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Catégorie parente: Physique particulière
Catégorie : Médecine sémiotique
(Médecine, Economie animalière, Physiologie, Sémiotique) en latin pulsus, en grec. Ce mot a été formé dans l'ancienne prononciation, où les u avaient le son de l'ou, de pulsus, qui vient lui-même de pulsare, nom qui signifie battre, frapper. On s'en servit d'abord pour exprimer le battement du cœur et des artères, c'est-à-dire ce double mouvement de diastole et de systole, par lesquels les parois de l'artère ou du cœur écartés l'un de l'autre, viennent frapper la main ou les corps voisins, et ensuite se retirent et se rapprochent mutuellement. En ce sens et suivant l'étymologie, pouls est synonyme à pulsation : les anciens confondaient l'un et l'autre sous le nom de ; les modernes ont attaché à ces noms des idées un peu différentes, appelant pulsation un seul battement des artères, abstraction faite de toute suite, de tout ordre, et de toute comparaison ; et par pouls ils entendent une suite de pulsations. Voyez PULSATION.

Avant Hippocrate on connaissait peu le pouls : on le confondait avec toute sorte de mouvements naturels ou contre nature, du cœur et des artères, auxquels on avait donné le nom de palpitation, . Galien parle d'un ouvrage d'Oegimius Veliensis, qui traite du pouls sous le nom de palpitation : le même auteur nous apprend qu'Hippocrate a le premier distingué le pouls d'avec les autres mouvements, et qu'il a introduit pour le désigner le mot grec , dérivé de , battre, s'élever ; il a cependant beaucoup négligé cette partie intéressante de la Médecine ; il n'a que très-rarement fait attention à la valeur de ce signe : on voit seulement par quelques endroits (épidem. lib. II. et IV. praenot. coacor. cap. IIIe n °. 34. et cap. XVe n °. 6. &c.) qu'il ne l'ignorait pas entièrement.

Hérophile, qui suivant le sentiment le plus reçu vivait près de deux siècles après ce législateur de la Médecine, fut le premier qui s'adonna sérieusement à l'étude du pouls ; il fit des progrès dans cette connaissance : il avait laissé quelques ouvrages écrits avec beaucoup d'exactitude sur cette doctrine, mais il ne nous en est parvenu aucun. Ils sont d'autant plus regrettés, qu'ils contenaient vraisemblablement plus de faits que de raisonnements ; car il était, au rapport de Galien, demi-empirique : et que nous y aurions Ve en même temps les motifs qui déterminèrent Hérophîle à ces recherches, la manière dont il s'y prit, la nature, les progrès et les succès de ses découvertes ; objets toujours curieux par eux-mêmes, et qui ne sont presque jamais sans utilité. Pline prétend qu'Hérophîle exigeait que ceux qui s'appliquaient à l'étude du pouls, fussent musiciens et géomètres, pour pouvoir connaître parfaitement la cadence du pouls et sa mesure, selon les âges et les maladies ; et il ajoute que la grande subtilité qu'il avait mêlée dans cette connaissance éloigna beaucoup de médecins de cette étude, et diminua considérablement le nombre de ses sectateurs. Lib. XXIX. cap. j. M. Le Clerc prétend justifier Hérophîle sur ces deux points (hist. de la Médec. part. II. liv. I. chap. vij.), mais il parait que Pline a raison sur le premier, et qu'Hérophîle avait beaucoup tiré de la musique pour bâtir sa doctrine. Voyez RYTHME. Quand au second point, savoir que la secte d'Hérophîle fut presque abandonnée, déserta deinde et haec secta est (Plin. ibid.), cette assertion de Pline est évidemment fausse, car Hérophîle eut de son vivant et après sa mort, un grand nombre de partisans, comme l'assurent Galien et Strabon : ce dernier dit qu'en Phrygie il y avait une secte très-étendue de médecins qui portaient le nom d'Hérophiliens, à la tête desquels furent en différents temps Zeuxis et Alexandre Philalethe. Dès-lors la doctrine du pouls fit beaucoup de bruit, et se répandit très-promtement ; plusieurs médecins fameux écrivirent sur cette matière, tels qu'Asclépiade, Athénée, Erasistrate, Magnus, Archigène, Agatinus, Héraclide Erythréen, Chrysermus, Zénon, Aristoxene, Bacchius, Héraclide de Tarente, Alexandre Philalethe, Démosthène Philalethe, Mantias, Apollonius, etc. mais tous ces ouvrages ont péri, soit par l'injure du temps, soit par les flammes qui consumèrent le temple de la Paix à Rome, où ils étaient conservés dans de magnifiques bibliothèques : peut-être le même accident nous a enlevés les commentaires que Galien dit lui-même avoir composés avec beaucoup de soin sur Hérophile, Erasistrate et Asclépiade, et qu'il n'a pas été possible de retrouver. Parmi les ouvrages qui nous restent de Galien, il y a un livre entier qui ne contient que l'exposition, le commentaire et quelquefois la réfutation et la correction des différentes définitions que tous ces médecins nommés plus haut ou leurs disciples, ont données du pouls : les uns ont dit que le pouls était le mouvement des artères ; les autres ont ajouté du cœur, ou du ventricule artériel du cœur : ceux-ci ont prétendu qu'il fallait déterminer les mouvements et définir le pouls par la distension et la contraction du cœur et des artères ; ceux-là ont fait entrer dans la définition les causes, les usages, etc. Athenaeus, a dit que le pouls n'était que la distension naturelle et involontaire de l'esprit chaud qui est dans les artères et dans le cœur, etc. Moschion a soutenu que le pouls était un mouvement particulier du cœur, des artères, des veines, du cerveau et des membranes environnantes, qui se faisait plus d'une fois dans chaque inspiration, etc. Il est inutîle de nous arrêter plus longtemps à cet objet : le lecteur curieux peut consulter le IV. liv. des différences des pouls de Galien, il y verra que toutes ces définitions, au nombre de plus de vingt, paraissent avoir été faites plutôt par esprit de parti, par envie d'innover, et pour suivre les règles scolastiques d'Aristote, que pour développer et éclaircir la nature du pouls.

Galien s'est beaucoup distingué dans la connaissance du pouls ; il l'a réduite en méthode et en a fait un système qui a été adopté et suivi aveuglément, de même que ses autres opinions, jusqu'à l'invasion du chimisme dans la Médecine, qui a combattu et renversé indistinctement et sans choix tous les dogmes du galénisme. Cette doctrine a été reprise par les mécaniciens, mais altérée, prétendue corrigée, et habillée à leur façon. Les historiens qui ont voyagé à la Chine, nous ont appris que les médecins chinois s'appliquaient particulièrement à l'étude du pouls, et qu'ils avaient sur cette matière des connaissances propres bien éloignées de ce qu'en ont écrit les médecins des autres pays, anciens et modernes. Enfin depuis quelques années un médecin espagnol nommé dom Solano de Lucques, a Ve dans quelques modifications du pouls, des signes inconnus jusqu'alors, qui annonçaient des crises prochaines, et faisaient connaître d'avance le couloir par lequel devait se faire l'excrétion critique ; il recueillit et publia des observations très-intéressantes là-dessus. M. Nihell, médecin irlandais, y en ajouta quelques-unes ; et en dernier lieu M. de Bordeu, médecin des facultés de Montpellier et de Paris, a confirmé et considérablement étendu et augmenté la découverte de Solano : Il a bâti, pour me servir des paroles de M. Haller, sur l'édifice de Solano, un édifice plus vaste, plus clair, et qui est manifestement le sien, dont la structure ne peut être affermie ou renversée que par un grand nombre d'expériences (observations) qui demandent du loisir, des occasions, et surtout un esprit affranchi de tout préjugé. (Physiol. tom. II. pag. 279). C'est à ces quatre époques remarquables qu'on peut et qu'on doit réduire tout ce qui a été dit sur la doctrine du pouls : nous le parcourerons le plus rapidement qu'il nous sera possible ; l'importance de cette matière, le peu de connaissance qu'on a du système de Galien et de celui des Chinois, nous obligera d'entrer dans bien des détails, et de donner même sur ces points à cet article une certaine étendue. Malgré le grand nombre de commentaires des ouvrages de Galien, il nous manque encore une explication nette de ses écrits sur le pouls, qui sont les plus obscurs de ses ouvrages, non-seulement parce qu'ils sont tronqués, mais parce qu'ils sont embrouillés de façon, comme il dit lui-même, que sur mille lecteurs, à peine y en aura-t-il un qui pourra les comprendre. La méthode des Chinois est presque entièrement inconnue ; il y a lieu de présumer qu'elle n'est pas sans avantages ; il est au-moins très-assuré qu'elle peut piquer et satisfaire la curiosité. La doctrine de M. de Bordeu examinée sans prévention et avec assiduité, parait très-belle, très-vraie et très-lumineuse, non-seulement fertîle en explications satisfaisantes de plusieurs phénomènes de l'économie animale, mais encore très-propre à répandre sur la connaissance, le pronostic et le traitement des maladies, beaucoup de lumières et de certitude : c'est ce qui nous a déterminé à entrer dans bien des détails sur cette matière, d'autant mieux que cette doctrine, comme toutes les découvertes intéressantes, a essuyé bien des contradictions de la part même de ceux qui auraient été les plus intéressés à l'approfondir, la défendre et la publier ; pendant que M. le Camus assurait avec cette noble fermeté que donne la conviction, que le médecin destitué de ces connaissances est le plus souvent " un pilote qui vogue sans boussole sur les mers les plus dangereuses ; un aveugle qui veut guider les autres dans un chemin qu'il ne connait pas ; un téméraire qui assassine en voulant sauver la vie, &c ". mém. sur divers sujets de médecine. Des députés de la faculté de Médecine de Paris, dans le rapport qu'ils font de cet ouvrage, ont l'inconséquence, pour ne rien dire de plus, d'avancer et d'imprimer que la connaissance du pouls (qui ne peut être que l'objet de l'observation) était devenue depuis quelques années un nouveau sujet de recherches plus ou moins systématiques.... obscures, souvent peu utiles, et capables aussi d'arrêter le médecin dans ses opérations, etc. Nous examinerons plus bas sur quoi ces reproches sont fondés, tâchant autant qu'il sera possible de tirer le rideau sur les motifs qui ont fait tenir à ces médecins un langage si contraire au bon sens, à la vérité, et même à leur propre façon de penser.

Doctrine de Galien sur le pouls. Cette doctrine que Galien a puisée chez les anciens médecins, mais qu'il s'est comme appropriée par les changements et les additions essentielles ou inutiles qu'il y a fait, se trouve très-prolixement exposée dans dix-huit livres qui nous restent de cet auteur sur le pouls : savoir, 1°. de pulsibus libellus ad tyrones ; 2°. de pulsibus libri XVI. Cet ouvrage est divisé en quatre parties, dont la première traite des différences des pouls ; la seconde de la manière de les connaître ; la troisième contient les causes des pouls, et la quatrième les signes qu'ils fournissent : 3°. synops. libror. XVI. de pulsib. Ceci n'est qu'une récapitulation, un abrégé de ce qu'il a dit dans l'ouvrage précédent, où il ajoute quelques règles et quelques observations nouvelles. Dans l'extrait que nous allons en donner nous suivrons à-peu-près cet ordre, exposant d'abord les caractères ou différences du pouls ; 2°. leurs causes ; 3°. les présages qu'on peut en tirer.

1°. Différences du pouls. Galien appelle pouls le double mouvement de l'artère par lequel elle s'affaisse sur elle-même et se distend ensuite en tout sens. Entre chaque mouvement il distingue un temps intermédiaire, ou repos. Il tire les premières différences de la variété qu'il peut y avoir dans les trois dimensions que présentent la distension et la contraction de l'artère ; 2°. de la force ou de la faiblesse du coup que donne l'artère distendue ; 3°. de la promptitude ou de la lenteur avec laquelle l'artère s'élève ou s'épanouit ; 4°. de la nature de ce coup, c'est-à-dire, de sa dureté ou de sa mollesse ; 5°. de la plénitude ou de la vacuité (qu'on me passe ce mot) de l'artère ; 6°. de l'égalité ou de l'inégalité qui se trouve dans ces différences ; 7°. de la proportion qu'on peut observer entre le temps de la distension et celui de la contraction. On peut apercevoir ces différences dans un seul pouls, c'est-à-dire, dans une seule pulsation, ou pour m'exprimer plus correctement dans une seule distension précédée ou suivie de sa contraction ; car pulsation ne désigne que l'abattement d'un seul point de l'artère, et par distension, on peut exprimer l'élévation de plusieurs parties de l'artère dans le même temps, ce qu'on observe lorsqu'on tâte le pouls avec plusieurs doigts, l'on sent alors plusieurs pulsations, et rien qu'une distension ou contraction. 8°. On tire aussi des différences que Galien appelle collectives de plusieurs pouls (pulsations) qui se succedent, et l'on peut y examiner leur fréquence, l'égalité ou l'inégalité des intervalles avec lesquels ils se suivent ; et la proportion, l'ordre, la régularité ou le désordre et l'irrégularité qu'ils observent.

Dans un seul pouls (pulsation ou distension) les différences qui se tirent de la quantité de mouvement forment le pouls vite, lent et modéré, suivant le plus ou moins de temps que l'artère emploie à s'élever ou à s'abaisser.

La quantité de distension fournit neuf différences, trois pour chaque dimension, et il en résulte 1°. le pouls long, court et moderé ; 2°. le pouls large, étroit et moderé ; 3°. le pouls haut, bas et modéré ; ces différences sont relatives à la situation de l'artère dans le corps ; car absolument parlant, dans un cylindre comme les artères, il n'y a point de hauteur et de largeur proprement dites qui soyent différentes ; par la combinaison de ces différentes espèces, et en les associant ensemble, on forme vingt-sept espèces de pouls simples. Exemple. Un pouls peut être en même temps long, large et haut ; dans ce cas il est appelé grand ; si toutes les dimensions sont modérées, il en résultera le pouls moyen ; le court, l'étroit et le bas forment le pouls petit ; celui qui est en même temps modéré (en longueur) large et haut est nommé turgidus, gonflé, crassus, épais ; il peut résulter d'autres combinaisons ; on a donné le nom de grêle ou de tenu, tenuis, à celui qui est long et haut, mais modéré en largeur, ou étroit. Voyez la table de Galien, de differ. puls. lib. I. cap. Ve

La nature du coup que le doigt appliqué sur l'artère sent, a établi trois divisions ou différences qui se subdivisent encore ; savoir, le pouls véhement, ou fort, faible et modéré, selon le degré de force du coup ; 2°. le pouls dur, mol, que les jeunes médecins, dit Galien, confondent souvent avec le plein, le vide qui forment la troisième différence. Le pouls plein est, suivant la définition d'Archigène, celui qui présente au doigt une artère distendue, remplie, avec un gonflement humide, occursum humidè tumidum ; le pouls vide au contraire fait paraitre l'artère semblable à une bulle, bullosam facit elevationem, qui se dissipant tout de suite, laisse le doigt isolé.

Galien prétendant contre quelques médecins, que la contraction de l'artère est sensible, distingue deux repos ; l'un qui termine, suivant lui, la contraction, et commence la distension ; il est intérieur, et relativement à nous, inférieur. L'autre externe et supérieur suit la distension, et précéde la contraction ; ceux qui nient qu'on puisse sentir la contraction, prennent pour repos l'intervalle qui se trouve entre deux mouvements apparents, c'est-à-dire, entre deux pulsations ; ceux du parti opposé multiplient beaucoup les différences qu'ils prétendent déduire de ces repos mitoyens. Quoi qu'il en sait, lorsque le doigt est frappé par l'artère, on peut distinguer deux temps, l'un relatif à la promptitude avec laquelle les parois de l'artère sont distendus et contractés ; et l'autre relatif à l'intervalle écoulé entre deux ou plusieurs pulsations : le premier pouls est appelé vite, et le second fréquent : on leur oppose les pouls lent et rare. Delà nait le rythme ou cadence, qui n'est autre chose que la proportion qu'il y a entre le temps du mouvement et celui du repos. Ceux qui croient sentir la contraction, ont distingué dans ce temps les mêmes différences que dans la distension, d'où ils ont pu tirer vingt-sept autres espèces de pouls ; et en les combinant avec ceux de la distension, on peut en former plus de deux cent espèces ; je laisse à décider combien ces divisions minutieuses sont difficiles à saisir, arbitraires et inutiles.

La proportion qui constitue le rythme, ne demande pas une parfaite égalité ; elle varie suivant les âges, les tempéraments, les temps de l'année, les climats et d'autres circonstances. Voyez RYTHME, A RYTHME, EN RYTHME, PARA RYTHME, HETERO RYTHME, etc. à leur article, ou au mot RYTHME. Elle se trouve souvent jointe avec l'inégalité dans le nombre, la vitesse, la force, la grandeur et la fréquence des pulsations, pourvu que cette inégalité suive un certain ordre ; par exemple, le temps de la contraction peut être double, triple, quadruple de celui de la distension, suivre les progressions arithmétiques ou géométriques ; un rythme constant fait les pouls bien ordonnés, réglés ou réguliers. Le pouls arythme dérange l'ordre, trouble la régularité ; le pouls est toujours régulier, quand il est parfaitement égal ; mais le défaut d'égalité n'emporte pas toujours le défaut d'ordre ; il subsiste lorsque les retours des inégalités sont semblables ; si après deux pulsations égales il en vient pendant plusieurs périodes une troisième inégale, le pouls sera inégal, régulier ; si telle pulsation inégale n'observe dans ses retours aucun ordre, le pouls sera inégal, irrégulier ; l'inégalité peut regarder la vitesse, la fréquence, la dureté, la grandeur, etc. et le pouls peut être en même temps égal et inégal sous des rapports différents ; il y a aussi des inégalités que Galien appelle égales ; on ne peut les apercevoir que dans l'assemblage de plusieurs pulsations ; elles se rencontrent lorsque les différences, qui constituent l'inégalité, sont dans une égale proportion ; lors, par exemple, que la seconde pulsation étant moindre que la première de deux degrés ; la troisième est moindre que la seconde, aussi de deux degrés, et que la même différence se trouve entre la quatrième et la troisième ; les pouls qui en résultent sont appelés par les Grecs miures, voyez ce mot, decurtes, decurtati, décroissants, etc. lorsqu'ils sont parvenus à une certaine petitesse, ou ils remontent, ou ils restent petits ; parmi ceux qui redeviennent grands, il y en a qui le font tout-d'un coup, d'autres observent en remontant la même proportion que quand ils sont descendus.

Galien parle d'une autre espèce de pouls décurté par les deux côtés où l'on ne sent que la pulsation du milieu, il les appelle innuents ou circumnuents. Lorsque l'inégalité est telle que les pouls manquent totalement pendant un certain temps, ils prendront les noms de décurtés manquans, ou inégaux manquans, ou intermittens, suivant qu'on doit attribuer les défauts du pouls à la petitesse, ou à la faiblesse, ou à la rareté poussées à l'excès. On appelle intermittent le pouls qui se trouve formé par l'inégalité de fréquence, il est l'opposé de l'intermittent, ayant deux distensions à la place d'un repos.

Galien prétend qu'on peut aussi distinguer des inégalités dans une seule pulsation ou distension, et cette inégalité peut se trouver ou dans la même portion d'artère, examinée dans des temps différents, ou dans des portions différentes d'artère tâtées dans le même temps ; dans le premier cas ou compte trois différences qui sont assez ordinaires, suivant lui, et très-significatives, comme il promet de le montrer ailleurs ; le mouvement d'une portion d'artère peut être, dans le commencement, lent et enfin vite, ou d'abord vite et ensuite lent, etc. ainsi, ou le repos intercepte le mouvement, ou le mouvement subsiste avec inégale vitesse, ou enfin, il prend sur le repos, et revient avant son temps ; chacun de ces cas donne naissance à différentes espèces de pouls ; dans le premier se forment d'abord neuf différences ; car 1°. le premier mouvement étant vite, le second peut être ou vite, ou lent, ou modéré ; 2°. le premier mouvement peut être lent, et le second varier de trois façons ; 3°. il en est de même si le premier est moderé, etc. Voyez la table de Galien, livre cité, ch. xiv. 4°. Le mouvement subsistant avec inégalité de vitesse fait aussi naître plusieurs différences, car les pulsations peuvent être d'abord lentes et ensuite vites, d'autres peuvent au contraire commencer à être vites, et finir par être lentes ; l'on peut ici multiplier à l'infini les différences en supposant différents degrés de vitesse et de lenteur, en faisant passer le pouls du modéré au vite, du vite au modéré, d'une extrême lenteur à une extrême vitesse, et vice versâ. Enfin en imaginant de l'ordre ou de l'irrégularité, de l'égalité ou de l'inégalité, parce que ces subtilités sont le fruit de l'imagination, et ne se trouvent point dans la nature ; Galien veut qu'on restreigne toutes ces différences à six, et assure qu'il n'arrive jamais que le pouls passe d'une extrémité à l'autre. Si l'on compare deux mouvements ensemble, il se formera neuf espèces de pouls, dont trois sont nécessairement égaux ; il en restera donc six d'inégaux. Voyez la table de Galien, ch. XVIe Nous la transcrirons ici, le lecteur pourra juger de ce que nous avançons, et se former une idée des autres plus composées, qu'on peut consulter dans l'ouvrage même.

Si l'on peut en comparer trois, il résultera vingt-sept espèces de pouls, qui, par la soustraction des trois égaux se reduisent à vingt-quatre. Voyez encore la table ; et si on a l'adresse, ou pour mieux dire l'habitude de pouvoir dans une pulsation saisir quatre temps inégaux, comme Galien dit l'avoir fait assez difficilement, et qu'on les combine ensemble, on établira 81 différences, ou par la soustraction des trois égaux, 78 espèces de pouls inégaux dans une seule pulsation ; il est peu nécessaire d'avertir combien ces subdivisions sont subtiles, idéales et peu observées.

3°. Enfin le mouvement qui coupe, pour ainsi dire, le repos qui revient, qui recurrit, constitue le pouls qu'Archigène a appelé dicrote, , c'est-à-dire, bis-feriens, frappant deux fois ; c'est là le caractère de ce pouls, la pulsation semble divisée en deux, et donne deux coups dans le temps où elle n'en devrait donner qu'un ; la seconde distension commence avant que la construction ait été entièrement terminée ; Galien prétend que ces deux coups ne doivent pas plus faire recourir à deux distensions que le pouls intermittent qui n'est pas double, quoiqu'il y ait deux repos.

Si l'on tâte avec plusieurs doigts différentes portions d'artère en même temps, on sentira plusieurs pulsations ; il est évident qu'il peut se trouver entr'elles de l'inégalité, qu'elle peut varier suivant les doigts, que le pouls peut être inégal en vitesse, ou inégal manquant ; dans le pouls continuel, les pulsations peuvent être plus ou moins vites, modérées ou lentes ; vites sous le premier doigt, par exemple, lentes sous le second, modérées sous le troisième, et vites sous le quatrième ; on peut combiner ces différences de 81 manières, et par conséquent établir 81 espèces de pouls inégaux dans une seule distension, ou seulement 78, parce qu'il y en a trois nécessairement égaux, comme nous avons remarqué ci-dessus ; si on ne tâte le pouls qu'avec trois doigts, on n'aura que 27 espèces de pouls, dont trois égaux ; avec deux doigts, neuf espèces de pouls qui se reduisent à 6 d'inégaux ; le pouls inégal manquant peut varier de la même manière, l'interruption de mouvement pouvant se rencontrer au premier doigt, ou au second, ou au troisième, ou au quatrième, ou ensemble, ou séparément ; comme toutes ces différences ne sont que des possibilités, tout le monde peut s'en former une idée.

L'inégalité peut se trouver dans la quantité de distension ; de-là les combinaisons de grand et de petit, qu'on peut varier et multiplier à l'infini ; il en est de même de la force ou de la faiblesse, de la dureté ou de la mollesse, de la plénitude ou de la vacuité sur lesquelles on peut établir un égal nombre de différences ; on peut en tirer encore de la situation de l'artère. Il arrive quelquefois qu'elle semble déplacée, et qu'elle se déjette en-dehors de côté et d'autre, s'élançant avec force comme un trait ; on a donné à ce pouls le nom de vibrosus, pouls vibré, bien différent de notre pouls vibratil. Le pouls convulsif est fort analogue au pouls vibré, il en diffère cependant en ce que l'artère n'est pas fort agitée, qu'elle semble au contraire attachée à deux points fixes, qui la tiennent tendue, et dont elle s'écarte peu, faisant des pulsations petites.

Dans cette espèce d'inégalité, qui est propre à une seule distension, mais qui suppose plusieurs pulsations, sont compris les pouls ondulants vermiculaires, formicans et caprisans : ces espèces sont réellement observées ; elles ne naissent point de quelque division simplement possible et purement imaginaire ; l'inégalité du pouls ondulant consiste en ce que les différentes parties de l'artère ne sont pas distendues en même temps et également ; d'abord la première partie se distend, ensuite la seconde, après la troisième, et enfin la quatrième, de façon qu'il n'y a jamais interruption de mouvement ; ces pulsations imitent des ondes qui se succedent, d'où est venu à ce pouls le nom d'ondulant (ondosus). Galien remarque qu'il y a des ondes qui s'élèvent plus haut, et avec plus de force que les autres, ce qu'il est important de remarquer. Si l'on suppose que les pulsations s'affoiblissent et deviennent petites en conservant leur caractère, on aura une idée du pouls vermiculaire, ainsi appelé, parce qu'il imite la marche d'un ver, qui, suivant Démocrite, est assez analogue à celle des ondes. Si on conçoit ce pouls vermiculaire encore rapetissé, de façon qu'à peine les pulsations soient sensibles, ce sera le pouls formicant, qui tire son nom des fourmis qu'il semble représenter ; on dirait dans ce pouls qu'on en sent courir sous le doigt ; ce pouls ne suppose aucune inégalité nécessaire. Il ne devrait par conséquent pas être de cette classe. Galien avance vaguement et sans preuves qu'il est inégal, mais qu'il ne le parait pas. Inaequalis quidem est, at non videtur. Le pouls caprisant, ainsi appelé par Hérophile, par comparaison avec le saut des chèvres, est un des inégaux dans un seul pouls, d'abord intermittent, et ensuite plus vite et plus fort qu'auparavant ; il semble que la pulsation qui suit l'intermittence soit comme coupée en deux, et que la seconde partie soit plus élevée, et revienne sur l'autre comme les chèvres, qui voulant sauter s'arrêtent, font un effort, et semblent se replier sur elles-mêmes : Avicenne appelle ce pouls gazellant, de la gazelle, qui diffère peu des chèvres.

L'égalité de fréquence et de rareté ne peut se trouver que dans une suite de pulsations ; il peut varier suivant le plus ou moins de temps qui se trouve entre chaque pulsation : l'inégalité de rythme se rencontre dans le pouls pris collectivement, lorsqu'il n'y a pas la même proportion entre le temps du coup et celui de l'intervalle dans certaines pulsations que dans d'autres. Si par exemple, dans les deux premières pulsations ces deux temps sont égaux, ou si étant inégaux, ils sont comme 2, 4, ou 4, 6, et qu'ils soient inégaux, on n'observe pas cette proportion dans les deux suivantes, il y aura inégalité de rythme ; on voit par-là combien il serait facîle d'établir et de multiplier mentalement ces différences. Galien veut distinguer une inégalité de rithme dans un seul pouls ou une seule distension ; pour cela il fait tâter le pouls dans plusieurs portions d'artère, et recommande d'attendre une pulsation et demie : ce qui empêchera, dit-il, de regarder cette inégalité comme collective, c'est que la seconde pulsation ne finit pas ; il suffit, selon lui, pour pouvoir savoir son inégalité de rythme, que la distension commence ; car, poursuit-il, si toutes les portions de l'artère commencent à se mouvoir en même temps dans la première distension, et que dans la seconde elles ne s'élèvent pas toutes dans le même instant, il y aura inégalité de distension, de vitesse et en même temps de rythme, puisque la proportion sera dérangée ; il en sera de même si toutes les parties de l'artère, ayant commencé ensemble la pulsation, ne la finissent pas en même temps ; on pourrait aussi trouver ou imaginer d'autres façons de faire rencontrer l'inégalité de rythme dans une seule distension, ou plutôt dans une distension et demie : ces exemples suffisent pour faire entendre l'idée de Galien, et pour montrer combien la simple spéculation peut augmenter ces classes minutieuses que l'observation renverse en découvrant leur inutilité.

Telles sont les différences que Galien a établies, soit d'après ses propres observations, soit aussi souvent d'après ses idées ; comme il a senti la difficulté que pourraient avoir ceux qui voudraient vérifier ces faits, il a fait quatre livres, où il développe, ou plutôt où il prétend développer la manière de reconnaître ces différentes espèces de pouls ; il y donne la façon qu'il croit la plus avantageuse pour tâter le pouls, qui est pour l'ordinaire, de presser doucement l'artère du poignet qui est la radiale, avec trois ou quatre doigts, une trop forte pression empêchant le mouvement, et une application trop superficielle ne suffisant pas pour les distinguer, et pour sentir la contraction ; il est des cas cependant où ces deux façons de tâter le pouls peuvent avoir lieu, et sont même préférables. Il a bien compris la difficulté de fixer dans le pouls les termes de grand, de large, de petit, d'étroit, de vite, etc. et il remarque qu'on ne peut connaître que vaguement et à force d'habitude, ces différentes qualités, de la même manière que lorsqu'on a Ve un certain nombre de personnes, on décide assez justement celles qui sont grandes et celles qui sont petites ; mais il n'en est pas de même pour déterminer l'égalité ou l'inégalité ; ces mesures sont constantes et invariables, il n'y a qu'un seul point où se trouve l'égalité parfaite ; savoir, lorsque toutes les qualités des différentes pulsations sont semblables. Le moindre excès d'un côté ou d'autre fait l'inégalité. Pour ce qui regarde la plénitude et la vacuité du pouls, il se moque avec raison d'Archigène, qui prétendait la rendre plus sensible par la comparaison qu'il en faisait avec de la laine pleine ou du vin plein : ces mots peu faits pour être ensemble, n'expliquent rien du tout ; ils sont beaucoup plus obscurs que ce qu'ils devaient éclaircir ; l'habitude suffit au reste pour saisir ces différences.

2°. Causes des pouls. Galien fait ici une distinction importante entre les causes de la génération des pouls et les causes de leur altération ; les différentes qualités des humeurs, les bains, les passions, etc. peuvent bien altérer les pouls ; mais ces causes ne sauraient les produire ; on avait déjà beaucoup disputé, du temps de Galien, sur les causes qui concourent effectivement à leur génération ; les uns attribuaient ce mouvement du cœur et des artères à la chaleur naturelle ; d'autres à la contention : ceux-ci, à une propriété du tempérament : ceux-là le faisaient dépendre de l'ensemble de la structure du corps ; quelques-uns croyaient que l'esprit en était la seule cause : quelques-autres joignirent ensemble plusieurs de ces causes ou même toutes. Il y en eut qui imaginèrent une faculté incorporelle pour première cause, qui se servit de la plupart, ou même de tous les instruments dont nous venons de parler, pour produire les pouls. Galien adopte ce dernier sentiment, et ne laisse pas d'admettre cette faculté, quoiqu'il en ignore l'essence, il la croit toujours également forte et puissante, et attribue au vice des instruments, à la mauvaise disposition du corps, les dérangements qui arrivent dans la force du pouls : il joint à cette cause effectrice l'usage : par ce mot, il entend l'utilité des pouls pour rafraichir le sang dans la distension, et pour dissiper dans la contraction les excréments fuligineux ramassés dans les artères par l'adustion du sang. C'est son langage vraisemblablement bon dans son temps et dans son pays, que nous ne devons pas trouver plus extraordinaire et plus mauvais que l'idiome anglais en Angleterre. La troisième cause nécessaire, suivant Galien, est celle qu'on appelait la cause instrumentale, ou les instruments, c'est-à-dire, les artères : la faculté pulsatrice ne prend pas, ainsi que les autres ouvriers mécaniques, les instruments en-dehors quand elle veut agir ; mais elle s'y applique dans toute leur substance, et les pénètre intimement.

Les différences des pouls se tireront donc de ces trois causes : de la faculté, de l'usage, des instruments ou des artères : la faculté forte fait les pouls véhéments : faible, les pouls languissants ; l'usage plus ou moins pressant les fait varier de différentes façons : l'usage augmente par la chaleur, parce que plus il y a de chaleur, plus aussi le refroidissement est nécessaire ; ainsi dans ce cas la distension qui attire la matière refroidissante, doit augmenter en grandeur, en vitesse et en fréquence, suivant que la chaleur sera plus ou moins forte ; la contraction qui est destinée à chasser la matière excrémenticielle, augmentera de même si l'usage est pressant ; si le besoin est grand, c'est-à-dire, pour parler avec lui, s'il y a beaucoup d'excréments fuligineux, la nature des instruments changera aussi le pouls ; ainsi l'artère molle fait le pouls mol, et l'artère dure rend les pouls durs ; par où l'on peut voir que l'usage n'a point de pouls bien propres, parce que la faculté plus ou moins forte, l'artère plus ou moins dure, peut les faire varier ; et Galien remarque en conséquence qu'on a eu tort de regarder le pouls grand, vite et fréquent, comme particulier à la chaleur, comme accompagnant toujours la nature, lorsqu'elle est en feu, cùm aduritur ; et de même le pouls n'est pas toujours petit, lent et rare, lorsque la nature s'éteint. On se trompe aussi de croire avec Archigène, que la vitesse vient de la faiblesse, et avec Magnus, qu'elle est produite par la force de la faculté : elle n'est attachée nécessairement ni à l'un ni à l'autre, elle suit pourtant plus ordinairement la force de la faculté, l'abondance de chaleur, ou l'usage pressant et la mollesse de l'artère ; la grandeur du pouls suit assez ordinairement les mêmes causes ; les pouls petits et lents sont par conséquent les effets du concours des causes opposées. La fréquence est plus souvent jointe à la faiblesse de la faculté, à l'abondance de chaleur et à la dureté des instruments ; la rareté au contraire, etc. Si le besoin étant pressant, l'artère est dure, le pouls ne pourra pas être grand ; alors la vitesse compensera le défaut de grandeur, et la fréquence même surviendra pour compenser ce qui manque à la vitesse pour complete r l'usage, en attendant une quantité suffisante de rafraichissement ; on peut par les différentes combinaisons de ces trois causes, trouver tous les pouls possibles. Encore un exemple : faiblesse de la faculté et chaleur excessive doivent faire nécessairement le pouls petit et lent à cause de la faiblesse, mais en même temps très-fréquent pour satisfaire à l'activité de la chaleur : faculté forte et peu de chaleur seront suivis d'un pouls modérément grand, rare et lent, l'usage ou le besoin de rafraichissement étant alors très-petit à cause du peu de chaleur. L'état des artères apporte beaucoup de dérangement dans le pouls, et ne contribue pas seulement à sa dureté ou à sa mollesse : ces qualités en entraînent nécessairement d'autres ; ainsi la mollesse de l'artère, pourvu qu'elle ne soit pas portée à l'excès qui supposerait un relâchement et faiblesse de la faculté, la mollesse, dis-je, fait les pouls mols, grands et vites : grands, parce que les parois plus souples prêtent plus facilement à la distension : vites, parce que cette distension facîle exige par-là moins de temps ; la dureté des instruments, par la raison contraire, produit la dureté, la petitesse et la fréquence : j'ajoute la fréquence, non pas qu'elle soit attachée à la dureté, mais pour satisfaire à l'usage qu'on suppose rester le même, et qui n'est pas rempli par le pouls devenu petit et lent ; on peut voir à présent de soi-même les pouls qui résulteront, en combinant la mollesse, ou la dureté des instruments, avec la force ou la faiblesse de la faculté, et l'usage plus ou moins pressant ; ces termes peuvent paraitre abstraits, étrangers ; mais on s'y familiarise aisément. D'ailleurs il n'est pas possible de faire parler Galien comme un français et comme un contemporain. Voyez de causis puls. lib. I. Mais comme la même différence du pouls peut être produite par différentes causes ; la vitesse, par exemple, est, comme on vient de voir, propre à la faculté forte, à la mollesse de l'artère et à l'usage pressant ; on peut demander comment on peut reconnaître la véritable : voici le moyen ; il sera évident, dans l'exemple proposé, que la vitesse sera un effet de la faculté forte, si on voit en même temps le pouls vite et véhément ; s'il est mol, on jugera que la vitesse est dû. à la mollesse de l'artère ; et s'il n'est que vite, on l'attribuera à l'usage pressant. Si ces différentes causes y concourent, on s'apercevra par le changement de grandeur, de fréquence et de vitesse, combien l'usage et le besoin ont de part dans sa formation ; un pouls très-vite, très-fréquent et très-grand dénote un grand besoin, etc. La chaleur se connait d'ailleurs au tact, à la respiration, à l'haleine, etc.

Les causes de l'inégalité du pouls ne peuvent se tirer que de la faculté et des instruments ; l'usage ne saurait produire aucun pouls inégal, parce qu'il ne peut pas varier d'une pulsation à l'autre, et encore moins dans la même pulsation ; l'inégalité suit ordinairement la faiblesse de la faculté, soit qu'elle soit absolue, ou relative à l'abondance des humeurs, à la compression, à l'obstruction ou oppilation des vaisseaux ; alors elle est semblable à un homme robuste, qui chargé d'un pesant fardeau, fait de faux pas, chancelle et marche inégalement ; l'espèce de pouls inégal la plus ordinaire alors, sont quelques intermittens surtout, et les intercurrents ; ils sont produits par les efforts de la faculté robuste qui tâche d'emporter les obstacles ; ils sont de temps en temps grands, élevés, et dans cet état ils annoncent une excrétion critique, lorsque la faculté est absolument faible, qu'elle ne peut pas commander à tous les instruments et agir sur eux : il y en a quelques-uns qui sont sans action, qui boitent, claudicat : ce qui donne lieu à l'inégalité ; mais alors le pouls est faible, petit, lent, et inégal. Les pouls mûrs ou décurtés, et surtout les décurtés manquans, mutila decurtata, sont très-souvent l'effet et le signe de la faculté faible ; si le vice des instruments, c'est-à-dire leur obstruction ou compression, est jointe à la faiblesse de la faculté, l'inégalité sera beaucoup plus considérable.

Lorsque l'inégalité se trouve dans un seul pouls, que l'artère, par exemple, s'arrête au milieu de sa distension, semble reprendre haleine, respirat, et finit ensuite lentement sa distension ; on doit attribuer cet état à l'usage pressant, et aux efforts que fait la faculté pour le satisfaire, mais qui sont interrompus par l'abondance des humeurs ou la gêne des instruments : ces pouls peuvent varier de bien des façons, la première distension pouvant être plus vite ou plus lente que la seconde, ou modérée, ou égale, et le repos plus ou moins long ; lorsque la faculté est forte, supérieure aux obstacles, et que les vices des instruments sont fort éloignés des principaux troncs, ils font alors le pouls grand, fort, les deux distensions vites, et le repos intermédiaire très-court ; il en est de même des pouls continus, mais inégaux en vitesse ; pour produire le pouls vibratil, il faut que la faculté soit forte, l'usage pressant et peu satisfait, et l'instrument très-dur ; la dureté de l'instrument peut être occasionnée par quelque irritation, par une tension trop forte, un état spasmodique ou inflammatoire, et aussi par le desséchement des tuniques de l'artère. Le pouls dicrote qui est une espèce de vibratil, suppose aussi inégalité d'intempérie dans les artères, c'est-à-dire, inégale distribution de chaud, de froid, d'humide et de sec dans son tissu, de façon qu'elle ne résiste pas également dans tous les points ; alors une portion d'artère s'élevera avant l'autre, et formera ces deux coups : ce qui peut arriver aussi lorsque les parties environnantes compriment trop et inégalement l'artère, et en font ressortir certaines parties plutôt que d'autres. Le pouls caprisant semblable au dicrote par les deux coups, en diffère par la cause ; il est produit par une faculté robuste, interrompue dans ses efforts, et empêchée d'avoir son effet total par le trop d'humeurs, la compression ou l'oppilation des artères, la distension recommence avant que la précédente soit terminée, et elle est plus forte. Les pouls ondulants ont aussi la même cause, abondance d'humeurs, et force de la faculté, auxquelles se joint la mollesse des instruments ; il semble alors que le pouls soit excité par un fluide, ou un esprit qui coule dans leur cavité (cette remarque aurait bien dû rapprocher Galien de la circulation) la faculté ne pouvant pas élever toutes les parties ensemble, les élève les unes après les autres ; les vermiculaires sont l'effet de la faiblesse. La même cause jointe à l'intempérie des artères, donne naissance aux pouls miures, décurtés, innuents ou circumnuents, etc. Les pouls vibrés où l'artère est un peu déjetée, et comme distordue en-dehors, dépendent des causes ordinaires des distorsions, savoir, un froid extrêmement vif, une grande sécheresse, des inflammations, des skirrhes, des abscès, la génération des tubercules, des tumeurs contre nature, etc. Quant à la manière dont les inflammations, les spasmes, les irritations des différentes parties agissent pour rendre le pouls dur, convulsif, Galien l'explique très-bien par la sympathie, l'union et la correspondance des nerfs et des artères établies par le moyen des artères que le cerveau reçoit du cœur, et par les nerfs qu'il y envoye ; il n'y a, dit-il, après le grand Hippocrate, qu'un concours, qu'une conspiration ; toutes les parties compatissent avec toutes les autres ; sans cela notre corps serait un composé de deux animaux et non pas un seul ; confluxio una, conspiratio una est, omnia omnibus consentiunt, natura communis ; nisi hoc esset, duo animalia essent, non unum, quisque nostrum. Hippocr. lib. de aliment. Galen. de caus. puls. lib. II, cap. XIIe

Les inégalités qui naissent dans la longueur, largeur et hauteur des pouls, ont des causes différentes, quoiqu'absolument la largeur et la hauteur ne doivent pas être distinguées, et qu'elles soient les mêmes dans une artère nue et isolée. La faculté forte et la mollesse des instruments concourent à faire les pouls hauts et larges ; ils sont tels dans la colere et dans ceux qui vont être jugés. La faculté irritée et animée élève les parois supérieures de l'artère, lorsqu'il n'y a point d'obstacles, et que les autres sont comprimés ; le pouls est large au contraire, lorsque les efforts se font par les côtés, qu'ils ne résistent pas, et que la peau seche est un obstacle à la hauteur du pouls : cela se rencontre souvent dans le temps de crise. La faiblesse peu considérable de la faculté, la maigreur des parties, et la dureté de la peau et des instruments produisent les pouls longs : je les ai observés très-fréquemment chez des convalescens exténués.

Les changements qui arrivent dans les rythmes, sont pour l'ordinaire relatifs aux âges, aux tempéraments, ou à quelqu'autre circonstance semblable ; ils dépendent principalement de l'usage auquel se rapportent nécessairement la vitesse, la fréquence et la grandeur des distensions et des contractions ; la proportion qui est entre ces deux mouvements, doit varier dans les cas où leurs causes s'éloigneront de l'équilibre et de l'égalité ; par exemple, la contraction augmentera dans les enfants qui prennent plus de nourriture, qui font plus d'humeur : les excréments fuligineux sont plus abondants, et leur excrétion est plus nécessaire ; or, comme nous avons dit plus haut, l'usage de la contraction est de chasser et dissiper ces matières excrémenticielles, de même que la contraction de la vessie et des intestins exprime et renvoye hors du corps les urines et les matières fécales ; ce que l'oeil nous fait apercevoir dans ces parties, la raison et l'analogie le dictent dans les artères ; la distension, dont le propre est d'attirer la matière aèrée, rafraichissante, deviendra plus grande, plus vite, dans les tempéraments vifs, bouillans, dans qui la chaleur est excessive, et par conséquent le besoin de rafraichissement pressant, et ainsi des autres.

Telles sont les causes qui agissent intérieurement sur le pouls, et dont l'action dérobée au témoignage des sens ne peut s'atteindre que par un raisonnement plus ou moins hypothétique. Galien joint à l'exposition de ces causes intérieures plus prochaines, plus cachées, plus obscures et plus incertaines, le détail des différentes modifications des pouls qu'entraîne l'action des différentes causes extérieures dont les effets sont certains, et peuvent être connus par une observation assidue ; mais il n'est pas décidé si Galien s'est servi d'un moyen de connaissance aussi fécond et infaillible pour déterminer ces différentes espèces de pouls, ou s'il ne les a pas déduits de ses systèmes antérieurs ; quoiqu'il en sait, ces observations et ses classes se plient très-facilement à sa théorie, et semblent faites exprès pour elles. On peut consulter le troisième et le quatrième livre des causes des pouls, l'on y verra les changements du pouls par rapport aux sexes, aux âges, aux saisons, aux climats, aux tempéraments, aux habitudes, à la grossesse, au sommeil, au réveil, à l'exercice, aux bains chauds et froids, au boire, au manger, aux passions, à la douleur, et à un grand nombre de maladies. Il ne nous est pas possible d'entrer dans un détail aussi circonstancié, et qu'il ne serait pas possible d'abréger et d'ailleurs inutîle au but que nous nous sommes proposé ; nous nous contenterons de faire une remarque qui nous parait importante, c'est que Galien ne compte point parmi les causes du pouls le mouvement des humeurs ou des esprits dans les artères, opinion cependant soutenue avant lui par Erasistrate, qui pensait que ces esprits étaient envoyés par le cœur dans les artères. Il ne parait cependant pas ignorer ce mouvement, puisqu'il a fait une expérience très-ingénieuse pour prouver qu'il n'était point cause du pouls, et que les artères ne se distendaient pas, parce qu'elles recevaient les humeurs, mais qu'elles les recevaient, parce qu'elles étaient distendues, comme les soufflets reçoivent l'air, lorsqu'on en écarte les parais, contraires en cela aux outres et aux vessies qui ne se distendent que par l'humeur dont on les remplit ; Galien introduisit un chalumeau dans une artère, et lia fortement les parois au milieu du chalumeau, dans l'instant l'artère au-dessous de la ligature ne battit plus ; cependant le cours des humeurs était libre à-travers le chalumeau, l'artère se remplissait comme à l'ordinaire, et rien ne les empêchait d'exciter le pouls au-dessous de la ligature : d'où Galien conclud que la force pulsatrice est dans la membrane même des artères, et absolument indépendante du mouvement du sang et de l'esprit dans leur cavité : conclusion très-juste, très-remarquable, et dont la vérité n'est pas encore assez reconnue.

3°. Présages qu'on peut tirer du pouls. Le pouls peut servir à faire connaître le temps passé, ou les causes, la privation, le dérangement actuel qui constitue les maladies ; et le temps à venir, c'est-à-dire l'issue favorable ou mauvaise qu'on doit espérer ou craindre.

Pour déterminer les causes qui ont précédé, il n'y a qu'à se rappeler les changements que font sur le pouls les différentes causes, telles que nous les avons exposées ci-dessus. Il y a cependant une observation à faire, c'est qu'il y a certains caractères du pouls qui ne dépendant que d'une seule cause, l'annoncent nécessairement : tels sont les pouls forts ou faibles, durs ou mols, qui dénotent la force ou la faiblesse de la faculté, la dureté ou la mollesse des artères ; les autres différences pouvant être produites par différentes causes, ne sauraient déterminer au juste quelle est la véritable, alors on combine plusieurs caractères ensemble ; et pour éviter encore plus surement l'erreur, on y joint l'examen des autres signes anamnestiques. Par exemple, la grandeur du pouls peut être augmentée par la faculté forte, l'artère molle, et l'usage pressant ; on peut encore ajouter à ces causes celles qui sont accidentelles extérieures, telles que le boire, le manger, les bains et les médicaments chauds, les passions d'ame vive, etc. ainsi la grandeur du pouls est un signe générique, et par conséquent équivoque de ces différentes causes ; mais elle désigne la faculté forte, si elle est jointe à la véhémence ; l'artère molle, si elle est accompagnée de mollesse dans le pouls ; et l'usage, si aucun de ces caractères ne s'y rencontrent avec elle, et si la vitesse et la fréquence augmentent ; ce sera aussi un signe que la distension ne répond point à l'usage ; on connaitra l'action des causes extérieures en général en tâtant le pouls à diverses reprises, parce que les impressions qu'elles font sur le pouls ne sont pas durables ; la grandeur du pouls, occasionnée par le boire et le manger, est parmi celles-ci la plus constante, elle est jointe à la véhémence, celle qui est un effet de la colere n'en diffère que par la durée, elle est très-passagère, cette cause d'ailleurs se manifeste dans les yeux menaçans, rouges et en feu, de même que sur le visage ; mais si le malade retient sa colere et veut l'empêcher de paraitre, le pouls alors devient inégal et embarrassé, tel qu'il est dans la contrainte et la perpléxité ; après les bains chauds, le pouls est grand et mol, les vaisseaux et l'habitude du corps souples et humides ; après un remède échauffant, la grandeur du pouls augmente, et les environs de l'artère sont d'une chaleur brulante ; ce signe est, suivant Galien, très-important à saisir, et d'une grande ressource vis-à-vis des malades qui trompent les médecins, et qui prennent des remèdes à leur insu et contre leur avis. Mais pour mieux s'assurer de la vérité du fait, Galien dit qu'il faut, en tâtant le pouls, faire jurer au malade qu'il n'a rien pris, il hésitera d'abord, et son pouls deviendra sur le champ inégal, marquant la crainte et l'indécision, et décélant par-là le secret qu'il voulait cacher. Si cette régle est bien juste, on pourrait souvent arracher à des malades des secrets qu'ils n'osent avouer. Galien raconte s'en être servi avec succès vis-à-vis d'un malade qui prétendait prouver l'ignorance des Médecins ; et pour mieux tromper Galien qui s'était déjà aperçu d'une semblable tricherie, il prit des remèdes en bols ; Galien s'en aperçut au pouls, il interrogea le malade qui soutint opiniâtrément le contraire, et fit venir, pour le certifier, tous ses domestiques, gagés pour ne le pas contredire. Galien alors lui prit le bras en lui tâtant le pouls, et lui proposa en même temps de jurer pour le convaincre ; le malade balança, fit des difficultés, le pouls devint très-inégal, et Galien l'assura avec plus d'opiniâtreté qu'il avait pris quelques remèdes, le malade fut obligé d'en convenir. J'ai fait, il n'y a pas longtemps, une observation assez analogue : une fille me demandait quelques secours pour une suppression de règles qui durait depuis quatre mois ; après différentes questions, je lui demandai s'il ne pouvait pas y avoir quelque sujet de craindre qu'elle fût enceinte, elle me protesta vivement le contraire ; cependant il y avait quelques signes douteux ; je voulus essayer, pour m'éclaircir mieux sur un fait aussi important et aussi obscur, le conseil de Galien ; je lui tâtai le pouls que je trouvai assez régulier, et je lui dis que je ne la pourrais croire que sur son serment, que si elle jurait n'être pas enceinte, je lui ferais les remèdes les plus convenables ; dans l'instant elle changea de couleur, et son pouls manqua presque entièrement ; je n'hésitai point alors de lui dire que j'étais convaincu qu'elle était enceinte, et que je me garderais bien de lui ordonner le moindre remède : elle fut obligée ainsi de m'avouer ce qui en était.

Tout le monde sait l'histoire d'Erasistrate à l'occasion de Seleucus, dont il connut, par le moyen du pouls, la passion pour sa belle-mère, que ce prince déguisait cependant avec une extrême attention ; Erasistrate observa que son pouls était plus agité, plus ému, irrégulier toutes les fois que sa belle-mère s'offrait à ses yeux, ou même qu'on lui en parlait. Ce trait d'histoire a fourni le sujet d'une petite comédie, sous le titre du médecin d'amour.

On peut faire sur la dureté, la vitesse, la fréquence et la quantité de distension du pouls le même raisonnement, ces caractères désignent des causes différentes ; mais en combinant plusieurs caractères, et ayant aussi recours à la valeur des autres signes, on peut, dans le système de Galien, deviner assez juste la cause qui doit être accusée. On doit surtout se rappeler ce qui a été dit sur les causes du pouls. Voyez aussi Galen. de caus. puls. l. IV. et de praeragit. expuls. l. I.

La distension de l'artère et sa contraction ayant des usages différents, doivent aussi avoir différentes significations ; l'usage de la contraction étant d'expulser l'excrément fuligineux provenu de l'adustion du sang, il s'ensuit que lorsqu'on la trouvera vite, grande, etc. on pourra présumer qu'il y a beaucoup d'excrément ; c'est pour cela qu'on l'observe telle, dans les fièvres putrides, dans les dartres rongeantes dans les enfants, dans ceux qui mangent de mauvais aliments, etc. mais il faut être bien exercé à tâter le pouls pour sentir cette contraction ; ceux, dit Galien, qui, par défaut d'habitude, ne peuvent pas l'apercevoir, traitent, ce qu'on en dit, de verbiage inutile, inanem loquacitatem ; la distension servant à rafraichir le sang dénotera lorsqu'elle augmentera en grandeur, en vitesse, en fréquence, l'excès de la chaleur ; les variétés et les inégalités qui se trouveront dans l'une et l'autre, signifieront ou la surabondance de chaleur, ou l'accumulation d'excréments fuligineux, suivant que la distension ou la contraction prédominera. Hérophîle s'était beaucoup étendu sur cette proportion ou sur le rythme, mais Galien se plaint de ce qu'il a plutôt donné des observations qu'une méthode rationelle, comme si les faits, quels qu'ils soient, n'étaient pas infiniment préférables à tous les plus beaux raisonnements, ils sont la véritable richesse du philosophe-médecin, et le plus sur guide pour le praticien : mais Galien, raisonneur impitoyable et intéressé par-là même à penser autrement, lui reproche de n'avoir débité là-dessus que des absurdités, des erreurs et des confusions.

Les pouls inégaux indiquent toujours une faiblesse de la faculté absolue ou relative ; absolue, si le pouls est en même temps faible et petit ; relative, s'il est grand et fort, alors la quantité des humeurs, la compression des artères, leurs obstructions sont annoncées ; celui qui marque, suivant lui, le plus de faiblesse, c'est le pouls qui manque tout à fait, savoir l'intermittent ; c'est aussi un des signes les plus fâcheux, il est plus à craindre que les pouls les plus irréguliers, mais continus. Pour le prouver, Galien n'a pas recours à des observations, mais à une comparaison qu'il fait du pouls régulier à la santé, du pouls irrégulier à la maladie, et enfin du pouls intermittent à la mort : il remarque cependant que les vieillards, les enfants et les femmes sont moins en danger avec ce pouls que les jeunes gens. Le pouls rare ne diffère de l'intermittent que par le degré, aussi n'est-il guère moins funeste que lui. Le pouls intermittent, dans une seule pulsation, est encore plus mauvais que l'autre, parce qu'il dénote une extrême faiblesse, ou des obstacles assez grands pour empêcher le mouvement des artères dans chaque pulsation ; au lieu que dans l'intermittent pris collectivement, les obstacles n'interceptent qu'une quatrième pulsation, par exemple, ou une vingtième, etc. Les pouls intercurrents et fréquents, opposés aux intermittens et aux rares, sont regardés comme plus dangereux par Archigène, parce que le fréquent accompagne ou précède ordinairement les syncopes, et l'intercurrent se rencontre dans certaines péripneumonies et autres fièvres de mauvais caractère. Galien croit au contraire qu'ils sont plus favorables ; l'intermittent et l'intercurrent ont cela de commun, dit-il, qu'ils sont produits par une faculté chargée et fatiguée par des obstacles ; mais celui-ci montre que la faculté est forte, résiste et combat ; souvent il précède la crise ; celui-là au contraire indique que la faculté est opprimée et vaincue par les obstacles ; il avoue que toutes les extrémités, excepté la véhémence, sont vicieuses et d'un mauvais augure, mais il prétend que le très-rare est plus fâcheux que le très-fréquent. Voici comment il établit le degré de danger que chaque pouls égal fait craindre ; d'abord il met comme le plus dangereux le pouls très-languissant, 2° le très-lent, 3° le très-rare, 4° le très-petit, 5°. le très-mol, 6° le très-dur, 7° le très-fréquent, 8° le très-vite, 9° le très-grand.

Les pouls dicrotes, caprisans, vibrés, indiquent l'intempérie des artères ou du cœur, qui est, comme nous l'avons dit, la principale cause du dicrotisme, quelquefois aussi la différente température des humeurs dans différentes portions d'artère, il arrive alors qu'il y a collection d'excréments fuligineux et beaucoup de chaleur ; la première cause exige l'augmentation des contractions, l'autre la vitesse et la grandeur des distensions, de façon que ces deux mouvements se combattent et tâchent, s'il est permis de s'exprimer ainsi, d'empiéter l'un sur l'autre ; à peine la distension est-elle commencée, que la contraction veut se faire, elle interrompt la distension ; mais si la chaleur est très-forte, elle obligera la distension de recommencer, et de-là les deux coups dans l'espace de temps où il devrait n'y en avoir qu'un. Le pouls vibré est pour l'ordinaire très-critique.

Le pouls ondulant indique la mollesse des artères et la faculté médiocrement forte ; il est alors rare, lent et grand, si en même temps il devient haut et fort, et surtout si, suivant la remarque de Struthius, un des commentateurs de Galien, il y a plusieurs pulsations élevées et grandes, il annonce une sueur critique. Ce pouls s'observe dans les maladies humides, pituiteuses, dans les léthargies, les fièvres quotidiennes halitueuses, dans l'anasarque qui n'est pas produit par le skirrhe ; il dénote d'autant plus surement la sueur critique, qu'il est plus mol, plus fort et plus égal, et que les autres signes de coction concourent. Le pouls vermiculaire désigne la faiblesse de la faculté et la mollesse de l'artère, il procede et accompagne les mauvaises sueurs, les fleurs blanches, et les grandes évacuations sanguines et séreuses ; ce que Galien dit sur ce pouls mérite une extrême attention.

Les pouls décurtés, miures, inégaux manquans, réciproques manquans, innuents et circumnuents, indiquent la cause qui les produit, savoir la faiblesse de la faculté : quelques médecins ont prétendu trouver dans une espèce de pouls miure renversé, dans lequel la première pulsation est la plus petite, et les suivantes vont toujours en augmentant, beaucoup de signification. Galien croit qu'il ne dépend que de la formation naturelle de l'artère ; il y a aussi un pouls auquel on avait fait attention, et que Galien croit ne dépendre que de la dureté de l'artère, c'est le pouls qu'on pourrait appeler triangulaire, parce que la pulsation a en s'élevant la forme d'un triangle dont la pointe Ve frapper le doigt.

Les pouls bien réglés sont en général préférables aux irréguliers, cependant ceux-ci ne laissent pas d'avoir de grands avantages, ils annoncent dans les maladies une terminaison en bien ou en mal. Si le pouls est irrégulier, et en même temps fort et qu'il y ait eu des signes de coction précédents, c'est un signe de crise prochaine ; dans ce cas l'ordre constant qui dénote une tranquillité infructueuse et nuisible, est moins avantageux que l'irrégularité.

Pour déterminer par le pouls quelles sont les parties affectées, et quelle est l'espèce d'affection, Galien entre dans le détail des différentes maladies ou intempéries qui en sont la base, et parcourt successivement toutes les parties du corps : les seules intempéries du cœur et des artères, dit-il, peuvent changer l'état du pouls, et les autres parties ne l'altèrent que par leur action sur le cœur et les artères, qui est en raison de leur voisinage du cœur, de la grosseur des vaisseaux qu'ils reçoivent, de la dureté et de la sensibilité des nerfs qui entrent dans leur composition.

Les intempéries sont simples ou composées, voyez ce mot ; les simples au nombre de quatre sont la chaleur, le froid, la sécheresse et l'humidité ; de la combinaison de ces quatre, il en résulte quatre autres composées qu'on appelle plus communément tempérament, voyez ce mot ; savoir le chaud et le sec, le chaud et l'humide, le froid et le sec, le froid et l'humide, etc. On peut voir par ce que nous avons dit plus haut, quels sont les pouls propres à chaque intempérie et tempérament ; mais il peut arriver que le cœur soit chaud, par exemple, et les artères froides ; si l'excès de part et d'autre est égal, le pouls est modéré ; mais si on applique la main sur le cœur et sur une artère, on sentira de la différence dans la grandeur, la vitesse et la fréquence des pulsations. Cette différence sera quelquefois sensible d'une portion d'artère à l'autre, c'est ce qui s'observe dans les fièvres lypiries, malignes, pestilentielles, etc. Ce pouls est dans ce cas un très-mauvais signe, mais qui trompe les inexpérimentés. Les fièvres qui sont des affections du cœur font varier le pouls, suivant leur nature, et sont indiquées par ses différents caractères. Galien en distingue trois espèces, la diaire, l'hectique et la putride. Il assure que dans la diaire, le pouls est toujours plus grand, plus vite et plus fréquent ; les hectiques ont le pouls encore plus vite ; il en est de même des putrides. Galien dit qu'une fréquente expérience lui a appris que le signe le plus infaillible de ces fièvres était la vitesse des contractions au commencement de l'accès, ce signe est sensible à ceux qui ont le tact fin et exercé. Le pouls des inflammations est toujours dur.

Lorsque les poumons sont affectés, ils communiquent promptement leur altération au cœur, et ne tardent pas à faire impression sur le pouls ; leur intempérie chaude le fait grand, vite et fréquent ; l'humide les fait mous, etc. Il en est de même des autres viscères, lorsque les parties membraneuses tendues, comme la plèvre, le diaphragme, la vessie seront affectées, le pouls sera toujours plus dur. On peut, dans le système de Galien, se faire une idée en suivant la règle établie plus haut, de tous les pouls qui accompagneront l'affection des différentes parties du corps ; il ne faut pas oublier que l'idée qu'on s'en formera ne sera jamais qu'une idée plus ou moins éloignée de la réalité ; mais si l'affection se trouve dans des parties dénuées de vaisseaux, elles exciteront des symptômes nerveux, des convulsions ; il faut que les vaisseaux soient attaqués pour produire la fièvre.

Galien regarde le pouls comme un signe très-important pour le pronostic des maladies ; cependant il passe rapidement sur cette partie intéressante, qui fournit peu au raisonnement, et que l'observation seule peut établir et confirmer. Le pronostic roule sur ces trois points principaux ; quelle sera l'issue de la maladie, dans quel temps elle aura lieu, et comment, par quelle voie elle se fera. La décision de ces trois questions est fondée sur la connaissance qu'on a de la nature de la maladie et de la force de la faculté, connaissance qu'on peut obtenir par le pouls. Le pouls faible, languissant, petit, inégal indique la faiblesse absolue de la faculté ; lorsqu'il est alternativement fort et faible, c'est un signe que la faiblesse n'est que respective ; c'est-à-dire que la faculté est forte, mais chargée, alors le pronostic est moins fâcheux : à cette inégalité de force se joignent pour l'ordinaire les inégalités en grandeur, en vitesse, en fréquence ; l'excès des pulsations fortes, grandes, sur les pulsations faibles, petites, etc. marque l'empire de la faculté sur l'abondance des humeurs, et annonce le combat et la victoire, c'est-à-dire une crise favorable ; elle est prochaine lorsque les pouls inégaux et petits augmentent en force et en grandeur ; lorsque les miures décurtés remontent vite et considérablement, la crise est toujours plus décisive et plus complete ; lorsque les pouls ont été inégaux et irréguliers avant d'être égaux, réglés, grands et forts ; dans le temps que se fait la crise, le pouls doit être fort et bien élevé ; les évacuations qui ne sont pas accompagnées et précédées de ces pouls sont toujours mauvaises. La vitesse de la contraction est nécessaire, dit Galien, parce que contractio excernit, l'excrétion est un effet de la contraction ; mais cette vitesse doit être modérée, sans quoi le pouls serait mauvais et acritique. On peut distinguer, relativement aux modifications du pouls, deux couloirs généraux pour les évacuations critiques, l'un externe et l'autre intérieur : au premier se rapportent les sueurs et les hémorrhagies ; ces excrétions font le pouls plus grand et plus élevé ; celles qui se font par les organes internes sont le vomissement et la diarrhée, le pouls qui les annonce et qui les détermine est moins grand et comme rentrant. Outre ces caractères généraux, chaque excrétion a, suivant lui, un pouls particulier, le pouls ondulant et celui de la sueur ; le pouls haut et vibrosus, fort analogue au dicrote, annonce les hémorrhagies par la matrice, les veines hémorroïdales et par le nez ; le pouls ondulant dur est le signe du vomissement. Le pouls devient souvent inégal dans plusieurs crises, et lorsqu'elles se font difficilement, et surtout lorsqu'il se prépare quelque évacuation bilieuse : multo vero magis ubi humores biliosi ad ventrem confluant. Synop. cap. lxxx. Avicenne a prétendu que le pouls petit dénotait les crises par les selles. Lorsque le pouls, après avoir resté inégal dans les maladies pituiteuses, devient tout-à-coup véhément, il pronostique la terminaison de la maladie par un abcès, surtout dans un âge, un tempérament, une saison et un climat froid. Au reste, Galien avertit soigneusement qu'il faut dans la prédiction des crises joindre aux connaissances qu'on tire de l'état du pouls les lumières que peuvent fournir les autres signes examinés avec attention.

Tel est le système des anciens sur le pouls ; telle est surtout la doctrine de Galien adoptée sur sa parole par un grand nombre de médecins illustres jusqu'au quinzième et même au seizième siècle, souvent commentée et prétendue prouvée par de longs et obscurs raisonnements, jamais illustrée par aucune bonne observation. Comme Galien avait poussé jusqu'au bout les divisions et subdivisions du pouls, aucun de ses sectateurs n'a pu enchérir sur lui. Struthius un de ses commentateurs, dont l'ouvrage a resté douze cent ans perdu, ajoute seulement une description du pouls de l'amour, que Galien avait omise de propos délibéré, assurant que l'amour n'avait point de pouls particulier, et différent de celui d'un esprit agité. Struthius assure qu'il est toujours inégal, anonyme ; (c'est ainsi qu'il appelle le pouls dont les inégalités ne sont point déterminées, et n'ont point de nom propre) et irrégulier, et qu'il l'a trouvé ainsi dans une femme mariée qui avait un amant ; toutes les fois qu'on lui en parlait, le pouls prenait ce caractère ; ce qui revient aux pouls des passions, conformément aux observations rapportées plus haut d'Erasistrate et de Galien. Quoique cet auteur soit galéniste décidé, il ne laisse pas de critiquer quelquefois son maître. Son ouvrage mérite d'être lu ; il porte ce titre : sphigmicae artis, à 1200 perditae et desiderat. libr. V. en 1555. On peut aussi consulter le traité particulier de Francis. Vallerius, Médecin de Philippe le Grand, roi d'Espagne : pulsib. libell. Padoue 1591. de Camillus Thesaurus de Corneto : de puls. opus absolutiss. lib. VI. Neapol. 1594. L'excellent ouvrage de Prosper Alpin, de praesagiend. vit. et mort. lib. VII. Patav. 1601, un des derniers qui ait suivi le système de Galien, et peut-être celui de tous qui l'a le mieux développé. L'extrait qu'en a donné M. le Clerc dans son histoire de la Médecine, est trop abrégé et très-incomplet. (Histoire de la Médec. liv. III. chap. III. et part. 3.)

Réflexions sur la doctrine de Galien. 1°. Sur les différences. Il est impossible de ne pas s'apercevoir que la plus grande partie des différences que Galien établit, ne soit plutôt le fruit de son imagination et de son calcul que de ses observations ; l'esprit de division auquel il s'est laissé aller, l'a sans doute emporté trop loin, il a souvent donné ses idées pour des réalités, détaillant plutôt ce que le pouls pouvait être, que ce qu'il était en effet. Il ne dit pas j'ai observé un tel pouls, je l'ai Ve varier de telle ou telle façon, il blâme au contraire ceux qui, comme Hérophile, n'ont donné que des observations sans ordre, sans méthode et sans raisonnement ; mais voici comme il s'énonce : le pouls étant un mouvement, il doit donc varier de la même manière que les autres espèces de mouvement ; mais ce mouvement peut se considérer dans un seul pouls, c'est-à-dire, une seule pulsation, ou bien dans plusieurs ; de la double variation, de la distinction entre la vitesse et la fréquence, entre l'inégalité d'une seule pulsation, et l'inégalité collective, etc. Le pouls étant composé de deux mouvements, l'un de systole ou de contraction, et l'autre de diastole ou de distension, doit fournir de nouvelles différences, par rapport à la promptitude avec laquelle ces mouvements se succéderont, à la manière dont ils se succéderont, à l'ordre, la proportion qu'ils observeront, à la quantité de distension ou de contraction, etc. Il peut arriver que ces caractères se combinent ensemble ; alors quel nombre prodigieux de différences n'en peut-il pas résulter ? Galien a suivi ce détail avec la dernière exactitude, et une extrême subtilité, et a par ce moyen multiplié les caractères du pouls ; de façon, comme il dit lui-même, que la vie de l'homme suffit à peine pour en prendre une entière connaissance. On conçoit bien la possibilité de toutes ces différences, mais on ne les observe pas ; elles éludent le tact le plus fin et le plus habitué ; Galien ne dit pas lui-même les avoir aperçues. Cependant il faut bien se garder d'englober dans la même condamnation toutes les différences qu'il a établies ; mais comme on est assuré que la plupart sont arbitraires, on ne doit les admettre que d'après sa propre expérience. Il y a lieu de penser, et il est même certain, que plusieurs pouls décrits par Galien, sont conformes à l'observation. On sait que la haute réputation qu'il avait à Rome, lui venait principalement de son habileté dans le pronostic, et de ses connaissances sur le pouls. D'ailleurs les observations postérieures ont confirmé, comme nous le verrons plus bas, une partie de sa doctrine. On peut jusqu'à un certain point, déterminer ce qu'il y a de réel ou d'idéal dans ses descriptions, par ce principe ; que les pouls qui ne naissent point de ses divisions, et qui n'entrent qu'avec peine dans ses classes, doivent leur origine à l'observation ; tels sont les dicrotes, les caprisans, les miures, les ondulants, les vermiculaires, les formicans, et même les intermittens. 2°. Les pouls simples, soit égaux, soit inégaux, sont aussi observés : quant aux combinaisons et aux subdivisions minutieuses, elles décelent ouvertement l'opération de l'esprit, et le travail du cabinet ; on peut sans risque refuser de les croire et les négliger. Les Mécaniciens dont nous parlerons dans un moment, aussi méthodistes que Galien, plus théoriciens et moins observateurs que lui, ont dans la détermination du pouls, suivi une route contraire, admettant ceux qu'ils voyaient découler de leurs principes, et qu'ils pouvaient expliquer, et traitant de chimériques ceux dont ils ne concevaient pas l'origine et la formation ; aussi se sont-ils particulièrement déchainés contre cette nomenclature de Galien.

3°. Sur les causes du pouls. La doctrine de Galien sur cette partie, est très-obscure, et parait absurde et extraordinaire par l'ignorance où nous sommes de sa langue. Chaque âge, chaque pays, et chaque climat même non-seulement a un idiome différent, mais aussi une façon particulière d'exprimer souvent les mêmes idées, un tour de phrase singulier ; et c'est souvent faute d'entendre ce langage que nous condamnons légèrement des choses que nous approuvons sous d'autres termes.

La faculté que Galien fait inhérente aux parois des artères, parait très-naturelle ; elle eut été appelée par les Stahliens, nature ou âme ; élasticité simplement par les Mécaniciens, et irritabilité ou contractilité par d'autres. L'usage que Galien regarde comme une seconde cause de la génération du pouls, est un mot qui exprimerait à merveille dans le langage des animistes, le motif qui détermine leur âme ouvrière à faire et à varier le pouls suivant le besoin. Quant à son excrément fuligineux né de l'adustion du sang qui choque d'abord les oreilles ; lorsqu'on l'examine, on voit que ce n'est autre chose que ce que les modernes appellent matière de secrétions, superflus de la nourriture, humeurs excrémenticielles, etc. noms aussi vagues et indéterminés. Et il ne s'éloigne pas de la vérité, lorsqu'il dit que l'usage de la contraction étant d'expulser, elle doit augmenter en fréquence, en vitesse, en grandeur, lorsqu'il s'est accumulé. Les modernes ne disent-ils pas que la même chose arrive, ou qu'il y a fièvre, lorsque les excrétions sont supprimées, lorsqu'elles ne se font pas bien, que le sang est altéré, que les extrémités artérielles sont obstruées ? etc. Les explications qu'il donne des différents pouls, sont quelquefois assez naturelles ; nous ne dissimulerons pas, que pour suivre les divisions qu'il a établies dans le premier livre, il est obligé d'entrer dans des détails aussi minutieux, et d'imaginer des choses qui ne sont pas moins chimériques. Pour ce qui regarde les changements qui arrivent au pouls par l'action des causes extérieures ou accidentelles, ce sont des choses que l'observation seule peut décider. Nous ne nierons pas que quelques-uns paraissent évidemment une suite de son système, et plutôt imaginés qu'observés. Nous avertirons en même temps que nous avons fait quelques observations qui sont favorables à ce qu'il avance, nous en avons rapporté une plus haut ; c'est en suivant la même route qu'on pourrait vérifier entièrement des points aussi importants.

4°. Sur les présages. Ce que nous avons dit sur les différences, et sur les causes du pouls, est aussi appliquable aux présages qu'on doit ou qu'on peut en tirer dans le système de Galien : le même minutieux, le même arbitraire règne ici. On prétend des modifications du pouls données, remonter à la connaissance des causes, ou parvenir à déterminer l'état actuel ou futur de la maladie ; et c'est toujours en conséquence des principes établis et censés vrais, et des différences supposées ; mais un édifice construit sur des fondements aussi peu certains, peut-il être solide ? Il n'est souvent pas même brillant. Cependant par la raison qu'il y a des différences réelles et des causes assez naturelles, il doit y avoir des présages justes et assurés. Il est certain, par exemple, que le pouls languissant est un effet et un signe nullement équivoque de la faiblesse de la faculté. La dureté du pouls indique bien évidemment la dureté de l'artère, d'où l'on peut remonter assez surement à la connaissance d'une inflammation dans des parties membraneuses tendues, ou de quelque affection spasmodique, etc. La partie du pronostic semble n'être qu'un extrait de l'observation. Galien détaille avec beaucoup de justesse quelques pouls critiques, et dans ces chapitres il ne se permet aucun raisonnement ; il ne pense pas à donner l'explication des différences de ces pouls, il ne donne que des faits, que des observations ultérieures ont étendu et confirmé ; quelles lumières n'aurions-nous pas tiré de ces ouvrages, s'il ne se fût jamais écarté de cette route ; et même dans ce qu'il a fait, quel champ vaste et fécond n'a-t-il pas ouvert aux observateurs ? Mais leur paresse, leur ignorance, ou leur mauvaise foi, l'a laissé inculte et sterîle pendant plus de six cent ans. Encore est-ce le hasard, qui après un si long espace de temps, a réveillé l'attention des Médecins ?

Doctrine des Mécaniciens sur le pouls. Bellini est un des premiers et des plus célèbres auteurs qui ait consideré le pouls mécaniquement. (Laurent. Bellin. de urinâ pulsib. et opuscul. practic.) Hoffman a suivi son système, et a prétendu prouver dans une dissertation particulière, que le pouls de voit être assujetti aux règles de la mécanique. (De puls. natur. et gemin. diffèrent. et usu in praest. tom. V I. vol. iv.) Boerhaave, et tous ses sectateurs, tous les médecins qui ont embrassé la théorie vulgaire, fondée sur la fameuse circulation du sang mal conçue et trop généralisée, et sur les lois insuffisantes de la mécanique inorganique ; tous ces médecins, dis-je, qui font encore le parti le plus nombreux, et presque dominant dans les écoles, ont adopté leurs opinions sur le pouls. Ils font peu d'usage de ce signe, l'examinent sans attention, et n'en tirent que peu de connaissances et très-incertaines ; mais en revanche ils en font un objet important de leurs dissertations, de leurs disputes et de leurs calculs. Ils le soumettent aux analyses mathématiques, et s'occupent beaucoup plus à en déterminer géométriquement et la force et les causes, qu'à saisir comme il faut ses différences, et en évaluer au juste les significations. Voici à quoi se réduit leur doctrine.

1°. Sur les différences. Ils appellent avec Galien, pouls, le double mouvement de systole et de diastole que l'on aperçoit au cœur, et principalement aux artères. Ils regardent comme le fruit d'une oisive subtilité, toutes les divisions minutieuses que Galien a détaillées avec tant d'exactitude ; ils rejettent aussi hardiment, mais avec moins de raison, les différentes espèces de pouls, désignées par les noms des choses avec lesquelles on a cru leur trouver quelque ressemblance, comme les myures, ondulants, discrotes, caprisans, &e. ils se moquent de ces comparaisons inexactes, de ces images grossières et de ces noms bizarres ; mais pourquoi tâchent-ils de jeter un ridicule sur ces pouls ? C'est qu'ils ne peuvent pas en démontrer la fausseté, et qu'ils ne peuvent cependant pas les admettre, parce qu'ils ne s'accordent pas avec leur règle, qu'ils sont inexplicables dans leur théorie, et qu'ils choquent, embarrassent et arrêtent la marche de leurs calculs, qui exigent nécessairement une certaine uniformité : des pouls décrits par Galien, ils n'ont conservé que ceux qu'ils ont cru se plier commodément à leur système, dont les explications leur ont paru assez naturelles, et qui d'ailleurs pouvaient se calculer aisément. Tels sont les pouls forts et faibles, fréquents et rares, grands et petits, durs et mols, égaux et inégaux, et l'intermittent. Ces différences sont fort simples, faciles à observer, et paraissent au premier coup d'oeil assez significatives. Dans les idées qu'ils attachent à ces pouls, ils ne diffèrent de Galien que dans ce qui regarde le pouls rare et fréquent, par lesquels ils pensent exprimer, non-seulement les pouls où les pulsations se succedent avec beaucoup ou peu de promptitude, mais encore ceux où les pulsations s'élèvent et s'abaissent vite ou lentement, de façon qu'ils confondent assez ordinairement la vitesse et la fréquence, la rareté et la lenteur, croyant que l'une ne saurait exister sans l'autre. " La vitesse des pulsations, dit Sylvius de le Boe, peut aisément se concevoir, mais elle ne saurait s'observer. " L'espace " de temps, ajoute Bellini, que l'artère emploie pour s'élever dans l'état naturel, est si court, qu'il n'est pas possible qu'on puisse le distinguer au tact ; il sera encore moins sensible dans l'état contre-nature. " (de pulsib. pag. 65.) Frédéric Hoffman, et quelques autres, ont cru que le pouls fort n'était pas bien différent du vite ; mais cette idée n'est pas juste et n'est pas suivie.

2°. Causes du pouls. Tous les Mécaniciens s'accordent à regarder le mouvement ou la circulation du sang, comme la vraie et première cause du pouls ; mais ils ne parlent que du pouls ou battement des artères. Celui du cœur, qu'on appelle plus communément le mouvement du cœur, est produit par d'autres causes. Voyez COEUR, CIRCULATION, DIASTOLE, SYSTOLE. Ils supposent donc le cœur deja mis en jeu par un autre mobile, se contractant et se dilatant alternativement, tantôt envoyant le sang dans les artères, et tantôt le recevant des veines ; cela posé, voici comme ils raisonnent : le sang poussé avec plus ou moins d'impétuosité par la contraction des ventricules dans les artères, y trouve nécessairement de la résistance ; son mouvement devenant moindre, et étant empêché, suivant l'axe de l'artère, doit augmenter par les côtés, semblable à une rivière qui déborde, s'étend sur le rivage, et frappe les corps qu'elle rencontre sur les côtés, lorsqu'elle trouve quelque obstacle qui empêche la liberté de son cours. Le sang poussé dans les artères, éprouve de la résistance de la part de celui qui précède, dont la vitesse diminue toujours à mesure qu'il s'éloigne du cœur, à cause de la division des artères, de la multiplication des branches qui fait augmenter les surfaces dans une plus grande proportion que les capacités, et rend par-là les frottements beaucoup plus considérables. Qu'on se représente deux ou plusieurs cylindres d'argille molle, mus suivant la même direction, avec une vitesse inégale, de façon que le second en ait plus que l'autre, lorsque ces deux cylindres s'atteindront, il y aura un choc qui sera à leurs extrémités voisines, un aplatissement plus ou moins considérable suivant la force du choc ; le diamètre augmentera, leur circonférence sera plus grande, et il se formera une espèce de bourlet. Si ces deux cylindres étaient contenus dans un étui souple et flexible, ils se dilateraient dans cette partie, et formeraient un renflement. Appliquons maintenant cela au sang, poussé à différentes reprises dans les artères ; concevons-en deux jets envoyés par deux contractions différentes, le premier aura parcouru une certaine portion d'artère dans le temps que le second commence à y entrer ; mais sa vitesse diminuant, il sera bien-tôt atteint par le second, auquel il opposera de la résistance. Il y aura un choc dont la force sera mesurée par le carré de l'excès de vitesse du second jet sur le premier ; par conséquent reflux vers les parois de l'artère, qui étant molles et dilatables, seront poussées en dehors, et feront le mouvement de diastole. On peut imaginer la même chose, le même mécanisme dans toutes les portions de l'artère, et on aura l'idée de la dilatation de l'artère, première partie et la plus sensible du pouls. Mais en même temps que les jets postérieurs choquent ceux qui les précèdent, ils leur communiquent une partie de leur vitesse, par conséquent les degrés sont moins inégaux, et ils doivent nécessairement diminuer, et se rapprocher davantage, à mesure que le sang fait du chemin, et qu'il parvient aux petites artérioles ; enfin les vitesses doivent être égales. Alors plus de résistance, plus de choc, plus de reflux vers les côtés, et plus de dilatation. Il me parait qu'on pourrait tirer de-là une explication assez satisfaisante dans ce système de la diminution dans la force et la grandeur du pouls, dans les petits rameaux artériels, et enfin du défaut total dans les artères capillaires et dans les veines ; phénomène qui avait jusqu'à présent paru inexplicable par les mauvaises raisons qu'on en a données. Voyez ARTERES.

Lorsque les parois de l'artère ont été distendues à un certain point par l'effort du sang, cette cause venant à cesser avec la contraction du cœur qui fait place à sa dilatation, leur élasticité qui avait augmenté par la tension, a son effet ; le sang s'écoule pour remplacer les vides que fait celui qui se décharge des veines et des oreillettes dans les ventricules dilatés. Les parois ni repoussés, ni même soutenus, obéissent à son effort ; ils se rapprochent mutuellement, et paraissent s'enfoncer sous le doigt qui tâte : c'est ce qu'on appelle contraction ou systole. Voyez ce mot. Une nouvelle contraction du cœur donne naissance à une seconde dilatation des artères, que suit bien-tôt après une autre contraction, pendant que le cœur se dilate de nouveau. Cette suite de dilatations et de contractions n'est autre chose que le pouls.

La même cause qui produit le pouls, le fait varier ; les changements qui arrivent dans les contractions des ventricules, et en particulier du ventricule gauche, se manifestent par les dilatations des artères. Le sang peut entrer plus ou moins abondamment dans les artères, y être poussé fréquemment ou rarement, avec plus ou moins de force. Les contractions du cœur peuvent être uniformes ou variables, tantôt plus vives, tantôt plus faibles, plus lentes ou plus rapides, séparées par des intervalles égaux ou inégaux. D'ailleurs le tissu des artères peut être plus ou moins dense, plus lâche, ou plus ferme ; les obstacles qui se présentent aux extrémités capillaires, ou dans le cœur, peuvent varier : enfin le sang peut être en plus ou moins grande quantité, plus ou moins aqueux, etc. Toutes ces causes peuvent apporter de grands changements dans la grandeur, la force, la vitesse, l'uniformité, l'égalité, la dureté et la plénitude du pouls.

Les causes des contractions du cœur sont l'abord du sang et l'influx des esprits animaux dans les ventricules ; à quoi Bellini ajoute fort inutilement et mal-à-propos l'entrée du sang dans les artères coronaires. Si la quantité et la qualité du sang et des esprits animaux sont légitimes, les contractions du cœur seront grandes et fortes ; la dilatation des artères y répondra ; pour que le pouls soit grand il faut que la souplesse des parois artérielles et la liberté de la circulation y concourent. Le pouls peut être fort avec la dureté ; il suppose aussi toujours une resistance plus considérable, une certaine gêne dans les extrémités des artères ; alors l'excès de vitesse du second jet sur le premier est plus grand, le choc plus fort, le reflux et l'effort sur les parois plus sensible, et le pouls plus véhément. La quantité et la qualité du sang étant altérées, les esprits animaux viciés rendront les contractions du cœur plus petites et plus faibles, et feront sur le pouls les mêmes altérations. La dureté de l'artère suffit pour en empêcher la grandeur ; et le mouvement suivant l'axe trop libre, le rend faible, comme il arrive dans les hémorrhagies et dans ceux qui ont le sang dissous et privé, comme dit Hoffman, de la substance spiritueuse, expansive, élastique, qui lui donne du ton, et qui sert à élever les parois de l'artère avec vigueur. La fréquence du pouls est produite par la vitesse de la circulation qui suppose un influx plus rapide du fluide nerveux dans le tissu des ventricules, et le retour plus prompt du sang dans leurs cavités. 1°. Le fluide nerveux sera sollicité et comme appelé plus abondamment et plus vite par un sang bouillant, enflammé, âcre, qui irritera les parois sensibles des ventricules. 2°. Le sang abordera plus promptement au cœur, si les extrémités artérielles sont obstruées ; parce qu'alors il prendra pour y retourner un chemin plus court, se détournant de ces artères pour passer par les collatérales, dont le diamètre est plus grand ; il arrivera pour lors que ces artères libres seront obligées de transmettre une plus grande quantité de sang qu'auparavant, et dans le même temps ; il faudra donc pour subvenir à cette augmentation de masse, que sa vitesse augmente, comme il arrive aux fleuves qui coulent avec plus de rapidité lorsque leur lit est resserré. Cette explication de la fréquence du pouls, toute absurde qu'elle est, et contraire aux lois les plus simples de la mécanique, forme la base de la fameuse théorie des fiévres et de l'inflammation. Voyez FIEVRE et INFLAMMATION. C'est un des dogmes les plus importants de l'aveugle machinisme. Les causes opposées, savoir un sang tranquille, froid, épais, rapide, peu de sensibilité dans le cœur et les vaisseaux, produisent le pouls lent ou rare ; car les Mécaniciens regardent ces deux noms comme synonymes ; c'est ce qu'on observe chez les vieillards, chez les jeunes chlorotiques, etc. La dureté du pouls est l'effet de la sécheresse de l'artère, ou de sa construction : la première cause a lieu dans certaines convalescences, dans la vieillesse et dans ceux qui ont fait un long et immodéré usage du vin et des liqueurs ardentes aromatiques ; le resserrement est produit par une inflammation considérable, une douleur vive, ou une affection spasmodique ; la mollesse suppose la privation de ces causes, l'excès de sérosité, l'inaction des nerfs, et une espèce d'apathie. Lorsqu'elle est poussée à un certain point, le pouls est appelé lâche ; il a pour cause la faiblesse et le relâchement des organes qui poussent le sang ou la petite quantité de ce fluide.

Le pouls égal dont les pulsations se succedent avec une force, une grandeur, et une vitesse semblables, se soutient dans cet état tant que la marche des esprits est uniforme dans les nerfs, et le cours du sang libre dans le cœur et les vaisseaux. Dès que l'action des nerfs et des organes de la circulation est troublée, le pouls devient inégal, et quelquefois manque tout à fait, ce qui dépend de la force des obstacles qui s'opposent au mouvement du sang ; ils peuvent se trouver dans le cœur et au commencement des artères ou des veines, comme les polypes, des concrétions, des ossifications, des tumeurs, des anévrismes, qui bouchent ou dilatent trop les passages du sang, troublent l'uniformité de son cours, dérangent, empêchent, et interrompent même les contractions du cœur, les affections du cerveau, le vertige, l'incube, l'apoplexie ; celles de la poitrine, les pleurésies, les asthmes, les vomiques, etc. suspendent quelquefois l'action du cœur et le cours du sang, et rendent le pouls intermittent. Les nerfs seuls agités dans diverses parties, produisent les mêmes effets : l'intermission du pouls est fréquente dans les hypochondriaques et dans les affections hystériques. Les autres espèces de pouls ne sont formées que par ces différences augmentées, diminuées, et diversement combinées ; Hoffman prétend que tous ces caractères de pouls vermiculaires, caprisans, vibratils, myures, etc. dépendent d'un état convulsif des parois de l'artère, et que le pouls intermittent est produit par l'inégalité d'un flux des esprits animaux et du mouvement du sang, et par le désordre qui se trouve alors dans la combinaison de ses principes. Il n'y a presque pas un auteur qui n'ait un sentiment différent sur la formation de ce pouls, qui n'ajoute ou qui ne retranche quelqu'absurdité des explications des autres. Bellini tranche la difficulté, et n'en parle pas ; il nie la plupart des irrégularités admises par les anciens. Dans le dicrote il peut y avoir, dit-il, beaucoup de supercherie : on n'a qu'à faire appliquer inégalement les doigts sur l'artère, et on sentira deux coups au lieu d'un ; cependant il peut arriver que ce double coup se fasse sentir, qu'il soit réel. Lorsque les extrémités artérielles sont fortement obstruées, alors le sang obligé de refluer élève l'artère deux fois de suite, et fait par-là le dicrotisme.

A ces causes, les Mécaniciens ajoutent avec les galénistes, celles qui sont extérieures ou accidentelles, comme les passions, l'âge, le tempérament, le climat, le chaud et le froid, le boire et le manger, le sommeil, l'exercice, les médicaments, etc. Ils se sont contentés de remarquer que ces causes altéraient et faisaient varier le pouls ; peu soucieux d'observer la nature de ces changements et de nous en instruire. Hoffman nous avertit seulement, après Sydenham, que l'usage des martiaux, des remèdes actifs, des sudorifiques, des huiles essentielles, animait le pouls, et en augmentait la force et la vitesse ; que les anodins, les nitreux, l'opium, les mélanges de nitre et de camphre produisaient des effets contraires. Il avertit aussi fort judicieusement de bien consulter le pouls avant d'ordonner aucun remède, parce qu'on doit s'abstenir des purgatifs forts, émétiques, de même que des préparations de pavot, qui risqueraient de procurer un sommeil éternel, si le pouls est petit, faible, et languissant ; des cordiaux, des analeptiques, des spiritueux volatils, si le pouls est fort vite et fréquent, etc. Il n'est personne qui ne sente combien pourrait être funeste l'inopportunité de ces remèdes.

3°. Présages tirés du pouls. Le pouls étant l'effet immédiat de la circulation du sang, il doit aussi en être le signe le plus assuré, et en marquer exactement toutes les variations ; d'où il doit nécessairement devenir le signe le plus universel et le plus lumineux de tous les dérangements de l'économie animale : car il est si incontestable que c'est de la circulation du sang, assure Frédéric Hoffman, et avec lui tous les circulateurs ou mécaniciens, " que dépendent la vie et la santé ; que c'est par elle que toute la machine humaine est gouvernée ; qu'on peut la regarder comme cette nature bonne et prévoyante mère, qui conserve la santé, et qui guérit les maladies. Ainsi plus le pouls est modéré et régulier, plus la nature tend directement et victorieusement à son but : plus au contraire il s'éloigne de cet état de perfection, plus la nature est faible, et plus il est à craindre qu'elle ne succombe aux obstacles qui l'oppriment. Le pouls non-seulement nous manifeste le dérangement ou la force de tout le corps, mais encore la constitution et la nature du sang, et en outre l'état des sécrétions, semblable à un pendule, dont le mouvement égal et uniforme marque surement le bon état de l'horloge dont il fait partie : le pouls décide de la nature de l'homme, la vigueur ou la faiblesse de ses fonctions, etc. ". (Freder. Hoff. dissert. de puls. natur. etc. tom. VI. pag. 241.) D'autre côté, on soutient hardiment avec le fougueux Chirac, que la circulation du sang est le seul flambeau capable de dissiper les ténèbres dont la Médecine était enveloppée ; qu'avant cette découverte, tous les Médecins étaient des aveugles et des ignorants qui marchaient à tâtons au milieu d'une nuit obscure, et sacrifiaient sans le savoir les malades à leur aveugle empirisme ; il tranche le mot, et dans l'ardeur et le délire de son enthousiasme, il dit qu'Hippocrate et Galien, privés de la clarté de ce flambeau, ne pouvaient être que des maréchaux ferrants. (Dieux, quel blasphème !) Le pouls doit faire connaître les moindres altérations dans le mouvement du sang : quel jour éclatant ce signe ne doit-il pas répandre dans la théorie et la pratique de la Médecine ? Après des éloges si pompeux, on doit s'attendre que toute la Médecine des mécaniciens soit fondée sur le pouls ; qu'elle soit désormais aussi certaine qu'elle était auparavant conjecturale ; qu'ils tirent de-là les connaissances les moins équivoques, les pronostics les plus justes, les indications les plus sures ; enfin, que le pouls soit leur boussole universelle et infaillible : point du tout, leur pratique n'est pas plus conforme à leur théorie en ce point, que dans les autres. Toutes ces vaines déclamations, bonnes dans le cabinet où elles sont enfantées, ne sont point soutenues au lit du malade ; ces médecins, presque tous routiniers, ne font qu'une légère attention au pouls, tâtent superficiellement deux ou trois pulsations, et les signes qu'ils en tirent sont très-incertains et le plus souvent fautifs. Dès que le pouls est petit, ils le croient faible, pensent que les forces sont épuisées, et donnent des cordiaux ; dès qu'il est élevé il passe pour être trop fort ; à l'instant on ordonne la saignée qu'on fait réitérer tant que le pouls persiste dans cet état. Par la fréquence on juge de la fiévre ; le pouls fréquent en est le signe pathognomonique, selon Sylvius de le Boè, (Prax. medic. lib. II. pag. 460.) suivi en cela par Etmuller, Decker, Schelhammer, Bohn, Willis, Brown, et un grand nombre d'autres médecins. Voyez FIEVRE. La dureté du pouls est un signe d'inflammation dans les maladies aiguës ; l'inégalité, et surtout l'intermittence, un signe presque toujours mortel : c'est à quoi se réduisent les connaissances que la plupart des médecins tirent du pouls. Bellini parait avoir examiné ce signe plus attentivement, partant toujours des mêmes principes, et tirant plus du raisonnement que de l'observation ; il pense cependant que l'âge, le tempérament, les passions, l'exercice, le sommeil, la veille, les saisons, les pays, les climats, le boire et le manger, faisant varier le pouls à l'infini, et chacune de ces causes le modifiant différemment ; on ne pourra reconnaître le pouls naturel, et savoir si celui qu'on tâte s'en éloigne, et de combien ; et par conséquent ce signe deviendra équivoque et trompeur. Ajoutez encore à cela, dit-il, la différente quantité de sang, et les variétés qui peuvent se trouver dans le tissu, l'épaisseur, la tension, et la capacité des artères ; (de pulsib. pag. 64.) il indique néanmoins, ou il imagine un pouls naturel qui doit servir de point de comparaison où l'on rapporte tous les autres, et qui est une espèce de taise qui en mesure les différents écarts ; ce pouls est modéré dans sa vitesse, sa force et sa durée, et toujours égal. Dans les maladies les pouls grands, forts, et pleins, sont de bon augure ; ils dénotent que la circulation est libre, et les forces encore entières ; les petits, les faibles et les vides, sont par la raison des contraires un mauvais signe ; le vite et le lent sont aussi fâcheux : l'un dénote une obstruction totale des extrémités artérielles, et l'autre stagnation, dissolution du sang, dissipation des forces, etc. Le pouls dur est à craindre, parce qu'il signifie un état convulsif, une inflammation, ou de grands embarras ; le pouls mol est encore plus funeste, marquant l'exténuation, un relâchement mortel, et enfin un épuisement absolu des forces. Le pouls rare indique l'obstruction du cerveau, défaut d'esprits animaux, et engorgement des artères coronaires par des calculs, des polypes, de la sérosité coagulée, etc. Si ces obstacles sont permanens, ils donneront lieu aux miures récurrents, intermittens, intercurrents, etc. Le pouls fréquent est un signe de la vitesse de la circulation ; on remonte par-là à la connaissance des causes qui l'ont produit. Voyez 2°. Causes. Hoffman prétend que toutes les inégalités, qui constituent les vermiculaires, tremblottants, formicans, serrés, caprisans, dénotent un état convulsif dans les parois de l'artère ; il assure, après Galien, que le pouls ondulant annonce la sueur ; mais il ne dit pas l'avoir observé. Il remarque avec raison que le pouls intermittent n'est pas toujours un signe mortel ; enfin, il veut que pour bien saisir la signification du pouls, on le tâte longtemps et à diverses reprises, et dans différentes parties, à l'exemple des Chinois ; il rappelle à ce sujet l'observation de Vanderlinde, sur un homme qui avait mal à la rate, et chez qui on sentait un battement à l'hypocondre gauche : seditionem facit lien, dit-il, pungendo pulsandoque. L'observation que rapporte Tulpius, (Centur. II. observ. XXVIII.) est tout à fait semblable ; dans le délire, ou lorsqu'il est prêt à se déclarer, les artères temporales battent très-fort. On sent aussi le même battement, suivant la remarque d'Hippocrate, dans certaines maladies qui se terminent par une hémorrhagie abondante du nez. (Coacar. praenot. cap. III. n°. 23.)

Réflexions sur la doctrine des Mécaniciens. 1°. Sur les différences ; on ne saurait refuser aux différences des pouls assignées par les Mécaniciens un caractère de simplicité qui semble les rendre plus faciles à observer, et même plus significatives ; l'ardeur avec laquelle ils ont banni toutes les espèces de pouls admises par Galien, qui avaient un air hypothétique et trop recherché, doit faire penser qu'ils ont été eux-mêmes en garde contre cet écueil ; il n'en est cependant rien ; leur prétendu zèle n'est qu'un voîle dont ils voulaient couvrir leur mépris des anciens et leur déchainement contre leurs dogmes. Ils n'ont pas montré plus de discernement dans les pouls qu'ils ont rejeté, que dans ceux qu'ils ont retenus ; guidés dans ce choix par le raisonnement et le caprice bien plus que par les lumières et l'observation, ils ont traité les pouls ondulants, dicrotes, caprisans, etc. de chimériques, par la difficulté qu'ils voyaient d'en donner des explications satisfaisantes, et de les classer méthodiquement ; cependant la plupart de ces pouls sont réellement observés ; les caractères qu'ils ont admis sont réels ; ils sont simples, mais en sont-ils pour cela plus faciles à saisir, à connaître, à déterminer, à bien évaluer ? Il est certain que le pouls est tantôt plus grand, tantôt plus petit, tantôt dur, et tantôt mol, etc. Mais comment saura-t-on que le pouls qu'on tâte participe de l'un ou l'autre de ces caractères ? Y a-t-il un point fixe au-dessous duquel le pouls soit dur, et au-dessous duquel il soit mol ? La vitesse, la grandeur, la dureté et la force, sont des qualités respectives, dont on ne peut déterminer l'excès ou le défaut, que d'après une mesure constante et invariable. Cette mesure se trouve-t-elle dans le pouls ; y a-t-il un pouls naturel, fixe, et déterminé ? Quand il existerait, l'observateur peut-il l'avoir toujours présent dans l'esprit ; ne peut-il pas s'en former des idées différentes, suivant que la finesse du tact variera, ou par d'autres circonstances ? Ne voyons-nous pas tous les jours qu'un pouls qui parait dur à un médecin, est censé mol par un autre, de même qu'un corps n'est jamais trouvé par plusieurs personnes avoir le même degré de chaleur ; d'ailleurs, toutes ces qualités, comme l'a judicieusement observé Bellini, ne varient-elles pas suivant l'âge, le tempérament, le climat, la disposition du corps, etc. Dans l'état de santé, la mollesse et la dureté, la fréquence et la vitesse, n'ont elles pas des degrés différents ? La fréquence du pouls, comme l'a observé un auteur célèbre, aussi illustré par ses lumières et ses écrits que par son rang et sa dignité, varie encore beaucoup, suivant la taille ; les personnes grandes ont le pouls plus rare que les petites ; dans les corps de six pieds il n'a compté que 60 pulsations dans une minute ; 70 dans ceux de cinq pieds ; 90 dans ceux de quatre ; et 100 dans ceux qui n'avaient que deux pieds. (Structure du cœur, par M. de Sénac, livre III. chap. VIIe part. II. page 214.) On remarque quelque chose d'assez semblable dans les grands horloges, les pendules, et les montres ; le nombre de battements augmente dans la même proportion que leur petitesse ; d'où l'on peut conclure que les différences des pouls adoptées par les Mécaniciens, ne sont pas à beaucoup près préférables à celles de Galien ; qu'on ne peut en tirer rien d'assuré, parce que leur valeur est le plus souvent arbitraire, et qu'en général elles n'expriment rien de précis et de positif.

2°. Sur les causes. L'étiologie du pouls développée dans le système des Mécaniciens parait au premier coup-d'oeil assez satisfaisante ; elle a reçu encore un nouveau relief plus imposant que son prétendu accord avec les lois de la mécanique par les calculs dont on l'a hérissée, et sous lesquels on n'a fait que l'envelopper ; il semblait qu'elle dû. participer de la vérité et de la démonstration qu'on croit inséparables des sciences mathématiques, et qui l'est effectivement lorsqu'elles sont bien appliquées. Mais il est facîle d'apercevoir par le peu de succès des savants illustres, par les erreurs grossières dans lesquelles ils sont tombés ; par leur prodigieuse variété sur le même point, (voyez les ouvrages de Keill et de Borelli, voyez aussi l'article COEUR,) que la géométrie n'est nullement applicable à la physique du corps humain ; nous pourrions joindre ici l'autorité respectable d'un célèbre mathématicien, et bien d'autres preuves qui quoique démonstratives seraient ici déplacées, parce qu'elles ne feraient rien au fond de la question ; il s'agit de savoir si en effet la circulation du sang est la cause du battement des artères ou du pouls. La décision de cette question exigerait une discussion sévère des preuves de la circulation du sang ; mais il ne nous est pas possible d'entrer dans un détail aussi long, quelque important qu'il put être, et quoiqu'il dû. servir à éclaircir des faits intéressants mal examinés ou connus et nullement constatés. Nous sommes malgré nous obligés de nous restreindre et d'élaguer souvent notre matière, nous nous contenterons d'observer, peut-être aurons nous quelqu'occasion de le démontrer ailleurs, que l'on se fait une idée très-incomplete et très-fausse de la circulation du sang, si on se la représente comme un simple mouvement progressif, toujours direct, toujours uniforme, par lequel le sang est porté du cœur dans les artères, de-là dans les veines, d'où il revient de nouveau dans le cœur ; pour en trouver soi-même la preuve il faut avoir recours à un moyen sur et lumineux, c'est l'observation exacte, assidue et réfléchie des phénomènes de l'économie animale dans l'homme sain et malade, et cesser de s'en tenir simplement à des expériences fautives, peu décisives et mal évaluées. Voyez INFLAMMATION, ÉCONOMIE ANIMALE, et la suite de cet article.

En second lieu, il est certain qu'il y a un mouvement progressif dans le sang, quel qu'il sait, de quelle manière qu'il s'exécute, quelles qu'en soient les causes, le mécanisme et les variétés ; mais admettons le pour un mouvement aussi uniforme que les Mécaniciens, il en résultera, 1°. qu'en le regardant comme la cause du battement des artères, on prend évidemment la cause pour l'effet ; qu'il est beaucoup plus naturel de croire que le mouvement du sang est dû à l'action des artères, que d'attribuer cette action au mouvement du sang ; 2°. que dans cette idée on fait des artères un instrument passif, sans ton, sans force, et sans vie, bien différent en un mot de ce qu'elles sont effectivement ; on multiplie prodigieusement les resistances opposées à la circulation, puisqu'alors non-seulement le sang a à surmonter les obstacles qui viennent des frottements immenses, mais encore une partie de sa force est employée à soulever, à distendre, et à dilater les parois resserrés et contractés des artères ; 3°. l'expérience de Galien que nous avons rapportée plus haut est absolument contraire à cette opinion, elle prouve incontestablement que les artères ne se dilatent pas, parce qu'elles reçoivent du sang comme de simples outres, mais qu'elles reçoivent du sang, parce qu'elles se dilatent comme des soufflets qui ont une action propre ou dépendante d'une cause extérieure ; si l'on applique ce système à différents phénomènes, par exemple, à la variété du pouls des deux côtés, aux pulsations vives des parties enflammées où le sang est censé en repos, si surtout on essayait de le plier aux nouvelles observations sur le pouls dont il sera fait mention plus bas, on en sentirait de plus en plus les contradictions, l'insuffisance et la nullité ; on ne peut rien trouver de plus ridicule que l'explication qu'on donne de la fréquence du pouls, on peut voir ce que nous en avons dit à l'article INFLAMMATION ; l'étiologie du pouls intermittent et des pouls inégaux ne présente aucune idée, ce ne sont que des mots vides de sens, et ce langage quoique fort rapproché de notre temps, parait déjà plus barbare que celui des anciens ; nous finirons par cette dernière remarque qui nous parait décisive, c'est que dans les artères vides de sang on peut rappeler le double mouvement de dilatation et de contraction en irritant les parais, surtout intérieurs de l'artère, qui donnent par-là une grande preuve d'irritabilité.

3°. Sur les présages. Il n'est pas étonnant qu'avec des différences aussi vagues et une théorie aussi fausse les Mécaniciens tirent aussi peu de lumières du pouls dans le diagnostic et le pronostic des maladies, et c'est la raison pourquoi les effets répondent si peu aux éloges magnifiques mais aveugles qu'ils font de l'importance de ce signe. Ils ont raison de regarder le pouls grand et fort comme un très-bon signe dans les maladies aiguës, mais ils ont tort de tirer un mauvais présage du pouls fréquent, vite ; ce pouls est souvent très-nécessaire et aussi utîle que la fièvre dont ils le regardent comme le siège ; ils ont tort aussi de se fonder sur la fréquence du pouls pour assurer qu'il y a fièvre, parce qu'ils ont donné le nom de fièvre à bien des maladies où le pouls n'est pas fréquent, telles sont la plupart des fièvres malignes ; mais ils n'ont pas une idée plus nette et plus conforme à la vérité de la fièvre, mot si souvent répété et jamais expliqué, que du pouls. Ils se trompent davantage en prenant le pouls mol pour un signe mortel. Il n'est tel que lorsqu'il est parvenu au dernier degré de relâchement, et qu'on l'appelle lâche et vide ; quantité d'observations prouvent que le pouls modérément mou à la fin des maladies, est dans certains cas un signe très-favorable ; le pouls petit est un signe très-équivoque de faiblesse ; cette idée peut induire dans bien des erreurs. J'ai Ve souvent périr des malades réputés faibles et traités en conséquence par les cordiaux, les spiritueux, parce que le médecin ignorait qu'au commencement des maladies et dans d'autres cas le pouls est souvent enfoncé, profond, petit, etc. sans être faible, et qu'une saignée aurait relevé ce pouls, et fait avec succès l'office de cordial. De même le pouls grand fait tomber dans les mêmes fautes ceux qui le confondent avec le fort ; on saigne, on affoiblit tandis qu'il ne faudrait rien faire ou fortifier, et cependant le malade meurt victime de l'ignorance de l'empirique qui le traite. Erreur encore de la part de ces médecins, qui pensent que le pouls intermittent est un signe mortel. Nous prouverons par des faits qu'il annonce souvent la guérison prochaine ; erreur encore de la part de ceux qui regardent toutes les inégalités du pouls comme des variations bizarres dépendantes d'un défaut dans la situation, ou le tissu des artères, ou d'un état d'irritation et de spasme. Il est évident qu'ils substituent à des faits qu'ils devraient indiquer, des raisonnements vagues et purement arbitraires ; erreur encore, mais en voilà assez pour faire connaître la façon de penser de ces médecins. Nous lasserions nos lecteurs et nous les ennuyerions en les promenant ainsi d'erreurs en erreurs ; ce que nous avons dit suffit pour faire juger du reste, et pour faire conclure que les Mécaniciens n'ont aucune idée raisonnable sur le pouls, que leur système vague dans les différences, faux dans l'étiologie, est encore plus vague, plus faux, plus inutile, et même dangereux dans les présages.

Doctrine du pouls suivant la musique. Hérophîle est le premier qui ait fait attention au rapport qu'on pouvait établir entre les battements des artères et les notes de musique ; on assure que sa doctrine du pouls était fondée là-dessus ; il est aussi certain qu'il en a emprunté les mots de rythme, , ou cadence, qu'il emploie très-souvent pour indiquer les différences et l'état du pouls. Voyez RYTHME ; mais la perte de ses ouvrages et des commentaires que Galien en avait faits nous ôte les moyens de nous éclaircir sur ce point, et de satisfaire la curiosité du lecteur ; depuis lui Avicenne, Savonarola, Saxon, Fernel, et plusieurs autres médecins, s'étaient proposés de faire le parallèle des cadences de la musique avec le pouls, mais ils n'ont point exécuté leurs projets ; Samuel Hafen Refferus, médecin allemand, fit imprimer en 1601, un traité sur cette matière intitulé mono-chordon symbolico-bio-manticum ; il nous a été impossible de nous procurer cet ouvrage. Enfin M. Marquet, médecin de Nancy, donna en 1747 un essai fort abrégé, où il expose la nouvelle méthode, facîle et curieuse pour apprendre par les notes de musique à connaître le pouls de l'homme et ses différents changements, etc. Nancy 1747. La doctrine qu'il établit sur les différences, les causes et les présages du pouls n'est qu'un mélange absurde et singulier de quelques dogmes des Galénistes, des Mécaniciens, et des Chimistes : il rejette avec les Mécaniciens une grande partie des pouls adoptés par les Galénistes. " Les pouls, dit-il, qu'on appelle raboteux, ondés, résonnans, arrondis, longs, courts, pétulants, enflés, évaporés, suffoqués, solides ou massifs, dirigés à queue de souris, sont tous imaginaires (ch. xxx. ") Il admet avec Galien les pouls doubles ou directs, tremblans, défaillans, vermiculaires, fourmillans et profonds, superficiels, caprisans, convulsifs, etc. Il place les causes du pouls dans le mouvement du sang, ou dans les contractions du cœur qui sont entretenues depuis la naissance jusqu'à la mort, par le mouvement d'expiration et d'inspiration (chap. j.) " De façon, dit-il plus bas, que nous établissons le mouvement du poumon respectivement à celui du cœur pour la cause prochaine de la circulation du sang, du battement du cœur et des artères (ibid. pag. xiv. "). Les causes qui font varier le pouls, qui le rendent non naturel, dépendent de la quantité ou de la qualité du sang vivifiées, ou du défaut de proportion des vaisseaux avec le sang ; il a sur ce sujet les mêmes idées à-peu-près que les Mécaniciens, il ajoute quelquefois avec les Chimistes, pour cause des pouls inégaux, les excès réciproques des parties sulfureuses, salines, globuleuses, etc. La partie sulfureuse dégagée et abondante produit un pouls grand et véhément, la saline un pouls intermittent, la sereuse un pouls petit, faible, tardif, la globuleuse un pouls fréquent ; et lorsque ces causes se trouvent réunies et agir ensemble sur le pouls, il en resulte cette espèce de pouls que l'on appelle convulsif. Le pouls intercadent, échappé ou intermittent doit son origine à des bulles d'air qui entrent dans le sang, et qui rendent dans les endroits où elles se trouvent la dilatation de l'artère imperceptible ; qu'on juge par-là des idées, du génie et des lumières de l'auteur : les présages qu'il tire des différents pouls répondent à la certitude de sa théorie ; ils sont conformes à ceux des Mécaniciens : nous ne nous étendrons pas davantage là-dessus, et nous négligerons de faire sur cette doctrine des réflexions que tout le monde peut faire, nous nous hâtons de passer à la partie neuve et plus intéressante de son ouvrage, qui regarde la manière de tâter le pouls.

Notre auteur exige, " Que celui qui veut s'instruire de ses principes, ait au-moins quelque légère teinture de musique, afin qu'en battant la mesure réglée, il s'accoutume à connaître au juste la cadence du pouls, en la comparant à celle de la musique " ; il faut aussi supposer dans les lecteurs la connaissance des principes de cet art, pour pouvoir lire son traité et connaître la valeur des figures sous lesquelles il peint les différentes espèces de pouls. Voyez dans ce Dictionnaire les articles de musique, NOIRE, BLANCHE, CROCHE, DOUBLE-CROCHE, etc. Le pouls naturel qui sert de mesure et de point de comparaison pour les autres, est censé battre soixante fois dans une minute, toutes les pulsations ont la même force, la même cadence, et le même intervalle qui est de cinq temps entre chaque pulsation ; il égale ordinairement la cadence d'un menuet en mouvement, de façon que les pulsations battent la mesure d'un menuet qu'on chantera ou jouera pendant qu'on tâte le pouls : ce pouls dont toutes les qualités sont égales et tempérées est marqué par des noires placées entre deux parallèles, et qui sont séparées par cinq petites lignes qui représentent les cinq temps ; chaque pulsation ou chaque noire qui en est la figure est à côté d'une grande ligne qui indique chaque cadence ou mesure du menuet qui est noté par-dessous : voici la figure qu'il en donne.




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