S. f. (Physique) se dit quelquefois de l'incendie général d'une ville ou de toute autre place considerable.

Cependant ce mot est plus ordinairement restreint à signifier ce grand incendie que la foi nous apprend devoir arriver à la fin des siècles, et dans lequel la terre sera consumée par un déluge de feu.

Les Pythagoriciens, les Platoniciens, les épicuriens, et les Stoïciens, paraissent avoir eu quelques idées de cet incendie futur : mais il serait difficile de dire d'où ils les ont tirées, à moins que ce ne soit des livres sacrés, ou des Phéniciens, qui eux-mêmes les avaient reçues des Juifs.

Séneque dit expressément : Tempus adveniet quo sidera sideribus incurrent ; et omni flagrante materia une igne, quidquid nunc ex deposito lucet, ardebit. Les Stoïciens appellent cette dissolution générale , inflammation. Il en est aussi fait mention dans les écrits de Sophocle, d'Ovide, de Lucain, etc. Le docteur Burnet, après le père Tachard et d'autres, rapporte que les Siamais croient qu'à la fin du monde la terre sera toute desséchée par la chaleur ; que les montagnes disparaitront ; que toute la surface de la terre deviendra plate et unie, et qu'alors elle sera toute consumée par le feu. De plus, les bramines siamais soutiennent que non-seulement toute la terre sera détruite par le feu, mais encore qu'il en renaitra une autre des cendres de la première. Les auteurs ont des sentiments très-partagés, non sur la cause première de cet incendie, qui est sans contredit la volonté divine, mais sur la cause seconde. Les uns croient qu'il sera produit par un miracle, comme par le feu du ciel. Les autres disent que Dieu produira cet incendie par des causes naturelles et agissantes selon les lois des Mécaniques. Quelques-uns pensent que l'irruption d'un feu central suffira pour le produire ; et ils ajoutent que cette éruption peut arriver de différentes manières, soit parce que la violence du feu central sera augmentée, soit parce que les parties de la terre seront devenues plus inflammables, soit parce que la résistance des couches terrestres deviendra moindre par la consommation des parties centrales, ou par la diminution de l'adhérence des parties de notre globe. D'autres en cherchent la cause dans l'atmosphère : selon eux, une quantité extraordinaire des météores s'y engendrant, et éclatant avec une violence extraordinaire par le concours de différentes circonstances, sera capable de produire ce feu. Les Astrologues l'expliquent par la conjonction de toutes les planètes dans le signe du Cancer, de même que le déluge arriva, selon eux, par la conjonction des planètes dans le signe du Capricorne. Cela ne vaut pas la peine d'être refuté.

Enfin, d'autres ont recours à une cause selon eux plus puissante et plus efficace. Ils pensent qu'une comete s'approchant trop de nous en revenant du Soleil, causera cet incendie. A la vérité on pourrait craindre de la part de ces corps quelque bouleversement, étant capables par leur mouvement au-travers de l'orbite de la terre, par leur prodigieuse grosseur, et par l'intensité du feu dont ils sont embrasés dans leur retour du périhélie, de produire les plus grands changements et les plus grandes révolutions dans notre système. Voyez COMETE.

M. Newton a calculé que la comete de 1680 a dû éprouver dans son périhélie une chaleur 2000 fois plus grande qu'un fer rouge : si lorsque cette comete a traversé l'orbite de la terre, la terre se fût trouvée proche du point de cette orbite où la comete a passé, il ne parait pas douteux qu'elle n'eut pu causer sur la masse de notre globe de grandes altérations. Whiston a prétendu que cette comete, dont la période parait être d'environ 575 ans, avait dû paraitre l'année du déluge, et qu'elle en a peut-être été la cause. Quoi qu'il en soit de tous ces systèmes physiques, il faut toujours y reconnaitre la volonté divine comme cause première : Dieu saura bien réduire notre terre en cendres quand il lui plaira ; il n'aura besoin pour cela, ni de feu central, ni de comete ; sa seule volonté suffira. Et pourquoi ne pas vouloir que la fin du monde et sa destruction soit un miracle ? la création en est bien un : il n'est pas plus difficile de détruire que de construire. Dieu même, suivant plusieurs théologiens, ne fait que créer continuellement quand il conserve. Il n'a qu'à cesser de créer pour que tout soit anéanti. (O)