S. f. (Physique) amas de petites gouttes d'eau, qui tombent en différents temps de l'atmosphère sur notre globe, la pluie vient le plus souvent des nuées, dont les particules aqueuses, tant qu'elles sont séparées les unes des autres, demeurent suspendues en l'air. Mais lorsque ces particules s'approchent davantage, en sorte qu'elles puissent s'attirer mutuellement, elles se joignent et forment une petite goutte, laquelle commence à tomber, dès qu'elle est devenue plus pesante que l'air. Cette petite goutte rencontrant dans sa chute un plus grand nombre de particules, ou d'autres petites gouttes d'eau qui sont aussi suspendues plus bas dans l'air ; elle se réunit encore avec elles et augmente en grosseur, jusqu'à ce qu'elle acquière celle que nous lui remarquons, lorsqu'elle tombe sur notre globe.

Nous disons que la pluie vient le plus souvent des nuées ; car il pleut aussi en été, quoiqu'il ne paraisse en l'air aucun nuage. Mais cette pluie n'est pas abondante, et elle ne tombe qu'après une chaleur excessive et presque étouffante, laquelle est suivie d'un grand calme qui dure quelque temps. Cette grande chaleur fait alors monter plus de vapeurs, que l'air n'en peut contenir et soutenir ; de sorte que ces vapeurs s'étant un peu refroidies se réunissent d'abord, et retombent ensuite, après s'être changées en gouttes, si toute la nuée se change par-tout également, mais lentement, en sorte que les particules de vapeur se réunissent insensiblement, elles forment de très-petites gouttes, dont la pesanteur spécifique n'est presque pas différente de celle de l'air. Ces petites gouttes ne tombent alors que fort lentement et forment une bruine. Voyez BRUINE.

Diverses causes font retomber sur la terre les vapeurs, voici les principales ; 1°. toutes les fois que la densité, et par conséquent la pesanteur spécifique de l'air se trouve diminuée par quelque cause que ce sait, les exhalaisons, qui étaient auparavant en équilibre avec l'air, perdent cet équilibre et s'affaissent par l'excès de leur pesanteur. 2°. Lorsque les exhalaisons, qui ont été fort rarefiées et élevées par le feu viennent à se refroidir, elles se condensent, elles deviennent plus compactes, et par conséquent plus pesantes que l'air. 3°. Les corps qui se sont élevés en l'air à l'aide du feu, ou de quelqu'autre cause doivent aussi retomber ; lorsqu'ils ont perdu tout leur mouvement, tant par leur propre poids, que par la résistance de l'air. 4°. Lorsque plusieurs parties élevées dans l'air sont poussées les unes contre les autres par des vents contraires, ou qu'elles se trouvent comprimées par des vents qui soufflent contre des montagnes ou autres éminences ; elles se réunissent et acquièrent par-là une pesanteur spécifique beaucoup plus grande qui les fait retomber. 5°. Il y a certaines exhalaisons qui sont de telle nature, que lorsqu'elles viennent à se rencontrer, elles fermentent ensemble, d'où il arrive que quelques-unes se précipitent. 6°. Il pleut, lorsque les exhalaisons sont poussées en-bas par des vents, en même temps que l'air dans lequel elles étaient suspendues. 7°. Lorsque les vents soufflent dans une direction horizontale, et qu'ils chassent l'air de l'endroit au-dessus duquel les vapeurs sont suspendues ; car alors il faut que la partie supérieure de l'atmosphère tombe par son poids avec tout ce qui s'y trouve, et qu'elle remplisse la place inférieure que l'air vient de quitter. 8°. Lorsque le soleil se leve, il darde sur notre globe ses rayons, qui rencontrent les exhalaisons suspendues dans l'air, et les déterminent à tomber vers la terre ; et comme ces rayons raréfient l'air par leur chaleur, et le rendent par conséquent beaucoup plus léger que les exhalaisons, il faut que le poids de celles-ci l'emporte, et qu'elles se précipitent en traversant l'air. 9°. Enfin, quand il s'élève dans l'atmosphère plus de vapeurs que l'air n'en peut soutenir, tout ce qu'il y a de superflu retombe aussi-tôt qu'il a perdu le premier mouvement, à l'aide duquel il s'était élevé.

Le vent doit tenir le principal rang entre les causes de la pluie ; pour le prouver, aux observations précédentes, ajoutons celles-ci. 1°. Lorsque le vent souffle en-bas et qu'il rencontre en même temps une nuée, il faut qu'il la comprime, qu'il la condense, qu'il la pousse vers la terre, qu'il force ses parties à se réunir, et par conséquent qu'il la change en pluie. 2°. Lorsque le vent rencontrant quelques nuées de vapeurs qui viennent de la mer, et qui sont suspendues au-dessus, les chasse vers la terre et les pousse contre les hauteurs, les montagnes ou les bois, il les condense et les réduit en pluie. C'est pour cela que les pays de montagnes sont beaucoup plus sujets à la pluie que les pays plats, où les nuées roulent avec bien plus de liberté. 3°. De même que les montagnes rompent les nuées, deux vents qui ont une direction contraire, les poussent aussi les unes contre les autres, et les compriment. 4°. Comme il se forme beaucoup de nuées des vapeurs de la mer, les vents qui viennent de la mer vers notre continent, sont ordinairement accompagnés de pluie ; au lieu que les autres vents qui soufflent sur la terre ferme, n'emportent avec eux que peu de nuées, et ne sont par conséquent pas pluvieux.

La pluie n'est pas une eau pure, mais elle est imprégnée de sels, d'esprits, d'huile, de terre, de métaux, etc. parmi lesquels il se trouve une grande différence, suivant la nature du terrain, d'où partent les exhalaisons, et suivant les saisons ; c'est pour cela que la pluie du printemps est bien plus propre à exciter des fermentations, que celle qui tombe en d'autres temps. La pluie qui tombe après une longue et grande sécheresse est beaucoup moins pure, que celle qui suit d'après une autre pluie. M. Boerhaawe a remarqué, que la pluie qui tombe, lorsqu'il fait fort chaud, et beaucoup de vent, est la plus sale et la plus remplie d'ordures, surtout dans les villes et dans les lieux bas et puans. Il flotte aussi dans l'air des semences de très-petites plantes, et de petits œufs d'un nombre infini d'insectes qui tombent de l'air à terre en même temps que les pluies. De-là vient qu'on voit croitre dans cette eau, non-seulement des plantes vertes, mais qu'on y découvre aussi un nombre prodigieux de petits animaux et de vers, qui la font comme fermenter, et lui communiquent une mauvaise odeur par leur corruption. Puisque la pluie se trouve mêlée avec un si grand nombre de corps étrangers, il n'est pas difficile de comprendre, pourquoi l'eau de pluie conservée dans une bouteille bien fermée, se change bientôt en de petits nuages blanchâtres, qui augmentent insensiblement, qui s'épaississent, et se changent enfin en une humeur visqueuse qui tombe au fond.

Il est rare que les gouttes de pluie aient plus d'un quart de pouce de diamètre. On prétend qu'en Afrique, dans la Nigritie, il tombe des gouttes d'eau de la grosseur d'un pouce, et même que dans le Méxique les ondées sont si terribles, que les hommes sont quelquefois écrasés par leur chute ; mais ces relations sont un peu suspectes.

Les gouttes de pluie tombent quelquefois fort proche les unes des autres, et d'autres fois à une plus grande distance, cela pourrait venir de la densité de la nuée. Lorsqu'une nuée n'est pas dense, et que ses parties se réunissent en gouttes, il faut qu'il y ait un certain espace dans lequel ces parties puissent former une goutte, et alors elles doivent être éloignées les unes des autres en tombant. Si au contraire la nuée est épaisse, il peut tomber beaucoup de parties supérieures immédiatement sur les inférieures, les gouttes se forment beaucoup plus vite, et sont plus voisines. On peut examiner à cette occasion, pourquoi les gouttes de pluie sont plus grosses en été, mais plus éloignées les unes des autres, et pourquoi elles sont plus petites en hiver, mais moins éloignées. Il est certain, que l'air est plus rarefié en été, et qu'il résiste moins aux corps qui se meuvent à-travers. Les gouttes de pluie peuvent donc être plus grosses, puisqu'elles souffrent moins de résistance dans leur chute ; mais en hiver, l'air est plus dense, il fait plus de résistance, et désunit par conséquent plutôt les gouttes d'eau.

Lorsque dans le vuide, on laisse tomber une goutte d'eau de la hauteur de quinze pieds sur un morceau de papier ou sur une feuille d'arbre, elle fait un grand bruit, sans pourtant rompre la feuille ; mais si cette même goutte tombait d'une nuée haute de six mille pieds, elle aurait vingt fois plus de vitesse, et par conséquent quatre cent fois plus de force ; de sorte qu'elle mettrait en pièces les tendres fleurs et les feuilles des plantes. Heureusement la résistance de l'air empêche la goutte de tomber sur la terre avec tant de rapidité, et elle en diminue d'autant la vitesse, qui n'est alors guère plus grande, que si la goutte était tombée de la hauteur de 15 pieds.

Si l'on suppose deux gouttes d'eau, dont l'une soit huit fois plus grosse que l'autre, la surface de la petite goutte étant à celle de la grosse comme 1 à 4 et la résistance de l'air contre les corps qui tombent, étant comme la grandeur des surfaces, divisée par les masses, il s'ensuit que la résistance de l'air contre la plus petite goutte est double de la même résistance contre la plus grosse goutte. Si la bruïne était composée de petites gouttes, qui fussent cent quinze mille fois plus menues que la grosse goutte, leurs surfaces seraient cinquante fois plus petites, et rencontreraient par conséquent cinquante fois plus de résistance de la part de l'air, ce qui les ferait tomber fort lentement.

Il pleut rarement lorsqu'il fait un gros vent, à-moins que la direction du vent ne soit de haut enbas. Dans ce cas il peut toujours pleuvoir, car la pluie est poussée par le vent ; mais si le vent a une direction horizontale, et qu'il souffle avec une vitesse qui lui fasse parcourir seize pieds en une seconde, il ne tombera pas de pluie, parce que ce vent pousse horizontalement chaque goutte avec beaucoup de rapidité. La quantité de pluie qui tombe dans les différents pays est fort différente, et on en peut apporter différentes causes. Telles sont la proximité ou l'éloignement de la mer, des lacs, des rivières, la situation des lieux, selon qu'ils sont plus élevés ou plus bas, le voisinage des montagnes, des collines et des bois, qui forment certaines chaînes, dont les unes sont propres à repousser les vents humides, tandis que les autres leur donnent passage, et nous en parlerons plus en détail à la fin de cet article.

Nous tirons divers avantages de la pluie. 1°. Elle humecte et ramollit la terre qui se trouve desséchée, et durcie par la chaleur du soleil : la terre ainsi humectée par la pluie devient fertile ; de sorte qu'on peut y semer des graines que l'humidité fait croitre, et qui nous fournissent ensuite toutes sortes de plantes, des herbes. 2°. La pluie lave et purge l'air de toutes les ordures qui pourraient être nuisibles à la respiration ; et c'est pour cela que l'air parait plus léger après la pluie quand on le respire. 3°. La pluie modere la chaleur de l'air près de notre globe, car elle tombe toujours en été d'une région de l'air plus haute et plus froide, et nous remarquons toujours à l'aide du thermomètre, que l'air devient plus froid en été proche de la surface de la terre aussi-tôt qu'il a un peu plu. 4°. Enfin la pluie est la principale cause de toutes les sources, des fontaines et des rivières ; car ce qui vient de la rosée ou des vapeurs, est très-peu de chose en comparaison de la pluie. Article de M. Formey, qui l'a tiré de M. Musschenbrock, Essai de Phys. §. 1547.

Sur les phénomènes de la pluie qui ont rapport au baromètre. Voyez BAROMETRE et TEMS.

Quant à la quantité de pluie qui tombe, en quelle proportion elle tombe à différents lieux en même temps, et au même endroit en différents temps : on le trouve déterminé par des observations et des journaux exacts, dans les mémoires de l'académie royale des Sciences de Paris, dans les Transactions Philosophiques de Londres, etc.

Pour mesurer la quantité de pluie qui tombe chaque année, il en faut prendre la hauteur comme on le voit pratiqué dans les tables suivantes.

Hauteur de l'eau de pluie tombée en un an en différents lieux.

Ajoutons aux pluies naturelles quelques observations sur certaines pluies tout à fait singulières que l'on a vu tomber, et qui doivent leur origine aux exhalaisons qui se mêlent avec la pluie et tombent de l'air avec elle. Telles sont, par exemple, les pluies de soufre, celles de sang, ou d'une liqueur rouge comme le sang ; celles de fer, de laine, de pierres, de poissons, de grenouilles, de lait, de chair, de terre, etc.

On peut ajouter divers exemples de pluie de soufre à celui que Moïse nous fournit dans la subversion de Sodôme. Spangenberg rapporte qu'il y eut en 1658, une pluie de soufre qui tomba dans le duché de Mansfeld. Nous apprenons d'Olaus Wormius qu'il vit tomber en 1646, à Copenhague, une grosse pluie qui sentait le soufre ; et qu'après que l'eau se fût écoulée, on pouvait ramasser ce soufre en divers endroits. M. Siegesbeck fait mention dans les mémoires de Breslau, Octobre 1721, d'une pluie de soufre tombée à Brunswick, et qui était un vrai soufre minéral. Quelques chimistes nient la possibilité du fait, alléguant pour raison que le soufre a besoin d'une grande quantité de feu, avant que de devenir volatil. Scheuchzer, parlant d'une poudre jaune combustible, qui tomba à Zurich en 1677, soupçonne que ce n'était autre chose que la poussière des fleurs des jeunes pins, que le vent avait enlevé des arbres d'une forêt voisine. M. FORMEY.

A l'égard des pluies de sang on aurait tort d'adopter tous les récits des poètes, et même des historiens sur de pareils phénomènes ; mais il y a pourtant des faits de cette nature bien avérés. Du temps de M. de Peiresc il tomba en France une pluie rouge, qui jeta une si grande épouvante parmi les paysans, qu'ils abandonnèrent les champs pour se sauver dans leurs maisons. Peiresc qui se trouvait alors à la campagne, rechercha avec soin la cause de ce phénomène. Il trouva que les gouttes de pluie étaient effectivement de couleur rouge ; mais qu'elles se trouvaient remplies de certains petits insectes rouges, qui volaient dans ce temps-là en grande quantité dans l'air. Cette découverte le porta à conclure que la pluie qui était tombée, n'était pas une pluie de sang, mais seulement d'eau ; et que sa teinture ne venait que des petits insectes en question. D'autres physiciens ont fait à-peu-près les mêmes observations ; et toutes ces fameuses pluies de sang dépendent uniquement de pareilles causes naturelles.

Pour les pluies de fer, de laine, etc. on doit regarder presque tout cela comme de pures fictions ; car il est absolument impossible que ces sortes de corps se forment dans l'air, ou s'y soutiennent longtemps. Le vent seul peut quelquefois par sa force enlever de certains lieux, et transporter dans d'autres assez éloignés, des corps qui tombent alors naturellement de l'air ; mais sans y avoir été produits. Par exemple, lorsque ceux qui tondent les brebis viennent à rassembler leur laine, et à l'exposer à terre, un tourbillon peut en enlever quelques flocons en l'air, et les charrier loin de là. De même, un vent orageux élévera fort haut les eaux d'un lac poissonneux, et les brisant ensuite contre les côtes, les digues, les rochers, éparpillera dans l'air de petits poissons, ou des grenouilles, qui après avoir été emportés à quelque distance de-là, retombent enfin à terre ; de sorte qu'on dirait qu'il pleut des poissons ou des grenouilles dans les endroits où cela tombe. On a fort parlé de pluies de pierres, et l'on ne saurait nier qu'il ne soit effectivement tombé des pierres de l'air ; mais on n'en saurait conclure qu'elles y aient été formées : car il arrive dans les tremblements de terre que le feu souterrain la fait crever avec violence, et qu'il la fait sauter en l'air avec tout ce qui repose sur sa surface. Il en est comme d'un roc sous lequel on creuse une grande mine, que l'on emplit de poudre à canon ; dès qu'on met le feu à cette poudre, on voit sauter le roc avec tout ce qui se trouve dessus, et il retombe ensuite par son propre poids ; mais tout en pièces et en morceaux qui se dispersent çà et là. On ne peut guère rapporter rien de plus remarquable à ce sujet, que la naissance de la nouvelle île de Santorino, qui s'éleva de dessous terre dans l'Archipel en 1707. On entendit d'abord pendant quelques jours un bruit affreux, comme celui du tonnerre ou du canon, et l'on vit continuellement une quantité de pierres ardentes qui sortaient de la mer, et se lançaient en l'air comme des fusées à perte de vue : ces pierres retombèrent ensuite dans la mer à cinq milles de l'endroit d'où elles avaient été jetées. Pendant tout ce temps-là l'air se trouva rempli d'une épaisse vapeur sulfureuse mêlée de cendres ; tout cela formait un nuage affreux, entremêlé de petites pierres, qui retombèrent si drues et en si grande quantité, que tout le pays d'alentour se trouva couvert. Le père Montfaucon rapporte qu'il arriva quelque chose de semblable en 1538, proche du village de Tripergola en Italie. Cardan nous apprend qu'il tomba dans le voisinage d'Abdua environ 1200 pierres, qui étaient de couleur de fer, lisses et fort dures, et qui sentaient le soufre ; elles tombèrent avec un violent tourbillon de vent qui ressemblait à un globe de feu. Une de ces pierres pesait 120 livres, et une autre 60. On conserve encore aujourd'hui dans la paraisse de d'Ensisheim en Alsace, une pierre de cette nature, qui tomba en 1630. Elle est noirâtre, du poids d'environ 300 livres ; et on peut remarquer que le feu en a détaché tout-au-tour quelques éclats. Toutes ces pluies de pierres ne peuvent se rapporter qu'à la même cause, c'est-à-dire aux tremblements de terre, qui sont produits par un feu souterrain.

Il tomba dans la partie occidentale de l'Angleterre, au mois de Décembre de l'année 1672, une espèce de pluie fort singulière. Nous avons plusieurs mémoires sur cette pluie dans les Transactions philosophiques.

Lorsque cette pluie touchait, en tombant, quelque chose d'élevé sur la terre, comme des branches, ou autre chose semblable, aussi-tôt elle se congelait ; et les petits glaçons augmentant sensiblement, devenaient si pesants, qu'ils rompaient et entrainaient avec eux tout ce sur quoi ils étaient attachés. La pluie qui tombait sur la neige ne s'y enfonçait point, mais elle se congelait à sa surface.

Il est presque incroyable quel nombre d'arbres elle a détruits, et si, à ce que rapporte une personne qui était sur les lieux, " elle avait été accompagnée de vent, elle aurait produit des effets terribles.

J'ai pesé, dit cette personne, une branche de frêne qui pesait exactement trois quarts de livre, la glace qui s'y était attachée pesait seize livres. Quelques-uns furent fort effrayés du bruit qu'ils entendirent dans l'air, et leur terreur ne se dissipa que quand ils aperçurent que ce n'était que le fracas des branches glacées qui se heurtaient les unes contre les autres ".

On remarque que pendant cette pluie, il n'y avait pas de forte gelée sur la terre ; d'où on conclut que la gelée peut être très-violente et très-dangereuse sur les sommets de quelques montagnes, et dans quelques plaines, tandis qu'en d'autres endroits elle se tient comme suspendue à la hauteur de 3 ou 4 pieds, au-dessus de la superficie de la terre, des rivières, des lacs, etc. Cette glace a été suivie de grandes chaleurs, et les fleurs et les fruits furent beaucoup plus précoces qu'à l'ordinaire. Chambers.

PLUIE PRODIGIEUSE, (Histoire) nous nommons avec les anciens pluies prodigieuses, prodigia, toutes celles qui sont extraordinaires, et qu'ils attribuaient à des causes surnaturelles, parce qu'ils n'en apercevaient point les causes physiques. Leurs historiens parlent de plusieurs sortes de pluies prodigieuses, comme de pluie de pierres, de cendres, de terre, de fer, de briques, de chair, de sang et autres semblables.

La plus ancienne pluie de pierres dont il soit fait mention dans l'histoire romaine, est celle qui arriva sous le règne de Tullus Hostilius, après la ruine d'Albe. Nuntiatum regi, patribusque est, dit Tite-Live, livre I. chap. xxxj. in monte Albano lapidibus pluisse ; quod cum credi vix posset, missis ad id videndum prodigium in conspectu, haud aliter quam cum grandinem venti glomeratam in terras agunt, crebri cecidere coelo lapides. Et quelques lignes plus bas il ajoute : mansit solenne ut quandocumque idem prodigium nuntiaretur, feriae per novem dies agerentur. Les circonstances rapportées par Tite-Live semblent assurer la vérité de ce fait d'une manière incontestable ; et il s'est répété tant de fois aux environs du même mont Albanus, qu'il n'est guère possible de le révoquer en doute : il n'est pas même bien difficile d'en déterminer la cause physique, puisque l'on peut supposer avec beaucoup de vraisemblance, qu'il y a eu dans les premiers temps un volcan sur le mont Albanus, et cette conjecture est assez fortement appuyée pour la faire tourner en certitude. On sait que c'est un effet ordinaire aux volcans de jeter des pierres et de la cendre dans l'air, qui retombant ensuite sur terre, peuvent être pris par le peuple grossier, pour une pluie prodigieuse. Quoique le mont Alban ne jetât ordinairement ni flammes ni fumée, le foyer de ce volcan subsistait toujours, et la fermentation des matières sulphureuses et métalliques qui y étaient contenues, avait assez de force pour jeter en l'air des pierres, de la terre et divers autres corps qui retombaient du ciel dans les campagnes voisines.

Le Vésuve et les autres volcans qui en sont proches, causaient un effet tout semblable dans l'Italie inférieure ; mais comme leur embrasement était continuel, et ces évacuations assez fréquentes, les peuples qui s'étaient accoutumés à ce spectacle, n'étaient plus effrayés que des évaporations qui vomissaient ces matières en plus grande quantité, ou qui les poussaient à une plus grande distance.

C'est à cette dernière cause, c'est-à-dire aux embrasements et aux évacuations du Vésuve, que l'on doit rapporter ces pluies de terre dont il est souvent fait mention dans Tite-Live, et dans la compilation de Julius Obsequents. Caio Martio III. et Tito Manlio Torq. coss. dit-il, lapidibus pluit, et nox visa est interdiu in urbe Româ. Cette pluie de pierres était donc accompagnée d'un nuage de cendres assez épais pour cacher la lumière aux habitants de la ville de Rome.

Dans les embrasements considérables du Vésuve et du mont Etna, les cendres et les pierres calcinées sont portées à une distance très-considérable. Dion Cassius rapporte que lors du fameux embrasement du Vésuve, arrivé sous l'empereur Vespasien, le vent, porta les cendres et la fumée que vomissait cette montagne, non-seulement jusqu'à Rome, mais même jusqu'en Egypte.

La chronique du comte Marcellin observe à l'année 472, c'est-à-dire sous le consulat de Marcien et de Festus, que cette même montagne s'étant embrasée, les cendres qui en sortirent se répandirent par toute l'Europe, et causèrent un si grand effroi à Constantinople, que l'on célebrait tous les ans la mémoire de cet événement, par une fête établie le viij. des ides de Novembre.

Dans l'embrasement du mont Etna, arrivé en 1537, et décrit dans la Sicile de Fazelli, et dans le dialogue latin du cardinal Bembo, la cendre fut portée à plus de 200 lieues de la Sicile.

L'histoire romaine n'est pas la seule qui nous fournisse des exemples de pierres tombées du ciel ; on en trouve de semblables dans l'histoire grecque, et même dans les écrits des philosophes les plus exacts. Personne n'ignore que la seconde année de la lxxviij. olympiade, il tomba du ciel en plein jour, une pierre auprès du fleuve Egos dans la Thrace. Pline assure que l'on montrait encore de son temps cette pierre, et qu'elle était magnitudine vehis, colore adusto. Cet événement devint si fameux dans la Grèce, que l'auteur de la chronique athénienne, publiée par Selden avec les marbres du comte d'Arondel, en a fait mention sur l'article 58, à l'année 1113 de l'ère attique ou de Cécrops.

Cette pierre qui tomba dans la Thrace, était apparement poussée par le volcan qui en fit tomber trois autres dans le même pays plusieurs siècles après, c'est-à-dire l'an de J. C. 452, l'année même de la ruine d'Aquilée par Attila. Hoc tempore, dit la chronique du comte Marcellin, tres magni lapides è coelo in Thraciâ cecidere.

On pourrait peut-être attribuer à la même cause la chute de cette pierre qui tomba du ciel au mois de Janvier 1706, auprès de Larisse en Macédoine ; elle pesait environ 72 livres, dit Paul Lucas qui était alors à Larisse. Elle sentait le soufre, et avait assez l'air de machefer : on l'avait vue venir du côté du nord avec un grand sifflement, et elle semblait être au milieu d'un petit nuage qui se fendit avec un très-grand bruit lorsqu'elle tomba.

Le fameux Gassendi dont l'exactitude est aussi reconnue que le savoir, rapporte que le 27 Novembre 1627, le ciel étant très-serein, il vit tomber vers les 10 heures du matin, sur le mont Vaisien, entre les villes de Guillaumes et de Peine en Provence, une pierre enflammée qui paraissait avoir 4 pieds de diamètre ; elle était entourée d'un cercle lumineux de diverses couleurs, à-peu-près comme l'arc-en-ciel : sa chute accompagnée d'un bruit semblable à celui de plusieurs canons que l'on tirerait à la fais. Cette pierre pesait 59 livres ; elle était de couleur obscure et métallique, d'une extrême dureté. La pesanteur était à celle du marbre ordinaire, comme 14 à 11. Si l'on examine ces différents exemples, on conviendra qu'il n'y a rien que de naturel dans ces pluies de pierres rapportées dans les anciens.

La pluie de fer qui tomba dans la Lucanie, l'année qui précéda la mort et la défaite de Crassus, fut regardée comme un prodige dans cette province ; et peut-être aux environs du Vésuve n'y eut-on fait aucune attention, ces peuples étant accoutumés dans ces cantons à voir souvent tomber des marcassites calcinées, semblables à ce que l'on nomme machefer ; car le fer qui tomba en Lucanie était de cette espèce : spongiarum ferè similis, dit Pline.

Quelquefois un ouragan a poussé des corps pesans du haut d'une montagne dans la plaine. Telle était cette pluie de tuiles ou de briques cuites, qui tomba l'année de la mort de T. Annius Milo, lateribus coctis pluisse.

A l'égard de cette pluie de chair dont Pline parle au même endroit, et qu'il dit être tombée plusieurs fois ; il n'est pas facile de déterminer la nature des corps que l'on prit pour de la chair, n'ayant aucune relation circonstanciée : on peut cependant assurer que ces corps n'étaient pas de la chair, puisque ce qui resta exposé à l'air ne se corrompit pas, comme Pline l'observe au même lieu.

Quant aux pluies de sang, on est aujourd'hui bien convaincu qu'il n'y a jamais eu de pluie de sang ; et que ce phénomène ne vient d'ordinaire que d'une grande quantité de certaines espèces de papillons qui ont répandu des gouttes d'un suc rouge sur les endroits où ils ont passé, ou que ce sont seulement de petits pucerons aquatiques qui se multiplient pendant l'été dans les canaux et fossés bourbeux, en si grande quantité qu'ils rendent la surface de l'eau toute rouge. On a bien raison de penser qu'il n'en a pas fallu davantage pour donner lieu au vulgaire ignorant de croire qu'il a plu du sang ; et pour en tirer toutes sortes de présages sinistres. Mais ces généralités quoique très-vraies, ne suffisent pas aux naturalistes ; ils ont examiné tous ces faits attentivement, et ont communiqué au public le détail de leurs découvertes, dont voici le résultat.

Il est très-ordinaire aux mouches, et à toutes sortes de papillons, tant diurnes que nocturnes, qu'après s'être dégagés de leurs enveloppes de nymphes et de chrysalides, et que leurs ailes se sont déployées et affermies, au moment qu'ils se disposent à voler pour la première fais, ils jettent par la partie postérieure quantité d'humeurs surabondantes, dont la secrétion s'est faite lorsqu'ils étaient encore en nymphes et en chrysalides. Ces humeurs ne ressemblent en rien aux excréments de ces insectes ; elles sont de différentes couleurs, et il y en a très-souvent de rouges parmi les papillons diurnes : telles sont, par exemple, celles de la petite chenille épineuse qui vit en société sur l'ortie.

Les chenilles de ces papillons et d'autres, quand elles doivent subir leurs changements, s'écartent de la plante qu'elles habitent, et se suspendent volontiers aux murailles lorsqu'il y en a dans le voisinage. C'est ce qui a fait qu'on a trouvé contre les murailles ces taches rouges qu'on a prises autrefois pour des gouttes de pluie de sang.

M. de Peirese est, si je ne me trompe, le premier qui s'est donné la peine d'examiner ce phénomène ; et au mois de Juillet de l'an 1608, on assura qu'il était tombé une pluie de sang. Ce récit le frappa et l'engagea à ne rien négliger pour l'éclaircissement d'une chose aussi singulière. Il se fit montrer ces grosses gouttes de sang à la muraille du cimetière de la grande église d'Aix, et à celle des maisons de bourgeois et des paysans de tout le district, à un mille à la ronde. Il les considéra attentivement ; et après un mûr examen, il conclut que toutes les folies qu'on débitait de cette pluie de sang, n'étaient qu'une fable. Cependant il n'en avait point encore découvert la cause ; un hasard la lui fit trouver. Il avait renfermé dans une boite une belle et grande chrysalide. Un jour il entendit qu'elle rendait un son ; il ouvrit la boite, et il en sortit incontinent un beau papillon qui s'envola, laissant au fond de la boite une assez grosse goutte rouge.

Il avait paru dans le commencement du mois de Juillet une grande quantité de ces papillons. D'où M. de Peirese concluait que ces taches rouges qui paraissaient sur les murailles, n'étaient autre chose que les excréments de ces insectes. Il fut confirmé dans sa conjecture en examinant les trous dans lesquels ces sortes d'insectes se cachent ordinairement. D'ailleurs il remarqua que les murailles des maisons du milieu de la ville où les papillons ne volent point, n'avaient aucune de ces taches ; on n'en voyait que sur celles qui touchaient à la campagne, jusqu'où ces insectes pouvaient s'être avancés. Enfin, il n'en remarqua point sur le sommet des maisons, mais seulement depuis les étages du milieu en bas ; ce qui est la hauteur à laquelle ces papillons s'élèvent ordinairement. D'autres curieux ont fait depuis les mêmes observations ; entr'autres Becman dans une dissertation de prodig. sang.

Pour ce qui est des pucerons aquatiques qui multiplient dans l'été en si grande quantité, qu'ils rougissent la surface de l'eau, nous renvoyons le lecteur aux ouvrages de Swammerdam qui est entré dans tous les détails de ce phénomene, et qui a observé ces gouttes rouges dans la plupart des insectes. quand ils se changent en nymphes. (D.J.)

PLUIE ARTIFICIELLE, (Histoire des spectacl. de Rome) les anciens avaient soin de tempérer la chaleur causée par la transpiration et les haleines de l'assemblée nombreuse qui assistait à leurs spectacles, en faisant tomber sur les spectateurs une espèce de pluie, dont ils faisaient monter l'eau jusqu'au-dessus des portiques, et qui retombant en forme de rosée par une infinité de tuyaux cachés dans les statues qui regnaient autour du théâtre, servait non-seulement à y répandre une fraicheur agréable, mais encore à y exhaler les parfums les plus exquis ; car cette pluie était toujours d'eau de senteur. Ainsi ces statues, qui semblaient n'être mises au haut des portiques que pour l'ornement, étaient encore une source de délices pour l'assemblée, et enchérissant par leurs influences sur la température des plus beaux jours, mettaient le comble à la magnificence du théâtre, et servaient de toute manière à en faire le couronnement. (D.J.)

PLUIE, (Critique sacrée) il est dit dans les actes des Apôtres vj. 3. veniet quasi imber vobis temporaneus et serotinus. Le secours du ciel descendra sur vous, comme la pluie de l'automne et du printemps viennent sur la terre. Il y avait deux sortes de pluies favorables dans la Palestine ; les premières qui tombaient après les semailles, et qui faisaient que les grains prenaient racine ; les dernières marquées par le mot serotinus, étaient celles du printemps, qui achevaient de murir le grain. Pluie au figuré, marque un grand malheur, une grande affliction, erit in absconsionem à turbine et à pluvia, Is. iv. 6. Il sera votre retraite pour vous mettre à couvert des tempêtes et des afflictions. Ce mot désigne aussi la manne que Dieu donnait dans le désert aux Israèlites. Ps. lxvij. 10. Enfin dans Joel, ij. 23. il indique l'abondance des bienfaits de Dieu. (D.J.)

PLUIE DE FEU, les Artificiers appellent ainsi une garniture de seules étincelles, dont on remplit un pot pour en faire une pluie de feu. On peut y employer de la sciure de bois tendre et combustible, comme le pin, le laurier, le peuplier, le sureau, etc. qu'on fait bouillir dans de l'eau où l'on a détrempé du salpêtre ; et pendant qu'elle est humide on la mêle avec du poussier qui s'y attache, et l'amorce pour prendre feu dans les pots des fusées.

PLUIE DE FEU, même métier ; on fait des fusées volantes qui en tombant font des petites ondes en l'air, comme des cheveux à demi frisés. On les appelle fusées chevelues ; elles finissent par une espèce de pluie de feu, qu'on a appelée pluie d'or, qui se fait de la manière suivante.

Prenez une partie de soufre, une partie de salpêtre, une partie de poudre ; ou trois parties de soufre, trois de salpêtre, et quatre de poudre ; ou quatre parties de soufre, six de salpêtre, et huit de poudre. Battez fortement les matières à part ; fondez après ce soufre dans un pot de terre plombé, ou dans un pot de cuivre, ce qui vaut beaucoup mieux ; et après qu'il sera fondu, mettez-y peu-à-peu le salpêtre en brassant toujours, ensuite la poudre, et que ce soit à petit feu ; il faut prendre garde en brassant que le feu n'y prenne. Ces trois matières étant bien fondues et mêlées ensemble, et ne faisant plus qu'un corps, versez-en sur du papier ou sur une planche : cette composition s'endurcira ; et quand vous voudrez faire de la pluie de feu, vous en prendrez, la briserez en petits morceaux, et les mêlerez parmi la poudre du petard de votre fusée, et ce sera une pluie de feu.

PLUIE, (Manufacture) espèce de droguet dont la chaîne est de soie ou de poil, et la treme en partie d'or ou d'argent. On lui donne le nom de pluie, à cause de petits brillans dont la superficie de cette étoffe est toute parsemée, qui paraissent comme une légère brouine qui y serait tombée. Diction. de comm. (D.J.)