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Catégorie parente: Arts & métiers
Catégorie : Etoffe de soie
(Etoffe de soie) le velours uni se fait avec une chaîne par le tissu communément appelé toîle ; une seconde chaîne communément appelée poil, et de la trame ; on fortifie la seconde chaîne de plus ou moins de brins, suivant le nombre de poils dont on veut le qualifier.

La quantité de poil augmente la qualité et la force du velours ; on en désigne le nombre par les barres jaunes qui sont aux lisières ; on fabrique depuis un poil et demi jusqu'à 4 poils ; ils se font ordinairement de 11 24es d'aune. Voyez ÉTOFFE DE SOIE.

Il se fait aussi des velours frisés, des velours coupés et frisés, des velours à la reine, des velours à quarreau tout coupé, des velours ras, des velours cannelés, des velours chinés ; on a poussé ce genre d'étoffe jusqu'à faire des velours à deux endroits, et de deux couleurs opposées l'une sur un côté, l'autre de l'autre ; mais cela n'a pas été suivi. Cette étoffe se fabrique en divers endroits, comme Lyon, Gènes et autres lieux. Voyez ÉTOFFE DE SOIE.

Manière dont on travaille le velours ciselé. Comme nous avons rapporté à ce genre d'étoffe presque toute la fabrication des autres, nous allons en traiter au long ; en sorte que celui qui se donnera la peine de bien entendre cet article, ne sera étranger dans aucune manufacture d'ourdissage, n'ayant jamais qu'à passer du plus composé au moins composé. Nous tâcherons d'être exact et clair ; et s'il nous arrive de pécher contre l'une ou l'autre de ces qualités, ce sera ou par la difficulté même de la matière, ou par quelqu'autre obstacle insurmontable. Car nous avons fait construire et monter un métier complet sous nos yeux ; nous l'avons ensuite démonté, et nous nous sommes donnés la peine de travailler.

Nous avons ensuite jeté sur le papier les choses ; puis nous avons fait revoir le tout par d'habiles manufacturiers.

Ce mémoire a deux parties. Dans la première, on verra l'ordre que nous avons suivi dans notre essai ; dans la seconde, ou dans les notes, on verra l'ordre que l'on suit dans une manufacture réglée.

Nous traiterons 1°. des parties en bois du métier, et de leur assemblage.

2°. Des parties en fil, en soie, en ficelle, et autres matières, de leur disposition et de leur usage.

3°. Des outils, de leurs noms et de la manière de s'en servir.

4°. De la main d'œuvre, du dessein, de la lecture, et de la manière de travailler.

Du bois du métier. Les parties A B, a b, qui ont mêmes dimensions, mêmes façons et même situation, ont depuis A, a, jusqu'à B, b, 6 pieds de longueur ; leur équarrissage est de 6 à 7 pouces ; elles s'assemblent par des tenons de dimensions convenables avec les pièces C D, c d. Elles sont perpendiculaires au plan et parallèles entr'elles. On les appelle les piliers de devant du métier.

Les parties E F, e f, qui ont mêmes dimensions, mêmes façons, et même situation entr'elles, qui sont parallèles l'une à l'autre, et aux parties A B, a b, qui s'assemblent par des tenons aux pièces C d, c d, s'appellent les piliers de derrière.

Les parties C D, c d, qui ont mêmes dimensions, mêmes façons, même disposition, qui sont parallèles entr'elles, qui reçoivent dans leurs mortaises C, c, les tenons des piliers de devant, et dans leurs mortaises D, d, les tenons des piliers de derrière, ont 12 pieds de longueur, sur 6 à 7 pouces d'équarrissage, et s'appellent les estases ou traverses d'en-haut.

Les estases ont à chacune de leur extrémité une ouverture carrée ou oblongue G H, g h, qui reçoivent les tenons des deux pièces de bois G g, H h. Ces tenons sont percés, et peuvent admettre un petit coin de bois. Les pièces de bois servent, à l'aide des coins, à tenir les estases fermement à la même distance et sur le même parallélisme ; et on les appelle par cette raison les clés du métier.

On a pratiqué à l'extrémité inférieure de chacune des pièces A B, a b, une ouverture oblongue I K ; la pièce de bois I K a deux tenons qui remplissent les ouvertures I et K, et chacun de ces tenons est percé, et peut admettre un petit coin qui sert, avec la pièce I K, à tenir les piliers de devant fermement à la même distance, et sur le même parallélisme.

Il y a encore aux extrémités des quatre piliers quatre mortaises L M, l m, qui servent à recevoir les tenons de deux barres de bois L M, l m, parallèles entr'elles et aux estases, et servant à tenir parallèles entr'eux les piliers.

Ces barres L M, l m, ont, à une distance convenable des piliers de derrière, chacune une ouverture oblongue N O. La pièce N O a deux tenons qui entrent dans les mortaises N, O, et elle sert à plusieurs usages. Le premier est de tenir les barres L M, l m, parallèles et à la même distance. Le second est de soutenir les marches.

Les pièces P Q 1, P Q 2, P Q 3, et qu'on voit ici au nombre de sept, percées par leur extrémité Q, traversées des pièces de fer r s, et soutenues au-dessus de la barre n o, par deux pitons plantés dans cette barre, s'appellent les marches.

Il n'y en a que sept ici, mais il peut y en avoir davantage ; c'est selon l'ouvrage que l'on travaille. Par exemple, dans le velours à jardin, en supposant qu'il y ait cinq marches de pièces, il y a certainement quatre marches de poil.

Les barres L m, l m, ont à leur extrémité L, l, chacune une mortaise. Cette mortaise reçoit l'extrémité de la pièce T V, t u, dont le côté parallèle au pilier de devant s'applique exactement contre ce pilier, et l'autre côté taillé en console a un autre usage, dont nous parlerons ci-après.

Elle est échancrée à sa partie supérieure ; et c'est dans cette échancrure circulaire que se place la moulure pratiquée à l'un des bouts de l'ensuple. Cette pièce T V, t u, s'appelle tenon.

Avant que d'assembler avec les piliers les barres L m, l m, et la traverse I K ; on passe les deux piliers de devant dans les ouvertures des morceaux de bois parallélogrammatiques X Y, x y ; ils embrassent les piliers, et les tenons les tiennent fermement appliqués l'un à l'autre, et c'est sur leurs extrémités X Y, que l'ouvrier pose ses navettes. On les appelle banques.

Le pilier de devant, qui est à droite, est percé circulairement en Z. Cette ouverture reçoit un morceau de fer ou broche, dont l'extrémité cachée par le pilier est en vis, et s'arrête par un petit écrou de fer. Cette broche dans l'autre extrémité a une tête, passe à-travers une espèce d'S de fer ou crochet, et fixe ce crochet au côté du pilier, comme on le voit. Ce crochet s'appelle chien. On voit la broche en Z, avec le chien. L'extrémité recourbée du chien est ouverte par le milieu, ou plutôt évidée. On verra dans la suite l'usage de cette configuration.

On a attaché parallélement entr'eux, aux deux piliers de derrière, deux morceaux de bois, faits comme deux valets, excepté que leur partie supérieure est échancrée circulairement ; cette échancrure circulaire reçoit la moulure de l'ensuple de derrière. Voyez ces morceaux de bois ou tasseaux de derrière, 1, 2. On les appelle oreillons.

On voit à la partie antérieure des estases deux petites tringles de bois placées intérieurement et parallélement de chaque côté, à chaque estase. Ces tringles sont dentelées. On les appelle acocats. Elles servent à avancer ou reculer le battant à discrétion. Voyez les acocats 34, 34.

Entre les deux piliers de devant est une planche supportée par ces deux piliers ; elle sert de siege à l'ouvrier, et s'appelle la banquette.

Voilà ce que l'on peut appeler la charpente ou la cage du métier. Cette cage est composée de toutes les parties dont nous venons de parler assemblées, comme on les voit dans la première figure, où l'on apercevra encore sous les banques une caisse ou coffre 5, pour recevoir l'ouvrage à mesure qu'il se fait, et entre les piliers de devant, les extrémités du derrière du siege de l'ouvrier.

Pour tenir l'ensuple fermement appliquée et contre l'échancrure circulaire des tenons, et contre la partie éminente de ces tenons au-dessus de la banque, on met un petit coin 6 entre le pilier et la moulure de l'ensuple. On appelle ce petit coin une taque.

Il y a encore à la surface intérieure des piliers de derrière parallélement à l'ensuple, deux broches de fer qui tiennent deux bobines, qu'on appelle restiers. Ces restiers sont montés de fils, qu'on appelle cordelines.

Il part du pilier de devant pour aller au pilier de derrière une corde, qu'on appelle corde de jointe. Il y a dans cette corde un roquet ou roquetin, qu'on appelle roquet de jointe.

De la cantre. Imaginez un châssis A B C D, dont la forme soit parallélogrammatique, qui soit divisé longitudinalement par une tringle de bois qui coupe ses deux petits côtés en deux parties égales, et qui soit par conséquent parallèle aux deux grands côtés ; que les grands côtés et la tringle de bois soient percés de trous correspondants, capables de recevoir des petites broches de fer, et de les tenir parallèles les unes aux autres, et aux petits côtés du châssis ; que ce châssis soit soutenu sur quatre piliers assemblés deux à deux, les deux de devant ensemble, pareillement les deux de derrière, par deux traverses, dont l'une passe de l'extrémité d'un des piliers de devant, à l'autre extrémité du pilier de devant ; et l'autre traverse passe de l'extrémité d'un des piliers de derrière à l'extrémité de l'autre pilier de derrière, que ces quatre piliers soient consolidés par une traverse qui s'assemble d'un bout avec la traverse des piliers d'enhaut, et de l'autre bout avec la traverse des piliers d'en-bas ; que les deux piliers d'en-haut ou les plus grands, soient de même hauteur ; que les deux piliers d'en-bas soient aussi entr'eux de la même hauteur, mais plus bas que les piliers d'en-haut ; que toutes ces parties soient assemblées les unes avec les autres, et leur assemblage formera la cantre.

La cantre en deux mots n'est donc autre chose qu'un châssis oblong, soutenu sur quatre piliers, dont les deux derniers sont plus hauts que les deux de devant, et partagé en deux parties égales par une traverse percée d'autant de trous qu'on veut à égale distance, dont chacun correspond à deux autres trous pratiqués aux grands côtés du châssis, capables de recevoir de petites broches de fer, et de les tenir parallèles aux petits côtés.

Il est nécessaire de donner plus d'élévation à la cantre d'un côté ou d'un bout que d'un autre. Cette différence d'hauteur empêche les branches des roquetins de se mêler ; et on peut à chaque instant apercevoir quand il y en a quelques-uns de cassés, ce qui ne pourrait pas paraitre, si la hauteur était égale par-tout.

Nous supposerons ici les côtés de la cantre percés de 25 trous seulement.

La cantre se place entre les piliers de derrière du métier, et s'avance presque jusqu'à la traverse qui soutient les marches.

On a de petites broches toutes prêtes, avec des espèces de petites bobines, qu'on appelle des roquetins.

Les broches sont fort minces, elles servent aux roquetins d'axes sur lesquels ils peuvent se mouvoir.

Il faut distinguer dans ces roquetins deux moulures principales ; l'une garnie de soie, et l'autre d'un fil, à l'extrémité duquel pend un petit morceau de plomb. La soie et le fil étant dévidés chacun sur leur moulure, en sens contraire, il est évident que si l'on prend un bout de la soie, et qu'on le tire, il ne pourra se dévider de dessus sa moulure, qu'en faisant monter le petit poids qui réagira contre la force qui tirera le bout de soie. Cette réaction tiendra toujours le fil de soie tendu, et ne l'empêchera pas de se dévider, la bobine entière ou le roquetin pourront se mouvoir sur la petite broche de fer dans laquelle il est enfilé par un trou qui le traverse dans toute sa longueur.

On charge chacune des petites broches d'un nombre égal de roquetins, tous garnis de leur soie et de leur plomb ; ce nombre de roquetins est partagé sur chaque broche en deux parties égales par la traverse du châssis de la cantre, il faut observer en enfilant les roquetins dans les verges du châssis, de tourner le plomb de manière que la soie se dévide en-dessus et non en-dessous.

La soie est de la même ou de différentes couleurs sur tous les roquetins, selon l'espèce de velours qu'on se propose d'exécuter.

C'est le dessein qui fait varier le nombre des roquetins.

Nous supposerons ici que chaque verge portait 8 roquetins.

La cantre était composée de 200 roquetins ; elle l'est ordinairement de huit cent et de mille. On voit maintenant l'usage de la traverse qui divise le châssis en deux parties égales, et qui met dans la supposition présente cent roquetins d'un côté, et cent de l'autre, ou quatre roquetins par broche d'un côté, et quatre de l'autre.

Des maillons, des mailles de corps et des aiguilles de plomb. Après qu'on a formé la cage du métier, garni la cantre de ses roquetins, et placé cette cantre entre les piliers de derrière du métier, de manière que la chute de l'inclinaison du châssis soit tournée vers les marches.

On se pourvait au-moins d'autant de petits anneaux de verre, tels que nous les allons décrire, qu'il y a des roquetins. Je dis au-moins ; car à parler exactement, on ne se règle point sur les roquetins de la cantre pour la quantité de maillons, aiguilles, etc. Au-contraire, on ne forme la cantre que sur la quantité de cordages dont on veut monter le métier, parce qu'on fait des velours à 800 roquetins et à 1000, suivant la beauté qu'on veut donner à l'étoffe, les velours à 1000 étant plus beaux que ceux de 800. Dans ce cas, le métier est la première chose qu'on dispose, après quoi on se conforme à la quantité convenable des roquetins, ou à-proportion du cordage. Ces petits anneaux sont oblongs ; ils sont percés à leur extrémité de deux petits trous ronds ; et au milieu, ou entre ces deux petits trous ronds, d'un troisième beaucoup plus grand, et à-peu-près carré ; les bords de ces trois trous sont très-polis et très-arrondis. On appelle ces petits corps ou anneaux de verre, maillons.

Il faut avoir autant d'aiguilles de plomb qu'il y a de roquetins ou de maillons. Ces aiguilles de plomb sont percées à l'une de leur extrémité d'un petit trou, ont environ 3 lignes de longueur, et pesent à-peu-près chacune 2 onces.

On prend un fil fort, on en passe un bout dans un des trous ronds d'un maillon ; on ramène ce bout à l'autre bout, et on fait un nœud ordinaire avec tous les deux : on passe un autre fil dans l'autre trou rond du même maillon qu'on noue, comme on l'a prescrit pour le premier trou.

On garnit de la même manière tous les maillons de deux fils doubles, passés chacun dans un de leurs trous ronds.

Puis on prend un maillon avec ces deux fils doubles ; on passe le nœud d'un de ces fils doubles dans le trou de l'aiguille, on prend le nœud de l'autre fil double, on le passe entre les deux brins de fil qui sont unis par le premier nœud, et l'aiguille de plomb se trouve attachée à l'extrémité nouée du premier des fils doubles.

On en fait autant à toutes les aiguilles, et l'on a quatre choses qui tiennent ensemble. Un premier fil double, dont les deux extrémités sont nouées ensemble, et qui forme une boucle dans laquelle l'un des trous ronds d'un maillon est enfilé ; le maillon ; un second fil double, dont les deux extrémités sont nouées ensemble, et qui forme une boucle dans laquelle l'autre trou rond du maillon est enfilé, et l'aiguille qui tient à l'extrémité nouée de ce second double fil.

Le premier fil double s'appelle maille de corps d'en-haut.

Le second fil double s'appelle maille de corps d'en-bas.

Il y a donc autant de mailles de corps d'en-haut que de maillons ; autant de maillons que de mailles de corps d'en-bas ; autant de mailles de corps d'enbas que d'aiguilles, et autant d'aiguilles de mailles de corps d'en-bas, de maillons, de mailles de corps d'en-haut, que de roquetins.

Après ces premières dispositions, on commence à monter le métier, ou à faire ce que les ouvriers appellent remettre.

Pour cet effet, on prend une tringle de bois, on la passe entre les fils des mailles de corps d'en-haut, de manière que tous les nœuds soient à côté les uns des autres ; on suppose cette tringle aux deux estases, en sorte que les maillons soient à la portée de la main de l'ouvrier assis.

On ne passe point de tringle de bois pour suspendre les maillons et les aiguilles. Dans le bon ordre, on attache chaque maille de corps d'en-haut à l'arcade qui doit la retenir ; l'arcade étant attachée à la corde de rame, tout le corps composé de mailles, maillons et aiguilles se trouve suspendu, comme il doit l'être lorsque le métier travaille. Nous expliquerons moins ici comment les choses s'exécutent dans une manufacture toute montée, et où l'on n'a rien à désirer du côté des commodités, que dans un lieu où tout manque, et où l'on se propose de monter un métier.

Il s'assied le dos tourné vers le devant du métier, la tringle et les mailles de corps sont entre lui et la cantre. Alors un autre ouvrier placé vers la cantre, prend le fil de soie du premier roquetin de la première rangée d'en-haut à gauche, et le donne au premier ouvrier qui le passe dans l'ouverture du milieu du premier maillon qu'il a à sa gauche ; on lui tend le fil de soie du second roquetin de la même rangée parallèle au grand côté gauche de la cantre, qu'il passe dans le trou du milieu du second maillon à gauche ; on lui tend le fil du troisième roquetin de la première rangée, parallèle au grand côté gauche de la cantre, qu'il passe dans le trou du milieu de la première rangée parallèle au grand côté gauche de la cantre, et ainsi de suite jusqu'à la fin de cette première rangée. Il passe à la seconde, sur laquelle il opère de la même manière, en commençant ou par son premier roquetin d'en-haut, ou par son premier roquetin d'en-bas. Si l'on commence par le premier roquetin d'en-haut, on descendra jusqu'en-bas, et il faudra observer le même ordre jusqu'à la fin des rangées, commençant toujours chaque rangée par les premiers roquetins d'en-haut ; au-lieu que si après avoir commencé la première rangée par son premier roquetin d'en-haut, on commence la seconde par son premier roquetin d'en-bas ; il faudra commencer la troisième par son premier roquetin d'en-haut, la quatrième par son premier roquetin d'en-bas, et ainsi de suite.

On verra dans la suite la raison de la liberté qu'on a sur cet arrangement, qui n'influe en rien sur l'ouvrage, mais seulement sur le mouvement de certains roquetins de la cantre, qui fournissent de la soie, et qui se reposeraient, si l'on avait choisi un autre arrangement, lorsqu'on vient à tirer les cordes du sample.

Les fils de soie des roquetins sont collés au bord des roquetins, afin qu'on puisse les trouver plus commodément ; il faut que l'ouvrier qui les tend à l'autre ouvrier, ait l'attention de bien prendre tous les brins ; sans quoi la soie de son roquetin se mêlera ; il faudra la dépasser du maillon, et chercher un autre bout, ce qu'on a quelquefois bien de la peine à trouver, au point qu'il faut mettre un autre roquetin à la place du roquetin mêlé. Les 200 fils de roquetin de la cantre se trouveront donc passés dans les 200 maillons ; le premier fil de la première rangée à gauche du haut de la cantre, dans le premier maillon à gauche, et ainsi de suite dans l'un ou l'autre des ordres dont nous avons parlé.

Il faut observer que celui qui reçoit et passe les fils des roquetins dans les maillons, les reçoit avec un petit instrument qui lui facilite cette opération. Ce petit instrument n'est autre chose qu'un fil-de-laiton assez mince, dont l'ouvrier tient un bout dans sa main ; son autre bout est recourbé, et forme une espèce de petit hameçon ; il passe cet hameçon dans le trou du milieu du maillon, accroche et attire à soi le fil de soie qui lui est tendu, et qui suit sans peine le bec de l'instrument à-travers le maillon. Cet instrument s'appelle une passette.

L'ouvrier a à côté de soi, à sa gauche, une autre tringle de bois placée perpendiculairement et posée contre les suspensoirs de la première tringle, qui soutient les mailles de corps ; cette seconde tringle soutient une navette qu'on y a attachée, et l'ouvrier passe derrière cette navette les fils des roquetins, à mesure qu'il les amène avec la passette à-travers les maillons ; ils sont arrêtés là entre le dos de la navette et la tringle, et ne peuvent s'échapper.

Lorsqu'il y en a un certain nombre de passés à-travers les maillons, et de retenus entre la tringle et la navette, il les prend tous, et forme un nœud commun à leur extrémité ; ce nœud les arrête et les empêche de s'échapper, comme ils en font effort en vertu des petits plombs qui pendent des roquetins, et qui tirent en sens contraire.

Ces paquets de fils de roquetins noués et passés par les maillons, s'appellent des berlins. Ainsi faire un berlin, c'est nouer un paquet de fils de roquetins passés par les maillons, afin de les empêcher de s'échapper.

Après qu'on a passé tous les fils de roquetins par les maillons, on place le cassin.

Pour procéder méthodiquement, le cassin et tout ce qui en dépend, peut et même doit être placé avant que de placer les branches des roquetins dans les maillons.

Imaginez deux morceaux de bois de quatre pieds de longueur sur trois pouces d'équarrissage, assemblés parallèlement à un pied et demi de distance l'un de l'autre par deux petites traverses enmortaisées à deux pouces de chacune de leurs extrémités ; concevez sur chacun de ces deux morceaux de bois un triangle rectangle, construit de deux morceaux de bois, dont l'un long de quatre pieds sur trois pouces d'équarrissage, fasse la base, et l'autre long de deux pieds sur trois pouces d'équarrissage, fasse le côté perpendiculaire. Ces deux côtés s'emmortaisent ensemble par leurs extrémités qui forment l'angle, et par leurs deux autres extrémités avec l'une des deux pièces dont nous avons parlé d'abord. Imaginez ensuite une petite traverse qui tienne les deux extrémités des triangles fixes dans la même position, en sorte que les deux triangles placés parallèlement ne s'inclinent point l'un vers l'autre, et une autre traverse placée parallèlement à la précédente de l'une à l'autre base des triangles, à une distance plus ou moins grande de celle du sommet, selon l'ouvrage que l'on a à exécuter.

Sait cet intervalle parallélogrammatique formé par deux parties égales des bases, et deux traverses parallèles, dont l'une Ve d'un des sommets des triangles à l'autre, et l'autre coupe les deux bases ; sait, dis-je, cet intervalle rempli de petites poulies, nous supposerons ici qu'il y en a cinq rangées de dix chacune, parallèles aux traverses, ou dix rangées de cinq chacune, parallèles aux parties des bases ou aux deux autres côtés de l'espace parallelogrammatique. Cet assemblage des deux morceaux de bois fixés parallèlement par deux traverses, et sur chacun desquels on construit un triangle, qu'on tient parallèles par deux autres traverses, et où ces traverses forment avec les parties des bases qu'elles occupent, une espace parallelogrammatique, un espace rempli de poulies rangées parallèlement, est ce qu'on appelle un cassin.

On pose cette machine sur les deux estases du métier, de manière que les cassins de sa base soient perpendiculaires aux estases, et que les bases des triangles soient tournées vers quelque mur voisin. Il faut aussi laisser entre le cassin et les piliers de devant du métier une certaine distance, parce que cette distance doit être occupée par plusieurs lisses, par l'ensuple. Fixez le cassin sur les estases avec de bonnes cordes qui le tiennent immobile, et même en état de résister à quelque effort. C'est pour lui faciliter cette résistance, et par une autre raison qu'on concevra mieux dans la suite, je veux dire de laisser de l'intervalle et un jeu plus libre aux ficelles qui passent sur les poulies, qu'elles ont été disposées sur les bases, et non sur les côtés des triangles ; car il semble d'abord qu'on eut pu s'épargner les bases, en plaçant les poulies sur les côtés perpendiculaires des triangles.

Cela fait, cherchez contre le mur qui regarde les devants du cassin, un point un peu plus élevé que le sommet du cassin, mais répondant perpendiculairement au milieu de la traverse d'en-haut du cassin. Plantez en ce point un piton de fer qui soit fort ; passez-y une corde à laquelle soit attaché par le milieu un gros bâton : ce bâton s'appelle bâton des cramaillières du rame.

Attachez à chaque extrémité de ce bâton deux cordes doublées, afin que le bâton puisse tenir dans la boucle d'un des doubles, et qu'on puisse fixer un autre bâton dans l'autre boucle. On appelle ces cordes cramaillières du rame ; et l'autre bâton qui est retenu par cramaillières, qui est tourné, et auquel on a pratiqué deux moulures, une à chaque extrémité, dans lesquelles sont placées les boucles des extrémités des cramaillières, s'appelle bâton de rame.

Sur ces bâtons sont montées autant de cordes qui l'environnent par un bout, et d'une longueur telle que leur autre extrémité passant sur les poulies du cassin, puisse descendre jusqu'entre les estases.

On commence par enverger ces cordes, afin qu'on puisse les séparer facilement, et les faire passer chacune sur la poulie qui leur convient.

Pour enverger ces cordes et tout autre paquet de cordes, on les laisse pendre, puis on tient l'index de la main gauche et le pouce parallèles ; on prend la première, on la place sur l'index, et on la fait passer sous le pouce. On prend la seconde corde qu'on fait passer sous l'index et sur le pouce ; la troisième qu'on fait passer sur l'index et sous le pouce, la quatrième qu'on fait passer sous l'index et sur le pouce, et ainsi de suite. Il est évident que toutes ces cordes se trouveront rangées sur les doigts de la même manière que sur le bâton de rame, et qu'elles feront angle entre les doigts, c'est-à-dire qu'elles seront croisées ; on prend ensuite une ficelle dont on passe un bout le long de l'index, et l'autre bout en même sens le long du pouce ; on prend ensuite les extrémités de cette ficelle, et on les noue : ce qui tient les cordes de rame croisées.

La totalité de ces cordes passées sur les poulies du cassin s'appelle le rame.

Il y a autant de cordes de rame que de poulies au cassin, par conséquent dans l'exemple que nous avons choisi, il y a cinquante cordes de rame.

La première corde de rame à gauche passe sur la première poulie d'en-bas de la première rangée parallèle au côté gauche du cassin ; la seconde corde passe sur la seconde poulie en montant de la même rangée ; la troisième corde sur la troisième poulie en montant de la même rangée ; la quatrième corde sur la quatrième poulie en montant de la même rangée ; la cinquième corde sur la quatrième poulie en montant ; la sixième corde sur la première poulie d'en-bas de la seconde rangée ; la septième corde sur la seconde poulie en montant de la seconde rangée ; la huitième corde sur la troisième poulie, et ainsi de suite en zigzag de rangées en rangées.

Quand on a passé toutes les cordes du rame sur les poulies du cassin dans l'ordre que nous venons d'indiquer, on en fait un berlin, c'est-à-dire qu'on les lie toutes en paquet par le bout, afin qu'elles ne s'échappent point.

Il y a dans chacune de ces cordes du rame un petit anneau de fer enfilé. On appelle cet anneau oeil de perdrix.

Les cordes du rame passées sur les poulies, on a des ficelles qu'on plie en deux ; on prend une, deux ou trois de ces ficelles, on les plie toutes ensemble en deux, et on y fait ensuite une boucle, d'où il arrive qu'il part du nœud de chaque boucle deux, quatre, six, huit et dix bouts ; on prépare de ces petits faisceaux de cordes, autant qu'on a de poulies au cassin : il en faut donc cinquante ici. Ce sont ces faisceaux de cordes pliées en deux et jointes ensemble par le nœud d'une boucle, une-à-une, ou deux-à-deux, ou trois-à-trois, qu'on appelle arcades. Il faut qu'il y ait autant de bouts de ficelles aux arcades que de roquetins à la cantre, que de maillons, que de mailles de corps, et il faut qu'il y ait à chaque boucle des arcades, autant de bouts que l'on veut que le dessein soit répété de fois sur la largeur de l'étoffe. Dans l'exemple proposé, nous voulons que le dessein soit répété quatre fois ; il faut donc prendre deux ficelles, les plier en deux, et les unir par une boucle, au-delà du nœud, de laquelle il partira quatre bouts.

Après qu'on a préparé les ficelles ou faisceaux, ou boucles, qui doivent former les arcades, on a une planche percée d'autant de trous qu'il y a de bouts de ficelles aux arcades, ou de mailles de corps, ou de maillons, ou de fils de roquetins, ou de roquetins à la cantre.

Les trous de cet ais percé sont par rangées ; il y a autant de trous sur la largeur de la planche qu'il a de poulies dans une rangée du cassin parallèle au côté du cassin.

On peut considérer ces rangées, ou relativement à la longueur de la planche, ou relativement à sa largeur. Je vais les considérer relativement à la largeur et relativement à la longueur. Commençons par la longueur. Il est évident que les quatre ficelles qui partent d'un faisceau d'arcades, étant destinées à rendre quatre fois le dessein, par conséquent destinées à lever chacune la première de chaque quart du nombre des mailles de corps, puisque toutes les mailles de corps sont destinées toutes à former toute la largeur de l'étoffe, et que le dessein doit être répété quatre fois dans toute la largeur de l'étoffe ; or il y a 200 mailles de corps : donc les quatre brins du premier faisceau d'arcades répondront à la première corde de maille de chaque cinquantaine ; en deux cent il n'y a que quatre cinquantaines. En supposant donc quarante trous selon la longueur de la planche par rangées, et cinq trous par rangées selon la largeur, il est évident que la planche sera percée de deux cent trous, et qu'en faisant passer la première ficelle du premier faisceau d'arcade dans le premier des dix premiers trous de la première rangée longitudinale, la seconde ficelle du même faisceau dans le premier trou de la seconde dixaine ; la troisième dans le premier trou de la troisième dixaine, et la quatrième dans le premier trou de la quatrième dixaine ; ces quatre brins répondront à la première de chaque quart des trous ; car puisqu'il y a quarante trous sur chaque rangée longitudinale, et cinq trous sur chaque rangée latitudinale, on aura cinq fois dix trous ou cinquante trous, avant que d'en venir au second brin, cinq fois encore dix trous, avant que d'en venir à la seconde ficelle du même faisceau ou cinquante autres trous, et ainsi de suite.

Ces trous sur la planche sont à quelque distance les uns des autres, et sont percés en tiers point, ou ne se correspondent pas. On a suivi cet arrangement pour faciliter le mouvement de toutes ces cordes.

On passe la première ficelle du premier faisceau d'arcade dans le premier trou en commençant à gauche de la première rangée latitudinale : la première du second faisceau dans le second trou de la même rangée : la première du troisième faisceau dans le troisième trou de la même rangée : la première du quatrième faisceau dans le quatrième trou de la même rangée : la première du cinquième faisceau dans le cinquième trou de la même rangée. On passe la première ficelle du sixième faisceau dans le premier trou en commençant à droite de la seconde rangée latitudinale ; la première du septième faisceau dans le second trou de la même rangée, ainsi de suite jusqu'à cinquante ; quand on est parvenu à cinquante, il est évident qu'on a épuisé toutes les premières ficelles de tous les faisceaux d'arcades, et qu'on rencontre alors les secondes. On passe les cinquante secondes comme les cinquante premières, les cinquante troisiemes comme les cinquante secondes, les cinquante quatriemes comme les cinquante troisiemes ; et les deux cent cordes d'arcades se trouvent passées dans les deux cent trous de l'ais percé.

Voyons maintenant ce que deviendra cet ais percé de ses cinquante trous, dans lesquels passent deux cent fils dans l'ordre que nous venons de dire, de manière qu'ils se meuvent tous quatre-à-quatre, les quatre du premier faisceau par les quatre premiers trous de chaque cinquante, les quatre du second faisceau par les quatre seconds trous de chaque cinquantaine, les quatre du troisième faisceau par les quatre troisiemes trous des quatre cinquantaines, et ainsi de suite. On fait un berlin de tous ces bouts de ficelle, afin qu'ils ne s'échappent point des trous de l'ais, et l'on enfîle dans une broche de fer tous les faisceaux, en faisant passer la broche par les boucles de chaque faisceau.

On suspend ensuite cet ais percé par deux ficelles qui l'embrassent aux estases ; sa longueur tournée vers le devant du métier. Les bouts des ficelles qui passent par ses trous, s'étendent vers les mailles de corps, et les faisceaux enfilés dans la broche sont tournés vers le cassin.

On prend la première maille de corps, et on l'attache au premier bout des ficelles d'arcades qui passe par le premier trou à gauche de la rangée latitudinale, ou de cinq trous ; on attache la seconde maille de corps à la seconde ficelle qui passe par le second trou de la même rangée ; la troisième maille, à la troisième ficelle de la même rangée ; la quatrième maille à la quatrième ficelle de la même rangée ; la cinquième maille à la cinquième ficelle de la même rangée ; la sixième maille à la première ficelle qui passe par le premier trou à droite de la seconde rangée, parallèle à la précédente ; la septième maille à la seconde ficelle du second trou de la même rangée, et ainsi de suite.

L'usage est d'attacher les arcades aux cordes de rame, avant que d'attacher les mailles de corps aux arcades. Car comment serait soutenue l'arcade, la maille du corps y étant attachée, si l'arcade même n'est pas attachée à quelque chose ? D'ailleurs quel embarras ne serait-ce pas de manier toutes ces mailles de corps dont le maillon serait rempli de soie ? Convenons donc que la maille de corps et le maillon, seront plus aisés à manier quand ils seront vides, que quand ils seront pleins.

De-là on passe au cassin ; on prend la ficelle qui passe sur la première poulie d'en-bas de la rangée de cinq poulies parallèles au côté gauche du cassin, et l'on y attache le premier faisceau d'arcades, ou le faisceau dont le premier bout passe dans le premier trou à gauche de la première rangée latitudinale. On prend la ficelle qui passe sur la seconde poulie, en montant de la même rangée, et l'on y attache le second faisceau d'arcades, ou celui dont le premier bout passe dans le second trou de la même rangée latitudinale. On prend la ficelle qui passe sur la troisième poulie en montant de la même rangée, et on y attache le troisième faisceau d'arcades, ou celui dont le premier bout passe par le troisième trou de la première rangée latitudinale. On prend le quatrième faisceau d'arcades, ou celui dont le premier bout passe par le quatrième trou de la première rangée latitudinale, et on l'attache à la ficelle qui passe sur la quatrième poulie en montant de la même rangée. On prend la ficelle de la cinquième poulie en montant de la même rangée, et on y attache le cinquième faisceau d'arcades, ou le faisceau dont le premier bout passe par le cinquième trou de la première rangée latitudinale. On prend la ficelle qui passe sur la première poulie d'en-haut de la seconde rangée, et on y attache le sixième faisceau d'arcade, ou celui dont le premier bout passe dans le premier trou à droite de la seconde rangée latitudinale, et ainsi de suite pour les autres ficelles et les autres faisceaux d'arcades.

Il s'ensuit de cet arrangement, qu'il y a autant de cordes de rames que de poulies au cassin, que de faisceaux d'arcades, ou quatre fois plus que de ficelles d'arcades, ou quatre fois moins que de trous à la planche, ou quatre fois moins que de mailles de corps, que de maillons, que de fils de roquetins, que de mailles de corps d'en-bas, et que d'aiguilles de plomb.

Les mailles de corps, maillons, mailles de corps, et les mailles d'en-bas, forment donc avec une partie des arcades qui est au-dessous de la planche, une espèce de parallèlepipede de ficelles, dont la hauteur est de quatre à cinq pieds, dont les faces tournées vers le devant et derrière du métier sont faites de quarante ficelles, et celles qui sont parallèles aux côtés du métier, sont faites de cinq ficelles, et dont la masse est de deux cent ficelles.

Voici une table qui représente à merveille les rapports et les correspondances des roquetins, des fils de roquetins ou maillons, des mailles de corps, des arcades, de la planche percée, des poulies du cassin, et du rame.

Les ficelles d'arcades qui sont au-dessus de l'ais percé, forment une espèce de pyramide à quatre faces, dont le sommet est tourné vers le cassin, et est placé aux nœuds des arcades des cordes de rames, et dont les faces qui regardent le devant et le derrière du métier ont quarante ficelles, et celles qui regardent les côtés ont cinq ficelles.

La partie des cordes de rames qui Ve des arcades aux poulies du cassin, est une autre pyramide à quatre côtés, opposée au sommet à la précédente inclinée sur le plan dans lequel sont placées les poulies du cassin ; ses faces tournées vers le devant et derrière du métier n'ont que cinq ficelles, et ses faces tournées vers les côtés du métier en ont dix. Cela est évident pour quiconque a bien entendu tout ce que nous avons dit jusqu'à présent.

Planche percée

Maillons ou mailles de corps.

Cantre.

Aiguilles, mailles de corps d'en-bas, mailles de corps d'en-haut.

Ais ou planche percée, sa figure, ses trous, leurs dispositions, ou celle des fils d'arcade, ou le nouvelle forme que prennent les mailles de corps. On voit les mailles de corps partagées en cinquantaine. La cinquantaine G H des mailles de corps répond à le cinquantaine G H, et ainsi de suite ; et les mailles de chaque cinquantaine, aux trous marqués des mêmes chiffres.

Cela fait, on peut tirer la tringle de bois attachée aux estases, et qui soutenait les mailles de corps ; elles tiennent maintenant aux arcades, les arcades aux ficelles du rame, et les cordes du rame au bâton de rame, le bâton de rame aux cramailleres, et les cramailleres à leur bâton, leur bâton à deux cordes, et ces cordes à un point fixe.

Il faut observer qu'en attachant les mailles de corps aux arcades, et les arcades aux cordes de rames, on a fait d'abord des boucles et non des nœuds, afin de pouvoir mettre toutes les ficelles de longueur convenable, tenir les maillons à-peu-près de niveau les uns aux autres, portant les nœuds des mailles de corps tous dans un même plan horizontal, de même que les nœuds des arcades et des cordes de rame.

C'est ici le lieu d'apprendre à faire un nœud fort commode, à l'aide duquel sans rien dénouer en tirant l'un ou l'autre des côtés du nœud, on fait descendre ou monter un objet. Voici comment on s'y prendra : prenez un bout de ficelle de telle longueur qu'il vous plaira ; attachez en un bout à un objet fixe ; faites une boucle à un pouce de cet objet ; que cette boucle ne soit ni grande ni petite ; prenez le bout qui reste de la ficelle après la boucle faite ; passez-le dans la boucle, en sorte que cela forme une seconde boucle : prenez l'extrémité du bout passé dans la première boucle ; passez ce bout dans la seconde boucle, de manière que vous en ayez même une troisième ; vous arrêterez cette troisième boucle, en nouant le bout de la ficelle, avec la partie qui forme la troisième boucle, et laissant subsister cette troisième boucle.

Cela fait, on prend l'ensuple de derrière sur laquelle est disposée la soie croisée sur le dévidoir, et tenue croisée par le moyen d'un petit cordon de soie dont on passe un des bouts le long des angles que font les fils croisés, ramenant le même bout le long des autres angles opposés au sommet des mêmes fils croisés, et nouant ensuite les deux bouts ensemble.

L'ensuple de derrière est un rouleau de bois auquel on a pratiqué à chaque extrémité, une moulure dans laquelle s'applique les deux tasseaux échancrés attachés aux piliers de derrière du métier. On dispose la soie sur l'ensuple, en la faisant passer à-travers un rateau ou une espèce de peigne : au sortir des dents du peigne, on prend les bouts de soie ; on a deux petites baguettes rondes, entre lesquelles on les serre ; on enveloppe d'un tour ou deux ces baguettes avec la soie ; il y a une rainure dans l'ensuple ; on enferme ces deux baguettes dans la rainure ; on continue d'envelopper ensuite la soie sur l'ensuple, à mesure qu'elle sort du peigne, jusqu'à ce qu'on soit à la fin.

C'est dans cet état qu'est l'ensuple, lorsqu'on la met sur les tasseaux échancrés.

Pour achever le montage du métier.

On est deux : l'un entre le corps de mailles et l'ensuple de derrière, et l'autre entre l'ensuple de devant ou les deux piliers de devant, et le corps.

On commence par substituer des envergures à la ficelle, qui passait par les angles opposés au sommet formé par les fils.

Ces envergures sont des bâtons percés par leur longueur ; lorsqu'ils sont à la place du cordon, et qu'ils tiennent les fils de soie croisés, on les arrête chacun d'un petit cordon de soie qu'on noue, afin que s'ils venaient à s'échapper d'entre les soies, elles ne se mêlassent point, mais qu'on put toujours replacer les bâtons, les séparer, et les tenir croisés.

Cela fait, celui qui est entre l'ensuple de derrière et les mailles de corps, divise les fils de soie par berlins qu'il tient de la main gauche ; de la droite, il sépare les fils avec le doigt par le moyen des envergures. Pour concevoir cette séparation, imaginez deux fils croisés et formant deux angles opposés au sommet où ils sont appliqués l'un contre l'autre. Il est évident que si ces deux fils sont tenus croisés par deux bâtons passés entre les deux côtés d'un angle d'un côté, et les deux côtés d'un angle de l'autre, le sommet de l'angle se trouvera entre les bâtons ; de plus que si la partie d'un des fils qui forme un côté d'un des angles, passe dessus un des bâtons, la partie qui forme le côté de l'autre angle passera dessous, et qu'en supposant que la partie du fil que l'ouvrier a de son côté qui forme le côté de l'angle qui est à gauche, passe sous le bâton qui est à gauche, l'autre passera dessous le bâton qui est à droite, et qu'en pressant du doigt cette dernière partie, on séparera très-distinctement un des fils de l'autre ; et que s'il y en avait un troisième qui croisât le dernier, c'est-à-dire, dont la partie qui fait le côté de l'angle qui est à gauche, passât sur le bâton, et l'autre dessous, en pressant du doigt la première partie de ce fil, on la ferait sortir ou l'écarterait du second fil.

Il est encore évident qu'on fait sortir de cette manière les fils les uns après les autres, selon leur vraie disposition, et que s'il en manquait un qui se fût rompu, on connaitrait toujours sa place.

Car il faut pour faire sortir les fils presser du doigt alternativement la partie de fils qui passent dessus et qui passent dessous les bâtons ; au lieu que s'il manquait un fil, il faudrait presser deux fois du même côté. S'il manquait un fil, il s'en trouverait deux sur une même verge ; ce qui s'appelle en terme de l'art soraire.

L'ouvrier qui tient la chaîne de la main gauche, sépare les fils les uns après les autres, par le moyen de leur encraisément et des envergures, avec l'un des doigts de la droite ; observant bien de ne pas prendre un brin pour un fil, cela est fort facile.

Comme il y a beaucoup plus de fils à la chaîne que de fils de poil ou de roquetins, ou de mailles de corps, et que l'opération que je décris consiste à distribuer également tous les fils de la chaîne entre les mailles de corps, il est évident qu'il passera entre chaque maille de corps un nombre plus ou moins grand de fils de chaîne, qu'il y aura moins de roquetins et plus de fils de chaîne.

Ici nous avons supposé deux cent roquetins, et par conséquent deux cent mailles de corps ; nous allons maintenant supposer douze cent fils à la chaîne, sans compter ceux de la lisière qu'on fait ordinairement d'une autre couleur. Pour savoir combien il faut placer de fils de chaîne entre chaque fil de roquetin ou maille de corps, il n'y a qu'à diviser le nombre des fils de chaîne par celui des mailles de corps, et dire par conséquent ici, en 1200 combien de fois 200, ou en 12 combien de fois deux ; on trouve 6, c'est-à-dire, qu'il faut distribuer entre chaque maille de corps, six fils de chaîne.

Mais en distribuant entre chaque maille de corps six fils de chaîne, il y aura une maille de corps qui se trouvera libre, que la chaîne n'embrassera pas ; mais la chaîne faisant le fond de l'étoffe, et les mailles de corps ne servant qu'au mouvement des fils de roquetins qui sont destinés à figurer sur le fond de l'étoffe ; il faut que tous ces fils de roquetins soient embrassés par les fils de chaîne.

Comment donc faire ? car voici deux conditions qui semblent se contredire ; l'une que les mailles de corps soient toutes prises dans la chaîne, et l'autre que la chaîne soit également distribuée entre les mailles de corps.

Voici comment on s'y prend. Par exemple dans le cas présent on commence par mettre trois fils de chaîne sur la première maille de corps, ou hors du corps, on met ensuite six fils de chaîne entre la première et la seconde maille de corps, six entre la seconde et la troisième, et ainsi de suite.

D'où il arrive qu'il reste à la deuxcentième maille de corps, trois fils de chaîne qui sont sur elle et hors du corps, et que l'on satisfait à toutes les conditions. Ainsi l'ouvrier qui est entre le corps et l'ensuple de derrière, commence dans le cas dont il s'agit, par séparer avec un des doigts de la main droite, trois fils de chaîne, qu'il donne à l'ouvrier qui est entre le corps et l'ensuple de devant ; cet ouvrier les prend et les met entre une navette attachée à une tringle de bois fixée à son côté gauche, à l'estase, ou au cassin. Le premier ouvrier sépare six fils de chaînes, qu'il tend au second, qui les passe entre la première et la seconde maille de corps, et ainsi de suite jusqu'à la fin de la chaîne et des mailles de corps.

Les mailles de corps et les maillons ou fils de roquetin sont placés de manière que la chaîne passe au-dessus des maillons ou fils de roquetins, à-peu-près de la hauteur de trois ou quatre pouces.

Il faut observer deux choses, c'est qu'il y a sur la première et dernière maille de corps, outre les trois fils de chaîne dont nous avons parlé, les fils qui doivent composer la lisière, qui sont en plus ou moins grand nombre, selon que l'on veut que la lisière soit plus ou moins grande, ou forte ; ici il y a de chaque côté du corps pour faire la lisière, quarante fils ; ces fils de la lisière sont placés sur l'ensuple de derrière avec la chaîne, et envergés comme elle.

Après cette première distribution, on prend le châtelet, ou autrement dit la petite carette, et on la place sur les estases à côté du cassin ; ou plutôt tout cela doit être placé avant aucune opération.

La belle et bonne méthode pour monter un métier, soit velours, soit broché, est de bien ajuster et attacher le rame, les arcades et le corps, les ayant passés ainsi qu'il vient d'être exposé ; après quoi on enverge les mailles de corps selon l'ordre qu'elles ont été passées, et on passe dans l'envergure deux cannes ou baguettes assez fortes pour rendre le corps parallèle à l'ensuple de devant ou de derrière : on fait descendre les deux cannes ou baguettes, près des aiguilles, à quatre pouces environ de distance l'une de l'autre, et quand il s'agit de passer les branches de roquetin dans les maillons, on n'a besoin que de suivre l'envergure du corps. Ordinairement on passe la chaîne du velours entre les maillons, et après que la chaîne est passée, on tire l'envergure qui devient inutile, parce que chaque maille de corps est suffisamment séparée par les fils de la chaîne, qui ont précédé cette opération. Les roquetins sont toujours passés les derniers, au-lieu qu'ici c'est la première chose par laquelle on a débuté pour plus de clarté.

Pour se former une idée de la carette, imaginez, comme au cassin, deux morceaux de bois parallèles, de même grosseur, longueur, et tenus à quelque distance l'un de l'autre, et parallèlement par deux petites traverses. Sur chacun de ces morceaux, on en assemble deux autres perpendiculairement, à quelque distance de l'extrémité des premiers qui servent de base à la carette ou au châtelet ; ces deux derniers ont plus ou moins de hauteur ; ils sont percés par leur extrémité chacun d'un trou correspondant qui puisse recevoir une verge de fer.

Perpendiculairement à l'extrémité des pièces qui servent de base, et parallèlement à ces morceaux perpendiculaires et percés, on en élève deux autres qui s'assemblent avec la pièce de base, qui sont un peu plus bas que les morceaux percés, et qui sont assemblés par leur extrémité par une traverse.

On a autant de petits morceaux de bois plats, et allant un peu en diminuant par les bouts, de la longueur de trois pieds, et percés tous par le milieu, qu'il y a de lisses à l'ouvrage : on enfîle ces morceaux de bois dans la verge de fer : on met entre chacun et les deux pièces perpendiculaires de la carette qui doit leur servir d'appui, en recevant dans les trous faits à leur extrémité, la broche qui les traverse, des petites roulettes de bois pour tenir ces espèces de petits leviers séparés, qui outre les trous qui sont au milieu, en ont encore chacun un à chaque extrémité, dans une direction contraire à celui du milieu : car ces trous des extrémités sont percés de bas en haut, et ceux du milieu sont percés horizontalement ; on appelle ces petits leviers aleirons ; la verge de fer leur sert de point d'appui, et leur queue est soutenue sur la traverse des petites pièces perpendiculaires à l'extrémité des deux pièces qui sont parallèles aux morceaux percés qui reçoivent la broche ou fil de fer. Cet assemblage des aleirons, des morceaux de bois parallèlement tenus par des traverses, des deux pièces percées par le haut et fixées à quelque distance des pièces parallèles de bases, et des deux autres moindres pièces, moins hautes que les précédentes, et assemblées par une traverse qui joint leur bout et placés tout à fait à l'extrémité des pièces de base et moins haute que les pièces percées ; cet assemblage s'appelle la carette ou le châtelet ; on le met à quelque distance du cassin, sur les estases, les extrémités du devant des aleirons répondants à l'endroit où doivent être placées les lisses, et les extrémités de derrière des aleirons, ou ceux qui portent sur la traverse et qui sont plus bas, débordant l'estase : on fixe le châtelet ou la carette dans cet état.

La carette fixée, on prend des ficelles qu'on passe par l'extrémité de derrière des aleirons, et on attache à ces ficelles des contrepoids capables de faire relever les extrémités de devant des aleirons lorsqu'ils seront tirés, il y a un contrepoids à chaque aleiron ; les ficelles qui joignent des extrémités de derrière des aleirons, aux contrepoids, sont passées auparavant dans un petit morceau de bois plat percé d'autant de trous qu'il y a de ficelles ; ces petits morceaux de bois empêchent les contrepoids de se mêler, et tiennent les ficelles dans une direction toujours parallèle : on appelle les contrepoids carreaux ; ensuite on prend des ficelles qu'on plie en quatre, il faut qu'elles aient, pliées en quatre, environ un pouce et demi de longueur ; ces ficelles pliées en quatre, forment deux boucles à l'une de leur extrémité : on fait un gros nœud à l'autre, de manière qu'en passant les quatre brins par le trou fait à l'extrémité de devant des aleirons, ils ne s'en échapassent pas ; ces quatre brins formant deux boucles, passées par le trou des aleirons, sont tournées en bas vers les marches ; et le nœud est en-dessus des aleirons : on prend autant de ces ficelles pliées en quatre, qu'il y a d'aleirons, et on les en garnit tous comme nous venons de dire.

Puis à chacune de ces boucles, on pratique le nœud coulant que nous avons appris à former, ce nœud à l'aide duquel un objet monte ou descend à discrétion ; il part donc deux boucles de l'extrémité de chaque aleiron, et de chacune de ces boucles, un nœud coulant.

Ces nœuds coulants sont destinés à tenir les lisses suspendues à la hauteur convenable ; il faut que les mailles des lisses de chaîne ou de pièce, soient parallèles à la partie supérieure de l'ensuple de devant et de derrière, en sorte que les fils de chaîne, les mailles de remisse, ou de toutes les lisses de pièce ou de chaîne, et la partie supérieure des ensuples, sont toutes dans un même plan horizontal.

On suspend ensuite les lisses de chaînes aux nœuds coulants qui partent des extrémités des aleirons, et on les tient dans la situation que nous venons d'indiquer.

Mais pour bien entendre ceci, il faut savoir ce que c'est qu'une lisse.

Il faut distinguer dans la lisse plusieurs parties : les premières sont deux petits morceaux de bois plats, d'environ un pouce et demi de largeur, sur quatre à cinq lignes d'épaisseur.

Ces petits morceaux sont façonnés en queue d'aronde à leur extrémité, et percés selon leur épaisseur d'un trou à chaque extrémité, à quelque distance de la queue d'aronde : on appelle ces petits morceaux de bois lisserons : il y a deux lisserons à chaque lisse.

On a ensuite une ficelle assez longue pour aller d'un bout à l'autre du lisseron, et pour pouvoir s'attacher fermement aux trous des deux queues d'aronde du lisseron, et se tenir couchée sur l'épaisseur du lisseron : on prend sur cette ficelle une distance égale à celle de l'intervalle des deux trous qui traversent l'épaisseur du lisseron, ou même égale à la distance entière du lisseron, excepté les queues d'aronde.

On fixe sur cette partie de la ficelle des bouts de fils pliés en deux, et formant une boucle : on a dans cet intervalle au-moins autant de boucles qu'il y a d'unités au quotient du nombre des fils de la chaîne et de la lisière, divisés par le nombre des lisses de pièces : car les lisses de pièces augmentent ou diminuent en nombre, selon la qualité de l'étoffe que l'on veut travailler ; cette ficelle armée de ses morceaux de fils formant des boucles qui feront partie de ce qu'on appelle mailles de lisses, s'appelle la cristelle.

L'autre lisseron a sa queue d'aronde, sa cristelle, ses boucles, comme celui qui se vient de décrire, mais il faut observer que quand on a armé la cristelle de ses boucles, il a fallu les passer dans les boucles de l'autre ; ce sont ces boucles passées l'une dans l'autre, qui forment ce qu'on appelle la maille de lisse.

Les deux lisserons, les deux cristelles, avec les mailles de lisses, font ce qu'on appelle une lisse.

Lorsque les cristelles sont faites, on les finit sur l'épaisseur des lisserons, en passant le lisseron sous la cristelle, pour le lisseron d'en-haut, et sur la cristelle pour celui-d'en-bas, et attachant ensuite ces cristelles aux queues d'aronde des lisserons.

Quand on a les lisses, on prend les nœuds coulants qui descendent des aleirons, on les passe dans les trous percés dans l'épaisseur des lisserons, et on fait un nœud qui les empêche d'en sortir, et les lisses sont suspendues.

On commence par suspendre les lisses de pièces. Il doit y avoir dans l'exemple que nous avons choisi, cinq lisses de pièces ; et puisqu'il y a quatre-vingt fils de lisière, et douze cent fils de chaîne, il faut diviser mille deux cent quatre-vingt par cinq, pour savoir combien il doit y avoir de mailles de lisses à chaque lisse : or mille deux cent quatre-vingt, divisé par cinq, donne deux cent cinquante-six, c'est-à-dire qu'il doit y avoir à chaque lisse de chaîne, deux cent cinquante-six mailles.

L'assemblage des cinq lisses de pièces, s'appelle remisse.

Dans les métiers montés comme il faut, on ne met point d'arbalête au lisseron d'en-bas, on y attache seulement à deux pouces de distance, un autre lisseron beaucoup plus court, auquel on donne le nom de faux lisseron, lequel est percé dans le milieu du dos, de la quantité de trous nécessaires pour la quantité d'estrivières, dont chacune est passée dans un trou du faux lisseron. Cette façon de placer les estrivières, rend la marche plus douce, et use moins de cordes.

On passe par les trous des lisserons d'en-bas des lisses, de petites ficelles qu'on appelle arbalêtes, parce qu'en effet elles font avec le lisseron, la figure d'une arbalête dont la corde serait tournée vers le manche ; on attache à chaque arbalête une ficelle qui Ve trouver une marche à laquelle elle s'attache, et qu'elle tient suspendue ; cette ficelle s'appelle estrivière.

D'où l'on voit qu'en appuyant le pied sur la marche ; on tire l'estrivière qui tire l'arbalête, l'arbalête tire le lisseron, le lisseron tire la lisse, la lisse tire les nœuds coulants qui font descendre les extrémités des aleirons, qui font lever leur autre extrémité, et monter les carreaux qui remettent la lisse dans son premier état, si on ôte le pied de dessus la marche.

Lorsque les cinq lisses de pièces sont suspendues, il s'agit de distribuer entr'elles les fils de poils ou de roquetins, et les fils de chaîne, de lisière, ou de pièce.

La lisière ne se passe ordinairement que quand les autres fils sont passés.

Voici comment on s'y prend.

On commence par les fils de chaînes ou de pièces, ou plutôt par ceux de lisière.

Afin de les passer plus commodément, et les prendre bien dans l'ordre qu'ils doivent être pris, il faut faire passer l'envergure au-delà du corps.

Voici comment on s'y prend. On approche le plus près du corps que l'on peut, les deux verges ; puis on passe sa main le long de la verge la plus proche du corps ; on écarte le plus que l'on peut les deux parties de la chaîne, de manière qu'elles paraissent séparées au-delà du corps ; alors on insere la main gauche entr'elles, observant bien de ne pas laisser à l'une un fil qui appartienne à l'autre, et de la gauche on tire la verge la plus voisine du corps, et on la met à la place de la main droite : cela fait, on presse le plus qu'on peut vers le corps, celle qui reste, et l'on éloigne le plus qu'on peut celle qu'on a déplacée ; il arrive de-là que l'endroit où les fils se croisent, s'avance au-delà du corps ; lorsqu'on s'en aperçoit, on insere la main droite entre les côtés des angles opposés au sommet, on tire de la gauche l'autre verge, et l'on la substitue à la main droite. Il est évident qu'en s'y prenant ainsi, l'envergure se trouve entre le corps et les lisses.

Cela fait, on continue l'opération à deux, un des ouvriers se place à côté des lisses, l'un est placé derrière les lisses à côté de l'envergure, l'autre est placé devant.

Les berlins de la chaîne sont attachés l'un après l'autre à une corde qui prenant à un pied de devant d'un côté, vient s'attacher à un pied de devant de l'autre, et forme une espèce d'arc ; l'autre est placé vis-à-vis de lui, il prend les berlins de la chaîne et de la lisière, et il commence par séparer un fil de lisière à l'aide de l'envergure ; il le tire ensuite du berlin, et le présente au premier qui le prend et le passe dans la première maille de la lisse la plus voisine des lisses de poils ; pour la passer, voici ce qu'il fait.

On sait que cette maille est composée de deux boucles qui se coupent à angles droits ; or il prend la boucle d'en-bas, il y passe les doigts de la main gauche, en écarte les fils, l'élève un peu au-dessus de l'extrémité de la boucle d'en-haut, dont il écarte pareillement les fils qui la forment, en avançant les mêmes doigts et s'aidant de la droite, et il se fait une ouverture entre ces fils, dans laquelle il passe le fil de lisière qui lui est présenté, puis il retire ses doigts, les boucles qui forment la maille se rapprochent par le poids des lisserons et des marches ; il ne faut point de marches quand on remet, elles embarrasseraient et chargeraient trop les lisses ; le fil de lisière se trouve pris entre les boucles ou dans la maille, et ne peut plus ni descendre ni baisser, sans que la lisse descende ou baisse, quoiqu'il puisse fort bien glisser horizontalement.

Ce fil passé, l'ouvrier qui l'a passé le met derrière la navette attaché à la tringle qui est placée à sa gauche où il est arrêté ; cependant l'autre sépare un second fil de lisière qui sort ensuite du berlin, qu'il tend à l'ouvrier qui le passe, comme nous avons dit, dans la première maille de la seconde lisse en descendant vers le corps ; il passe le troisième fil dans la première maille de la troisième lisse, en s'avançant vers le corps ; le quatrième fil dans la première maille de la quatrième lisse, en s'avançant vers le corps ; le cinquième fil dans la première maille de la cinquième lisse ou dernière vers le corps, du moins dans l'ouvrage que nous nous proposons de faire, où nous n'avons que cinq lisses de pièce.

Lorsqu'il a passé le cinquième fil dans la première maille de la cinquième lisse, ou de la lisse la plus voisine du corps, il passe le sixième fil dans la seconde maille de la première lisse de pièce la plus voisine des lisses de poil ; le septième dans la seconde maille de la seconde lisse, en s'avançant vers le corps, c'est-à-dire qu'il continue et reprend son opération toujours de la même manière, jusqu'à-ce qu'il soit à la fin de la lisière.

Quand il en est à la chaîne, il suit un ordre renversé, c'est-à-dire qu'il passe le premier fil de pièce dans la première maille vacante de la lisse la plus voisine du corps, c'est la neuvième maille, car il y a quarante fils de lisière qui divisés par cinq, donnent huit, c'est-à-dire qu'ils occupent huit mailles de chaque lisse.

Il passe le second fil de pièce dans la neuvième maille de la lisse qui suit la plus voisine du corps, et ainsi de suite jusqu'à la cinquième ; à la cinquième, il revient à la lisse la plus voisine du corps ; cela fait, il recommence jusqu'à-ce qu'il ait épuisé les fils de pièce, c'est-à-dire qu'il ne reste plus huit mailles vacantes dans chaque lisse ; pour remplir ces huit mailles vacantes, des quarante autres fils de lisière, il abandonne l'ordre des fils de chaîne, et il reprend pour les passer l'ordre de lisses qu'il a suivi en passant les quarante premiers.

Cela fait, tous les fils de pièce et de lisse se trouvent passés ; mais dans cette opération le remetteur a eu soin d'en faire des berlins, à mesure qu'ils augmentaient en nombre, afin de les empêcher de s'échapper, et celui qui les lui tendait, avait grand soin de les lui tendre en entier, c'est-à-dire bien séparés et avec tous leurs brins.

On distribue ensuite les fils de roquetin ou de poil, c'est précisément dans cette occasion qu'on doit commencer à passer les branches de roquetin dans les mailles de corps, ensuite entre celles du remisse, et après sur les deux lisses qui leur sont destinées. La distribution des fils de roquetin ne se fait pas comme celle des fils de pièce.

Les fils de poil seront distribués entre les mailles de corps, tandis que les fils de roquetin passeront dans les maillons ; ici c'est le contraire, les fils de pièce passent dans les mailles de lisse, et les fils de roquetin ou de poil passent entre elles ; mais voyons comment ils s'y distribuent. Il y a mille deux cent quatre-vingt mailles de lisse, et il n'y a que deux cent fils de roquetin.

De ces mille deux cent quatre-vingt mailles de lisse, comme il ne doit point y avoir d'ouvrage dans la lisse, il est évident que le fil de roquetin n'y devant point entrer, on commencera donc par en ôter quarante de chaque côté, ce qui les réduit à douze cent, c'est dans ces douze cent que les fils de roquetin doivent être contenus ; il est donc évident que c'est six mailles de lisse pour un fil de roquetin ; mais en s'y prenant ainsi, le premier ou le dernier fil de roquetin ne seraient pas compris dans les douze cent mailles de lisse ; pour cet effet après les quarante mailles d'un côté accordées aux fils de lisse, on en ôte encore trois, c'est-à-dire la neuvième de la première lisse, ou de la plus voisine du corps, la neuvième de la lisse suivante, et la neuvième de l'autre, puis on passe un fil de roquetin ; on continue ensuite à distribuer un fil de roquetin entre les mailles de lisse, en comptant de six en six mailles il est évident qu'il reste après les neuf cent fils de roquetin distribués entre les mailles de lisse, comme nous venons de prescrire, trois mailles de lisse, plus les quarante destinées aux fils de lisière.

On observe à mesure qu'on passe un fil de roquetin, de le fixer derrière la navette, et de faire des berlins quand il y en a un certain nombre de passés.

Cela fait, on place les deux lisses de poil ; nous allons voir comment les fils, tant de chaîne que de roquetin les occupent.

Ces deux lisses sont construites et attachées aux aleirons comme les premières ; mais c'est encore ici l'ordre renversé ; les fils de poil ou de roquetin étaient distribués entre les mailles des autres lisses et les fils de pièce ou de chaîne passaient dans les mailles, ici ce sont les fils de roquetin qui passent dans les mailles, et les fils de chaîne ou de pièce sont distribués entre elles.

Pour ceux de lisières, ils sont tous au-dehors de ces deux lisses, et vont droit au peigne sans les traverser.

On commence par passer les fils de roquetin dans les mailles ; ces lisses de poil n'ont pas plus de mailles chacune, qu'il y a de fils de roquetin, c'est-à-dire deux cent dans l'exemple que nous avons choisi.

D'où l'on peut conclure qu'un fil de roquetin passe dans deux mailles de lisse ; car chaque lisse ayant autant de mailles qu'il y a de fils de roquetin, les deux lisses ensemble auront deux fois plus de mailles qu'il n'y a de fils de roquetin.

Pour passer le premier fil de roquetin dans les deux lisses, on commence par tenir une de ces lisses plus haute que l'autre ; la première ou la plus voisine de l'ensuple de devant.

Il arrivera de-là que les mailles de ces lisses ne se trouveront plus dans le même plan, ne se correspondront plus ; mais que les boucles d'enbas de celles de devant s'ouvriront dans les boucles d'enhaut de celles de derrière ; et que si l'on prend un fil de roquetin et qu'on le conduise horizontalement à-travers les fils des deux premières marches de ces lisses, ce fil de roquetin se trouvera entre les fils de la boucle d'enhaut de la dernière lisse, et entre les fils de la boucle d'enbas de la première, et cela d'un bout à l'autre des lisses.

D'où l'on voit que ces fils peuvent se mouvoir librement en montant dans la lisse de derrière, et librement en descendant dans la lisse de devant ; mais que la lisse de devant fera descendre tous les fils de roquetin, en descendant, et que la lisse de derrière les fera tous monter avec elle ; voila pour le passage des fils de roquetin dans les lisses de poil.

Quant à la distribution des fils de pièce dans ces lisses, c'est la même que la distribution entre les mailles de corps.

Il y a ici autant de mailles de lisse de poil que de maillons ou que de fils de roquetin, et il y a six fois plus de fils de pièce ; c'est donc six fils de pièce pour un fil de poil ou de roquetin.

Mais comme il faut toujours que les fils de roquetin soient enfermés dans les fils de pièce à cause de leur destination, qui est de former le dessein dans la pièce, et que si l'on commençait par mettre 6 fils de chaîne puis un fil de roquetin, et ainsi de suite, le dernier fil de roquetin se trouverait hors de la chaîne ; on commence au contraire à laisser les trois premiers fils de chaîne, puis on prend un fil de roquetin, puis six fils de chaîne, puis un fil de roquetin, et ainsi de suite ; d'où il arrive que le dernier fil de roquetin a sur lui trois fils de chaîne.

Il faut observer qu'on n'a pas besoin de faire passer ici les envergures pour la distribution des fils ; car on est dirigé par les mailles des lisses précédentes pour les fils de chaîne, et par les maillons pour les fils de roquetin.

On a soin de tenir ces fils arrêtés à mesure qu'on les passe, et d'en faire toujours des berlins.

On tient les lisses de poil ou de roquetin un peu plus haut que les autres, afin que les fils de poil ou de roquetin se séparent davantage de la chaîne en-dessus, et que l'ouvrier puisse travailler plus commodément, soit avec les navettes, soit avec les fers de frisés et de coupés.

Cela fait, il ne s'agit plus que de distribuer dans le peigne tous ces fils.

Le peigne est composé de petites lames fort minces, assez proches les unes des autres, fixées parallèles les unes aux autres, dans deux petites traverses rondes.

On choisit dans ce peigne une quantité de dents proportionnée à la quantité de fils qu'on a à y distribuer, et à la grandeur de l'étoffe qu'on veut faire ; si l'on prenait trop de dents pour la quantité de fils, alors le tissu serait rare et l'étoffe mauvaise, le dessein mal exécuté.

Si au contraire on en prenait trop peu, il se trouverait trop de fils dans chaque dent du peigne, la séparation s'en ferait difficilement, il y aurait un frottement qui userait les soies et les ferait casser, les fils se trouveraient les uns sur les autres, l'étoffe serait trop compacte, mauvaise, et mal faite.

On a ici à distribuer dans les dents du peigne, quatre - vingt fils de lisière, quarante de chaque côté de la chaîne, douze cent fils de chaîne, et entr'eux deux cent fils de roquetin.

On peut prendre d'abord quatre dents pour les quarante fils de lisière d'un côté, dix à chaque dent, cent dents pour les fils de chaîne et de roquetin, c'est-à-dire douze fils de chaîne, et deux fils de roquetin à chaque dent.

Prenez quatre dents pour les quarante autres fils de lisière, dix à chaque dent.

Si on baisse les lisses de roquetin, alors on ne verra que les fils de pièce ou de chaîne s'élever, tous les autres fils de roquetin seront en-dessous.

Si au-contraire on baisse le remisse ou toutes les lisses de chaîne, on ne verra que les fils de roquetin, toute la chaîne sera en-dessous.

Mais on demandera peut-être comment il se peut faire que n'y ayant que deux fils de roquetin sur douze de chaîne, ces deux fils de roquetin suffisent pour couvrir toute la chaîne, quand en baissant les lisses de chaîne on la fait passer en-dessous.

Cela se fait par deux causes ; par le peu d'intervalle des dents qui sont fort serrées les unes contre les autres, et qui rassemblent deux cent fils dans un assez petit intervalle ; et la seconde cause, c'est que les deux cent fils ont beaucoup plus de brins que les fils de pièce. Les deux cent dents du peigne ne doivent contenir que quatre pouces, puisque les velours ordinaires ne sont composés que de soixante-quinze portées de chaîne faisant à quatre - vingt fils chaque portée, six mille fils, et que la largeur ordinaire de l'étoffe n'est que de vingt pouces environ ; douze cent fils par conséquent ne font que la cinquième partie de six mille fils.

Cela fait, on arrête les fils devant le peigne en en faisant des berlins, et l'on place le battant.

Imaginez un morceau de bois auquel, par sa partie supérieure, on a pratiqué une rainure ; soient aux extrémités de ce bois, deux autres morceaux assemblés comme on voit, soit dans ces deux morceaux parallèles, un troisième morceau de bois mobile, et cannelé à sa partie inférieure ; on place le peigne verticalement dans la cannelure de ces deux morceaux de bois, dont celui de dessus est mobîle ; on approche celui de dessous, de manière que le peigne puisse jouer sans toutefois s'échapper.

Les deux morceaux de bois dans lesquels la pièce placée au-dessus du peigne, semblable et parallèle à celle du dessus, est assemblée verticalement, s'appellent l'âme du battant.

Il y a de chaque côté attaché à cette âme deux petites tringles de bois encochées ; ce sont les supentes du battant.

Quant au porte battant, c'est un morceau de bois carré, à l'extrémité duquel il y a deux tenons ronds dans lesquels on place deux espèces de viroles de bois, mobiles sur les tenons.

On attache le porte - battant aux battants par des cordes qui passent dans les coches des supentes du battant, et qui l'embrassent par-derrière le porte-battant.

C'est à l'aide de ces coches qu'on monte ou descend le battant, en faisant descendre ou monter les cordes qui l'attachent au porte-battant, d'une, de deux, ou de plusieurs coches.

Les extrémités du porte-battant, ou plutôt les deux viroles mobiles de bois placées dans les tenons ronds de ses extrémités, sont placés sur deux autres tringles de bois, encochées et placées contre les estases, et parallèlement à ces précédents ; on appelle ces tringles acocats. L'usage des acocats est de soutenir le battant, et de l'approcher ou de l'éloigner à discrétion, en faisant mouvoir les viroles de bois ou roulettes dans les coches des acocats.

Quand on a placé le battant, on prend l'ensuple de devant, et on la met sur les tasseaux, ou entre les tenons et les piliers de devant ; cet ensuple ou ensuble de devant est à-peu-près semblable à celle de derrière ; elle a pareillement deux moulures à ses extrémités, avec une cannelure transversale ; ces moulures sont pour la facilité du mouvement de l'ensuple sur elle-même, dans l'échancrure des tasseaux ou tenons, et la cannelure sert à placer le composteur.

Le composteur est fait de deux petites baguettes rondes, égales, dont les diamètres pris ensemble sont plus grands que celui de la cannelure ; d'où il arrive que si l'on attache des ficelles à l'une de ses baguettes et qu'on la place dans la cannelure ; qu'ensuite on prenne l'autre baguette et qu'on la mette aussi dans la cannelure, de manière qu'elle porte en partie sur la première baguette placée et contre les parois d'enhaut de la cannelure, et qu'elle soit embrassée à l'extérieur par les ficelles de la première baguette, on aura beau tirer les ficelles de la première baguette autour de l'ensuple ; on ne la fera pas sortir pour cela, car elle ne pourrait sortir qu'en déplaçant la baguette placée sur elle ; mais elle ne peut la déplacer, car les ficelles passant sur cette baguette la retiennent dans l'état où elle est, et le tout demeure immobile.

On prend tous les berlins qu'on a faits pour empêcher tous les fils de s'échapper à - travers le peigne ; on les traverse d'une broche de bois, de manière que partie des fils passe au-dessus de la broche, partie endessous.

On prend de bonne ficelle, qu'on passe en double dans les extrémités et les autres parties découvertes de la broche ; on attache ces ficelles à une des baguettes du composteur ; on dispose cette baguette et celle qui lui est tout à fait semblable, dans la cannelure de l'ensuple : puis on fixe l'ensuple dans cet état, c'est-à-dire la cannelure un peu tournée en-dessous et la ficelle un peu enveloppée autour de l'ensuple.

Pour fixer l'ensuple, on a adapté à l'une de ses extrémités un morceau de fer, dans le milieu duquel l'extrémité de l'ensuple s'emboite carrément ; cette boite carrée de fer est garnie par une de ses ouvertures d'une plaque ronde de fer, ouverte aussi dans son milieu pour laisser passer l'extrémité de l'ensuple dans la boite, et dentelée par les bords. Ce morceau de fer s'appelle roulette.

Le chien est une espèce d'S de fer dont nous avons déjà parlé, dont l'extrémité s'engraine dans les dents de la roulette, et tient l'ensuple en arrêt. On acheve de finir l'ensuple, en plaçant entr'elle contre le pilier de devant, un petit coin de bois que l'on appelle une taque.

Cela fait, on Ve à l'autre ensuple, à celle de derrière ; il y a au bas de chaque pied de derrière du métier, deux morceaux de bois percés de trous, selon leur longueur, attachés aux pieds parallèlement l'un à l'autre.

On peut passer dans ces trous une broche de fer, et cette broche de fer fixe une corde qui lui est attachée, et qui passe entr'eux longitudinalement.

Cette corde vient chercher la moulure de l'ensuple, et s'entortille autour d'elle ; on l'appelle corde du valet : après qu'elle a fait plusieurs tours, trois ou quatre seulement, et pas davantage ; on a une espèce de morceau de bois échancré par un bout, et percé ; le trou reçoit la corde du valet, et l'échancrure s'applique sur la moulure de l'ensuple ; l'autre bout de ce morceau de bois est encoché. On pend un poids à cette extrémité encochée, ce poids tire cette extrémité, et fait tourner l'autre sur la moulure ; l'autre ne peut tourner sans tirer la corde, la corde ne peut être tirée, sans tirer l'ensuple ; et l'ensuple ne peut être tirée, sans que la chaîne ne soit tendue ; on appelle ce morceau de bois qui fait l'office de levier à l'extrémité de l'ensuple, un valet. Il y a un valet à l'autre extrémité, si le valet tire trop, on raccourcit le levier, en rapprochant le poids d'une coche ou de deux plus près de l'ensuple.

En s'y prenant ainsi, on bande la chaîne et la lisière à discrétion ; quant aux filets de roquetin, ils sont tendus à discrétion aussi ; par les petits poids de plomb qui tiennent à chaque roquetin, et qu'on fait toujours assez pesants pour le service qu'on en attend.

Voilà maintenant le métier tout arrangé, il n'est plus question que d'une petite opération dont nous allons parler, pour qu'il soit ce qu'on appelle monté.

Mais avant que de passer à cela, il ne sera pas hors de propos de dire un mot de cette multitude de lisses, de pièces, ou de chaînes.

Nous en avons cinq, et on en emploie quelquefois beaucoup davantage.

On voit évidemment qu'elles partagent ici la chaîne en cinq parties égales.

Que quand on en baisse une, on ne fait baisser que le cinquième de la chaîne, et que pour baisser toute la chaîne, il faut les faire baisser toutes.

Il est encore à propos de savoir, que si la première lisse ou la plus voisine du corps répond à la première marche à droite, il n'en est pas ainsi des autres.

Voici l'ordre que l'on suit, la première marche tire la première lisse ; la seconde marche la quatrième lisse ; la troisième marche, la seconde lisse ; la quatrième marche, la cinquième lisse ; la cinquième marche, la troisième lisse : ainsi de suite pour cinq lisses, comme pour un plus grand nombre ; c'est-là ce que les ouvriers appellent passe de deux en deux.

L'ouvrier en travaillant fait jouer ces marches les unes après les autres, quand il fait le satin.

La sixième marche tire la première lisse de poil.

La troisième marche tire la seconde lisse de poil.

Dans le cas donc qu'il y ait douze cent fils à chaîne, et que l'on ait cinq marches, et qu'il y ait douze fils de chaîne à chaque dent ;

Voici comment se fait le satin, ou plutôt une petite table de la combinaison des marches, des lisses et des fils.

Avec un peu d'attention sur cette table, on s'apercevra tout d'un coup que ce qui se passe dans soixante fils, ou dans l'intervalle de cinq dents, se passe dans tout le reste.

Voici comment se fait le satin dans l'étoffe dont il s'agit ici, et qu'on a pris pour exemple ; y ayant cinq marches, la chaîne est divisée en cinq parties égales, et il n'y a qu'un cinquième qui travaille à chaque marche dans l'ordre représenté par la table.

La première marche étant attachée à la première lisse, quand on la presse, on baisse la première lisse et on en sépare de la chaîne le cinquième ; 1 6, 11 4, 9 2, 7 12, 5 10, 3 8 ; quand on presse la seconde marche, la quatrième lisse se baisse ; et on sépare le cinquième, 4 9, 2 7, 12 5, 10 3, 8 1, 6 11, et ainsi des autres, comme on voit par la table.

Passons maintenant à la partie la plus importante du métier, je veux dire, le sample.

On a un bâton, tout semblable à celui de rame ; il a une moulure à chaque bout ; l'entre-deux des moulures est rempli de cordes ou ficelles, il y en a autant qu'au rame ; elles sont croisées comme celui de rame l'était. Les ficelles doivent être assez longues pour atteindre à celles du rame.

Ce bâton s'appelle bâton des cordes du sample. Le bâton armé de ses ficelles croisées s'appelle sample.

Il n'y a de différence entre le sample et le rame, que dans la longueur des cordes, et les yeux de perdrix qui sont au rame.

Pour placer le sample, on s'y prend comme par le rame, on fixe à terre un bâton, vis-à-vis du devant du cassin qu'on appelle bâton de sample ; on passe à ses deux extrémités deux cordes qui font boucles étant nouées chacune par leurs bouts. On peut les appeler les cramailleres du bâton des cordes de sample : on fixe à ces deux cordes les moulures du bâton des cordes du sample.

On prend toutes ces cordes à poignées, et à l'aide de leur croisement ou envergure, on les sépare les unes d'avec les autres, et les unes après les autres.

On passe la première corde de sample dans l'oeil de perdrix de la corde de rame qui passe sur la première poulie d'en-bas de la première rangée verticale que l'ouvrier a à sa gauche, et l'y attache en faisant un nœud. Observant que sa corde de sample ne soit pas lâche ; mais au contraire, bien tendue ; pour cet effet, il faudra que celle de rame fasse angle à l'endroit où elle sera tirée par l'oeil de perdrix ; cet angle est ordinairement très-obtus.

Il passe la seconde corde du sample dans l'oeil de perdrix de la corde du rame, qui passe sur la seconde poulie en montant de la même rangée et l'y attache. La troisième corde de sample dans l'oeil de perdrix de la corde qui passe sur la troisième poulie de la même rangée. La quatrième dans l'oeil de perdrix de la corde qui passe sur la quatrième poulie en montant de la même rangée. La huitième corde dans l'oeil de perdrix de la corde qui passe sur la cinquième poulie de la même rangée. La sixième corde dans l'oeil de perdrix de la corde qui passe sur la première poulie d'en-haut de la seconde rangée verticale ; la septième corde dans l'oeil de perdrix, de la corde qui passe sur la seconde poulie en descendant de la même rangée ; et ainsi de suite remplissant les yeux de perdrix, de chaque corde, de chaque rangée, suivant les rangées en zig-zag ; d'où il s'ensuit que chaque corde de sample tire les mêmes arcades, les mêmes mailles de corps, les mêmes maillons, les mêmes fils de roquetins que chaque corde de rame.

Ainsi la première corde de sample tire, dans l'exemple proposé, les quatre premiers fils de chaque quatre cinquantaine de fils de roquetin ; la seconde corde de sample, les quatre seconds fils de chaque quatre cinquantaine de fils de roquetin, et ainsi de suite ; d'où l'on voit que par le moyen de ces ficelles du sample, des cordes de rames correspondantes, des arcades, des mailles de corps, des maillons, des mailles de corps d'en-bas, et des aiguilles ; on a la facilité de faire paraitre en tel endroit de la chaîne, que l'on voudra tel fil, et autant de fils de roquetin qu'on le désirera.

Et par conséquent, on a le moyen d'exécuter à l'aide de la trame, de la chaîne, et de ces fils de roquetins qu'on peut faire paraitre dans la chaîne et sur la trame, quelque figure donnée que ce sait.

Il ne s'agira plus que de savoir quelles sont les ficelles du sample qu'il faudra tirer.

Or nous allons maintenant parler de la manière de déterminer ces ficelles.

Après avoir observé que la chaîne peut être d'une couleur, ou le fond, et les figures tracées dans la chaîne sur la trame, ou sur les fils des navettes qui courent entre les parties séparées, soit de la chaîne, soit des fils de roquetin, et qui les tiennent séparées, d'une autre couleur.

En travaillant ainsi à l'aide de la chaîne seulement, de la lisse, des cordes du sample, et des fils de roquetin ; on voit évidemment qu'en supposant la faculté de déterminer les cordes de sample à tirer pour une figure quelconque, on exécuterait sur la chaîne cette figure ; on ferait alors ce qu'on appelle une étoffe à fleur.

Nous venons de monter un métier, c'est-à-dire de le mettre en état d'exécuter tout dessein qui ne demande pas plus de cordes que nous en avons employé ; et même de repéter quatre fois ce dessein dans la largeur de l'étoffe : ce qui serait 20 fois dans la largeur de l'étoffe ordinaire, s'il n'y avait que 50 cordes. Car on a pu remarquer que chaque ficelle de sample tirant une ficelle de rame, et chaque ficelle de rame tirant un faisceau d'arcades, 4 bouts d'arcades, ou 4 maillons, et les 200 maillons se trouvant divisés en cinquantaines, et les 4 maillons tirés paraissant toujours sur la chaîne dans des endroits semblables de chaque cinquantaine ; car ce sont ou les 4 premiers de chaque cinquantaine, ou les 4 trentiemes, etc. On doit repéter le dessein dans la chaîne, à chaque cinquantaine de fils de roquetin, ou chaque douze dents et demie du peigne, parce qu'il y a deux fils de roquetin dans chaque dent ; partant 24 fils en 12 dents, et 25 en 12 dents et demie. Cette façon de dire et demie n'est pas tout à fait juste ; car les fils de roquetin ne partagent pas également les fils de la dent, et ne sont pas à égale distance l'un de l'autre, et de l'extrémité de la dent, pour qu'on puisse dire une demie-dent. Je veux dire seulement qu'il faut vingt-quatre dents, et un fil de la vingt-cinquième pour avoir une cinquantaine de fils de roquetin.

J'ai oublié de dire en parlant des piliers de derrière du métier, qu'il y avait à la face intérieure de chacun, un peu au-dessus de la chaîne, deux broches parallèles à l'ensuple, dans laquelle sont passées deux espèces de bobines, qu'on appelle restins.

Autre chose encore à ajouter. C'est une corde attachée par ses deux bouts à deux murs qui se regardent, et parallèle à celles des rames, mais beaucoup plus forte, et placée à côté du cassin, du côté du châtelet, qu'on appelle arbalete.

L'arbalete sert à soutenir la gavassinière ; elle sert aussi à soutenir un petit bâton qui flotte sur le sample : les cordes qui soutiennent ce bâton s'appellent cordes de gance, et le bâton, bâton de gance.

La gavassinière est une longue corde pliée en deux, dans la boucle de laquelle passe l'arbalete. Les deux bouts de cette corde sont noués au bâton de rame. Elle est bien tendue ; et comme elle ne peut être bien tendue qu'elle ne tire et ne fasse faire angle à la corde qui la soutient, c'est par cette raison qu'on appelle cette corde arbalete. Nous dirons ailleurs pourquoi on appelle l'autre dont les brins sont parallèles aux ficelles du sample, gavassinière.

Il ne nous reste plus à parler que du dessein, de la lecture, du travail, et des outils qui y servent.

Pour le dessein, on a un papier réglé, divisé en petits carreaux par des lignes horizontales et verticales. Il faut qu'il y ait dans la ligne horizontale autant de petits carreaux, que de cordes au sample.

Pour faciliter la lecture du dessein, on divise la ligne horizontale par dixaines, c'est-à-dire que de dix en dix divisions de l'horizontale, la verticale est plus forte que ses voisines, et se fait remarquer.

Il y a aussi des horizontales plus fortes les unes que les autres : on divise la verticale en certain nombre de parties égales, et par chaque partie de cette verticale on tire des horizontales parallèles.

Il y a de ces horizontales un plus grand ou plus petit nombre, et elles sont plus longues selon que le dessein est ou plus courant, ou plus long et plus large ; et il y a des verticales un plus grand nombre, et elles sont plus longues, selon que le dessein est plus large et plus long.

On divise pareillement le nombre des horizontales en parties égales, et on fait l'horizontale de chaque partie égale, plus forte que les autres.

Si l'horizontale est divisée de dix en dix, et la verticale de huit en huit, on a ce que les ouvriers appellent un dessein en papier de dix en huit.

On trace sur ce papier un dessein, comme on voit dans nos Pl. Les carrés horizontaux représentent les coups de navette, qui doivent passer pour faire le corps de l'étoffe ; et les carrés verticaux représentent les cordes de sample.

Les carrés horizontaux représentent aussi les fils de roquetins.

Les quarreaux qui restent blancs marquent les fils de roquetin, qu'il ne faut point faire paraitre sur l'étoffe, Les autres quarreaux colorés marquent les fils de roquetins qu'il faut faire paraitre.

Ces fils peuvent être de différentes couleurs ; mais pour plus de simplicité nous les supposerons ici tous de la même couleur, bleus par exemple.

Si l'on voit le bleu de différente couleur, c'est que ce dessein est destiné à faire du velours ciselé.

Le bleu-clair marque le frisé, et le bleu fort noir marque le coupé.

Il faut observer en faisant un dessein, que le frisé soit toujours en plus grande quantité que le coupé, parce que comme on verra, le coupé ne se fait que sur le frisé ; et le frisé sert à empêcher le poil du coupé de tomber, il le tient élevé et l'empêche de tomber.

Les autres desseins ne se tracent pas autrement, et il n'y a guère de différence dans la manière de les lire.

Pour lire un dessein, on commence par enverger, ou plutôt encraiser le sample, afin de ne pas se tromper en comptant les cordes.

Puis on fixe à l'estase, à chaque côté du sample, deux barres de bois ; on insere entre ces barres et le sample, deux autres morceaux de bois qui le tirent en arrière, et le tiennent plus tendu ; l'un en-haut et l'autre en-bas. Les verges qui appuient en-devant sur les barres de bois, empêchent qu'il n'aille tout en arrière. Il est donc tenu par haut et par bas, en arrière, par les bâtons placés entre lui et les barres, et tenu en-devant par les verges de son envergure.

Puis au-dessous du premier morceau de bois et de la première verge, on place un instrument que nous allons décrire, entre le sample et les barres de bois, contre lequel il est pressé par le sample qui est ici en arrière. Cet instrument consiste en trois morceaux de bois plats, assemblés par un bout par une cheville de bois, autour de laquelle il se meut librement, dont le dernier est divisé à sa surface extérieure, en un certain nombre de crants larges et profonds, à égale distance les uns des autres ; les deux autres s'appliquent sur celui-ci et le couvrent quand il en est besoin, et peuvent aussi s'assembler par l'autre bout, au moyen d'une autre cheville de bois. Cet instrument s'appelle un escalette, et son usage principal est de faciliter encore la lecture du dessein, en facilitant le compte des cordes.

Pour cet effet, lorsqu'on l'a appliqué comme j'ai dit, on met dans chaque cran dix cordes de sample, c'est-à-dire autant de cordes de sample, qu'il y a de divisions dans la ligne horizontale du dessein.

Cela fait, on met sur cette lame de bois divisée, la seconde qui la couvre ; on applique sur cette seconde la seconde ; on passe sur cette seconde et sur le dessein la troisième, et on les fixe toutes trois par l'autre bout.

On voit que par ce moyen, le dessein se trouve pris entre les deux lames restantes ; la liseuse le dispose entre ses lames, de manière qu'il n'y ait que sa première rangée de petits quarreaux qui débordent les lames, soit par en-haut, soit par en-bas.

Alors elle prend à côté d'elle des ficelles, toutes prises d'une certaine longueur ; elle examine sur le dessein, ou on lui dit combien il y a de couleurs au dessein ; elle attache chacune des couleurs à un de ses doigts, c'est-à-dire que cette couleur, ou les ficelles qui lui correspondent, au sample, doivent passer sous les doigts auxquels elle les a attachées, et sous tous les autres : ainsi des autres couleurs. Quand il y a plus de couleurs que de doigts, elle en attache au poignet, au milieu du bras, ou bien elle prend le parti de lier chaque couleur séparément ; mais ce n'est pas la manière des habiles liseuses.

Mais pour éviter toute confusion, nous supposerons seulement deux couleurs, comme on voit au dessein dans nos Pl.

Elle commence par la première ligne. Je suppose qu'elle ait attaché le verd-clair ou de frisé au doigt du milieu, et le gros verd ou coupé à l'index.

Elle voit que les six premiers carrés, ou les six premières divisions sont blanches ; elle passe six cordes du sample, ou les six premières cordes de la première dixaine, contenue dans la première coche de l'escalette à gauche. Puis elle prend le reste de cette dixaine qu'elle passe sous l'index, sur le doigt du milieu et sous les autres doigts ; elle y joint la première corde de la seconde dixaine, parce qu'elle est aussi verd-clair ou frisé, et qu'elle a attaché le verd-clair au doigt du milieu. Elle prend ensuite les six cordes suivantes de cette seconde dixaine qu'elle passe sous l'index et sous les autres doigts. Elle prend la huitième corde de la même dixaine qu'elle passe sous l'index, sur le doigt du milieu et sous les autres doigts ; puis les deux cordes restantes de la même dixaine, qu'elle passe sur l'index et sous les autres doigts ; et ainsi de suite jusqu'au bout de la ligne.

S'il y avait eu plusieurs couleurs, elles les eut attachées à d'autres parties de la main ; et les aurait séparées toutes en les plaçant sur ces parties, à mesure qu'elles se seraient présentées.

Puis elle aurait pris des ficelles qui sont à sa gauche, autant qu'elle eut eu de couleurs ; elle n'en prend donc que deux ici. Elle eut avec une de ces ficelles pliée en deux, et dont elle aurait substitué à l'index l'un des bouts, renfermé et séparé dans la boucle tous les verts découpés, pour avec l'autre qu'elle eut pareillement pliée en deux, et dont elle eut aussi substitué un des bouts à l'autre doigt, elle eut renfermé et séparé dans la boucle les verts-clairs. Puis elle eut un peu tordu ensemble ces bouts, et les aurait fixés à côté d'elle à sa droite, en leur faisant faire un tour autour d'une corde, attachée par un bout à l'estase, et par l'autre bout à un des bâtons de l'envergure : on l'appelle corde des embarbes.

Elle eut ensuite passé à la lecture de la seconde ligne, qu'elle eut expédiée comme la précédente, et eut été de suite jusqu'à la fin de la lecture du dessein. Les ficelles dont elle se sert pour séparer les couleurs s'appellent des embarbes.

Il est facîle de savoir le nombre des embarbes, quand on sait le nombre des lignes du dessein ; celui de ses dixaines, et celui des couleurs.

Lorsque toutes les embarbes sont placées, ou que la lecture du dessein est achevée, on travaille à faire les gavassines et les lacs ; et voici comment on s'y prend.

On plante à un mur, ou à quelqu'autre partie solide, placée immédiatement derrière le sample, un piton, un anneau, auquel on attache une corde assez forte ; puis on passe derrière le sample ; on prend une petite ficelle qu'on fait passer sur la première corde du sample, que l'on enferme dans une boucle ; on enferme la seconde dans une boucle encore, on en fait autant à toute la ficelle du sample ; puis on tire fortement toutes ces ficelles ou boucles formées de la même ficelle, en arrière, vers la grosse corde attachée au piton ; on la fixe à cette corde : cette corde, avec l'assemblage de toutes ces boucles formées d'une seule ficelle, dans chacune desquelles est séparée et renfermée une corde du sample, s'appelle le lac à l'anglaise ; il sert à séparer facilement les cordes du sample, et à ne pas se tromper dans le choix qu'on en doit faire pour former les lacs.

Cela fait, on prend des ficelles de même longueur, qu'on joint deux-à-deux ou trois-à-trois, selon qu'il y a un plus grand nombre de couleurs au dessein : ici une seule ficelle pliée en deux suffit ; car nous n'avons proprement que deux couleurs, ou qu'une seule séparée en deux.

On plie cette ficelle en deux ; on renferme entre ces deux brins, ou dans sa boucle, la partie de la gavassinière que l'on a le plus à droite ; puis on arrête la boucle par un nœud, en sorte que la partie de la gavassinière sait, pour ainsi dire, enfilée dans la boucle faite avec de la ficelle, et n'en puisse sortir ; on fait avec la gavassinière autant de ces boucles qu'il y a des lignes au dessein ; et ces ficelles bouclées, et tenues par leur boucle dans la partie la plus à gauche de la gavassinière qui les enfîle toutes les unes après les autres, s'appellent des gavassines.

Après cette première réparation, on prend du fil fort ; on se saisit de la première ou dernière embarbe ; placée, on la tire à soi ; on voit quelles sont les cordes de sample qu'elle embrasse ; on fait en zig-zag avec le fil deux fois autant de boucles qu'il y a des cordes de sample séparées par l'embarbe ; toutes ces boucles sont du même fil continu ; on enfîle de ces boucles celles que l'on a de son côté dans un de ses doigts, les autres embrassent chacune une des cordes du sample séparées par l'embarbe ; on les égalise, et on leur donne une certaine longueur, puis on coupe le fil, et on attache ces deux bouts ensemble par un nœud.

Cela fait, on prend un des bouts de la gavassine qu'on passe sous l'autre partie parallèle à la première, à la place à droite de la gavassinière ; on passe ce bout à la place du doigt dans lequel on tenait les boucles enfilées : on fixe toutes ces boucles à ce bout de la gavassine par un nœud, et l'on a formé ce qu'on appelle un lac.

On ôte ensuite l'embarbe, car elle ne sert plus de rien ; les fils qu'elle séparait sont tenus séparés dans les boucles du lac.

On tire ensuite la seconde embarbe ; on prend du fil, et l'on forme des boucles toutes semblables à celles du premier lac ; on attache ces boucles par un nœud à l'autre bout de la gavassine, observant seulement que la partie de la gavassinière qui est la plus à gauche, soit prise entre les deux bouts de la gavassine ; et partant que si celui qui tenait le premier lac passait sous cette partie de gavassine, l'autre passât dessus.

Si la gavassine était composée d'un plus grand nombre de bouts et de lacs, il faudrait observer la même chose.

Cela fait, c'est-à-dire les embarbes étant épuisées par la formation des lacs, de même que les bouts de gavassine (car il n'y a pas plus de bouts à la gavassine, que de lacs, ni de lacs que d'embarbe), on peut commencer à travailler. J'ai oublié de dire qu'à mesure qu'on formait les lacs, et qu'on garnissait les gavassines, on les tenait séparées et attachées en haut à un empêchet ou autre arrêt, afin d'empêcher la confusion : voilà donc le bois du métier monté ; la cantre placée, les fils de roquetin passés dans les maillons entre les remises, dans les mailles des lisses de poil et dans les dents du peigne, les ensuples placées, et la chaîne disposée comme il convient, le dessein lu, en un mot tout disposé pour le travail ; voyons maintenant comment on travaille, et comment, à l'aide de la disposition et de la machine précédente, on execute sur la chaîne le dessein sur le sample.

Voici ce qui nous reste à faire ; car à cette occasion nous parlerons et des outils qu'on emploie, et de quelques autres opérations qui n'ont point encore pu avoir lieu. Voici donc la manière de faire le velours ciselé. Celui qui a bien entendu ce que nous venons de dire, sera en état de se faire construire un métier et de le monter ; et celui qui entendra bien ce que nous allons dire, sera en état de faire du velours ciselé et de travailler.

Travail ou opération par laquelle on exécutera en velours ciselé le dessein qu'on vient de lire sur le sample. Il faut commencer par avoir à ses côtés deux petites navettes, telles qu'on les voit, Pl. de soierie, ici faites en bateau, dans lesquelles sont sur une petite branche de fer qui Ve de l'un à l'autre bout, une bobine garnie de soie, dont le bout passe par une ouverture faite latéralement, et tournée vers l'ouvrier ; ces navettes sont placées sur les deux bouts de la banque.

Première opération. On enfoncera en même temps la première marche de pièce du pied droit, et les deux marches de poil du pied gauche.

On passera une des navettes.

On enfoncera la seconde marche de pièce seule du pied droit.

On passera la même navette.

On enfoncera la troisième marche de pièce du pied droit, et les deux de poil du pied gauche.

On passera la navette.

On enfoncera la quatrième marche de pièce seule du pied droit.

On passera la navette, et ainsi de suite.

C'est ainsi qu'on formera le satin et le fond, et ce que l'ouvrier appelle la tirelle.

Seconde opération, ou commencement de l'exécution du dessein. Il faut avoir tout prêts des fers de deux espèces ; des fers de frisé, et des fers de coupé. Les fers de frisé sont des petites broches rondes, de la largeur de l'étoffe, armées par un bout d'un petit bouton de bois fait en poire, dans le nœud de laquelle ce fer est fixé ; ces fers sont de fer véritable. On en trouve par-tout ; il n'y a aucune difficulté à les faire. Son petit manche en poire s'appelle pedonne. Les fers de coupés ne sont pas ronds, ils sont, pour ainsi dire, en cœur ; ils ont une petite cannelure on fente dans toute leur longueur ; il est plus difficîle d'en avoir de bois : ils sont de laiton. Il n'y a qu'un seul homme en France qui y réussisse ; c'est un nommé Roussillon de Lyon. Ces fers ont aussi leurs pedonnes, mais mobiles ; on ne les arme de leurs pedonnes ou petits manches en poire, que quand il s'agit de les passer.

L'usage des pedonnes ou manches en poire, c'est d'écarter les fils, et de faciliter le passage des fers tant de coupé que de frisé.

Il faut avoir, pour l'ouvrage que nous allons exécuter, quatre fers de frisé, et trois fers de coupé.

On distingue dans le travail du velours ciselé cinq suites d'opérations à-peu-près semblables, qu'on appelle un course, et chaque suite d'opérations un coup ; ainsi un course est la suite de cinq coups.

Premier coup. On met un fer de frisé entre la chaîne et le poil qu'on sépare l'un de l'autre, en enfonçant les cinq marches de pièce du pied droit, sans toucher à celles de poil ; ce qui fait paraitre tout le poil en-dessus.

On enfonce la première marche de pièce du pied droit, et les deux de poil en même temps du pied gauche. Coup de battant. On passe la navette qui Ve et vient. Coup de battant. On lâche les deux lisses de poil, et l'on enfonce la seconde marche de pièce du pied droit. Coup de battant. On passe la navette qui Ve et vient. Coup de battant. On enfonce les deux marches de poil, pied gauche, et la troisième de pièce, pied droit. Coup de battant. On passe l'autre navette, qui Ve seulement. Coup de battant. En le donnant, on laisse aller les marches de poil, et l'on tient seulement celle de pièce, qui est la troisième du pied droit. On fait passer ensuite cette troisième marche sous le pied gauche, on y joint la quatrième et la cinquième ; on les enfonce toutes trois du pied gauche, et en même temps on enfonce du pied droit la première et la seconde ; ce qui finit le premier coup.

Second coup. Il y a vis-à-vis du sample une fille, qu'on appelle une tireuse de son emploi, qui est de tirer les gavassines les unes après les autres à mesure qu'elles se présentent. La tireuse tire la gavassine, la gavassine tire le lac, et le lac amène les cordes qui doivent opérer la figure ; la tireuse prend les cordes amenées par le lac, et les tire. Une gavassine est, comme on sait, composée de deux lacs. On tient les deux premières marches sous le pied droit, on conserve les trois suivantes sous le pied gauche, on y joint la première de poil. Coup de battant. On passe un fer de frisé. La tireuse laisse élever ou descendre les deux lacs. Coup de battant. La tireuse reprend le lac de dessous ou de coupé et le tire seul. On arme le fer de coupé de sa pedonne, et on le passe. La tireuse laisse aller le lac de coupé. Coup de battant, ou même plusieurs, jusqu'à - ce que le fer de coupé soit monté sur celui de frisé. On laisse aller les deux premières marches. On enfonce la troisième du pied droit, qui est celle par laquelle on a fini le coup précédent ; on laisse aller en même temps du pied gauche les quatre et cinq marches de pièce ; mais l'on enfonce de ce pied les deux de poil. Coup de battant. On passe la navette qui Ve et vient. Coup de battant. On passe le pied droit sur la quatrième marche, tenant toujours les deux de poil enfoncées du pied gauche. Coup de battant. On laisse aller les deux de poil, en donnant un coup de battant. On enfonce les deux de poil du pied gauche, tenant toujours la quatrième du pied droit. Coup de battant. On passe à la cinquième de pièce du pied droit, tenant toujours enfoncées celles de poil du pied gauche. Coup de battant. On passe la navette qui Ve seulement. Coup de battant ; en le donnant on laisse aller le poil, et l'on tient toujours la cinquième de pièce enfoncée du pied droit. On la passe sous le pied gauche, et du pied droit on enfonce les quatre premières, tandis que du pied gauche on tient la cinquième enfoncée. On bat trois coups et davantage, et l'on finit par-là le second coup.

Traisième coup. La tireuse tire la gavassine suivante. On enfonce la première de poil du pied gauche ; ainsi l'on a le pied droit sur les quatre premières de pièce, et le gauche sur la cinquième de pièce, et la première de poil. On passe un fer de frisé. Coup de battant. La tireuse laisse aller les deux lacs, et reprend celui de dessus ou de coupé, et le tire. Coup de battant. On passe un fer de coupé ; la tireuse laisse aller son lac de coupé. Coup de battant. On laisse aller les quatre premières de pièce ; on passe le pied droit sur la cinquième, ou sur celle qui a fini le coup précédent ; en même temps on enfonce du pied gauche les deux de poil. Coup de battant. On pousse la navette qui Ve et vient. Coup de battant. On laisse aller les deux marches de poil, et la cinquième de pièce, et on revient à la première de pièce. Coup de battant. On passe la navette qui Ve et vient. Coup de battant. On enfonce les deux marches de poil du pied gauche ; on quitte la première de pièce, et on prend la seconde du pied gauche. On passe la navette qui Ve seule. On laisse aller le poil, et on fait passer la seconde de pièce sous le pied gauche ; on y joint les trois autres, et on enfonce la première de pièce du pied droit. Coup de battant, et fin du troisième coup.

Quatrième coup. On tire la gavassine suivante. On tient la première enfoncée du pied droit, et l'on joint aux quatre autres que l'on tient du pied gauche, la première de poil. Coup de battant. On passe un fer de frisé. On laisse aller les deux lacs ; on reprend celui de coupé ou de dessus, et on le tire. Coup de battant. On passe le fer de coupé. On laisse aller le lac de coupé. Coup de battant. On laisse aller la première marche, on passe le pied droit sur la seconde, qui est celle qui a fini le coup précédent, et l'on enfonce du gauche les deux marches de poil. Coup de battant. On passe la navette qui Ve et vient. Coup de battant. On laisse aller la seconde ; on prend la troisième, et on laisse aller le poil, en donnant un coup de battant. On passe la navette qui Ve et vient. Coup de battant. On enfonce les deux marches de poil du pied gauche, et on prend la quatrième du pied droit. Coup de battant. On passe la navette qui Ve seule. Coup de battant. On laisse aller les deux marches de poil ; on passe la quatrième et la cinquième sur le pied gauche ; on enfonce du pied droit les trois premières. Trais coups de battant plus ou moins, et fin du quatrième coup.

Cinquième coup. L'ouvrier retire le premier fer de frisé ; la tireuse tire la gavassine suivante. On joint à la quatrième et cinquième de pièce qu'on tient du pied gauche la première de poil, tenant les trois premières du pied droit. Coup de battant ; on passe le fer de frisé : coup de battant ; on laisse les lacs, et on reprend celui de coupé sans le tirer. On prend alors un petit instrument, formé d'un petit morceau d'acier plat carré, tranchant par un de ses angles, et fendu jusqu'à son milieu, et même plus loin, afin que, par le moyen de cette fente, l'ouvrier puisse écarter à discrétion la partie tranchante, tandis qu'il s'en sert : on appelle cet instrument une taillerole. On prend donc la taillerole, et l'on applique son angle tranchant dans la rainure du fer de coupé, tous les fils de roquetin qui la couvrent sont coupés, et c'est-là ce qui forme le poil. Cela fait, la tireuse tire le lac de coupé ; on passe le fer de coupé, la tireuse laisse aller le lac de coupé : on laisse les trois marches qu'on tenait du pied droit, on passe ce pied sur la quatrième : on laisse aller la première de poil, et la cinquième de pièce qu'on tenait encore du pied gauche ; on enfonce de ce pied les deux de poil. Coup de battant : coup de navette qui Ve et vient. Coup de battant ; on laisse aller les marches de poil, et la quatrième de pièce ; on passe à la cinquième ; coup de battant ; on passe la navette qui Ve et vient : coup de battant ; on enfonce les deux de poil du pied gauche, et la première de pièce, pied droit : coup de battant ; on passe la navette qui Ve seule : coup de battant ; on laisse aller le poil, et la première de pièce ; on enfonce du pied gauche les cinq premières de pièce, trois coups de battant plus ou moins, et fin du cinquième coup, et de ce qu'on appelle un course. Il ne s'agit plus que de recommencer.

On continue l'ouvrage de cette manière. Lorsqu'on en a fait une certaine quantité, on prend une barre de fer pointue par un bout et fourchue par l'autre, on enfonce le bout pointu ou aminci dans des trous pratiqués à l'ensuble, ce qui la fait tourner sur elle-même ; le velours s'enveloppe, et l'on peut continuer de travailler ; mais lorsqu'il y a assez d'ouvrage fait pour que l'ensuble ne puisse être tournée sans que le velours ne s'appliquât sur lui-même, il faut recourir à un nouveau moyen ; car le velours s'appliquant sur le velours, ne manquerait pas d'en affaisser le poil et de se gâter.

Voici donc ce dont il s'agit, c'est d'éviter cet inconvénient, de ne pas tomber dans un autre, et de faire tenir le velours à l'ensuble.

On avait jadis des ensubles avec des pointes qui entraient dans le velours et l'arrêtaient, mais on a trouvé que si les pointes remplissaient le premier objet, elles ne répondaient pas tout à fait au second, car elles laissaient des trous au velours, le mâchaient et le piquaient. On a tout naturellement abandonné les ensubles à pointes, et imaginé ce qu'on appelle un entaquage.

Les velours ciselés ou à fleurs, frisés et coupés, ne sont point entaqués.

De l'entaquage. Voici ce qu'on entend par un entaquage. Imaginez trois pièces liées et jointes ensemble, dont la première s'appelle l'entaquage, c'est une lime des plus grosses, un morceau de bois pareil à la lime, avec un morceau de fer semblable aux deux autres ; une boite de fer les tient unis, mais non contiguès ; elles laissent entr'elles de l'intervalle. On passe le velours entre le morceau de bois et celui de fer, la lime reste derrière, l'envers du velours repose sur elle ; on fait faire un tour à l'entaquage, le velours fait aussi un tour sur lui ; on le met en pente dans la boite qui l'applique fort juste aux bouts de l'entaquage ; mais comme ces bouts de l'entaquage sont plus gros, que les trois pièces jointes qui arrêtent le velours, ses parties ne touchent point le velours. On met la boite et l'entaquage dans la chanée de l'ensuble ; on couvre le tout avec une petite espèce de coulisse, qui ne ferme pas entièrement la chaîne, il reste une petite ouverture par laquelle le velours sort et s'applique sur l'ensuble, en sortant entre l'ensuble et le bord de la chaîne et celui de la coulisse sans y toucher ni autre chose, c'est-à-dire garanti de tout inconvénient.

Le canard se met devant l'ensuble, entr'elle et l'ouvrier ; il empêche que l'ouvrier ne gâte son ouvrage en appuyant son estomac dessus ; il faut un canard pour toutes les espèces de velours.

De la machine à tirer. Il y a quelquefois un si grand nombre de fils de roquetin, que la tireuse ne pourrait venir à bout de les tirer, surtout sur la fin d'un jour que ses bras seraient las, que pour l'aider on a imaginé une espèce singulière de levier.

Il a trois bras, tous trois dans le même plan, mais dont deux sont placés l'un au - dessus de l'autre parallèlement, et laissent entr'eux de la distance ; de ces deux leviers parallèles, celui d'en-haut est fixé dans deux pièces de bois perpendiculaires et parallèles que traverse seulement celui d'en-bas, tout cet assemblage est mobîle sur deux rouleaux, qui sont retenus entre deux morceaux de bois placés parallèlement, à l'aide desquels les leviers parallèles peuvent s'avancer et se reculer.

Lorsque la tireuse veut tirer, elle fait avancer les deux leviers parallèles, elle passe entre ces leviers le paquet de ficelle de sample qu'elle veut tirer ; de manière que ce paquet passe dessus le levier d'en-haut, et dessous le levier d'en-bas.

Il y a un troisième levier appliqué perpendiculaire à celui d'en-haut ; elle prend ce levier, elle l'entraîne, et avec lui les ficelles du sample qui sont sur lui.

Il est encore d'autres outils qu'il faut avoir. Il faut avoir une fourche pour tirer les fers de frise : cette fourche est un morceau de fer recourbé par le bout, et la courbure est entr'ouverte ; on met la pedonne dans cette ouverture, et on la tire. Des forces pour couper les nœuds de la soie, ce qui s'appelle remonder ou éplucher la soie. Un montefer, c'est une forte pince, plate et carrée par le bout, avec laquelle on tire les fers de frisé qui cassent quelquefois, et pour faire tirer le fer de frisé à la pedonne. Des pinces pour nettoyer l'ouvrage, c'est-à-dire en ôter les petits brins de soie cassés, qui font un mauvais effet.

Il n'y a qu'une certaine quantité de soie montée sur l'ensuble de derrière. Quand cette quantité est épuisée et qu'une pièce est finie, s'il s'agit d'en monter une autre ; voici comment on s'y prend.

On approche la nouvelle pièce que l'on veut monter de celle qui finit : cette nouvelle pièce est toute envergée ; on sépare, par le moyen de l'envergure, de petits fils que l'on trempe dans de la gomme, et qu'on tord avec le premier fil de la pièce qui finit, et ainsi des autres fils : cela fait, on ôte les envergures de la nouvelle pièce qui se trouve toute montée et toute jointe à l'autre ; et l'ouvrier continue de travailler. Celui qui fait ces opérations s'appelle tordeur, et l'opération s'appelle tordre.

Il faut encore avoir un devidoir pour le fil des lacs qu'on devide dans un panier, d'où il vient plus aisément quand on fait ses lacs.

Observations. Les cassins ordinaires ont huit rangs de cinquante poulies ; et par conséquent les rames 400 cordes, les samples 400 ; les arcades 800 brins, et partant la planche percée 800 trous, c'est-à-dire 100 rangées de 8 trous, ou 8 rangées de 100 trous. En supposant encore qu'il n'y ait que deux brins à chaque arcade, et qu'on ne veuille que répéter une fois ce dessein.

Il faut un rouet à cannettes. On entend par cannette cette espèce de petite bobine, qui est enfermée dans la navette. Ce rouet est une assez jolie machine, et qui vaudra la peine d'être décrite, et que nous décrirons aussi.

Il faut avoir une espèce de coffre ou de caisse à chauffrette, elle sert à relever le poil du velours, en la faisant passer sur cette caisse dans laquelle on a allumé du feu.

Il faut un temple : c'est une machine qui sert à tenir l'ouvrage tendu. Imaginez une petite tringle de bois plate, fendue par un bout, et percée de trous selon son épaisseur, qu'il y ait dans la fente une rainure ou coulisse, dans laquelle puisse se mouvoir un petit morceau de bois ou bâton.

Assemblez dans la fente de ce morceau de bois, un autre qui ait l'air d'une petite pelle, dont la queue soit percée de trous ; capable de recevoir une broche qui traversera en même temps les trous pratiqués dans l'épaisseur du premier morceau ; que cette pelle soit percée de pointes, de même que l'extrémité aussi fendue de l'autre morceau. Fixez l'épaisseur de l'une et de l'autre de ces parties dans la lisse ; faites mouvoir l'une et l'autre partie jusqu'à-ce que toute la machine soit droite, il est évident que les parties de cette machine peuvent se redresser, et la queue de la partie faite en pelle se loger dans la fente de l'autre sans tendre l'ouvrage. On arrêtera ensuite la queue de cette partie par le bâton mobîle dans la rainure, dont nous avons parlé.

Velours à fond or. Pour faire le velours cizelé à fond or ou argent, on ajoute à la chaîne et aux roquetins un poil de la couleur de la dorure, quatre lisses à grand colisse pour le poil, si on veut accompagner la dorure, ce qui ne se pratique guère ; on passe la chaîne dans les maillons avec les roquetins, et toutes les fois qu'on passe les deux fers, on passe deux coups de navette de dorure à deux bouts, ce qui fait quatre bouts de dorure entre les fers. On fait tirer les lacs de frisé et de coupé aux coups de dorure, afin qu'elle se trouve à l'envers de l'étoffe ; et quand il est question de passer les fers sous les lacs de frisé et de coupé, comme la chaîne qui est passée dans les roquetins est tirée comme eux, on a soin de faire baisser avec une lisse de rabat sous laquelle la chaîne est passée, cette même chaîne, afin qu'il ne se trouve que la soie des roquetins de levée, sous laquelle on passe les fers à l'ordinaire.

Ceux qui se piquent de faire cette étoffe comme il faut, ne mettent que deux lisses de poil à grand colisse, et six portées et un quart de poil pour les 1000 roquetins.

Velours uni. Le velours uni est la plus belle et la plus riche de toutes les étoffes figurées ; on donne le nom d'étoffe figurée à toutes celles dont la chaîne ou le poil fait une figure, sans que la tire ou la navette y ait aucune part.

Le velours uni est composé de quarante portées doubles pour la chaîne, ou quatre-vingt portées, ou de soixante portées simples, et de 20 portées de poil, monté sur des 20 de peigne ; c'est la façon d'Italie.

Les velours de quarante portées doubles sont montés sur quatre lisses de fond ; et ceux de soixante portées simples, sur six lisses. Ce sont les meilleurs ; et on ne les fait pas autrement à Gènes.

On ne détaillera point ici la façon dont la soie est distribuée dans les poils de velours, étant suffisamment expliquée dans un autre article ; on ne parlera que du travail de cette étoffe.

Elle est montée sur six lisses de chaîne, comme il a été dit, et deux de poil, parce qu'une gênerait trop. Les fils sont passés dans les lisses dessus et dessous la boucle, ou entre les deux boucles de la maille, comme dans les taffetas unis. Ce qui s'appelle passés à coup tors.

Le velours doit avoir une lisière qui indique sa qualité, ou qui le caractérise. Le velours à quatre poils doit avoir quatre chaînettes de soie jaune entre quatre autres de rouge ; le velours à trois poils et demi, quatre chaînettes d'un côté, et trois de l'autre ; le velours à trois poils trois chaînettes de chaque côté, ainsi des autres.

Le velours à six lisses doit avoir quatre marches pour la chaîne, et une pour le poil.

Quand la tête du velours est faite, et qu'on commence à le travailler, on enfonce la première marche du pied droit qui fait baisser une lisse, et celle du poil qui est du pied gauche, et on passe un coup de navette garnie de trame de la couleur de la chaîne et du poil. Au deuxième coup on passe la même navette, et on enfonce la deuxième marche du pied droit qui fait baisser deux lisses. Au troisième coup on enfonce la troisième marche et celle du poil qui fait baisser une lisse, et on passe un troisième coup d'une seconde navette.

On laisse aller la troisième marche du pied droit et celle du poil, et on enfonce les quatre marches de pièces, savoir deux de chaque pied, et on passe le fer dont la cannelure se trouve du côté du peigne. C'est le premier coup.

Au second coup on reprend la troisième marche du côté droit qui fait baisser une lisse et celle du poil, et on les enfonce toutes les deux, et on reprend la première navette pour la passer. On baisse ensuite la quatrième marche du côté droit qui fait baisser deux lisses, et on passe un second coup de la même navette. On reprend ensuite la première marche du pied droit qui fait baisser une lisse, et enfonçant celle de poil, on passe un troisième coup avec la seconde navette ; ce coup passé, on met le pied sur les quatre marches de chaîne, et on passe le second fer.

Le second fer étant passé, on recommence à la première marche, comme il a été dit plus haut ; on passe les trois coups de navette, et on coupe le fer qui est passé ensuite de la même façon que les deux premiers. C'est la façon dont on travaille le velours à six lisses ; les autres tant petits que gros, sont travaillés à-peu-près de même.

Il faut observer que les velours sont montés d'une façon différente des autres étoffes ; dans les autres étoffes il faut faire lever les lisses pour les travailler ; dans les velours il faut les faire baisser.

Le velours à quatre lisses se travaille comme celui à six.

Démonstration de l'armure du velours à six lisses.




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