Imprimer
Catégorie parente: Physique particulière
Catégorie : Matière médicale
S. f. (Matière médicale) Il y a sous le nom d'assa deux espèces de suc concret. L'assa dulcis, et c'est le benjoin. Voyez BENJOIN. L'assa foetida, ainsi appelée à cause de sa grande puanteur. Celle-ci est une espèce de gomme compacte, molle comme la cire, composée de grumeaux brillans, en partie blanchâtres ou jaunâtres, en partie roussâtres, de couleur de chair ou de violette ; en gros morceaux, d'une odeur puante, et qui tient de celle de l'ail, mais qui est plus forte, amère, acre et mordicante au gout. On en a dans les boutiques de l'impure, qui est brune et sale ; et de la pure, qui est rougeâtre, transparente, et parsemée de belles larmes blanches. Il faut la prendre récente, pénétrante, foetide, pas trop grasse, et chargée de grumeaux brillans et nets. La vieille, grasse, noire, opaque, et mêlée de sable, d'écorce, et d'autres matières étrangères, est à laisser. Les anciens ont connu ce suc ; ils en faisaient usage dans leurs cuisines. Ils avaient le Cyrénaïque, et le Persan ou Mede. Le premier était de la Cyrénaïque, et le meilleur ; l'autre venait de Médie ou de Perse.

Le Cyrénaïque répandait une odeur forte de myrrhe, d'ail et de poireau, et on l'appelait par cette raison scordolasarum. Il n'y en avait déjà plus au temps de Pline. On ne trouva sous Néron, dans toute la province Cyrénaïque, qu'une seule plante de laserpitium, qu'on envoya à ce prince.

On a longtemps disputé pour savoir si l'assa foetida était ou non le silphium, le laser, et le suc Cyrénaïque des anciens. Mais puisqu'on est d'accord que la Perse est le lieu natal du laser et de l'assa foetida ; que l'usage que les anciens en font aujourd'hui est le même que celui que les anciens faisaient du laser ; qu'on estime également l'un et l'autre ; que l'assa foetida se prépare exactement comme on préparait jadis le suc du silphium Cyrénaïque, et qu'ils avaient à peu près la même puanteur ; il faut convenir de plus que le silphium, le laser, et l'assa foetida des boutiques ne sont pas des sucs différents.

Le silphium des Grecs et le laserpitium des Latins avait, selon Théophraste et Dioscoride, la racine grosse, la tige semblable à celle de la férule, la feuille comme l'ache, et la graine large et feuillée. Ceux qui ont écrit dans la suite sur cette plante n'ont rien éclairci, si l'on excepte Kempfer.

Kempfer s'assura dans son voyage de Perse que la plante s'appelle dans ce pays hingiseh, et la larme hiing. Cet auteur dit que la racine de la plante dure plusieurs années ; qu'elle est grande, pesante, nue, noire en-dehors, lisse, quand elle est dans une terre limoneuse, raboteuse et comme ridée, quand elle est dans le sable ; simple le plus souvent comme celle du panais ordinairement partagée en deux, on en un plus grand nombre de branches, un peu au-dessous de son collet qui sort de terre, et est garni de fibrilles droites semblables à des crins, roides, et d'un roux brun, d'une écorce charnue, pleine de suc, lisse et humide en-dedans, et se séparant facilement de la racine quand on la tire de terre ; solide, blanche, et pleine d'un suc puant comme le poireau ; poussant des feuilles de son sommet sur la fin de l'automne, au nombre de six, sept, plus ou moins, qui se sechent vers le milieu du printemps ; sont branchues, plates, longues d'une coudée ; de la même substance et couleur, et aussi lisses que celles de la livêche ; de la même odeur que le suc, mais plus faible ; amères au goût ; acres, aromatiques et puantes ; composées d'une queue et d'une côte, d'une queue longue d'un empan et plus, menue comme le doigt, cannelée, garnie de nervures, verte, creusée en gouttière, près de la base, du reste cylindrique ; d'une côte portant cinq lobes inégalement opposés, rarement sept, longs d'une palme et davantage, obliques, les inférieurs plus longs que les supérieurs ; divisés chacun de chaque côté en lobules dont le nombre n'est pas constant ; inégaux, oblongs, ovalaires, plus longs et plus étroits dans quelques plantes ; séparés jusqu'à la côte, fort écartés, et par cette raison paraissant en petit nombre ; solitaires, et comme autant de feuilles : dans d'autres plantes, larges, plus courts, moins divisés, et plus rassemblés ; à sinuosités ou découpures ovalaires ; s'élevant obliquement ; partant en-dessous des bords de la côte par un principe court ; verts de mer, lisses, sans suc, roides, cassants, un peu concaves en-dessous, garnis d'une seule nervure qui nait de la côte, s'étend dans toute leur longueur, et a rarement des nervures latérales ; de grandeur variable : ils ont 3 pouces de long, sur un pouce plus ou moins de largeur.

Avant que la racine meure, ce qui arrive souvent quand elle est vieille, il en sort un faisceau de feuilles d'une tige, simple, droite, cylindrique, cannelée, lisse, verte, de la longueur d'une brasse et demie et plus, de la grosseur de sept à huit pouces par le bas, diminuant insensiblement, et se terminant en un petit nombre de rameaux qui sortent des fleurs en parasol, comme les plantes férulacées. Cette tige est revêtue des bases des feuilles, placées alternativement à des intervalles d'une palme. Ces bases sont larges, membraneuses et renflées, et elles embrassent la tige inégalement et comme en sautoir : lorsqu'elles sont tombées, elles laissent des vestiges que l'on prendrait pour des nœuds. Cette tige est remplie de moelle qui n'est pas entre-coupée par des nœuds ; elle est très-abondante, blanche, fongueuse, entre-mêlée d'un petit nombre de fibres courtes, vagues, et étendues dans toute leur longueur.

Les parasols sont portés sur des pédicules grêles, longs d'un pied, d'un empan, et même plus courts, se partageant en 10, 15, 20 brins, écartés circulairement, dont chacun soutient à son extrémité un petit parasol formé par cinq ou six filets de deux pouces de longueur, chargés de semences nues et droites ; ces semences sont aplaties, feuillues, d'un roux brun, ovalaires, semblables à celles du panais de jardin ; mais plus grandes, plus nourries, comme garnies de poils ou rudes, marquées de trois cannelures, dont l'une est entre les deux autres, et suit toute la longueur de la semence, les deux autres s'étendent en se courbant vers les bords ; elles ont une odeur légère de poireau ; la saveur amère et desagréable ; la substance intérieure, qui est vraiment la semence, est noire, aplatie, pointue, ovalaire. Kempfer n'a pas Ve les fleurs : mais on lui a dit qu'elles sont petites, pâles, et blanchâtres, et il leur soupçonne cinq pétales.

On ne trouve cette plante que dans les environs de Heraat, et les provinces de Corasan et de Caar, sur le sommet des montagnes, depuis le fleuve de Caar jusqu'à la ville de Congo, le long du golfe Persique, loin du rivage de deux ou trois parasanges. D'ailleurs, elle ne donne pas du suc partout ; elle aime les terres arides, sabloneuses et pierreuses. Toute l'assa faetida vient des incisions que l'on fait à sa racine. Si la racine a moins de quatre ans, elle en donne peu ; plus elle est vieille, plus elle abonde en lait ; elle est composée de deux parties, l'une ferme et fibreuse, l'autre spongieuse et molle. Celle-ci se dissipe à mesure que la plante seche, l'autre se change en une moelle qui est comme de l'étoupe. L'écorce ridée perd un peu de sa grandeur : le suc qui coule de ses vésicules est blanc, liquide, gras comme de la crême de lait, non gluant, quand il est récent ; exposé à l'air, il devient brun et visqueux.

Voici comment on fait la récolte de l'assa, selon Kempfer. 1°. On se rend en troupe sur les montagnes à la mi-Avril, temps auquel les feuilles des plantes deviennent pâles, perdent de leur vigueur, et sont prêtes à sécher ; on s'écarte les uns des autres, et l'on s'empare d'un terrain. Une société de quatre ou cinq hommes peut se charger d'environ deux mille pieds de cette plante : cela fait, on creuse la terre qui environne la racine, la découvrant un peu avec un hoyau. 2°. On arrache de la racine les queues des feuilles, et on nettoie le collet des fibres qui ressemblent à une coeffure hérissée ; après cette opération, la racine parait comme un crane ridé. 3°. On la recouvre de terre, avec la main ou le hoyau ; on fait des feuilles et d'autres herbes arrachées de petits fagots qu'on fixe sur la racine, en les chargeant d'une pierre. Cette précaution garantit la racine de l'ardeur du soleil, parce qu'elle pourrit en un jour, quand elle en est frappée. Voilà le premier travail, il s'acheve ordinairement en trois jours.

Trente ou quarante jours après, on revient chacun dans son canton, avec une serpe ou un bon couteau, une spatule de fer et un petit vase, ou une coupe à la ceinture, et deux corbeilles. On partage son canton en deux quartiers, et l'on travaille aux racines d'un quartier de deux jours l'un, alternativement ; parce qu'après avoir tiré le suc d'une racine, il lui faut un jour, soit pour en fournir de nouveau, soit au suc fourni pour s'épaissir. On commence par découvrir les racines ; on en coupe transversalement le sommet ; la liqueur suinte et couvre le disque de cette section, sans se répandre ; on la recueille deux jours après, puis on remet la racine à couvert des ardeurs du soleil, observant que le fagot ne pose pas sur le disque ; c'est pourquoi ils en font un dôme en écartant les parties. Tandis que le suc se dispose à la récolte sur le disque, on coupe dans un autre quartier, et l'on acheve l'opération comme ci-dessus. Le troisième jour, on revient aux premières racines coupées et couvertes en dôme par les fagots : on enlève avec la spatule le suc formé ; on le met dans la coupe attachée à la ceinture, et de cette coupe dans une des corbeilles ou sur des feuilles exposées au soleil ; puis on écarte la terre des environs de la racine, un peu plus profondément que la première fais, et on enlève une nouvelle tranche horizontale à la racine ; cette tranche se coupe la plus mince qu'on peut ; elle est à peine de l'épaisseur d'une paille d'avoine ; car il ne s'agit que de déboucher les pores et faciliter l'issue au suc.

Le suc en durcissant sur les feuilles prend de la couleur. On recouvre la racine ; et le quatrième jour, on revient au quartier qu'on avait quitté, et de celui-là au premier, coupant les racines trois fais, et recueillant deux fois du suc. Après la seconde récolte, on laisse les racines couvertes huit ou dix jours sans y toucher. Dans les deux premières récoltes, chaque société de quatre à cinq hommes remporte à la maison environ cinquante livres de suc. Ce premier suc n'est pas le bon. C'est ainsi que finit le second travail.

Le troisième commence au bout de huit à dix jours, on fait une nouvelle récolte. On commence par les racines du premier quartier, car il faut se souvenir que chaque canton a été divisé en deux quartiers. On les découvre : on écarte la terre : on recueille le suc : on coupe la surface, et on recouvre. On passe le lendemain aux racines du second quartier, et ainsi alternativement trois fois de suite ; puis on les couvre de nouveau, on les laisse, et le troisième travail est fini.

Trais jours après, on reprend les racines, et on les coupe trois fois alternativement, passant du premier quartier au second, puis on ne les coupe plus : on les laisse exposées à l'air et au soleil, ce qui les fait bien-tôt mourir. Si les racines sont grandes, on ne les quitte pas si-tôt ; on continue de les couper, jusqu'à ce qu'elles soient épuisées.

L'assa faetida donne dans l'analyse chimique un phlegme laiteux, acide, et de l'odeur de l'ail ; un phlegme roussâtre, soit acide, soit urineux ; de l'huîle fétide, jaunâtre, fluide, limpide, et une huîle rousse et d'une consistance épaisse. La masse noire restée dans la cornue, calcinée au creuset pendant trente heures, a laissé des cendres grises dont on a retiré du sel fixe salé. Ainsi l'assa foetida est composée de beaucoup de soufre fétide, soit subtil, soit grossier ; d'une assez grande portion de sel acide, d'une petite quantité de sel volatil urineux, et d'un peu de terre ; d'où il résulte un tout salin sulphureux, dont une grande portion se dissout dans de l'esprit-de-vin, et la plus grande partie dans de l'eau chaude.

Les anciens ont fort vanté l'assa foetida ; nous ne l'employons que dans les coliques venteuses, soit extérieurement, soit intérieurement. Nous lui attribuons quelque vertu pour expulser l'arriere-faix et les règles, exciter la transpiration et les sueurs, pousser les humeurs malignes à la circonférence ; dans les fièvres, la petite vérole et la rougeole, et pour remédier aux maladies des nerfs et à la paralysie : nous la recommandons dans l'asthme et pour la résolution des tumeurs : nous en préparons une teinture antihystérique ; elle entre dans la poudre hystérique de Charas, les trochisques de myrrhe, le baume utérin, et l'emplâtre pour la matrice.




Affichages : 1605