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Catégorie : Géographie
autrement JÉNISCÉA, ou JÉNISEISK, (Géographie) ville assez peuplée de l'empire russien dans la Tartarie, en Sibérie, sur la rivière dont elle prend le nom, aux confins des Ostiaques et des Tunguses. On y a du bled, de la viande de boucherie, et de la volaille. Les Tunguses payens qui habitent le long de la rivière, y paient au souverain de Russie un tribut de toutes sortes de pelletteries. La grande rivière qu'on nomme la Jeniscéa, se déborde comme le Nil, l'espace de 70 milles, et fertilise les terres qu'elle inonde. Ce fleuve ne peut être navigé fort loin, à cause de neuf poroges ou chutes d'eau qui étant à quelque distance les unes des autres, interrompent la navigation ; il forme l'île de Gansko à son embouchure, et après un très-long cours, il se jette dans la mer Glaciale, au midi de la nouvelle Zemble. Long. de Jéniseskoi, suivant le P. Gaubil, 100. 42. 45. lat. 53.

Le froid qui y règne empêche que les arbres fruitiers n'y portent de fruit ; il n'y croit que des espèces de groseilles sauvages, rouges et noires, mais ce n'est pas tout : il faut ajouter que le plus grand froid observé jusqu'à ce jour par le thermomètre, l'a été dans cette ville de Sibérie, où, le 16 Janvier 1735, le mercure du thermomètre baissa pendant quelques heures à 70 degrés au dessous de la congélation.

On sait que le degré de froid de 1709 à Paris, exprimé par 15 degrés 1/2 au-dessous de la congélation, a passé longtemps pour le plus considérable dont on ait eu connaissance dans nos climats. On sait que MM. les académiciens qui en 1737 allèrent en Laponie pour déterminer la figure de la terre, éprouvèrent un froid tout autrement violent, puisque lorsqu'on ouvrait la chambre chaude dans laquelle ils s'étaient enfermés, l'air du dehors convertissait en neige la vapeur qu'on exhalait ; le thermomètre qui mesurait ce froid descendit au trente-septième degré de celui de M. de Réaumur ; mais 37 degrés comparés à 70 degrés, font qu'on peut regarder ce terrible froid de Tornéo comme médiocre, relativement à celui de Jéniseskoi en 1735.

Cependant si l'on juge du froid par ses effets, on en trouvera peut-être d'aussi cruels rapportés dans plusieurs voyages. Quand, par exemple, les Hollandais cherchant le chemin de la Chine par la mer septentrionale, furent obligés de passer l'hiver à la nouvelle Zemble en 1596, ils ne se garantirent de la mort, qu'en s'enfermant bien couverts d'habits et de fourrures, dans une hutte qui n'avait aucune ouverture, et dans laquelle, avec un feu continuel, ils eurent bien de la peine à s'empêcher de périr de froid ; leur vin de Xérès y était si parfaitement gelé en masses, qu'ils se le distribuaient par morceaux. Voyez encore l'article HUDSON, baie de (Géographie) (D.J.)




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