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S. f. lien avec lequel on attache ses bas.

L'ordre de la jarretière, c'est un ordre militaire institué par Edouard III. en 1350, sous le titre des suprêmes chevaliers de l'ordre le plus noble de la jarretière. Voyez ORDRE.

Cet ordre est composé de vingt six chevaliers ou compagnons, tous pairs, ou princes, dont le roi d'Angleterre est ou le chef, ou le grand-maître.

Ils portent à la jambe gauche une jarretière garnie de perles et de pierres précieuses, avec cette devise, honni soit qui mal y pense. Voyez DEVISE.

Cet ordre de chevalerie forme un corps ou une société qui a son grand et son petit sceau, et pour officiers un prélat, un chancelier, un greffier, un roi d'armes et un huissier. Voyez PRELAT, CHANCELIER, etc.

Il entretient de plus un doyen et douze chanoines, des souchanoines, des porte-verges, et vingt-six pensionnaires ou pauvres chevaliers. Voyez CHANOINES, etc.

L'ordre de la jarretière est sous la protection de saint Georges de Cappadoce, qui est le patron tutélaire d'Angleterre. Voyez GEORGES.

L'assemblée ou chapitre des chevaliers se tient au château de Windsor dans la chapelle de saint Georges, dont on y voit le tableau peint par Rubens, sous le règne de Charles I. et dans la chambre du chapitre que le fondateur a fait construire pour cet effet.

Leurs habits de cérémonie sont la jarretière enrichie d'or et de pierres précieuses, avec une boucle d'or qu'ils doivent porter tous les jours ; aux fêtes et aux solennités, ils ont un surtout, un manteau, un grand bonnet de velours, un collier de G G G, composé de roses émaillées, etc. Voyez MANTEAU, COLLIER, etc.

Quand ils ne portent pas leurs robes, ils doivent avoir une étoîle d'argent au côté gauche, et communément ils portent le portrait de saint Georges émaillé d'or et entouré de diamants au bout d'un cordon bleu placé en baudrier qui part de l'épaule gauche. Ces chevaliers ne doivent point paraitre en public sans la jarretière, sous peine de dix sols huit deniers qu'ils sont obligés de payer au greffier de l'ordre.

Il parait que l'ordre de la jarretière est de tous les ordres séculiers le plus ancien et le plus illustre qu'il y ait au monde. Il a été institué 50 ans avant l'ordre de saint Michel de France, 83 ans avant celui de la taison d'or, 190 ans avant celui de saint André, et 209 ans avant celui de l'éléphant. Voyez TOISON D'OR, CHARDON, ou L'ORDRE DU CHARDON, ou de SAINT ANDRE, en Ecosse, ELEPHANT, etc.

Depuis son institution, il y a eu huit empereurs et vingt-sept ou vingt-huit rois étrangers, outre un très-grand nombre de princes souverains étrangers qui ont été de cet ordre en qualité de chevaliers compagnons.

Les auteurs varient sur son origine : on raconte communément qu'il fut institué en l'honneur d'une jarretière de la comtesse de Salisbury, qu'elle avait laissé tomber en dansant, et que le roi Edouard ramassa : mais les antiquaires d'Angleterre les plus estimés traitent ce récit d'historiette et de fable.

Cambden, Fern, etc. disent qu'il fut institué à l'occasion de la victoire que les Anglais remportèrent sur les François à la bataille de Crécy : selon quelques historiens, Edouard fit déployer sa jarretière comme le signal du combat, et pour conserver la mémoire d'une journée si heureuse, il institua un ordre dont il voulut qu'une jarretière fût le principal ornement, et le symbole de l'union indissoluble des chevaliers. Mais cette origine s'accorde mal avec ce qu'on Ve lire ci-dessous.

Le père Papebroke, dans ses analectes sur saint Georges, au troisième tome des actes des Saints publiés par les Bollandistes, nous a donné une dissertation sur l'ordre de la jarretière. Il observe que cet ordre n'est pas moins connu sous le nom de saint Georges que sous celui de la jarretière ; et quoiqu'il n'ait été institué que par le roi Edouard III. néanmoins avant lui, Richard I. s'en était proposé l'institution du temps de son expédition à la terre-sainte (si l'on en croit un auteur qui a écrit sous le règne d'Henri VIII.) ; cependant Papebroke ajoute qu'il ne voit pas sur quoi cet auteur fonde son opinion, et que malgré presque tous les écrivains qui fixent l'époque de cette institution en 1350, il aime mieux la rapporter avec Fraissard, à l'an 1344 ; ce qui s'accorde beaucoup mieux avec l'histoire de ce prince, dans laquelle on voit qu'il convoqua une assemblée extraordinaire de chevaliers cette même année 1344.

Si par cette assemblée extraordinaire de chevaliers, il faut entendre les chevaliers de la jarretière, il s'ensuivra que cet ordre subsistait dès l'an 1344 ; par conséquent l'origine que lui ont donné Cambden, Fern et d'autres, est une pure supposition, car il est constant que la bataille de Créci ne fut donnée qu'en 1346 le 26 d'Aout. Comment donc Edouard aurait-il pu instituer un ordre de chevalerie en mémoire d'un événement qui n'était encore que dans la classe des choses possibles ? ou s'il a retardé jusqu'en 1350 à l'instituer en mémoire de la victoire de Créci, il faut avouer qu'il s'écartait fort de l'usage commun de ces sortes d'établissements, qui suivent toujours immédiatement les grands événements qui y donnent lieu. Ne serait-il pas permis de conjecturer que les écrivains anglais ont voulu par-là sauver la gloire d'Edouard, et tourner du côté de l'honneur une action qui n'eut pour principe que la galanterie. Ce prince fut un héros, et nous le fit bien sentir ; mais comme beaucoup d'autres héros, il eut ses faiblesses. En tout cas, si la jarretière de la comtesse de Salisbury est une fable, la jarretière déployée à la bataille de Créci pour signal du combat, est une nouvelle historique.

En 1551 Edouard VI. fit quelques changements au cérémonial de cet ordre. Ce prince le composa en latin, et l'on en conserve encore aujourd'hui l'original écrit de sa main ; il y ordonna que l'ordre ne serait plus appelé l'ordre de saint Georges, mais celui de la jarretière ; et au lieu du portrait de saint Georges suspendu ou attaché au collier, il substitua l'image d'un cavalier portant un livre sur la pointe de son épée, le mot protectio gravé sur l'épée, verbum Dei gravé sur le livre, et dans la main gauche une boucle sur laquelle est gravé le mot fides. Larrey.

On trouvera une histoire plus détaillée de l'ordre de la jarretière dans Cambden, Dawson, Heland, Polydore Virgil, Heylin, Legar, Glover et Favyn.

Erhard, Cellius et le prince d'Orange, ajoute Papebroke, ont donné des descriptions des cérémonies usitées à l'installation ou à la réception des chevaliers. Un moine de Citeaux, nommé Mendocius Valetus, a composé un traité intitulé la jarretière, ou speculum anglicanum, qui a été imprimé depuis sous le titre de cathéchisme de l'ordre de la jarretière, où il explique toutes les allégories réelles ou prétendues de ces cérémonies avec leur sens moral.

JARRETIERES, (Littérature) en Italie comme en Grèce les femmes galantes se piquaient d'avoir des jarretières fort riches ; c'était même un ornement des filles les plus sages, parce que comme leurs jambes étaient découvertes dans les danses publiques, les jarretières servaient à les faire paraitre, et à en relever la beauté. Nos usages n'exigent pas ce genre de luxe ; c'est pourquoi les jarretières de nos dames ne sont pas si magnifiques que celles des dames grecques et romaines. (D.J.)




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