adj. (Physique) corps élastique ou à ressort, est celui qui étant frappé ou étendu perd d'abord sa figure, mais fait effort par sa propre force pour la reprendre ; ou qui, quand il est comprimé, condensé, etc. fait effort pour se mettre en liberté, et pour repousser les corps qui le compriment, comme une lame d'épée, un arc, etc. qui se bandent aisément, mais qui reviennent bien-tôt après à leur première figure et à leur première étendue. Voyez ÉLASTICITE. Tel est encore un ballon plein d'air.

Les corps élastiques sont ou naturels ou artificiels. Les principaux parmi les artificiels, pour le degré de force élastique, sont les arcs d'acier, les boules d'airain, d'ivoire, de marbre, etc. les cuirs et les peaux, les membranes, les cordes ou fils d'airain, de fer, d'argent et d'acier, les nerfs, les boyaux, les cordes de lin et de chanvre.

Les principaux entre les naturels sont les éponges, les branches d'arbres verds, la laine, le coton, les plumes, etc. On dispute si l'eau a ou n'a point de force élastique, plusieurs philosophes croient qu'elle n'en a point ou peu par elle-même, et que si elle en montre quelquefois, on doit l'attribuer à l'air qui y est contenu. Voyez EAU.

Les principaux phénomènes qu'on observe dans les corps élastiques, sont qu'un corps élastique (nous supposons ici ce corps parfaitement élastique, et nous imaginons qu'il y en ait de tels) fait effort pour se remettre dans l'état où il était avant la compression, avec la même quantité de force qui a été employée à le presser ou à le bander ; car la force avec laquelle on tire une corde, est la même que celle avec laquelle cette corde résiste à la traction ; de même un arc reste bandé, tant qu'il y a équilibre entre la force qui est employée à le bander et celle avec laquelle il résiste.

2°. Les corps élastiques exercent également leur force en tout sens, quoique l'effet se fasse principalement apercevoir du côté où la résistance est la moins forte, ce qui se voit évidemment dans l'exemple d'un arc qui lance une fleche, du canon lorsque le boulet en sort, etc. Voyez RECUL.

3°. Les corps élastiques sonores, de quelque manière qu'on les frappe ou qu'on les pousse, font toujours à-peu-près les mêmes vibrations ; ainsi une cloche rend toujours un même son de quelque manière ou de quelque côté qu'on la frappe. De même une corde de violon rend toujours le même son, à quelqu'endroit qu'on la pousse avec l'archet. Or les différents sons consistent, comme l'on sait, dans la fréquence plus ou moins grande des vibrations du corps sonore. Voyez CORDE et SON.

4°. Un corps parfaitement fluide, s'il y en a de tels, ne saurait être élastique, parce que ses parties ne sauraient être comprimées. Voyez FLUIDE.

5°. Un corps parfaitement solide, s'il y en avait de tels, ne saurait être parfaitement élastique, parce que n'ayant point de pores il ne saurait être susceptible de compression. Voyez SOLIDE.

6°. Les corps durs, longs et flexibles propres à acquérir de l'élasticité, l'acquèrent principalement de trois manières, par leur extension, leur contraction, ou leur tension.

7°. Lorsque les corps se dilatent par leur force élastique, ils emploient pour cela une moindre force dans le commencement de leur dilatation que vers la fin, parce que c'est à la fin qu'ils sont le plus comprimés, et que leur résistance est toujours égale à la compression.

8°. Le mouvement par lequel les corps comprimés se remettent dans leur premier état, est ordinairement un mouvement accéleré. Voyez DILATATION. Quant aux lois du mouvement et de la percussion dans les corps élastiques, voyez sur cela les articles MOUVEMENT et PERCUSSION. Voyez aussi RESSORT.

Je ferai seulement ici les deux observations suivantes :

1°. On suppose ordinairement qu'un corps élastique à ressort parfait, qui vient frapper un plan inébranlable, reçoive par le débandement du ressort une vitesse précisément égale, et en sens contraire à celle qu'il avait en frappant le plan. Il faut cependant remarquer qu'un corps élastique peut se rétablir parfaitement dans sa figure, en perdant beaucoup de sa vitesse : en voici la preuve. Supposons deux corps A, B, durs, unis ensemble par un ressort attaché à tous les deux, et supposons que ce système vienne à frapper perpendiculairement un plan inébranlable avec la vitesse a ; il est certain que le corps antérieur A perdra d'abord tout son mouvement, qu'ensuite le corps B avancera contre le plan et contre le corps A, en comprimant le ressort avec la vitesse a, et que ce ressort en se débandant lui rendra la vitesse a, laquelle étant partagée aux deux masses A, B, deviendra (A a)/(A + B) ; donc la vitesse du système des deux corps A, B, sera moindre après le choc qu'auparavant, quoique le système conserve la même figure. Pour qu'un corps élastique ne perdit rien de sa vitesse par le choc, il faudrait supposer que le ressort dont il est pourvu rendit ses parties susceptibles de division à l'infini, en sorte que quand il choque un plan, il n'y eut que la partie infiniment petite contiguè au plan, qui perdit tout-à-coup sa vitesse, les autres parties ne perdant la leur que par degrés insensibles. Or on sent bien que cette supposition est plus mathématique que physique ; en effet l'expérience prouve que les corps élastiques les plus parfaits, perdent quelque partie de leur vitesse par le choc, sans que leur figure soit aucunement altérée.

2°. M. Mariotte, dans son traité du choc des corps, dit que si on frappe un cerceau avec un bâton pour le faire avancer, la partie du cerceau opposée à la partie choquée avancera vers le bâton et s'aplatira, tandis que le cerceau entier ira en-avant ; ce phénomene est aisé à expliquer par les principes qu'on peut lire au mot DYNAMIQUE. Le cerceau étant en repos au moment du choc, on peut regarder son repos actuel comme composé de deux mouvements égaux et contraires, l'un progressif et l'autre opposé à celui-là, et contraire à l'impulsion du bâton ; donc en vertu de ce dernier mouvement, le cerceau est dans le même état que s'il était poussé directement contre le bâton. Or dans ce cas il est évident qu'il doit s'aplatir par la partie la plus éloignée du bâton. Donc, etc. Voyez PERCUSSION.

Les mots élastique, élasticité, viennent du grec , pousser, chasser. (O)

ELASTIQUE, adj. pris subst. ou COURBE ELASTIQUE, (Géométrie et Mécan.) est le nom que M. Jacques Bernoulli a donné à la courbe que forme une lame de ressort, fixée horizontalement par une de ses extrémités à un plan vertical, et chargée à l'autre extrémité d'un poids qui par sa pesanteur oblige cette lame de se courber ; la détermination de cette courbe est un problème de la plus sublime Géométrie. On peut voir l'analyse que M. Jacques Bernoulli en a donnée dans les mémoires de l'académie des Sciences de Paris de 1703. Plusieurs savants géomètres ont donné depuis ce temps différentes solutions de ce problème ; on en trouve plusieurs très-élégantes dans le tome III. des mémoires de l'académie de Petersbourg.

Cette courbe est la même que celle que formerait un linge A C B (fig. 67. Mécaniq.) parfaitement flexible, fixé horizontalement par ses deux extrémités A, B, et chargé d'un fluide qui remplirait la cavité A C B. Voyez cette proposition démontrée dans l'essai de M. Jean Bernoulli sur une nouvelle théorie de la manœuvre des vaisseaux, imprimé à Bâle en 1714, et réimprimé depuis à Lausanne, 1743, dans le recueil in-4°. des œuvres de M. Jean Bernoulli. Je dis 1743, quoique le titre porte 1742 ; parce qu'il y a au commencement du premier volume deux écrits de M. Bernoulli et de l'éditeur, datés de 1743.

On peut voir aussi dans le tome IV. des œuvres de M. Jean Bernoulli, page 242, une solution du problème de l'élastique ; elle est fondée sur ces deux principes : 1° que le poids tendant exerce sur chaque point de l'élastique une force proportionnelle à sa distance : 2° que la courbure dans chaque point est en raison de la force tendante ; d'où il s'ensuit que si on nomme x la distance d'un point quelconque à la ligne de direction du poids tendant, on aura le rayon de la développée 3/2 = 1/x ; d'où l'on tire en regardant d x comme constant, x x/2 = - et = d y, équation de l'élastique. Or il est évident que cette courbe est la même que celle du linge dont il a été parlé ci-dessus, puisque la pression dans chaque point du linge est proportionnelle à x, c'est-à-dire à la hauteur, et que cette pression est de plus proportionnelle à la courbure, ou en raison inverse du rayon de la développée. Voyez COURBURE, DEVELOPPEE, CULATEURTEUR. (O)