.

A. A. I. et E. A. O. sont exclus par le quatrième corollaire des règles générales ; car le petit terme étant le sujet dans la mineure, elle ne peut être universelle que la conclusion ne le soit aussi.

Et par conséquent il ne reste que ces 4 modes.

Ces 4 modes pour être plus facilement retenus, ont été réduits à des mots artificiels, dont les trois syllabes marquent les trois propositions, et la voyelle de chaque syllabe marque quelle doit être cette proposition.

Il y a deux règles pour la seconde figure.

I. règle. Une des deux prémices doit être négative, car si elles étaient toutes deux affirmatives, le moyen qui y est toujours attribut serait pris deux fais, particulièrement contre la première règle générale.

II. règle. La majeure doit être universelle, car la conclusion étant négative, le grand terme qui en est l'attribut y est pris universellement ; or ce même terme est sujet de la majeure : donc il doit être universel, et par conséquent rendre la majeure universelle.

Des dix modes concluans, les quatre affirmatifs sont exclus par la première règle de cette figure.

O. A. O. est exclu par la seconde, qui est que la majeure doit être universelle.

E. A. O. est exclu pour la même raison qu'en la première figure, parce que le petit terme est aussi sujet dans la mineure.

Il ne reste donc de ces dix modes que ces quatre,

On a compris ces quatre modes sous ces mots artificiels,

Il y a encore deux règles pour la troisième figure.

I. règle. La mineure doit être affirmative. On le démontre de la même manière que dans la première figure.

II. règle. L'on n'y peut conclure que particulièrement, car la mineure étant toujours affirmative, le petit terme qui en est l'attribut y est particulier : donc il ne peut être universel dans la conclusion où il est sujet, parce que ce serait conclure le général du particulier contre la seconde règle générale.

Des dix modes concluans, A. E. E. et A. O. O. sont exclus par la première règle de cette figure.

A. A. A. et E. A. E. sont exclus par la seconde.

Il ne reste donc que ces six modes,

C'est ce qu'on a réduit à ces six mots artificiels :

La quatrième figure est si peu naturelle, qu'il est assez inutile d'en donner les règles. Les voilà néanmoins, afin qu'il ne manque rien à la démonstration de toutes les manières simples de raisonner.

Première règle. Quand la majeure est affirmative, la mineure est toujours universelle ; car le moyen est pris particulièrement dans la majeure affirmative. Il faudra donc qu'il soit pris généralement dans la mineure, et que par conséquent il la rende universelle, puisqu'il en est le sujet.

Seconde règle. Quand la mineure est affirmative, la conclusion est toujours particulière ; car le petit terme est attribut dans la mineure, et par conséquent il y est pris particulièrement quand elle est affirmative ; d'où il s'ensuit (par la seconde règle générale) qu'il doit être aussi particulier dans la conclusion dont il est le sujet ; ce qui la rend particulière.

Traisième règle. Dans les modes négatifs la majeure doit être générale ; car la conclusion étant négative, le grand terme y est pris généralement. Il faut donc (par la seconde règle générale) qu'il soit pris aussi généralement dans les premices : or il est le sujet de la majeure ; il faut donc que la majeure soit générale.

Des dix modes concluans, A. I. I. et A. O. O. sont exclus par la première règle A. A. A. et E. A. E. sont exclus par la seconde ; O. A. O. par la troisième. Il ne reste donc que ces 5, deux affirmatifs, A. A. I. I. I. trois négatifs, A. E. E.

E. A. O.

E. I. O.

Ces cinq modes se peuvent renfermer dans ces mots artificiels, barbatipt ou calentes, dibatis, fespamo, fresisomorum en ne prenant que les trois premières syllabes de chaque mot. Voici un exemple d'un argument dans cette figure, pour faire voir combien peu la conclusion est naturelle.

MODE anciennement MOEUFS, s. m. (Grammaire) Divers accidents modifient la signification et la forme des verbes, et il y en a de deux sortes : les uns sont communs aux verbes et aux autres espèces de mots déclinables ; tels sont les nombres, les cas, les genres et les personnes, qui varient selon la différence des mêmes accidents dans le nom ou le pronom qui exprime le sujet déterminé auquel on applique les verbes. Voyez NOMBRE, CAS, GENRE, PERSONNE, CONCORDANCE, IDENTITE.

Il y a d'autres accidents qui sont propres au verbe, et dont aucune autre espèce de mot n'est susceptible : ce sont les termes et les modes ; les temps sont les différentes formes qui expriment dans le verbe les différents rapports d'existence aux diverses époques que l'on peut envisager dans la durée. Ainsi le choix de ces formes accidentelles dépend de la vérité des positions du sujet, et non d'aucune loi de Grammaire ; et c'est pour cela que dans l'analyse d'une phrase le grammairien n'est point tenu de rendre compte, pourquoi le verbe y est à tel ou tel temps. Voyez TEMS.

Les modes semblent tenir de plus près aux vues de la Grammaire, ou du moins aux vues de celui qui parle. Perizonius, not. 1, sur le chap. xiij. du liv. I. de la Minerve de Sanctius, compare ainsi les modes de verbes aux cas des noms : Eodem planè modo se habent modi in verbis, quo casus in nominibus. Utrique consistunt in diversis terminationibus pro diversitate constructionis. Utrique ab illâ terminationum diversâ formâ nomen suum accepêre, ut illi dicantur terminationum varii casus, hi modi. Denique utrorumque terminationes singulares appelantur à potissimo earum usu non unico. Il ne faut pourtant pas s'imaginer que l'on puisse établir entre les cas et les modes un parallèle soutenu, et dire, par exemple, que l'indicatif dans les verbes répond au nominatif dans les noms, l'impératif au vocatif, le subjonctif à l'accusatif, etc. on trouverait peut-être entre quelques-uns des membres de ce parallèle, quelque analogie éloignée ; mais la comparaison ne se soutiendrait pas jusqu'à la fin, le succès d'ailleurs ne dédommagerait pas assez des attentions minutieuses d'un pareil détail. Il est bien plus simple de rechercher la nature des modes dans l'usage que l'on en fait dans les langues, que de s'amuser à des généralités vagues, incertaines et stériles. Or,

I. On remarque dans les langues deux espèces générales de modes, les uns personnels et les autres impersonnels.

Les modes personnels sont ceux où le verbe reçoit des terminaisons par lesquelles il se met en concordance de personne avec le nom ou le pronom qui en exprime le sujet : facio, facis, facit, je fais, tu fais, il fait ; facimus, facitis, faciunt, nous faisons, vous faites, ils font, c'est du mode indicatif : faciam, facias, faciat, je fasse, tu fasses, il fasse ; faciamus, faciatis, faciant, nous fassions, vous fassiez, ils fassent, c'est du mode subjonctif ; et tout cela est personnel.

Les modes impersonnels sont ceux où le verbe ne reçoit aucune terminaison pour être en concordance de personne avec un sujet : facère, fecisse, faire, avoir fait, c'est du mode infinitif ; faciens, facturus, faisant, devant faire, c'est du mode participe ; et tout cela est impersonnel.

Cette première différence des modes porte sur celle de leur destination dans la phrase. Les personnes, en Grammaire, considérées d'une manière abstraite et générale, sont les diverses relations que peut avoir à la production de la parole le sujet de la proposition ; et dans les verbes ce sont les diverses terminaisons que le verbe reçoit selon la relation actuelle du sujet de ce verbe à la production de la parole. Voyez PERSONNE. Les modes personnels sont donc ceux qui servent à énoncer des propositions, et qui en renferment ce que les Logiciens appellent la copule, puisque c'est seulement dans ces modes que le verbe s'identifie avec le sujet, par la concordance des personnes qui indiquent des relations exclusivement propres au sujet considéré comme sujet. Les modes impersonnels au contraire ne peuvent servir à énoncer des propositions, puisqu'ils n'ont pas la forme qui désignerait leur identification avec leur sujet considéré comme tel. En effet, Dieu EST éternel, sans que nous COMPRENIONS, vous AURIEZ raison, RETIRE -toi, sont des propositions, des énonciations complete s de jugements. Mais en est-il de même quand on dit écouter, avoir compris, une chanson NOTEE, Auguste AYANT FAIT la paix, Catilina DEVANT PROSCRIRE les riches citoyens ? non, sans doute, rien n'est affirmé ou nié d'aucun sujet, mais le sujet tout au plus est énoncé ; il faut y ajouter quelque chose pour avoir des propositions entières, et spécialement un verbe qui soit à un mode personnel.

II. Entre les modes personnels, les uns sont directs, et les autres sont indirects ou obliques.

Les modes directs sont ceux dans lesquels seuls le verbe sert à constituer la proposition principale, c'est-à-dire l'expression immédiate de la pensée que l'on veut manifester.

Les modes indirects ou obliques sont ceux qui ne constituent qu'une proposition incidente subordonnée à un antécédent qui n'est qu'une partie de la proposition principale.

Ainsi, quand on dit je FAIS de mon mieux, je FEROIS mieux si je pouvais, FAITES mieux, les différents modes du verbe faire, je fais, j e ferais, faites sont directs, parce qu'ils servent immédiatement à l'expression du jugement principal que l'on veut manifecter. Si l'on dit au contraire, il est nécessaire que JE FASSE mieux, le mode je fasse est indirect ou oblique, parce qu'il ne constitue qu'une énonciation subordonnée à l'antécédent il, qui est le sujet de la proposition principale ; c'est comme si l'on disait il que JE FASSE mieux est nécessaire.

Remarquez que je dis des modes directs qu'ils sont les seuls dans lesquels le verbe sert à constituer la proposition principale ; ce qui ne veut pas dire que toute proposition dont le verbe est à un mode direct, soit principale, puisqu'il n'y a rien de plus commun que des propositions incidentes dont le verbe est à un mode direct : par exemple, la remarque que JE FAIS est utile, les remarques que VOUS FEREZ seraient utiles, etc. Je ne prétends donc exprimer par-là qu'une propriété exclusive des modes directs, et faire entendre que les indirects n'énoncent jamais une proposition principale, comme je le dis ensuite dans la définition que j'en donne.

Si nous trouvons quelques locutions où le mode subjonctif, qui est oblique, semble être le verbe de la proposition principale, nous devons être assurés que la phrase est elliptique, que le principal verbe est supprimé, qu'il faut le suppléer dans l'analyse, et que la proposition exprimée n'est qu'incidente. Ainsi, quand on lit dans Tite-Live, VI. xjv, Tunc vero ego nequicquam capitolium arcemque SERV AVERIM, si etc. il faut réduire la phrase à cette construction analytique : Tunc vero (res erit ita ut) ego SERV AVERIM nequicquam capitolium que arcem, si, etc. C'est la même chose quand on dit en français, qu'on se TAISE ; il faut sous-entendre je veux, ou quelqu'autre équivalent. Voyez SUBJONCTIF.

Nous avons en français trois modes personnels directs, qui sont l'indicatif, l'impératif, et le suppositif. Je fais est à l'indicatif, fais est à l'impératif, je ferais est au suppositif.

Ces trois modes également directs, diffèrent entr'eux par des idées accessoires ; l'indicatif exprime purement l'existence d'un sujet déterminé sous un attribut : c'est un mode pur : les deux autres sont mixtes, parce qu'ils ajoutent à cette signification primitive d'autres idées accessoires accidentelles à cette signification. L'impératif y ajoute l'idée accessoire de la volonté de celui qui parle : le suppositif celle d'une hypothèse. Voyez INDICATIF, IMPERATIF, SUPPOSITIF.

Les Grecs ni les Latins n'avaient pas le suppositif ; ils en suppléaient la valeur par des circonlocutions que l'ellipse abrégeait. Ainsi, dans cette phrase de Ciceron, de nat. deor. II. xxxvij. Profectò et esse deos, et haec tanta opera deorum esse ARBITRARENTUR, le verbe arbitrarentur ne serait pas rendu littéralement par ils croiraient, ils se persuaderaient ; ce serait ils crussent, ils se persuadassent, parce que la construction analitique est (res est ita ut) arbitrarentur, etc. Ce mode est usité dans la langue italienne, dans l'espagnole et dans l'allemande, quoiqu'il n'ait pas encore plu aux grammairiens de l'y distinguer, non plus que dans la nôtre, excepté l'abbé Girard. Voyez SUPPOSITIF.

IV. Nous n'avons en français de mode oblique que le subjonctif, et c'est la même chose en latin, en allemand, en italien, en espagnol. Les Grecs en avaient un autre, l'optatif, que les copistes de méthodes et de rudiments voulaient autrefois admettre dans le latin sans l'y voir, puisque le verbe n'y a de déterminaisons obliques que celles du subjonctif. Voyez SUBJONCTIF, OPTATIF.

Ces modes diffèrent encore entr'eux comme les précédents : le subjonctif est mixte, puisqu'il ajoute à la signification directe de l'indicatif l'idée d'un point de vue grammatical ; mais l'optatif est doublement mixte, parce qu'il ajoute à la signification totale du subjonctif l'idée accessoire d'un souhait, d'un désir.

V. Pour ce qui concerne les modes impersonnels, il n'y en a que deux dans toutes les langues qui conjuguent les verbes ; mais il y en a deux, l'infinitif et le participe.

L'infinitif est un mode qui exprime d'une manière abstraite et générale l'existence d'un sujet totalement indéterminé sous un attribut. Ainsi, sans cesser d'être verbe, puisqu'il en garde la signification et qu'il est indéclinable par temps, il est effectivement nom, puisqu'il présente à l'esprit l'idée de l'existence sous un attribut, comme celle d'une nature commune à plusieurs individus. MENTIR, c'est se déshonorer, comme on dirait, le mensonge est déshonorant : AVOIR FUI l'occasion de pécher, c'est une victoire, comme si l'on disait, la fuite de l'occasion de pécher est une victoire : DEVOIR RECUEILLIR une riche succession, c'est quelquefois l'écueil des dispositions les plus heureuses, c'est-à-dire, une riche succession à venir est quelquefois l'écueil des dispositions les plus heureuses. Voyez INFINITIF.

Le participe est un mode qui exprime l'existence sous un tribut, d'un sujet déterminé quant à sa nature, mais indéterminé quant à la relation personnelle. C'est pour cela qu'en grec, en latin, en allemand, le participe reçoit des terminaisons relatives aux genres, aux nombres et aux cas, au moyen desquelles il se met en concordance avec le sujet auquel on l'applique ; mais il ne reçoit nulle part aucune terminaison personnelle, parce qu'il ne constitue dans aucune langue la proposition que l'on veut exprimer : il est tout-à-la-fais verbe et adjectif ; il est verbe, puisqu'il en a la signification, et qu'il reçoit les inflexions temporelles qui en sont la suite : precans, priant, precatus, ayant prié, precaturus devant prier. Il est adjectif, puisqu'il sert, comme les adjectifs, à déterminer l'idée du sujet par l'idée accidentelle de l'évenement qu'il énonce, et qu'il prend en conséquence les terminaisons relatives aux accidents des noms et des pronoms. Si nos participes actifs ne se déclinent point communément, ils se déclinent quelquefois, ils se sont déclinés autrefois plus généralement ; et quand ils ne se seraient jamais déclinés, ce serait un effet de l'usage qui ne peut jamais leur ôter leur déclinabilité intrinseque. Voyez PARTICIPE.

Puisque l'infinitif figure dans la phrase comme un nom, et le participe comme un adjectif, comment concevoir que l'un appartienne à l'autre et en fasse partie ? Ce sont assurément deux modes différents, puisqu'ils présentent la signification du verbe sous différents aspects. Par une autre inconséquence des plus singulières, tous les méthodistes qui dans la conjugaison joignaient le participe à l'infinitif, comme en étant une partie, disaient ailleurs que c'était une partie d'oraison différente de l'adjectif, du verbe, et même de toutes les autres ; et pourtant l'infinitif continuait dans leur système d'appartenir au verbe. Scioppius, dans sa grammaire philosophique, de participio, pag. 17, suit le torrent des Grammairiens, en reconnaissant leur erreur dans une note.

Mais voici le système figuré des modes, tel qu'il résulte de l'exposition précédente.

Voilà donc trois modes purs, dont l'un est personnel et deux impersonnels, et qui paraissent fondamentaux, puisqu'on les trouve dans toutes les langues qui ont reçu la conjugaison des verbes. Il n'en est pas de même des quatre modes mixtes ; les Hébreux n'ont ni suppositif, ni subjonctif, ni optatis : le subjonctif n'est point en grec ni en latin : le latin ni les langues modernes ne connaissent point l'optatif ; l'impératif est tronqué par-tout, puisqu'il n'a pas de première personne en grec ni en latin, quoique nous ayons en français celle du plurier, qu'au contraire il n'a point de troisième personne chez nous, tandis qu'il en a dans ces deux autres langues ; qu'enfin il n'a point en latin de prétérit postérieur, quoiqu'il ait ce temps en grec et dans nos langues modernes. C'est que ces modes ne tiennent point à l'essence du verbe comme les quatre autres : leurs caractères différenciels ne tiennent point à la nature du verbe ; ce sont des idées ajoutées accidentellement à la signification fondamentale ; et il aurait été possible d'introduire plusieurs autres modes de la même espèce, par exemple, un mode interrogatif, un mode concessif, etc.

Sanctius, minerv. I. xiij. ne veut point reconnaitre de modes dans les verbes, et je ne vois guère que trois raisons qu'il allegue pour justifier le parti qu'il prend à cet égard. La première, c'est que modus in verbis explicatur fréquentiùs per casum sextum, ut meâ sponte, tuo jussu feci ; non rarò per adverbia, ut malè currit, benè loquitur. La seconde, c'est que la nature des modes est si peu connue des Grammairiens, qu'ils ne s'accordent point sur le nombre de ceux qu'il faut reconnaitre dans une langue, ce qui indique, au gré de ce grammairien, que la distinction des modes est chimérique, et uniquement propre à répandre des ténèbres dans la Grammaire. La troisième enfin, c'est que les différents temps d'un mode se prennent indistinctement pour ceux d'un autre, ce qui semble justifier ce qu'avait dit Scaliger, de caus. L. L. liv. V. cap. cxxj. modus in verbis non fuit necessarius. L'autre de la méthode latine de P. R. semble approuver ce système, principalement à cause de cette troisième raison. Examinons les l'une après l'autre.

I. Sanctius, et ceux qui l'ont suivi, comme Scioppius et M. Lancelot, ont été trompés par une équivoque, quand ils ont statué que le mode dans les verbes s'exprime ou par l'ablatif ou par un adverbe, comme dans meâ sponte feci, benè loquitur. Il faut distinguer dans tous les mots, et conséquemment dans les verbes, la signification objective et la signification formelle. La signification objective ; c'est l'idée fondamentale qui est l'objet de la signification du mot, et qui peut être commune à des mots de différentes espèces ; la signification formelle, c'est la manière particulière dont le mot présente à l'esprit l'objet dont il est le signe, laquelle, est commune à tous les mots de la même espèce, et ne peut convenir à ceux des autres espèces. Ainsi le même objet pouvant être signifié par des mots de différentes espèces, on peut dire que tous ces mots ont une même signification objective, parce qu'ils réprésentent tous la même idée fondamentales ; tels sont les mots aimer, ami, amical, amiablement, amicalement, amitié, qui signifient tous ce sentiment affectueux qui porte les hommes à se vouloir et à se faire du bien les uns aux autres. Mais chaque espèce de mots et même chaque mot ayant sa manière propre de présenter l'objet dont il est le signe, la signification formelle est nécessairement différente dans chacun de ces mots, quoique la signification objective soit la même : cela est sensible dans ceux que l'on vient d'alléguer qui pourraient tous se prendre indistinctement les uns pour les autres sans ces différences individuelles qui naissent de la manière de représenter. Voyez MOT.

Or il est vrai que les modes, c'est-à-dire les différentes modifications de la signification objective du verbe, s'expriment communément par des adverbes ou par des expressions adverbiales : par exemple, quand on dit aimer peu, aimer beaucoup, aimer tendrement, aimer sincèrement, aimer depuis longtemps, aimer plus, aimer autant, etc. il est évident que c'est l'attribut individuel qui fait partie de la signification objective de ce verbe, en un mot, l'amitié qui est modifiée par tous ces adverbes, et que l'on pense alors à une amitié petite ou grande, tendre, sincère, ancienne, supérieure, égale, etc. Mais il est évident aussi que ce ne sont pas des modifications de cette espèce qui caractérisent ce qu'on appelle les modes des verbes, autrement chaque verbe aurait ses modes propres, parce qu'un attribut n'est pas susceptible des mêmes modifications qui peuvent convenir à un autre : ce qui caractérise nos modes n'appartient nullement à l'objet de la signification du verbe, c'est à la forme, à la manière dont tous les verbes signifient. Ce qui appartient à l'objet de la signification, se trouve sous toutes les formes du verbe ; et c'est pourquoi dans la langue hébraïque la fréquence de l'action sert de fondement à une conjugaison entière différente de la conjugaison primitive, la réciprocation de l'action sert de fondement à une autre, etc. Mais les mêmes modes se retrouvent dans chacune de ces conjugaisons, que j'appellerais plus volontiers des voix, voyez VOIX. Ce qui constitue les modes, ce sont les divers aspects sous lesquels la signification formelle du verbe peut être envisagée dans la phrase ; et il faut bien que Sanctius et ses disciples reconnaissent que le même temps varie ses formes selon ces divers aspects, puisqu'ils rejetteraient, comme très-vicieuse, cette phrase latine, nescio utrum cantabo, et cette phrase française, je crains qu'il ne vient ; il faut donc qu'ils admettent les modes, qui ne sont que les différentes formes des mêmes temps.

II. Pour ce qui concerne les débats des Grammairiens sur le nombre des modes, j'avoue que je ne conçais pas par quel principe de logique on en conclud qu'il n'en faut point admettre. L'obscurité qui nait de ces débats vient de la manière de concevoir des Grammairiens qui entendent mal la doctrine des modes, et non pas du fonds même de cette doctrine ; et quand elle aurait par elle-même quelqu'obscurité pour la portée commune de notre intelligence, faudrait-il renoncer à ce que les usages constants des langues nous en indiquent clairement et de la matière la plus positive ?

III. La troisième considération sur laquelle on insiste principalement dans la méthode latine de P. R. n'est pas moins illusoire que les deux autres. Si l'on trouve des exemples où le subjonctif est mis au lieu de l'indicatif, de l'impératif et du suppositif, ce n'est pas une substitution indifférente qui donne une expression totalement synonyme, et dans ce cas là même le subjonctif est amené par les principes les plus rigoureux de la Grammaire. Ego nequicquam capitolium SERVAVERIM ; c'est, comme je l'ai déjà dit, res erit ita ut servaverim, ce qui est équivalent à servavero et non pas à servavi ; et l'on voit que servaverim a une raison grammaticale. On me dira peut être que de mon aveu le tout signifie servavero, et qu'il était plus naturel de l'employer que servaverim, qui jette de l'obscurité par l'ellipse, ou de la langueur par la périphrase : cela est vrai, sans doute, si on ne doit parler que pour exprimer didactiquement sa pensée ; mais s'il est permis de rechercher les grâces de l'harmonie, qui nous dira que la terminaison rim ne faisait pas un meilleur effet sur les oreilles romaines, que n'aurait pu faire la terminaison ro ? Et s'il est utile de rendre dans le besoin son style intéressant par quelque tour plus énergique ou plus pathétique, qui ne voit qu'un tour elliptique est bien plus propre à produire cet heureux effet qu'une construction pleine ? Un cœur échauffé préocupe l'esprit, et ne lui laisse ni tout voir ni tout dire. Voyez SUBJONCTIF.

Si les considérations qui avaient déterminé Sanctius, Ramus, Scioppius et M. Lancelot à ne reconnaitre aucun mode dans les verbes, sont fausses, ou inconséquentes, ou illusoires ; s'il est vrai d'ailleurs que dans les verbes conjugués il y a diverses manières, de signifier l'existence d'un sujet sous un attribut, ici directement, là obliquement, quelquefois sous la forme personnelle, d'autres fois sous une forme impersonnelle, etc. enfin, si l'on retrouve dans toutes ces manières différentes les variétés principales des temps qui sont fondées sur l'idée essentielle de l'existence : c'est donc une nécessité d'adopter, avec tous les autres Grammairiens, la distinction des modes, décidée d'ailleurs par l'usage universel de toutes les langues qui conjuguent leurs verbes. (B. E. R. M.)

MODE, s. m. en Musique est la disposition régulière de l'échelle, à l'égard des sons principaux sur lesquels une pièce de musique doit être constituée, et ces sons s'appellent les cordes essentielles du mode.

Le mode diffère du ton, en ce que celui-ci indique que la corde ou le lieu du système qui doit servir de fondement au chant, et le mode détermine la tierce et modifie toute l'échelle sur ce ton fondamental.

Le mode tire son fondement de l'harmonie ; les cordes essentielles au mode sont au nombre de trois, qui forment ensemble un accord parfait ; 1°. la tonique, qui est le ton fondamental du mode et du ton. Voyez TON et TONIQUE ; 2°. la dominante qui est la quinte de la tonique. Voyez DOMINANTE ; 3°. la médiante, qui constitue proprement le mode, et qui est à la tierce de cette même tonique. Voyez MEDIANTE. Comme cette tierce peut être de deux espèces, il y a aussi deux modes différents. Quand la médiante fait tierce majeure sur la tonique, le mode est majeur ; mineur, si la tierce est mineure.

Le mode une fois déterminé, tous les sons de la gamme prennent chacun un nom relatif au fondamental et conforme à la place qu'ils occupent dans ce mode là : voici les noms de toutes les notes relativement à leur mode, en prenant l'octave d'ut pour exemple du mode majeur, et celle de la pour exemple du mode mineur.

Il faut remarquer que quand la septième note n'est qu'à un semi-ton de l'octave, c'est-à-dire quand elle fait la tierce majeure de la dominante, comme le si naturel dans le mode majeur d'ut, ou le sol dièse dans le mode mineur de la ; alors cette septième note s'appelle note sensible, parce qu'elle annonce la tonique, et fait sentir le ton.

Non-seulement chaque degré prend le nom qui lui convient, mais chaque intervalle est déterminé relativement au mode : voici les règles établies pour cela.

1°. La seconde note, la quatrième, et la dominante, doivent toujours faire sur la tonique une seconde majeure, une quarte et une quinte justes, et cela également dans les deux modes.

2°. Dans le mode majeur, la médiante ou tierce, la sixte et la septième doivent toujours être majeures : c'est le caractère du mode. Par la même raison ces trois intervalles doivent être mineures dans le mode mineur ; cependant, comme il faut aussi qu'on y aperçoive la note sensible, ce qui ne se peut faire tandis que la septième reste mineure, cela cause des exceptions auxquelles on a égard dans l'harmonie et dans le cours du chant ; mais il faut toujours que la clef avec ses transpositions donne tous les intervalles déterminés par rapport à la tonique, selon le caractère du mode : on trouvera au mot CLEF TRANSPOSEE une règle générale pour cela.

Comme toutes les cordes naturelles de l'octave d'ut donnent, relativement à cette tonique, tous les intervalles prescrits par le mode majeur, et qu'il en est de même de l'octave de la pour le mode mineur : l'exemple précédent, que nous n'avons proposé que pour les noms des notes, doit encore servir de formule pour la règle des intervalles dans chaque mode.

Cette règle n'est point, comme on pourrait le penser, établie sur des principes arbitraires, elle a son fondement dans la génération harmonique. Si vous donnez d'abord parfait majeur à la tonique, à la dominante, et à la sous-dominante, vous aurez tous les sons de l'échelle diatonique pour le mode majeur. Pour avoir celle du mode mineur, faites la tierce mineure dans les mêmes accords, telle est l'analogie et la génération du mode.

Il n'y a proprement que deux modes, comme on vient de le voir ; mais comme il y a douze sous-fondamentaux, qui font autant de tons, et que chacun de ces tons est susceptible du mode majeur ou du mode mineur, on peut composer en vingt-quatre manières ou modes différents. Il y en a même trente-quatre possibles, mais dans la pratique on en exclut dix, qui ne sont au fond que la répétition des dix autres, considérés sous des relations beaucoup plus difficiles, où toutes les cordes changeraient de nom, et où l'on aurait mille peines à se reconnaitre. Tels sont les modes majeurs sur les notes diésées, et les modes mineurs sur les bémols. Ainsi, au-lieu de composer en sol dièse, tierce majeure, vous composerez en la bémol qui donne les mêmes touches ; et au-lieu de composer en re bémol mineur, vous prendrez en ut dièse par la même raison : et cela, pour éviter d'avoir d'un côté un fa double dièse, qui deviendrait un sol naturel ; et de l'autre un si double bémol, qui deviendrait un la naturel.

On ne reste pas toujours dans le mode ni dans le ton par lequel on a commencé un air ; mais pour varier le chant, ou pour ajouter à l'expression, on change de ton et de mode, selon l'analogie harmonique, revenant pourtant toujours à celui qu'on a fait entendre le premier, ce qui s'appelle moduler. Voyez MODULATION.

Les anciens diffèrent prodigieusement les uns des autres sur les définitions, les divisions, et les noms de leurs modes, ou tons comme ils les appelaient ; obscurs sur toutes les parties de la musique, ils sont presque inintelligibles sur celle-ci. Ils conviennent, à la vérité, qu'un mode est un certain système ou une constitution de sons, et que cette constitution n'est autre chose qu'une octave avec tous ses sons intermédiaires : mais quant à la différence spécifique des modes, il y en a qui semblent la faire consister dans les diverses affections de chaque son de l'octave, par rapport au son fondamental, c'est-à-dire dans la différente position des deux semi-tons plus ou moins éloignés de ce son fondamental, mais gardant toujours entr'eux la distance prescrite. D'autres au contraire, et c'est l'opinion commune, mettent cette différence uniquement dans l'intensité du ton, c'est-à-dire en ce que la série totale des notes est plus aiguë ou plus grave, et prise en différents lieux du système ; toutes les cordes de cette série gardant toujours entr'elles les mêmes rapports.

Selon le premier sens, il n'y aurait que sept modes possibles dans le système diatonique ; car il n'y a que sept manières de combiner les deux semi-tons avec la loi prescrite, dans l'étendue d'une octave. Selon le second sens, il y aurait autant de modes possibles que de sons, c'est-à-dire une infinité ; mais si l'on se renferme de même dans le genre diatonique, on n'y en trouvera non plus que sept, à-moins qu'on ne veuille prendre pour de nouveaux modes, ceux qu'on établirait à l'octave des premiers.

En combinant ensemble ces deux manières, on n'a encore besoin que de sept modes, car si l'on prend ces modes en différents lieux du système, on trouve en même temps les sons fondamentaux distingués du grave à l'aigu, et les deux semi-tons différemment situés, relativement à chaque son fondamental.

Mais outre ces modes, on en peut former plusieurs autres, en prenant dans la même série et sur le même son fondamental, différents sons pour les cordes essentielles du mode ; par exemple, quand on prend pour dominante la quinte du son principal, le mode est authentique ; il est plagal, si l'on choisit la quarte, et ce sont proprement deux modes différents sur la même corde fondamentale. Or, comme pour constituer un mode agréable il faut, disent les Grecs, que la quarte ou la quinte soient justes, ou du-moins une des deux, il est évident que l'on a dans l'étendue de l'octave, cinq fondamentales sur chacune desquelles on peut établir un mode authentique, et un plagal. Outre ces dix modes, on en trouve encore deux, l'un authentique qui ne peut fournir de plagal, parce que sa quarte fait le triton, l'autre plagal, qui ne peut fournir d'authentique, parce que sa quinte est fausse. C'est sans doute ainsi qu'il faut entendre un passage de Plutarque, où la Musique se plaint que Phrynis l'a corrompue, en voulant tirer de cinq cordes, ou plutôt de sept, douze harmonies différentes.

Voilà donc douze modes possibles dans l'étendue d'une octave ou de deux tétracordes disjoints : que si l'on vient à conjoindre les tétracordes, c'est-à-dire à donner un bémol à la septième en retranchant l'octave, ou si l'on divise les tons entiers par des intervalles chromatiques, pour y introduire de nouveaux modes intermédiaires, ou si, ayant seulement égard aux différences du grave à l'aigu, on place d'autres modes à l'octave des précédents ; tout cela fournira divers moyens de multiplier le nombre des modes beaucoup au-delà de douze : et ce sont là les seules manières selon lesquelles on peut expliquer les divers nombres de modes admis ou rejetés par les anciens en différents temps.

L'ancienne musique ayant d'abord été renfermée dans les bornes étroites du tétracorde, du pentacorde, de l'hexacorde, de l'eptacorde, et de l'octacorde, on n'y admit que trois modes, dont les fondamentales étaient à un ton de distance l'une de l'autre ; le plus grave des trois s'appelait le dorien ; le phrygien tenait le milieu ; le plus aigu était le lydien. En partageant chacun de ces tons en deux intervalles, on fit place à deux autres modes, l'ionien et l'éolien, dont le premier fut inséré entre le dorien et le phrygien ; et le second entre le phrygien et le lydien.

Dans la suite, le système s'étant étendu à l'aigu et au grave, les Musiciens établirent de part et d'autre de nouveaux modes, qui tiraient leur dénomination des cinq premiers, en y ajoutant la préposition hyper, sur, pour ceux d'enhaut ; et la préposition hypo, sous, pour ceux d'en-bas : ainsi le mode lydien était suivi de l'hyperdorien, de l'hyperionien, de l'hyperphrigien, de l'hyperéolien, et de l'hyperlydien en montant ; et après le mode dorien venaient l'hypolydien, l'hypoéolien, l'hypophrygien, et l'hypodorien, en descendant. On trouve le dénombrement de ces quinze modes dans Alypius, musicien grec : voici leur ordre et leurs intervalles exprimés par les noms des notes de notre musique.

De tous ces modes, Platon en rejetait plusieurs comme capables d'altérer les mœurs. Aristoxene, au rapport d'Euclide, n'en admettait que treize, supprimant les deux plus élevés, savoir l'hyperéolien et l'hyperlydien.

Enfin Ptolomée les réduisait à sept, disant que les modes n'étaient pas introduits dans le dessein de varier les chants selon le grave et l'aigu, car il était évident qu'on aurait pu les multiplier fort au-delà du nombre de quinze, mais plutôt afin de faciliter le passage d'un mode à l'autre par des intervalles consonnans et faciles à entonner. Il renfermait donc tous les modes dans l'espace d'un octave, dont le mode dorien faisait comme le centre, de sorte que le mixolydien était une quarte au-dessus de lui, et l'hypodorien une quarte au-dessous. Le phrygien une quinte au-dessus de l'hypodorien, l'hypophrygien une quarte au-dessous du phrygien, et le lydien une quinte au dessus de l'hypophrygien ; d'où il parait qu'à compter de l'hypodorien qui est le mode le plus bas, il y avait jusqu'à l'hypophrygien l'intervalle d'un ton ; de l'hypophrygien au dorien un semi-ton de ce dernier au phrygien un ton ; du phrygien au lydien encore un ton, et du lydien au mixolydien un semi-ton ; ce qui fait l'étendue d'une septième en cet ordre.

Ptolomée retranchait donc tous les autres modes, prétendant qu'on en pouvait placer un plus grand nombre dans le système d'une octave, toutes les cordes qui la composaient se trouvant employées. Ce sont ces sept modes de Ptolomée qui, en y joignant l'hypomixolydien ajouté, dit-on, par l'Aretin, font aujourd'hui les huit tons de notre plein-chant. Voyez TONS DE L'EGLISE.

Telle était la notion la plus ordinaire qu'on avait des tons ou modes dans l'ancienne musique : entant qu'on les regardait comme ne différant entr'eux que du grave à l'aigu ; mais ils avaient outre cela d'autres différences qui les caractérisaient encore plus particulièrement. Elles se tiraient du genre de poésie qu'on mettait en musique, de l'espèce d'instrument qui devait l'accompagner, du rhytme ou de la cadence qu'on y observait, de l'usage où étaient de certains chants parmi certaines nations ; et c'est de cette dernière circonstance que sont venus originairement les noms des modes principaux, tels que le dorien, le phrygien, le lydien, l'ionien et l'éolien.

Il y avait encore dans la musique grecque d'autres sortes de modes, qu'on aurait pu mieux appeler styles ou manières de composition. Tels étaient le mode tragique destiné pour le théâtre, le mode nomique consacré à Apollon, et le dithyrambique à Bacchus, etc. Voyez STYLE et MELOPEE.

Dans notre ancienne musique, on appelait aussi modes par rapport à la mesure ou au temps certaines manières de déterminer la valeur des notes longues sur celle de la maxime, ou des brèves sur celle de la longue ; et le mode pris en ce sens se marquait après la clé, d'abord par des cercles ou demi-cercles ponctués ou sans points, suivis des chiffres 2 ou 3 différemment combinés, à quoi on substitua ensuite des lignes perpendiculaires, différentes, selon le mode, en nombre et en longueur.

Il y avait deux sortes de modes ; le majeur, qui se rapportait à la maxime ; le mineur, qui était pour la longue : l'un et l'autre se divisait en parfait et imparfait.

Le mode majeur parfait se marquait avec trois lignes ou bâtons, qui remplissaient chacun trois espaces de la portée, et trois autres qui n'en remplissaient que deux ; cela marquait que la maxime valait trois longues. Voyez les Pl. de Musique.

Le mode majeur imparfait était marqué avec deux lignes qui remplissaient chacune trois espaces, et deux autres qui n'en emplissaient que deux ; cela marquait que la maxime ne valait que deux longues. Voyez les Pl.

Le mode mineur parfait était marqué par une ligne qui traversait trois espaces, et cela montrait que la longue valait trois brèves. Voyez les Pl.

Le mode mineur imparfait était marqué par une ligne qui ne traversait que deux espaces, et la longue n'y valait que deux brèves. Voyez les Pl.

Tout cela n'est plus en usage depuis longtemps ; mais il faut nécessairement entendre ces signes pour savoir déchiffrer les anciennes musiques, en quoi les plus habiles Musiciens sont très-ignorants aujourd'hui. (S)

On peut voir aux mots FONDAMENTAL, GAMME et ECHELLE la manière dont M. Rameau imagine la formation des deux modes, le majeur et le mineur. Dans la première édition de mes Eléments de Musique, j'avais adopté entièrement tous les principes de cet habile artiste sur ce sujet. Mais dans la seconde édition que je prépare, et qui probablement aura vu le jour avant que cet article paraisse, j'ai cru d'avoir adopté une manière plus simple de former le mode mineur ; la voici : mi, étant, par exemple, la fondamentale, elle fait résonner sa quinte si ; or si entre la quinte si et la fondamentale mi on place une autre note sol, telle que cette note sol fasse aussi résonner si, on aura le mode mineur ; si la note était sol, on aurait le mode majeur. Ces deux modes différent en ce que dans le majeur la fondamentale fait résonner sa tierce et sa quinte à-la-fais, et que dans le majeur la quinte résonne à-la-fais dans la fondamentale et dans sa tierce. Cette origine me parait plus naturelle que celle du frémissement des multiples, imaginée par M. Rameau, et que j'avais d'abord suivie. Voyez FONDAMENTAL. Cette raison me dispense d'en dire ici davantage.

Quand au nombre de dièses et de bémols de chaque mode ou ton, soit en montant, soit en descendant, on peut voir là-dessus mes Eléments de musique, art. ccxxxiv. Et voici la règle pour trouver ce nombre ; le mode majeur, soit en montant, soit en descendant, est formé 1° de deux tons consécutifs, 2° d'un demi ton, 3°. de trois tons consécutifs, 4° d'un demi-ton ; le mode mineur en montant diffère du mode majeur en montant, en ce qu'il y a d'abord un ton, plus un demi-ton ; puis quatre tons consécutifs, puis un demi-ton. Ce même mode en descendant a d'abord deux tons, puis un demi-ton, puis deux tons, puis un demi-ton, puis un ton. Voyez ECHELLE et GAMME voyez aussi CLE et TRANSPOSITION. (O)

MODE, (Arts) coutume, usage, manière de s'habiller, de s'ajuster, en un mot, tout ce qui sert à la parure et au luxe ; ainsi la mode peut être considérée politiquement et philosophiquement.

Quoique l'envie de plaire plus que les autres ait établi les parures, et que l'envie de plaire plus que soi-même ait établi les modes, quoiqu'elles naissent encore de la frivolité de l'esprit, elles font un objet important, dont un état de luxe peut augmenter sans cesse les branches de son commerce. Les François ont cet avantage sur plusieurs autres peuples. Dès le xvj. siècle, leurs modes commencèrent à se communiquer aux cours d'Allemagne, à l'Angleterre et à la Lombardie. Les Historiens italiens se plaignent que depuis le passage de Charles VIII. on affectait chez eux de s'habiller à la française, et de faire venir de France tout ce qui servait à la parure. Mylord Bolinbroke rapporte que du temps de M. Colbert les colifichets, les folies et les frivolités du luxe français coutaient à l'Angleterre 5 à 600000 livres sterlings par an, c'est-à-dire plus de 11 millions de notre monnaie actuelle, et aux autres nations à proportion.

Je loue l'industrie d'un peuple qui cherche à faire payer aux autres ses propres mœurs et ajustements ; mais je le plains, dit Montagne, de se laisser lui-même si fort pipper et aveugler à l'autorité de l'usage présent, qu'il soit capable de changer d'opinion et d'avis tous les mois, s'il plait à la coutume et qu'il juge si diversement de soi même ; quand il portait le busc de son pourpoint entre les mamelles, il maintenait par vive raison qu'il était en son vrai lieu. Quelques années après le voilà ravalé jusqu'entre les cuisses, il se moque d'un autre usage, le trouve inepte et insupportable. La façon présente de la vêtir lui fait incontinent condamner l'ancienne d'une résolution si grande et d'un consentement si universel, que c'est quelque espèce de manie qui lui tourneboule ainsi l'entendement.

On a tort cependant de se recrier contre telle ou telle mode qui, toute bizarre qu'elle est, pare et embellit pendant qu'elle dure, et dont l'on tire tout l'avantage qu'on en peut espérer qui est de plaire. On devrait seulement admirer l'inconstance et la légèreté des hommes qui attachent successivement les agréments et la bienséance à des choses tout opposées, qui emplaient pour le comique et pour la mascarade ce qui leur a servi de parure grave et d'ornement très-sérieux. Mais une chose folle et qui découvre bien notre petitesse, c'est l'assujettissement aux modes quand on l'entend à ce qui concerne le gout, le vivre, la santé, la conscience, l'esprit et les connaissances. (D.J.)

MODE ; ce terme est pris généralement pour toute invention, tous usages introduits dans la société par la fantaisie des hommes. En ce sens, on dit l'amour entre les époux, le vrai génie, la solide éloquence parmi les savants, cette gravité majestueuse qui, dans les magistrats, inspirait tout-à-la fois le respect et la confiance au bon droit, ne sont plus de mode. On a substitué à celui-là l'indifférence et la légèreté, à ceux-là le bel-esprit et les phrases, à cette autre la mignardise et l'afféterie. Ce terme se prend le plus souvent en mauvaise part sans doute, parce que toute invention de cette nature est le fruit du raffinement et d'une présomption impuissante, qui, hors d'état de produire le grand et le beau, se tourne du côté du merveilleux et du colifichet.

Mode s'entend encore distributivement, pour me servir des termes de l'école, de certains ornements, dont on enjolive les habits et les personnes de l'un et l'autre sexe. C'est ici le vrai domaine du changement et du caprice. Les modes se détruisent et se succedent continuellement, quelquefois sans la moindre apparence de raison, le bizarre étant le plus souvent préferé aux plus belles choses, par cela seul qu'il est plus nouveau. Un animal monstrueux paroit-il parmi nous, les femmes le font passer de son étable sur leurs têtes. Toutes les parties de leur parure prennent son nom, et il n'y a point de femme comme il faut qui ne porte trois ou quatre rhinocéros ; une autrefois on court toutes les boutiques pour avoir un bonnet au lapin, aux zéphirs, aux amours, à la comete. Quoi qu'on dise du rapide changement des modes, cette dernière a presque duré pendant tout un printemps ; et j'ai oui dire à quelques-uns de ces gens qui font des réflexions surtout, qu'il n'y avait rien de trop extraordinaire eu égard au goût dominant dont, continuent-ils, cette mode rappelle l'idée. Un dénombrement de toutes les modes passées et regnantes seulement en France, pourrait remplir, sans trop exagérer, la moitié des volumes que nous avons annoncés, ne remontât-t-on que de sept ou huit siècles chez nos ayeuls, gens néanmoins beaucoup plus sobres que nous à tous égards.

MODE, marchands et marchandes de, (Commerce) les marchandes de modes sont du corps des Merciers, qui peuvent faire le même commerce qu'elles ; mais comme il est fort étendu, les marchands de modes se sont fixés à vendre seulement tout ce qui regarde les ajustements et la parure des hommes et des femmes, et que l'on appelle ornements et agréments. Souvent ce sont eux qui les posent sur les habillements, et qui inventent la façon de les poser. Ils font aussi des coèffures, et montent comme les coèffeuses.

Ils tirent leurs noms de leur commerce, parce que ne vendant que des choses à la mode, on les appelle marchands de modes.

Il y a fort peu de temps que ces marchands sont établis, et qu'ils portent ce nom ; c'est seulement depuis qu'ils ont quitté entièrement le commerce de la mercerie pour prendre le commerce des modes.



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