S. m. (Physique) espèce de météore, composé de vapeurs et d'exhalaisons qui s'élèvent insensiblement de la terre, ou qui tombent lentement de la région de l'air, de sorte qu'elles y paraissent comme suspendues. Lorsque le brouillard n'est composé que de vapeurs aqueuses, il n'est point du tout nuisible à la santé des animaux, et il ne sent pas mauvais : mais lorsqu'il est composé d'exhalaisons, il rend alors une mauvaise odeur, et est très-mal sain. Lorsque le brouillard est composé d'exhalaisons, on trouve quelquefois sur la surface de l'eau après la chute du brouillard, une pellicule grosse et rouge, assez semblable à celle que les Chimistes observent lorsqu'ils préparent leur soufre doré d'antimoine.

Il tombe souvent en France, quand les années sont trop pluvieuses, une espèce de brouillard gras, que les Laboureurs et les Jardiniers nomment nielle, et qui gâte les grains : le seigle surtout se corrompt à un tel point, que le pain dans lequel il entre, devient pernicieux à cause de la gangrene. Voyez NIELLE.

Lorsqu'il y a du brouillard, l'air est calme et tranquille, et il se dissipe dès que le vent vient à souffler.

Le brouillard parait plus sensiblement le soir et le matin. Voici pourquoi. Le sait, après que la terre a été échauffée par les rayons du soleil, l'air venant à se refroidir tout-à-coup après le coucher de cet astre, les particules terrestres et aqueuses qui ont été échauffées, s'élèvent dans l'air ainsi refroidi ; parce que dans leur état de raréfaction, elles sont plus legeres que l'air condensé. Le matin, lorsque le Soleil se leve, l'air se trouve échauffé par ses rayons beaucoup plutôt que les exhalaisons qui y sont suspendues ; et comme ces exhalaisons sont alors d'une plus grande pesanteur spécifique que l'air, elles retombent vers la terre.

Le brouillard est plus fréquent en hiver qu'en aucun autre temps, parce que le froid de l'atmosphère condense fort promtement les vapeurs et exhalaisons. C'est par la même raison qu'en hiver l'haleine qui sort de la bouche forme une espèce de nuage qui ne parait pas en été. De-là vient encore que le brouillard règne plusieurs jours de suite dans les pays froids du Nord.

Le brouillard se manifeste, soit que le baromètre se trouve haut ou bas. Le brouillard étant une espèce de pluie, n'a rien d'étonnant, quand le mercure est bas : mais lorsqu'il se tient haut, on aura du brouillard : 1°. si le temps a été longtemps calme, et qu'il se soit élevé beaucoup de vapeurs et d'exhalaisons qui aient rempli l'air et l'aient rendu sombre et épais : 2°. si l'air se trouvant tranquille, laisse tomber les exhalaisons, qui passent alors librement à-travers.

Le brouillard tombe indifféremment sur toute sorte de corps, et pénètre souvent dans l'interieur des maisons lorsqu'il est fort humide. Il s'attache alors aux murs et s'écoule en-bas, en laissant sur les parois de longues traces qu'il a formées.

L'opacité du brouillard est causée, selon quelques auteurs, par l'irrégularité des pores que forment les vapeurs avec l'air. Cette irrégularité dépend de la grandeur de ces pores, de leur figure, et de leur disposition. Cela peut venir aussi de la différence de la densité qu'il y a entre les exhalaisons de l'air ; car, lorsque la lumière du soleil fait effort pour pénétrer à-travers l'air, elle est continuellement forcée de se détourner de son droit chemin, et de changer de route. C'est pour cela qu'il arrive souvent que l'air, quoique fort peu chargé de vapeurs, parait être fort nébuleux et fort sombre ; au lieu qu'il devient transparent et plus clair, lorsqu'il se remplit d'une plus grande quantité de vapeurs, qui se distribuent d'une manière plus uniforme par toute l'atmosphère.

Le brouillard est quelquefois fort délié, et dispersé dans une grande étendue de l'atmosphère ; de sorte qu'il peut recevoir un peu de lumière : on peut alors envisager le soleil à nud sans en être incommodé. Cet astre parait pâle, et le reste de l'atmosphère est bleu et serein. Le premier Juin 1721, on observa à Paris, en Auvergne, et à Milan, un brouillard qui parait avoir été le même dans tous ces endroits, et qui doit avoir occupé un espace considérable dans l'atmosphère.

On demande, 1°. pourquoi il fait beau en été lorsque l'air se trouve chargé de brouillards le matin. Cela vient apparemment de ce que le brouillard se trouvant mince et délié, est repoussé vers la terre par les rayons du soleil ; de sorte que ces parties devenues fort menues, et étant séparées les unes des autres, vont flotter çà et là dans la partie inférieure de l'atmosphère, et ne se relèvent plus.

2°. Pourquoi il se forme tout-à-coup de gros brouillards à côté et sur le sommet des montagnes. On ne saurait en imaginer de cause plus vraisemblable que les vents, qui venant à rencontrer des vapeurs et des exhalaisons déliées et dispersées dans l'air, les emportent avec eux, et les poussent contre les montagnes, où ils les condensent. Lorsque l'on se tient dans une vallée, d'où l'on considère de côté une montagne, à l'endroit où le soleil darde ses rayons, on en voit sortir une épaisse vapeur, qui parait s'élever comme la fumée d'une cheminée : mais lorsqu'on regarde de front l'endroit éclairé de cette montagne, on ne voit plus cette vapeur. Cela vient de la direction des rayons de lumière. Lorsque dans une chambre obscure on laisse entrer les rayons du soleil par une petite ouverture, on voit en regardant de côté, de petits filets et une poussière fort fine dans un mouvement continuel : mais lorsque les rayons viennent frapper directement la vue, ou qu'ils tombent moins obliquement dans l'oeil, on n'aperçoit plus ces filets flottants. C'est le cas des vapeurs qui s'élèvent de la montagne, que l'on envisage de côté ; car on voit alors les vapeurs qu'elle exhale : au lieu qu'elles disparaissent, quoiqu'elles montent toujours également, lorsqu'on regarde la montagne de front.

Les brouillards ne sont que de petits nuages, placés dans la plus basse région de l'air ; et les nuages que des brouillards qui se sont élevés plus haut. Voyez NUAGE.

Les objets que l'on voit à-travers le brouillard paraissent plus grands et plus éloignés, qu'à-travers l'air ordinaire. Voyez VISION.

L'on choisit pour pêcher les harengs un temps rempli de brouillards. Voyez HARENG.

Nous devons presque tout cet article à M. Formey, qui l'a tiré en grande partie de M. Musschenbroeck, (O)

BROUILLARD, (Papeterie) épithète que l'on donne à une sorte de papier gris, qu'on appelle autrement papier à demoiselle. Voyez PAPIER.

BROUILLARD ou BROUILLON, s. m. c'est ainsi que dans le Commerce on nomme quelquefois un livre dont se servent les négociants, marchands, et banquiers, pour les affaires de leur commerce. C'est proprement un livre-journal qui n'est pas tout à fait au net, et qu'on appelle plus ordinairement mémorial. Voyez MEMORIAL et LIVRE. (G)