S. f. (Physique) en parlant des corps, est la même chose qu'étendue. Voyez ETENDUE.

EXTENSION signifie aussi la même chose que dilatation, expansion, raréfaction. Voyez ces mots.

On voit une preuve bien sensible de l'extension des métaux par la chaleur, à la machine de Marly : toutes les barres qui servent à communiquer le mouvement des roues, varient tellement de longueur, qu'on a été obligé de faire plusieurs trous à l'endroit de leur jonction, pour les ajuster entr'elles à proportion de leur longueur. Supposant deux tiers de ligne pour l'allongement d'une barre de fer de six pieds, ce serait six pouces sur cent taises ; ce qui produirait dans le jeu des pistons un dérangement considérable, sans la précaution dont on vient de parler. La chaleur, ainsi que le froid, doivent par cette raison déranger souvent les horloges de clocher : la même raison peut influer quelquefois sur les montres de poche. D'habiles artistes ayant remarqué que l'extension du fer parle chaud, est à celle du cuivre comme 3 à 5, ont employé cette idée d'une manière ingénieuse pour donner aux verges des pendules une forme telle, qu'elles ne souffrent point d'extension par la chaleur. Voici en général et en peu de mots une idée des moyens qu'ils ont employés pour cela. Ils ont attaché la verge de fer à la partie supérieure d'un cylindre de laiton : ce cylindre est fixement attaché par sa partie inférieure ; il se dilate de bas en-haut, tandis que la verge se dilate de haut en-bas ; et en faisant la longueur du tuyau à celle de la verge, comme 3 à 5, il est visible que le tuyau sera autant dilaté de bas en-haut, que la verge de haut en-bas, et qu'ainsi la distance de l'extrémité inférieure de la verge à l'extrémité inférieure et fixe du tuyau, sera constante, donc si le point autour duquel la verge oscille, est placé près de l'extrémité inférieure du tuyau, le pendule conservera une longueur constante. Voyez PENDULE, et les mémoires de l'acad. 1741. Voyez aussi les leç. de Phys. de M. l'abbé Nollet, tome IV. pag. 365. etc. et l'article EXPANSIBILITE.

EXTENSION enfin se dit des métaux ductiles, qui étant frappés ou tirés, sont étendus par cette opération, et occupent une plus grande surface ou une plus grande longueur qu'auparavant, sans occuper proprement un plus grand espace, parce qu'ils perdent en solidité et en profondeur, ce qu'ils gagnent en superficie. Voyez DUCTILITE. (O)

EXTENSION se dit aussi, en Médecine, des membres que l'on allonge aux approches du sommeil, du froid fébrile, et des accès d'hystéricité. C'est l'espèce de mouvement du corps que les Latins appellent pandiculatio, qui est presque toujours accompagnée du bâillement.

L'allongement des membres se fait principalement par l'action de tous leurs muscles extenseurs. Il semble, dit M. Haller dans une note sur le §. 628. des institutions de Boerhaave, que l'action des muscles fléchisseurs, qui est presque continue, et qui est dominante même pendant le sommeil ; en sorte qu'elle détermine la figure, l'attitude du corps pendant ce temps-là, gêne et plie tellement les troncs des vaisseaux sanguins et des nerfs, qu'il est nécessaire que les muscles extenseurs se mettent en action pour les dégager, en donnant aux membres un état contraire à celui de flexion, dans lequel ils sont le plus longtemps, c'est-à-dire en les étendant ; ce qui met les vaisseaux dans une direction égale, et rend plus libre le mouvement des humeurs qui y sont contenues ; la distribution des esprits est aussi conséquemment plus facile dans les nerfs, qui sont alors exempts de toute compression. Voyez MUSCLE. (d)

EXTENSION, (Médecine) allongement des fibres du corps humain par des causes externes ou internes.

Quoique nous ignorions d'où procede la cohésion mutuelle des éléments qui constituent la fibre, nous savons par expérience que le principe qui les unit, peut augmenter ou diminuer. Il en est des fibres du corps humain comme des parties de fer qu'on allonge en forme de fil, ou comme d'une corde d'instrument de musique, qui s'allonge avec des poids jusqu'au moment de la rupture. Nos fibres sont pareillement susceptibles d'allongement et d'accourcissement avec élasticité. Voyez FIBRE.

Nos vaisseaux qui sont composés de fibres, sont également capables de se prêter à l'impulsion du fluide ; et peuvent être distendus jusqu'à un certain point sans rupture. Il faut donc qu'il y ait non-seulement dans les fibres solides, mais dans les membranes, les vaisseaux, et les viscères qui en sont formés, une faculté d'allongement, d'accourcissement, et de ressort, un degré fixe et déterminé de cohésion jusqu'à un certain point. Or le défaut, ou l'excès de cette cohésion dans les fibres, qui leur permet d'être distendues jusqu'à un certain point, peut donner naissance à une infinité de désordres.

La trop grande extension des fibres, des vaisseaux, et des viscères du corps humain, peut être occasionnée 1°. par une trop grande plénitude, un amas d'humeurs, la compression, l'obstruction, la suppression des évacuations, la violence de la circulation, le manque de soutien ou de point d'appui dans les blessures. 2°. Elle peut être produite semblablement par des vents, l'inflammation, la constipation, l'hydropisie, l'oedème, l'empième, etc. Dans tous ces cas, il faut détruire les causes qui produisent l'abord de liquides dans leurs canaux, ou qui les y retiennent, et si l'on n'y peut parvenir, tirer l'humeur contenue par une nouvelle ouverture.

Les suites de la trop grande extension des parties du corps humain, sont palpables par les effets de la torture, de la rétention d'urine, et même par la grossesse. En effet, dans les états de l'Europe où se donne la question, ce tourment inutile et barbare qui fait frémir l'humanité, il y a des pays, où, après avoir suspendu des criminels, on leur attache au bout des pieds des poids de centaines de livres, qu'on augmente par degrés. Il résulte de cette distension excessive, une espèce de paralysie sur les parties inférieures qui deviennent immobiles pendant plusieurs jours. La même chose arrive à la vessie, qui n'est plus capable de se resserrer, quand elle a souffert une trop violente distension par une ischurie ; enfin la peau et la membrane adipeuse du bas-ventre, sont si considérablement distendues dans les femmes grosses, qu'après qu'elles ont été délivrées, cette peau reste flasque et ridée toute leur vie.

La trop grande distension arrive encore dans les luxations, les fractures, les efforts avec résistance, le soulevement d'un poids, une courbure trop forte, et autres efforts semblables, dans lesquels cas, les parties trop tendues, demandent à être remises dans leur état naturel, avant qu'elles soient rompues. La trop grande extension des muscles, des tendons, des ligaments, qu'on éprouve dans les maladies convulsives et spasmodiques, exige la guérison particulière de ces maladies.

Lorsque les vaisseaux du cerveau ont été rompus par une excessive distension, ils déchargent les fluides qu'ils contenaient, d'où naissent une infinité d'accidents, depuis le vertige jusqu'à l'apoplexie la plus complete . Les seuls remèdes consistent dans la saignée, la révulsion, le trépan, etc. pour l'évacuation des humeurs extravasées.

On empêche que les vaisseaux faibles ne soient distendus à l'excès par les fluides qu'ils contiennent, au moyen d'une compression générale ; car plus la fibre est tiraillée, et plus elle s'affoiblit. Ainsi les bandages et les appareils qui pressent sur la chair, en donnant aux vaisseaux une espèce de soutien et de point d'appui, font ce que ne sauraient faire les solides trop affoiblis, c'est-à-dire, qu'ils s'opposent à la distension des vaisseaux.

La distension qui vient de la trop grande sécheresse et rigidité des fibres, se guérit par les émolliens, les humectants, les adoucissants, les gras.

Les fibres distendues par quelque cause que ce sait, acquièrent de la dureté, de la résistance, de la maigreur, ensuite perdent leur élasticité ; ou se rompent. Leur contact mutuel est moins pressé, les interstices des membranes deviennent plus grands, et laissent passer les humeurs qu'ils devraient retenir : les cavités des vaisseaux s'étrécissent, et enfin se ferment. Les nerfs éprouvent la douleur, la stupeur, la paralysie : la partie où les liquides abordent, se tuméfie, s'appesantit, jaunit, ou pâlit.

Après qu'on a détruit les causes de la trop grande extension, il faut rapprocher les parties et les soutenir ; mais le relâchement qui en résulte, quand il a été extrêmement violent, est un mal incurable. Article de M(D.J.)

EXTENSION, terme de Chirurgie, action par laquelle on étend, en tirant à soi, une partie luxée ou fracturée, pour remettre les os dans leur situation naturelle. Elle se fait avec les mains, les lacqs ou autres instruments convenables. Elle suppose toujours la contre-extension par laquelle on retient le corps, pour l'empêcher de suivre la partie qu'on tire.

Pour bien faire l'extension et la contre-extension, il faut que les parties soient tirées et retenues avec égale force ; et que les forces qui tirent et qui retiennent, soient, autant qu'il est possible, appliquées aux parties mêmes qui ont besoin de l'extension et de la contre-extension. Les extensions doivent se faire par degrés, et on les proportionne à l'éloignement des parties, et à la force des muscles qui résistent à l'extension. Si l'on tirait tout-à-coup avec violence, on courait risque de déchirer et de rompre les muscles, parce que leurs fibres n'auraient point eu le temps de ceder à la force qui les allonge. Si les mains ne suffisent pas, on emploie les lacqs. Voyez LACQS. (Y)

EXTENSION, en Musique, est, selon Aristoxene, une des quatre parties de la mélopée, qui consiste à soutenir longtemps le même son : nous l'appelons aujourd'hui tenue. Voyez TENUE. (S)