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Catégorie : Poésie
S. m. (Poésie) poème à l'occasion d'un mariage ; chant de noces pour féliciter des époux.

Le mot épithalame vient du grec ; et ce dernier, en ajoutant , signifie chant nuptial : en est la véritable étymologie.

Or les Grecs nommèrent ainsi leur chant nuptial, parce qu'ils appelaient l'appartement de l'époux ; et qu'après la solennité du festin, et lorsque les nouveaux mariés s'étaient retirés, ils chantaient l'épithalame à la porte de cet appartement. Il est inutîle de rechercher ce qui les détermina à choisir par préférence ce lieu particulier, moins encore de songer à refuter les écrivains, qui en alleguent une raison peut-être aussi frivole qu'elle est communément reçue. Quoi qu'il en sait, cette circonstance du lieu est regardée par quelques modernes comme si nécessaire, que tout chant nuptial qui ne l'exprime pas, ne doit point, selon eux, être nommé épithalame.

Mais sans nous arrêter à cette pédanterie, non plus qu'à toutes les distinctions frivoles d'épithalames, imaginées par Scaliger, Muret et autres ; ni même sans considérer ici servilement l'étymologie du mot, nous appellerons épithalame tout chant nuptial qui félicite de nouveaux époux sur leur union ; qu'il soit un simple récit, ou qu'il soit mêlé de récit et de chant ; que le poète y parle seul, ou qu'il introduise des personnages ; et quel que soit enfin le lieu de la scène, s'il est permis d'user d'une expression si impropre.

L'épithalame est en général une espèce de poésie très-ancienne ; les Hébreux en connurent l'usage dès le temps de David, du moins les critiques regardent le pseaume xljv. comme un véritable épithalame. Origène donne aussi le nom d'épithalame au cantique des cantiques ; mais en ce cas c'est une sorte d'épithalame d'une nature bien singulière.

Les Grecs connurent cette espèce de chant nuptial dans les temps héroïques, si l'on s'en rapporte à Dyctis, et la cérémonie de ce chant ne fut point oubliée aux noces de Thétis et de Pelée ; mais dans sa première origine l'épithalame n'était qu'une simple acclamation d'hymen, o hymenée. Le motif et l'objet de cette acclamation sont évidents : chanter hymen, o hymenée, c'était sans doute féliciter les nouveaux époux sur leur union, et souhaiter qu'ils n'eussent qu'un même cœur et qu'un même esprit, comme ils n'allaient plus avoir qu'une même habitation.

Cette acclamation passa depuis dans l'épithalame ; et les poètes en firent un vers intercalaire, ou une espèce de refrain ajusté à la mesure qu'ils avaient choisie : ainsi ce qui était le principal devint comme l'accessoire, et l'acclamation d'hymen, o hymenée amenée par intervalles égaux, ne servit plus que d'ornement à l'épithalame, ou plutôt elle servit à marquer les vœux et les applaudissements des chœurs, lorsque ce poème eut pris une forme réglée.

Stésichore, qui florissait dans la xlij. olympiade, passe communément pour l'inventeur de l'épithalame ; mais l'on sait qu'Hésiode s'était déjà exercé sur ce même genre, et qu'il avait composé l'épithalame de Thétis et de Pélée : ouvrage que nous avons perdu, mais dont un ancien scholiaste nous a conservé un fragment. Peut-être que Stésichore perfectionna ce genre de poésie, en y introduisant la cithare et les chœurs.

Quoi qu'il en sait, l'épithalame grec est un véritable poème, sans cependant imiter aucune action. Son but est de faire connaître aux nouveaux époux le bonheur de leur union par les louanges réciproques qu'on leur donne, et par les avantages qu'on leur annonce pour l'avenir. Le poète introduit des personnages, qui sont ou les compagnes de l'épouse, comme dans Théocrite ; ou les amis de l'époux, comme dans Apollonius.

L'épithalame latin eut à-peu-près la même origine que l'épithalame grec : comme celui-ci commença par l'acclamation d'hymenée, l'épithalame latin commença par l'acclamation de Talasius : on en sait l'occasion et l'origine.

Parmi les Sabines qu'enlevèrent les Romains, il y en eut une qui se faisait remarquer par sa jeunesse et par sa beauté ; ses ravisseurs craignant avec raison, dans un tel désordre, qu'on ne leur arrachât un butin si précieux, s'avisèrent de crier qu'ils la conduisaient à Talasius, jeune homme beau, bienfait, vaillant, considéré de tout le monde, et dont le nom seul imprima tant de respect, que loin de songer à la moindre violence, le peuple accompagna par honneur les ravisseurs, en faisant sans cesse retentir ce même nom de Talasius. Un mariage que le hasard avait si-bien assorti, ne pouvait manquer d'être heureux : il le fut, et les Romains employèrent depuis dans leur acclamation nuptiale le mot Talasius, comme pour souhaiter aux nouveaux époux une semblable destinée.

A cette acclamation, qui était encore en usage du temps de Pompée, et dont on voit des vestiges au siècle même de Sidonius, se joignirent dans la suite les vers fescenniens ; vers extrêmement grossiers, et pleins d'obscénités.

Les Latins n'eurent point d'autres épithalames avant Catulle, qui prenant Sapho pour modèle, leur montra de véritables poèmes en ce genre, et substitua l'acclamation grecque d'hymenée à l'acclamation latine de Talasius. Il perfectionna aussi les vers fescenniens ; mais, comme il arrive d'ordinaire, s'il les rendit plus chastes par l'expression, ils ne furent peut-être que plus obscènes par le sens.

Nous en avons des exemples dans un épithalame de ce poète (epithal. Jul.) dans une petite pièce qui nous est restée de l'empereur Galien, et dans le Centon d'Ausone principalement. Stace, qui a fleuri sous Domitien, ne s'est permis dans l'épithalame de Violantille et de Stella, aucune expression peu mesurée. Claudien n'a pas toujours été si retenu, il s'échappe d'une manière indécente dans celui d'Honorius et de Marie.

Pour Sidonius, aussi-bien que tous les modernes, dont les poésies sont lues des honnêtes gens, comme Buchanan parmi les Ecossais, Malherbe et quelques autres parmi nous, excepté Scarron, ils sont irréprochables à cet égard ; si pourtant l'on excepte encore parmi les Italiens le cavalier Marini, qui mêle sans respect pour ses héros, à des louanges quelquefois délicates, des traits tout à fait licentieux.

Il semble que l'épithalame admettant toute la liberté de la Poésie, il ne peut être assujetti à des préceptes ; mais comment arriver à la perfection de l'art, sans le secours de l'art même ? Aussi Denys d'Halicarnasse donnant aux orateurs les règles de l'épithalame, ne dit pas qu'elles soient inutiles ; il les renvoye même aux écrits de Sapho. Rien n'est si avantageux, en général, que d'étudier les modèles, parce qu'ils renferment toujours les préceptes, et qu'ils en montrent encore la pratique.

Il est vrai qu'il n'y a point de règles particulières prescrites pour le genre, pour le nombre, ni pour la disposition des vers propres à cet ouvrage ; mais comme le sujet en tout genre de poésie est ce qu'il y a de principal, il semble que le poète doit chercher une fiction qui soit tout ensemble juste, ingénieuse, propre et convenable aux personnes qui en seront l'objet ; et c'est en choisissant les circonstances particulières, qui ne sont jamais absolument les mêmes, que l'épithalame est susceptible de toutes sortes de diversités.

Claudien et Buchanan, sans être en tout et à tous égards de vrais modèles, ont rendu propres à leurs héros les épithalames qu'ils nous ont laissés. Pour le cavalier Marini, loin qu'il soit heureux dans le choix des circonstances, ou dans les fictions qu'il ne doit qu'à lui-même, on n'y trouve presque jamais ni convenance ni justesse. L'épithalame qui a pour titre, les travaux d'Hercule, et pour objet un seigneur de ce nom, n'est qu'une indécente et froide allusion aux travaux de ce dieu de la fable. Dans l'hymenée où il s'agit des noces de Vincent Caraffe, c'est Silene qui chante tout simplement l'épithalame du berger Amynte. Telles sont ordinairement les fictions de cet auteur : s'il en a d'une autre nature, il les emprunte de Claudien, de Sidonius même ; ou il les gâte par des descriptions si longues et si fréquentes, qu'elles rebutent l'esprit, et font disparaitre le sujet principal.

Fuyez de cet auteur l'abondance stérile,

Et ne vous chargez point d'un détail inutile,

dit un de nos meilleurs poètes dans une occasion toute semblable.

Parlons à présent des images ou des peintures qui conviennent à ce genre de poème. L'épithalame étant par lui-même destiné à exprimer la joie, à en faire éclater les transports, on sent qu'il ne doit employer que des images riantes, et ne peindre que des objets agréables. Il peut représenter l'Hymenée avec son voîle et son flambeau ; Vénus avec les grâces, mêlant à leurs danses ingénues de tendres concerts ; et les Amours cueillant des guirlandes pour les nouveaux époux.

Mais ramener dans un épithalame le combat des géans, et la fin tragique des héroïnes fabuleuses, comme fait Sidonius, ou le repas de Thyeste, et la mort de César, comme fait le cavalier Marini, c'est (pour le dire avec un ancien) être en fureur en chantant l'hymenée.

Pour les images indécentes, ou qui révoltent la modestie, quiconque en emploie de ce caractère ne peche pas moins contre les règles de l'art en général, que contre ses vrais intérêts. En effet, si un discours n'a de véritable beauté qu'autant qu'il exprime une chose qui fait plaisir à voir ou à entendre, ou bien qu'il présente un sens honnête, comme Théophraste le soutient, et comme la raison même le persuade, que doit-on penser de ces sortes d'images ? Et se les permettre dans une matière chaste par elle-même, n'est-ce pas en quelque manière imiter Ausone, qui pour avoir travesti en poète sans pudeur le plus sage de tous les Poètes, n'a pu trouver encore depuis tant de siècles un seul apologiste ?

Bien différent de cet écrivain, Théocrite n'offre à l'esprit que des images agréables ; il ne représente que des objets gracieux, et avec des idées et des expressions enchanteresses. Telle est son épithalame d'Hélene, chef-d'œuvre en ce genre qu'on ne saurait trop louer.

Après avoir donné des couronnes de jacinthe aux filles de Lacédémone qui chantent l'hymenée, il leur fait relever en ces termes le bonheur de Ménélas. " Vous êtes arrivé à Sparte sous des auspices bien favorables ; seul entre les demi-dieux, vous devenez le gendre de Jupiter, vous épousez Hélene ! Les grâces l'accompagnent, les amours sont dans ses yeux ; elle était l'ornement de Sparte, comme le cyprès est l'honneur des jardins ". Puis venant à Hélene même : " Uniquement occupés de vous, nous allons, disent-elles, vous cueillir une guirlande de lotos ; nous la suspendrons à un plane, et en votre honneur nous y répandrons des parfums. Sur l'écorce du plane, on gravera ces mots : honorez-moi, je suis l'arbre d'Hélene ". S'adressant ensuite aux deux époux : " Puisse Vénus, ajoutent-elles, vous inspirer une ardeur mutuelle et durable ! puisse Latone vous accorder une heureuse postérité, et Jupiter vous donner des richesses que vous transmettiez à vos descendants " !

Ce poème, au reste, a deux parties qui sont bien marquées, et qui paraissent essentielles à tout épithalame ; l'une qui comprend les louanges des nouveaux époux, l'autre qui renferme des vœux pour leur prospérité.

La première partie exige tout l'art du poète ; car il en faut infiniment pour donner des louanges, qui soient tout ensemble ingénieuses, naturelles, et convenables : et voilà sans doute pourquoi l'on dit si souvent que l'épithalame est l'écueil des Poètes.

Les louanges seront ingénieuses, si elles sortent, pour ainsi dire, du fond même de la fiction ; naturelles, si elles ne blessent pas la vraisemblance poétique ; convenables, si elles sont accommodées selon les règles de cette vraisemblance au sexe, à la naissance, à la dignité, au mérite personnel.

Il en est de même, à proportion, des vœux ; ils doivent être naturels, ou se renfermer dans la vraisemblance poétique ; et convenables, ou ne pas excéder la vraisemblance relative, si je puis m'exprimer ainsi avec M. Souchai ; car j'ai tiré toutes les réflexions qu'on vient de lire dans cet article, d'un de ses discours inséré dans le recueil de l'académie des Belles-Lettres, et je ne crois pas que personne ait mieux traité cette matière.

C'est peut-être un travail en pure perte, que celui de notre savant ; du moins on a lieu de le penser ; quand on considère à quel point tout le monde est dégouté de ce genre de poème, soit par la difficulté du succès, soit par l'exemple de tant de gens qui y ont échoué avec mépris, soit enfin par le peu d'honneur qu'on gagne à courir dans cette carrière : il est du moins certain que les épithalames sont tombés dans un tel discrédit, que les Hollandais qui en étaient les plus grands protecteurs, non-seulement les ont abandonnés, mais même ont pris le parti de leur substituer des estampes particulières, qu'ils appellent de ce nom, comme s'ils pensaient que l'épithalame poétique ne put jamais ressusciter. Article de M(D.J.)

EPITHALAME, s. f. (Gravure) Les Graveurs de Hollande, comme on l'a dit dans l'article précédent, appellent épithalames certaines estampes faites en l'honneur de quelques nouveaux mariés, dans lesquelles on les représente avec des attributs allégoriques, convenables à leur état et à leur qualité ; on y joint toujours quelques vers à leur louange. Il n'y a que les personnes riches qui fassent cette dépense, et l'on ne tire qu'un très-petit nombre de ces estampes, pour les distribuer aux parents et aux amis des mariés. Quand ce nombre est tiré, on dore la planche, que l'on met ensuite en bordure, ce qui rend ces sortes de pièces fort rares.

Personne n'a mieux réussi dans ce genre que Bernard Picart. Ses épithalames sont les morceaux les plus gracieux et les plus estimés de ce maître. Dict. de Peint.

Cependant on a lieu de leur reprocher d'être quelquefois si recherchés en allégories, qu'ils sont inintelligibles ; mais en général les pensées en sont belles et pleines de noblesse ; d'ailleurs la netteté et la propreté du travail caractérisent toujours ce célèbre artiste. On ne fait plus aujourd'hui que recopier en Hollande les estampes de cet habîle maître, avec quelques legers changements dans les attributs, pour fournir les épithalames de commande ; et encore la mode en est presque passée, parce que tout ce qui est de mode passe très-vite. Article de M. le Chevalier DE JAUCOURT.




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