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Catégorie parente: Arts & métiers
Catégorie : Sellier
S. m. (Ouvrage de Sellier-Carrossier, de Charron, de Serrurier) c'est une voiture commode et même quelquefois très-somptueuse, suspendue à des soupentes ou fortes courroies de cuir, et monté de roues sur lesquelles elle se meut. Voyez ROUE, TIMON, SOUPENTE, AVANT-TRAIN, ARRIERE-TRAIN, etc.

En France et dans le reste de l'Europe, les carrosses sont tirés par des chevaux, excepté en Espagne où l'on se sert de mules : dans une partie de l'Orient, et particulièrement dans les états du grand-seigneur, on y attelle des bœufs, et quelquefois des rennes ; mais c'est moins par usage que par ostentation. Le cocher est ordinairement placé sur un siège élevé sur le train, au-devant du carrosse : mais en Espagne la politique l'en a déplacé par un arrêt, depuis qu'un comte duc d'Olivarès se fut aperçu qu'un secret important, dont il s'était entretenu dans son carrosse, avait été entendu et revélé par son cocher ; en conséquence de cet arrêt, les cochers espagnols occupèrent la place qu'occupent les cochais dans nos carrosses de voiture. Chambers.

Les carrosses sont de l'invention des Français, et par conséquent toutes les voitures qu'on a imaginées depuis à l'imitation des carrosses. Ces voitures sont plus modernes qu'on ne l'imagine communément. L'on n'en comptait que deux sous François I. l'une à la reine, l'autre à Diane, fille naturelle de Henri II. Les dames les plus qualifiées ne tardèrent pas à s'en procurer ; cela ne rendit pas le nombre des équipages fort considérable ; mais le faste y fut porté si loin, qu'en 1563, lors de l'enregistrement des lettres-patentes de Charles IX. pour la réformation du luxe, le Parlement arrêta que le Roi serait supplié de défendre les coches par la ville ; et en effet, les conseillers de la cour, non plus que les présidents, ne suivirent point cet usage dans sa nouveauté ; ils continuèrent d'aller au Palais sur des mules jusqu'au commencement du dix-septième siècle.

Ce ne fut que dans ce temps que les carrosses commencèrent à se multiplier ; auparavant il n'y avait guère que les dames qui s'en fussent servies. On dit que le premier des seigneurs de la cour qui en eut un, fut Jean de Laval de Bois-Dauphin, que sa grosseur excessive empêchait de marcher et de monter à cheval. Les bourgeois n'avaient point encore osé se mettre sur le même pied : mais comme cette voiture, outre sa grande commodité, distingue du commun, l'on passa bien-tôt par-dessus toute autre considération ; d'autant plus qu'on n'y trouva aucun empêchement de la part du prince ou des magistrats. De là vint cette grande quantité de carrosses, qui se firent pendant les règnes de Louis XIII, de Louis XIV, et de Louis XV. Il y en a, à ce qu'on croit, à-peu-près quinze mille de toutes sortes à Paris seulement ; au reste, on ne sera pas surpris de ce nombre, si on le compare à celui des seigneurs qui l'habitent, et des riches citoyens qui y sont établis, et à la facilité d'y entretenir des chevaux par le bon ordre de la police, qui y procure sans-cesse l'abondance des grains et des fourrages, et qui veille au dehors et au dedans sur le prix des choses, et sur la conduite du marchand et de l'ouvrier. Au reste M. l'abbé Gedoyn dans un de ses ouvrages, déplore fort cette multiplicité de carrosses, qu'il regarde comme une des principales causes de la décadence des lettres, par la facilité qu'elle apporte à la dissipation.

Les carrosses ont eu le sort de toutes les nouvelles inventions, qui ne parviennent que successivement à leur perfection. Les premiers qu'on fit étaient ronds et ne tenaient que deux personnes ; on leur donna dans la suite plus de capacité, on les fit carrés, et on s'y asseyait quatre personnes ; ils étaient fermés par-devant, comme le sont encore ceux de louage. On peut dire qu'il ne manque plus rien aujourd'hui soit à leur commodité, soit à leur magnificence ; ils sont ornés en-dehors de peintures très-finies, et garanties par des vernis précieux ; ils sont couverts en-dedans de velours.

Les parties de menuiserie sont élégamment sculptées ; et celles du charronage ont des moulures et des dorures ; le Serrurier y a étalé tout son savoir-faire par l'invention des ressorts doux, pliants, et solides ; le Sellier n'y a rien négligé dans les parties en cuir. On a publié quelques lois somptuaires pour modérer la dépense excessive de ces voitures : il a été défendu d'y employer l'or et l'argent ; mais l'exécution de ces défenses a été négligée.

On distinguait jadis deux sortes de carrosses, les uns à arcs de fer, les autres sans arcs : mais l'usage des arcs a passé. Voyez ARC DE CHARRON. Les parties principales du carrosse sont l'avant-train, le train, le bateau, l'impériale, les quenouilles, les fonds, les portières, les mantelets, les gouttières, les roues, le timon, l'arriere-train, etc.

Les carrosses ont différents noms, eu égard à leur structure ; il y a des carosses proprement dits, des carrosses coupes, des caleches, des berlines, etc. Ils en ont aussi d'autres, eu égard à leur usage ; et il y a des carrosses de campagne, des carrosses de voiture, des carrosses de louage, etc. Voyez Pl. du Sellier-Carrossier, des figures de la plupart de ces voitures.

Le carrosse proprement dit, est à quatre places ; le carrosse coupé n'a qu'un fond sur le derrière, et un strapontin sur le devant. Si la voiture est légère, a des roues très-basses, est ouverte de toutes parts à un, à deux, à trois rangs de places où l'on est assis, non le visage tourné les uns vers les autres, comme dans les carrosses ordinaires, mais pour ainsi dire de front, chaque rang ayant son dossier, on l'appelle caleche. Il y a des chaises de cent façons différentes. Voyez CHAISE. Il y a des carrosses de voitures, qui servent à transporter les voyageurs d'une ville dans une autre. Voyez COCHE.

Quelque grand que fût le nombre des carrosses sous Louis XIV. l'usage en paraissait encore réservé aux grands et aux riches ; et ces voitures publiques, qui sont maintenant à la disposition des particuliers, n'étaient point encore établies. Ce fut un nommé Sauvage à qui cette idée se présenta ; son entreprise eut tout le succès possible : il eut bien-tôt des imitateurs. Sauvage demeurait rue S. Martin, à un hôtel appelé S. Fiacre ; c'est de-là qu'est venu le nom de Fiacre, qui est resté depuis et à la voiture et au cocher. En 1650, un nommé Villerme obtint le privilège exclusif de louer à Paris, de grandes et de petites carioles. M. de Givri en obtint un pour les carrosses : il lui fut accordé par lettres-patentes du mois de Mai de 1657, de placer dans les carrefours, et autres lieux publics, des carrosses à l'heure, à la demi-heure, au jour, qui meneraient jusqu'à quatre à cinq lieues de Paris. L'exemple de M. de Givri encouragea d'autres personnes à demander de pareilles grâces ; et l'on eut à Paris un nombre prodigieux de voitures de toute espèce. Les plus en usage aujourd'hui sont les carrosses appelés fiacres, les brouettes, les chaises à porteur, et les voitures pour S. Germain, Versailles, et autres lieux circonvoisins de Paris, sans compter les voitures d'eau. Voyez COCHE DE TERRE, COCHE D'EAU, etc.

Les fiacres ou carrosses de place se paient ici vingt-quatre sous la première heure, et vingt sous les autres ; mais il me semble que la police de ces voitures pourrait être perfectionnée, en instituant sur les places un officier qui reçut leur salaire et qui les fit partir, et en leur défendant de prendre personne dans les rues et de s'y arrêter ; par ce moyen, ils ne mettraient pas le public à contribution, et ne voleraient pas leurs maîtres. Ce sont les commissaires qui font ici la police des fiacres ; ainsi qu'à Londres où les fiacres ont des numeros derrière, comme parmi nous. Le prix qu'on doit leur payer le temps, a été fixé par le quatrième statut de Charles II. confirmé par d'autres de la cinquième et sixième année de Guillaume III. Il leur est dû pour une journée entière de douze heures, dix sols sterling ; pour une heure seule, un sous six deniers ; pour chaque heure après la première, un sou : ils sont obligés de mener à ce prix tous ceux qui s'en servent jusqu'à dix milles de Londres.



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