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Catégorie parente: Beaux-arts
Catégorie : Architecture
S. m. (Architecture) c'est un corps carré avec base et corniche, qui porte la colonne, et qui lui sert de soubassement. Il est différent suivant les ordres, comme nous allons le faire voir. Disons ici qu'on nomme aussi ces corps stylobate, du mot grec base de la colonne ; et que le mot piédestal vient de piédestallo, terme italien, dérivé de deux mots podos, pied au gén. et stylos ; colonne.

Piédestal toscan. Ce piédestal est le plus simple : il n'a qu'une plinthe et un astragale, ou un talon couronné, pour sa corniche. Le cavet de cette corniche a un cinquième et demi du petit module, et le cavet de la base en a deux, à prendre du piédestal même. L'une et l'autre, la base et la corniche, ont les moulures du piédestal corinthien, dans la colonne trajane. Le piédestal de Palladio n'a qu'une espèce de socle carré sans base et sans corniche ; et celui qu'adoptent les Français, après Scamozzi, tient un milieu entre ces deux excès.

Piédestal dorique. Ce piédestal a des moulures, un cavet, et un larmier ou mouchette dans sa corniche. Il est un peu plus haut que le piédestal toscan. Sa proportion est telle : on partage le tiers de toute la base en sept parties, dont on donne quatre au tore qui est sur le socle, et trois à un cavet. La saillie du tore est celle de toute la base, et celle du cavet a deux cinquiemes du petit module par-delà le nud du dé. A l'égard de la corniche, elle a un cavet avec son filet au-dessus ; et ce filet soutient un larmier couronné d'un filet. Pour proportionner ces membres, on les partage en six parties, dont cinq sont pour le larmier, et la sixième pour son filet. Un cinquième et demi du petit module par-delà le nud du dé, forment la saillie du cavet avec son filet. On en donne trois cinquiemes au larmier, et trois et demi à son filet. Selon Vignole, Serlio et Perrault, ces membres forment le caractère du piédestal dorique. Mais Scamozzi y met un filet entre le tore et le filet du cavet, et Palladio y ajoute une doucine.

Piédestal ionique. Ce piédestal, orné de moulures presque semblables à celles du piédestal dorique, a deux diamètres de haut, et deux tiers ou environ. Sa base a le quart de toute la hauteur, la corniche a le demi-quart, et les moulures de la base ont le tiers de toute la base. La proportion de ces moulures se régle en divisant le tiers de la base en huit parties, qu'on distribue ainsi : quatre à la doucine, et une à son filet ; deux au cavet et une à son filet. La saillie de ce dernier membre est du cinquième du petit module, celle du filet de la doucine de trois ; reste la corniche, dont les parties sont un cavet avec son filet au-dessous, et un larmier couronné d'un talon avec son filet. Ces parties ou membres étant partagés en dix parties, deux sont pour le cavet, une pour le filet, quatre pour le larmier, deux pour le talon, et une pour son filet. Enfin, la saillie de ces membres de la corniche, est la même que celle de la doucine, et du cavet dont on vient de parler.

Piédestal corinthien. La quatrième partie de la hauteur de la colonne, forme la hauteur de ce piédestal. On le divise en neuf parties, dont une est pour la cimaise, deux pour la base, et les autres pour le dé. Cette base est composée de cinq membres : savoir, un tore, une doucine avec son filet, et un talon avec son filet au-dessus. De neuf parties dont un tiers de la base est divisé, les deux autres tiers sont pour le socle, le tore en a deux et demie, la doucine trois, une demie pour son filet, le talon deux et demie, et son filet une demie. Ce premier membre a la saillie de toute la base ; la doucine a la sienne égale aux deux cinquiemes trois quarts du petit module ; et la saillie du talon avec son filet est d'un cinquième.

Six membres composent la corniche du piédestal corinthien : un talon avec son filet, une doucine, un larmier, et un talon avec son filet. On divise toute la hauteur de ces membres en onze parties, dont une et demie est pour le talon, une demie pour le filet, trois pour la doucine, trois pour le larmier, deux pour le talon, et une pour le filet. Pour les saillies, on donne au talon avec son filet un cinquième du petit module, deux cinquiemes et demi-tiers à la doucine, trois au larmier, et un cinquième au talon supérieur avec son filet.

Piédestal composite. Ce piédestal est semblable, en proportion, au piédestal corinthien : mais les profils de sa base et de sa corniche en sont différents. La base est composée d'un tore, d'un petit astragale, et un filet. De dix parties de cette base, le tore en a trois, le petit astragale une, le filet de la doucine une demie, la doucine trois et demie, le gros astragale une et demie, et le filet qui fait le congé une demie. Les saillies de ces membres sont égales à-peu-près à celles de ceux du piédestal corinthien.

Un filet, avec son congé, un gros astragale, une doucine avec son filet, un larmier, et un talon avec son filet forment la corniche qui occupe la huitième partie du piédestal. Le filet a une douzième et demie de toute la corniche, l'astragale une demie, la doucine trois et demie, le filet une demie, le larmier trois, le talon deux, et le filet une. Les saillies de ces membres sont à peu-près les mêmes que celles de la corniche du piédestal corinthien.

Le piédestal composite a de hauteur la troisième partie de la colonne.

Piédestal composé. C'est un piédestal d'une forme extraordinaire, comme ronde, carrée-longue, arrondie, ou avec plusieurs retours. Il sert pour porter les grouppes de figures, les statues, les vases, etc.

Piédestal continu. Piédestal qui, sans ressauts, porte un rang de colonnes. Tel est le piédestal qui soutient les colonnes ioniques cannelées du palais des Tuileries du côté du jardin.

Piédestal double. Piédestal qui porte deux colonnes, et qui a plus de largeur que de hauteur. Les piédestaux des PP. Feuillans, rue saint Honoré, à Paris, et ceux de la plupart des retables d'autels, sont de cette espèce.

Piédestal en adoucissement. Piédestal dont le dé ou tronc est en gorge. Il y a de ces piédestaux autour du parterre à la dauphine, à Versailles, qui portent des statues de bronze.

Piédestal en balustre. Piédestal dont le profil est contourné en manière de balustre.

Piédestal en talus. Piédestal dont les faces sont inclinées. Tels sont, par exemple, les piédestaux qui portent les figures de l'Océan et du Nil dans l'escalier du capitole.

Piédestal flanqué. Piédestal dont les encoignures sont flanquées ou cantonnées de quelque corps, comme de pilastres attiques, ou en console, etc.

Piédestal irrégulier. Piédestal dont les angles ne sont pas droits, ni les faces égales ou parallèles, mais quelquefois ceintrées, par la sujétion de quelque plan, comme d'une tour ronde ou creuse.

Piédestal orné. C'est un piédestal qui a non-seulement ses moulures taillées d'ornements, mais dont les tables fouillées ou en saillie sont enrichies de bas-reliefs chiffres, armes, etc. de la même matière ou postiches, comme sont la plupart de ceux des statues équestres, et des autres superbes monuments.

Piédestal carré. Piédestal qui est égal en hauteur et en largeur. Tels sont les piédestaux de l'arc des lions à Vérone, d'ordre corinthien, et que quelques sectateurs de Vitruve, comme Serlio et Philander, ont attribué à leur ordre toscan.

Piédestal triangulaire. Piédestal en triangle, qui a trois faces, quelquefois ceintrées par leur plan, et dont les encoignures sont en pan coupé, échancrées ou cantonnées. Il sert ordinairement pour porter une colonne avec des figures sur ces encoignures. Tel est le piédestal de la colonne funéraire de François II. dans la chapelle d'Orléans, aux Célestins, à Paris.

Piédestaux par saillies et retraites. Ce sont des piédestaux qui, sous un rang de colonnes, forment un avant-corps au droit de chacune, et un arriere-corps dans chaque intervalle. De cette espèce sont les piédestaux des amphithéâtres antiques de l'arc de Titus à Rome, et les piédestaux corinthiens, et composites de la cour du Louvre.

Les piédestaux que les Architectes appellent acrotères ; ils sont fort petits, et ordinairement sans base ; ils servent à porter des figures au-bas des corniches rampantes, et au haut des frontons.

La plupart des commentateurs de Vitruve, après diverses opinions sur l'interprétation de ces mots : scamilli impares, escabeaux impairs, sont enfin d'avis qu'ils signifient cette disposition de piédestaux.

Pour ce qui regarde les piédestaux toscans, doriques, ioniques, corinthiens et composites, voyez l'ordonnance des cinq espèces de colonnes, selon la méthode des anciens, par M. Perrault. (D.J.)




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