Imprimer
Catégorie parente: Morale
Catégorie : Drogues
(Histoire naturelle, Drogues) suc épaissi tiré du règne des végétaux ; en anglais cashoo, en latin terra japonica, terre du Japon ; dénomination reçue depuis près d'un siècle, quoique très-fausse en elle-même, et d'autant plus impropre, que tout le cachou, qu'on trouve au Japon y est apporté d'ailleurs.

Il en est du cachou, suivant la remarque de M. de Jussieu, comme de la plupart des autres drogues, sur l'histoire desquelles il y a autant de variations que de relations de voyageurs.

Le cachou n'est point une terre. Le public et les marchands épiciers séduits par la sécheresse et la friabilité du cachou, ont commencé par goûter avidement les décisions de ceux qui s'éloignent du récit de Garcie du Jardin, et ont mis cette drogue au rang des terres. M. de Caen, docteur en Médecine de la faculté de Paris, est un des particuliers qui a le plus accrédité cette opinion de France, en détaillant l'origine et la nature de cette terre, sur l'attestation d'un de ses amis voyageur.

On trouve, a-t-il dit, cette terre dans le Levant, et elle y est appelée masquiqui ; on la ramasse principalement sur les plus hautes montagnes où croissent les cedres, et sous la racine desquels on la rencontre dure et en bloc. Pour ne rien perdre de cette terre, les naturels du pays, qu'on nomme Algonquins, la ramassent en entier avec ce sable qui s'y trouve joint. Ils versent dessus le tout de l'eau de rivière, le rendent liquide, et en pétrissent une pâte qu'ils mettent sécher au soleil, jusqu'à ce qu'elle soit dure comme nous la voyons. Les Algonquins en portent toujours sur eux, et en usent pour les maux d'estomac. Ils l'appliquent aussi extérieurement en forme d'onguent sur la région du bas-ventre.

Ce roman a passé de bouche en bouche, de livres en livres, avec d'autres circonstances singulières : tout cela n'a servi qu'à lui donner plus de créance ; et le petit gravier qu'on trouve quelquefois dans le cachou n'y a pas nui. Enfin le nom même de terre de Japon, sous lequel le cachou est connu depuis si longtemps parmi les auteurs de matière médicale, n'a pas peu contribué à confirmer l'opinion que c'est effectivement une terre, ou du moins qu'il y a une terre qui lui sert de base.

Mais on est à-présent détrompé de cette erreur par l'examen analytique qui a été fait des principes du cachou ; premièrement en Allemagne par Hagendorn, Wedelius, et autres, et ensuite en France par M. Boulduc.

Les expériences, les dissolutions, et les différentes analyses de ce mixte, ont prouvé démonstrativement que c'est un suc de végétal épaissi : car 1°. au lieu de jeter comme toutes les autres terres un limon dans l'humidité, il s'y dissout entièrement, à quelques parties grossières près, et non-seulement dans les liqueurs aqueuses, mais encore dans les spiritueuses : 2°. il se dissout facilement dans l'eau commune, s'incorpore avec elle, et lui communique une teinture rouge, de même qu'un grand nombre d'extraits et de sucs de végétaux épaissis : 3°. la filtration ne l'en sépare point ainsi qu'elle fait les terres ; mais il passe par le filtre avec l'eau : 4°. en le filtrant on n'y trouve jamais de terre, si ce n'est lorsqu'il est mal-propre : 5°. il s'enflamme, brule dans le feu, et ne donne que peu de cendres : 6°. mis dans la bouche il ne laisse sur la langue aucun goût de terre, et s'y fond totalement : 7°. on en tire par la chimie beaucoup d'huîle et de sels essentiels, pareils à ceux qu'on tire des plantes.

Le cachou n'est point une substance vitriolique. Ces raisons étant décisives, d'autres physiciens ont imaginé de placer le cachou dans la classe des vitriols, c'est-à-dire de le regarder comme une substance composée, qui tient de leur nature : mais cette imagination n'a pas fait fortune ; les expériences la détruisent, et prouvent que le cachou n'a rien de vitriolique : en effet, 1°. on n'en sépare aucun sel de cette nature ; 2°. si on le mêle avec un alkali, il ne produit ni effervescence ni précipitation ; 3°. sa solution fait l'encre, avec une addition de quelques substances vitrioliques.

C'est une substance végétale. Il serait inutîle de m'étendre davantage sur de pures fictions : d'ailleurs tout le monde convient aujourd'hui qu'il faut mettre le cachou dans le rang des substances végétales ; personne n'oserait le contester ; c'est un fait dont on est pleinement convaincu.

Sa définition. Par conséquent on peut hardiment le définir un suc gommeux, résineux, sans odeur, fait et durci par art, d'un roux noir âtre extérieurement, et d'un roux brun intérieurement ; son goût est astringent, amer quand on le met dans la bouche, ensuite plus doux et plus agréable. Voilà ce qu'on connait du cachou : mais on n'est point encore assuré si c'est un suc qu'on tire de la décoction de diverses plantes, ou le fruit d'une seule, et si notre cachou est la même chose que le lycium indien de Dioscoride.

Il ne faut pas le confondre avec le cajou. Quelques-uns se fondant sur l'affinité des noms, ont avancé que le cachou est l'extrait ou le suc épaissi du fruit que nous appelons noix d'acajou ; car ce fruit se nomme catzu ou cajou : mais ceux qui ont eu cette idée ne connaissaient pas l'acajou, qui contient dans sa substance un suc acre, mordicant, brulant les lèvres et la langue, et qui est d'une saveur bien différente de celle du cachou.

Arbre dont on tire le cachou suivant Garcie. Si nous nous en rapportons à Garcie, l'arbre dont on tire le cachou est de la hauteur du frêne : il a des feuilles très-petites, et fort semblables à celle de la bruyere ou du tamaris : il est toujours verd, et hérissé de beaucoup d'épines. Voici comment il rapporte la manière de le tirer. On coupe par petits morceaux les branches de cet arbre, on les fait bouillir, en suite on les pîle ; après cela on en forme des pastilles et des tablettes avec la farine de nachani, et avec la sciure d'un certain bois noir qui nait dans le pays. On fait sécher ces pastilles à l'ombre : quelquefois on n'y mêle pas cette sciure.

Description de cet arbre suivant Bontius. Bontius, un des premiers voyageurs qui en ait parlé, dit que cet arbre est tout couvert d'épines sur le tronc et sur les branches, ayant des feuilles qui sont presque comme celles de la sabine, ou de l'arbre que l'on appelle l'arbre de vie, hormis qu'elles ne sont pas si grosses ni si épaisses. Il porte, dit-il, des feves rondes de couleur de pourpre, dans lesquelles sont renfermées trois ou quatre noix tout au plus, et qui sont si dures que l'on ne peut les casser avec les dents. On en fait bouillir les racines, l'écorce, et les feuilles, pour en faire un extrait que l'on appelle cate ; extrait, pour le dire en passant, que ces deux auteurs Garcie et Bontius, croient être le lycium indien de Dioscoride.

Suivant Hebert de Jager. Mais Hebert de Jager, dans les éphémerides des curieux de la nature, décad. Il. an. 3. écrit que le lycium des Indes, ou le cate de Garcias, ou le kaath, comme les Indiens l'appelent, et le reng des Perses, est un suc tiré non d'un arbre, mais de presque toutes les espèces d'acacia qui ont l'écorce astringente et rougeâtre, et de beaucoup d'autres plantes dont on peut tirer par l'ébullition un suc semblable. Tous ces sucs sont désignés, ajoute-t-il, dans ces pays-là sous le nom de kaath, quoiqu'ils soient bien différents en bonté et en vertu.

Il parle cependant d'un arbre qui porte le plus excellent et le meilleur kaath : cet arbre est nommé khier par les Indiens, khadira par les Brachmanes, tsaanra par les Golcondais, karanggalli fatti par les Malabares.

C'est une espèce d'acacia épineux, branchu, dont les plus grandes branches sont couvertes d'une écorce blanchâtre cendrée. Les rameaux qui produisent des feuilles sont couverts d'une peau roussâtre, et ils sortent des plus grandes branches entre les petites épines, placées deux à deux, crochues et opposées. Les feuilles ailées, portées sur une côte, sont semblables à celles de l'acacia, mais plus petites. Cet auteur n'a pas Ve les fleurs ni le fruit. On retire de cet arbre par la décoction, dans le royaume de Pégu, un suc dont on fait le kaath, si recherché dans toutes les Indes orientales.

L'arbre qui fournit le cachou est surtout l'areca. En effet, quoi qu'en dise Hebert de Jager, l'arbre qu'on nomme areca est le plus célèbre parmi ceux qui donnent l'extrait de kaath ou le cachou ; et c'est même le seul qui fournit le vrai cachou, si l'on en croit les voyageurs qui méritent le plus de créance, et en particulier Jean Othon Helbigius, homme très-versé dans la connaissance des plantes orientales, et qui a fait un très-long séjour dans le pays.

Synonymes de cet arbre. Voilà donc la plante que nous cherchions : c'est un grand arbre des Indes orientales, qui croit seulement sur les bords de la mer et dans les terres sablonneuses, une espèce de palmier qui porte les noms suivants dans nos ouvrages de Botanique ; palma cujus fructus sessilis. Fausel dicitur, C. B. P. 510. Filfil et Fufel, Avicen. Faufel, sive areca palma foliis, J. B. 1. 389. areca, sive Fauvel, Clus. Exot. 188. Pinung. Bont. caunga hort. Malab. où l'on en trouvera la figure très-exacte.

Sa description. Sa racine est noirâtre, oblongue, épaisse d'un empan, garnie de plusieurs petites racines blanchâtres et rousses : son tronc est gros d'un empan près de la racine, et un peu moins vers son sommet ; son écorce est d'un verd gai, et si unie, qu'on ne peut y monter à moins qu'on n'attache à ses pieds des crochets et des cordes, ou qu'on ne l'entoure par intervalles de liens faits de nattes, ou de quelqu'autre matière semblable.

Les branches feuillées sortent du tronc en sautoir deux à deux ; celles qui sont au-dessus sortent de l'entre-deux des inférieures ; elles enveloppent par leur base le sommet du tronc, comme par une gaine ou une capsule ronde et fermée ; elles forment par ce moyen une tête oblongue au sommet, plus grosse que le tronc de l'arbre même.

Le pied des branches feuillées extérieurement se fend et se rompt, et elles tombent successivement l'une après l'autre : les branches feuillées sont composées d'une côte un peu creuse en-dessus, arrondie en-dessous, et de feuilles placées deux à deux et opposées, longues de trois ou quatre pieds, larges de trois ou quatre pouces plus ou moins, pliées comme un éventail, vertes, et luisantes : au haut du tronc il sort de chaque aisselle de feuille une capsule en forme de gaine, longue de quatre empans, plus ou moins, qui renferme les tiges chargées de fleurs et de fruits, concaves par où elles se rompent et s'ouvrent, d'un verd blanchâtre d'abord extérieurement, jaunâtre ensuite, et blanches en-dedans.

Les tiges qui sont renfermées dans ces gaines sont les unes plus grosses, et chargées vers le bas de fruits tendres ; les autres sont plus grêles, et garnies des deux côtés de boutons de fleurs : ces boutons sont petits, anguleux, blanchâtres, s'ouvrant en trois pétales, roides, pointus, et un peu épais ; ils contiennent dans leur milieu neuf étamines grêles, dont trois sont plus longues, d'un jaune blanchâtre, qui sont entourées des six autres plus petites et plus jaunes.

Description du fruit arec. Les fruits encore tendres et mous sont blancs et luisans, attachés à des pédicules blancs, de figure anguleuse et non arrondis, renfermés pour la plus grande partie dans les feuilles du calice, qui sont ovalaires et entrelacées les unes avec les autres : ils contiennent beaucoup de liqueur limpide, d'un goût astringent, placée au milieu de la pulpe, qui s'augmente avec le temps ; et la liqueur diminue jusqu'à ce qu'il n'en reste plus : ensuite il nait une moelle blanchâtre, tandis que la pulpe s'endurcit et l'écorce acquiert enfin la couleur de jaune doré.

Les fruits devenus assez gros, et n'étant pas encore secs, sont ovalaires, et ressemblent fort à des dattes : ils sont plus serrés aux deux bouts, et composés d'une écorce épaisse, lisse, membraneuse, et d'une pulpe d'un brun rougeâtre, qui devient en séchant fibreuse ou cotonneuse, et jaunâtre : la moelle, ou plutôt le noyau ou la semence qui est au milieu, est blanchâtre.

Lorsque le fruit est sec, le noyau se sépare aisément de la pulpe fibreuse ; il est de la grosseur d'une aveline ou d'une muscade, le plus souvent en forme de poire, ou aplati d'un côté et sans pédicule, convexe de l'autre, ridé, cannelé extérieurement ; d'une couleur rousse ou de cannelle, d'une matière dure, difficîle à couper, panaché de veines blanchâtres, rousses et rougeâtres ; d'un goût un peu aromatique, et légèrement astringent. C'est ce fruit que nous nommons proprement arec, et les Arabes fauvel.

Usages que les Indiens font de ce fruit. L'usage que les Indiens en font tous les jours, lui a donné une très-grande réputation. Ils le mâchent continuellement, soit qu'il soit mou, soit qu'il soit dur, avec le lycium indien, ou le kaath, les feuilles de betel, et très-peu de chaux. Ils avalent le suc ou la salive teinte de ces choses, et ils crachent le reste ; leur bouche alors parait toute en sang, et fait peur à voir.

Ils ne manquent pas de l'employer comme une espèce de régal dans les visites qu'ils se font. Leur manière de le servir, est de le présenter en entier, ou coupé en plusieurs tranches. Lorsqu'on le présente entier, on sert en même temps un instrument propre à le couper, qui est une espèce de ciseau, composé de deux branches mobiles arrêtées par une de leurs extrémités, et qui s'ouvre de l'autre. C'est par l'extrémité par laquelle le ciseau s'ouvre, que l'on presse l'arec, que l'on met entre ces deux branches pour le couper en autant de parties que l'on veut : et de ces deux branches il n'y en a qu'une, qui est la supérieure, destinée à couper ; l'inférieure ne sert que d'appui pour soutenir cette semence dans le temps de l'effort que l'on fait par l'abaissement de la partie supérieure du ciseau.

Lorsqu'on le sert coupé en tranches, c'est ordinairement sur des feuilles de betel dans lesquelles on enveloppe ces morceaux, après les avoir auparavant couverts d'une couche légère de chaux, propre à se charger du suc de l'arec et du betel, quand on les mâche, pour en faire conserver plus longtemps dans la bouche une saveur agréable.

Préparations du cachou. Je viens à la manière de préparer l'extrait d'areca ; la voici, selon que le rapporte Herbert de Jager dans les éphémerides des curieux de la nature, decur. II. an. 3.

On coupe en deux ou en trois morceaux la noix d'areca ou fauvel avant qu'elle soit tout à fait mûre, et lorsqu'elle est encore verte, et on la fait bouillir dans de l'eau, en y ajoutant un peu de chaux de coquillages calcinés pendant l'espace de quatre heures, jusqu'à ce que les morceaux de cette noix aient contracté une couleur d'un rouge obscur. La chaux y sert beaucoup. Alors on passe cette décoction encore chaude ; et lorsqu'elle est refroidie, on la sépare un peu de la matière épaisse et de la lie qui Ve au fond du vaisseau. Cette lie étant épaisse, s'appelle aussi kaath, et on l'emploie de la même manière que l'extrait appelé cate. Mais pour rendre cet extrait plus excellent, ils y ajoutent l'eau de l'écorce encore verte du tsianra, ou de l'acacia, dont nous avons parlé, qu'ils pilent et font macérer pendant trois jours. Enfin, lorsque ce suc est épaissi, ils l'exposent au soleil sur des nattes, et ils le réduisent en petites masses ou en pastilles.

Les grands du pays et les riches ne se contentent pas de ce cachou : ils y mêlent du cardamome, du bois d'aloès, du musc, de l'ambre, et d'autres choses, pour le rendre plus agréable et plus flatteur au gout. Telle est la composition de quelques pastilles que l'on prépare dans les Indes, qui sont rondes, plates, de la grosseur d'une noix vomique, que les Hollandais apportent en Europe sous le nom de siri gata gamber.

Telles sont aussi des pastilles noires qui ont différentes figures, tantôt rondes comme des pilules, tantôt comme des graines, des fleurs, des fruits, des mouches, des insectes, tantôt comme des crottes de souris, etc. que les Portugais font dans la ville de Goa, et que les François méprisent à cause de leur violente odeur aromatique. Mais comme les nations qui fabriquent ces pastilles, sont fort trompeuses, il leur arrive souvent d'y mêler d'autres corps étrangers, pour en augmenter le poids et le volume ; de sorte qu'il est rare d'en voir sortir de pures de leurs mains.

Pour ce qui est du cachou simple, naturel, et sans aromates, qui passe en Europe, et que nous recherchons le plus ; c'est un pur extrait de l'arec fait sur les lieux, et rendu solide par l'évaporation de toute l'humidité que cet extrait contenait.

On coupe les graines d'arec vertes, en tranches ; on les met bouillir dans l'eau, jusqu'à ce que cette eau soit chargée d'une forte teinture rouge-brune ; on passe cette décoction, qu'on fait évaporer jusqu'à consistance d'extrait, auquel on donne telle forme que l'on veut, et qui se durcit bientôt après.

Effets de l'arec quand il est verd. Garcias et Bontius assurent que si l'on mâche l'arec verd, il cause une espèce de vertige et d'ivresse semblable à celle que cause le vin, mais qu'on dissipe bientôt en prenant un peu de sel et d'eau fraiche : quand ce fruit est mûr ou cuit, il ne fait point le même effet, il n'en produit que de salutaires ; et je ne crois pas vraisemblable qu'il tire son seul mérite de la mode, de l'habitude, et de la volupté.

Vertus médicinales du cachou. Les Orientaux l'emploient continuellement contre la puanteur de l'haleine, pour raffermir les gencives, pour aider la digestion, pour arrêter le vomissement, la diarrhée, la dyssenterie ; et les relations de nos voyageurs, de Garcie, de Linschot, de Bontius, de Cleyer, d'Herman, d'Helbigius, conviennent de son efficace dans tous ces cas.

Par l'usage que nous en avons fait en Europe, nous y avons remarqué à-peu-près les mêmes propriétés ; nous avons trouvé que le cachou naturel est bon pour raffermir les gencives, pour l'angine aqueuse, pour dissiper les catarrhes, pour apaiser la toux qui vient d'une pituite acre, pour arrêter les flux de ventre qui viennent du relâchement de l'estomac et des intestins, et autres maladies semblables.

Si nous pénétrons jusque dans les principes qui peuvent opérer ces effets, il semble que ce soit à l'astriction dont cette drogue est principalement douée, que l'on doive ses vertus.

Effectivement, c'est par cette astriction que l'estomac plus capable de retenir les aliments, est en état de les mieux digérer ; ce qui est le vrai remède de la plupart des diarrhées qui ont pour cause la faiblesse de ce viscère.

C'est par cette même astriction, que réunissant les principes du sang qui étaient divisés, elle peut arrêter la dissenterie, et les fluxions dans lesquelles le sang ou sa sérosité s'épanchent avec trop de facilité.

Le caractère spécifique du cachou est donc d'être comme un composé des sucs d'hypocistis et d'acacia, desquels il a l'astriction ; et par sa douceur il approche de celle de la réglisse et du sang-dragon, en sorte qu'il réunit en soi les vertus de ces différents sucs, en modifiant ce qu'ils ont de trop astringent ou de trop difficîle à dissoudre dans l'eau simple.

Nous pouvons le disputer aux Indiens par rapport aux différentes préparations que nous donnons au cachou pour le rendre plus agréable. On le dissout dans l'eau simple, qui dans peu de temps se charge de ses parties les plus pures ; on la coule, on laisse évaporer la colature, et l'on ne trouve au fond du vase qu'un extrait rouge-brun, qui est ce cachou purifié, auquel on ajoute les aromates les plus convenables au goût de chacun, quelquefois même le sucre, pour en corriger cette amertume qui ne prévient pas d'abord en sa faveur.

Les formes sous lesquelles on le réduit, sont celles ou de pilules, ou de pastilles, ou de tablettes, pour s'accommoder aux gouts des diverses personnes qui en font usage ; l'ambre gris, dont l'odeur est utîle à ceux qui ont l'haleine mauvaise, s'y retranche ordinairement pour les dames à qui elle pourrait causer des vapeurs. On le donne en substance sous la forme de pilules, de pastilles, ou de tablettes, depuis un demi-scrupule jusqu'à une drachme.

Son usage, sous quelqu'une de ces formes que ce sait, convient le matin à jeun, avant et après le repas, et dans tous les cas où l'on veut faciliter la digestion, qui manque par l'affoiblissement de l'estomac, ou par l'acide qui domine dans les premières voies.

Enfin, une qualité particulière par laquelle le cachou se fait distinguer des autres drogues avec lesquelles il a quelque analogie, est, qu'au lieu que celles-ci se déguisent aisément par le mélange des autres ingrédiens que l'on y joint, le cachou se fait toujours reconnaître, dans quelque composition qu'on le fasse entrer.

Je ne dois pas oublier un avantage que l'on peut tirer du cachou, en faveur de ceux qui ont de la répugnance pour les tisanes, et pour la commodité de ceux qui veulent faire sur le champ une boisson convenable dans les dévoiements, dans les fièvres bilieuses, dans les maladies provenantes d'une abondance de sérosités acres, etc. c'est que la quantité d'un ou deux gros de cette substance, jetée dans demi-pinte d'eau, lui donnera une teinture rougeâtre, une saveur douce et un peu astringente, telle qu'il convient dans ces occasions.

Il me parait que l'on n'a rien à craindre d'une trop grande dose du cachou ; car l'on peut en retenir continuellement de petits morceaux dans la bouche, et en substituer de nouveaux à ceux qui sont dissous, sans accident fâcheux. Il faut observer que plus les morceaux sont petits, plus ils paraissent agréables au gout. On en prend de la grosseur d'une graine d'anis ou de coriandre.

Teinture de cachou. Wedelius en tire une teinture de la manière suivante. cachou en poudre quantité suffisante ; versez dessus six ou huit fois autant d'esprit-de-vin rectifié : digérez. On retire une très-belle teinture, que l'on sépare de la lie, en la versant peu-à-peu, et on la garde pour l'usage ; la dose est depuis 20 gouttes jusqu'à 60.

On emploie heureusement cette teinture dans la cachexie et autres maladies de fibres lâches ; où les astringens conviennent. On peut s'en servir en gargarisme dans un véhicule propre, pour le scorbut, pour raffermir les dents et les gencives, et pour adoucir l'haleine.

Pastilles de cachou. cachou, une drachme ; sucre royal, une once : réduisez-les en poudre fine. M. avec du mucilage de gomme adraganth, et une goutte ou deux d'huîle de cannelle. Faites des pastilles, que l'on tiendra dans la bouche, dans les toux catarrhales.

Opiate de cachou. cachou, trois onces ; corail rouge préparé, deux drachmes ; sirop de coing, quantité suffisante. M. F. un opiat. La dose est une drachme trois ou quatre fois le jour, dans la super-purgation, la diarrhée, et la dyssenterie.

Julep de cachou. cachou, une drachme ; diacode, trois onces ; sirop de roses seches, une once ; eau de pourpier, de laitue, ana quatre onces : faites-en un julep dans le crachement de sang, ou la dyssenterie.

Looch de cachou. cachou en poudre, deux drachmes ; mucilage de gomme adraganth, trois onces ; sirop de grande consoude, une once : M. et faites-en un looch, contre la toux provenante de pituite acre ; qui tombe sur le poumon.

Tout médecin peut changer, combiner, amplifier ces sortes de formules à son gré, et les employer dans les occasions. Je ne les ai indiquées que parce que je mets le cachou au rang des bonnes drogues qui ont le moins d'inconvéniens.

Choix du cachou. Il faut le choisir pesant, d'un rouge tanné au-dessus, point brulé, et très-luisant. On l'apporte de Malabar, de Surate, de Pégu, et des autres côtes des Indes.

Notre cachou parait un extrait du seul areca. Parmi celui que nous recevons, il se trouve des morceaux de différentes couleurs et figures ; les uns sont formés en boules, et d'autres en masses aplaties plus ou moins grosses ; de plus, il y en a de pur, qui se fond promptement dans la bouche, et d'autre plus grossier, plus amer, terreux, sablonneux, brulé. Ces différences ont porté plusieurs auteurs de matière médicale, à distinguer deux sortes de cachou, qu'ils ont imaginé être des sucs extraits de différentes plantes, cependant toutes les différences dont on vient de parler, ne semblent qu'accidentelles, et peuvent venir de diverses préparations d'un seul et même fruit.

En effet, suivant l'observation de M. de Jussieu, la différence des couleurs de l'intérieur et de l'extérieur des masses, peut ne dépendre que du plus ou du moins de cuisson du suc extrait, qui ayant été exposé au feu et au soleil pour être désseché, a reçu à l'extérieur plus d'impression de feu qu'à l'intérieur.

Il ne faut d'ailleurs qu'un peu d'expérience sur les différents effets qu'est capable de produire le plus ou le moins de maturité dans les fruits et les semences dont on extrait ces sucs, pour juger de la cause de cette diversité de couleur dans les différentes masses de cachou qui nous sont apportées des Indes.

Le plus ou le moins de sécheresse de l'arec peut aussi contribuer à rendre ces morceaux de cachou plus ou moins terreux, et à les faire paraitre plus ou moins résineux ; puisqu'il est impossible qu'à proportion de l'un de ces deux états dans lequel cette semence aura été employée, il n'y ait plus ou moins de fécules, dont la quantité le rendra plus terrestre et plus friable ; il sera au contraire plus compact, plus pesant, moins cassant, et paraitra plus résineux, plus il y aura d'extrait gommeux.

Le sable, les petites pierres, et corps étrangers qu'on trouve dans quelques morceaux et non dans d'autres, sont l'effet de la malpropreté et du manque de soin dans la préparation.

Enfin la couleur et la saveur de l'arec, qui se rencontrent dans l'un et l'autre cachou, paraissent indiquer qu'ils ne tirent leur origine que de ce seul et même fruit, et que tous les autres accidents qu'on a détaillés ne dépendent que de la préparation.

Cependant je n'oserais nier qu'il n'y ait d'autre cachou dans le monde que celui qu'on retire de l'arec ; il n'est pas même vraisemblable que ce seul fruit puisse suffire à la quantité prodigieuse qu'on débite de cette drogue aux Indes ; et il est à présumer que leur extrait kaath est un suc tiré non-seulement du fruit de l'arec, mais de beaucoup d'autres fruits ou plantes, dont on tire par l'ébullition un suc qui lui est analogue.

Le cachou n'est point le lycium indien des Grecs. Il ne me reste plus qu'à examiner si le cachou est la même chose que le lycium indien de Dioscoride ; on a grand sujet d'en douter.

L'illustre médecin d'Anazarbe, Galien, et Pline, ont fait mention de deux sortes de lycium ; savoir, de celui de Cappadoce, et de celui des Indes. Le premier était un suc tiré d'un certain arbre épineux, dont les branches ont trois coudées de long, et même plus ; son écorce est pâle ; ses feuilles sont semblables à celles du bouis ; elles sont touffues : son fruit est noir comme le poivre, luisant, amer, compact ; ses racines sont nombreuses, obliques, et ligneuses. Cet arbre croit dans la Cappadoce, la Lycie, et plusieurs autres endroits. Les Grecs l'appelaient et .

On préparait le lycium, ou cet extrait, avec les rameaux et les racines que l'on pilait : on les macérait ensuite pendant plusieurs jours dans l'eau, et enfin on les faisait bouillir. Alors on rejetait le bois ; on faisait bouillir de nouveau la liqueur jusqu'à la consistance de miel.

On en faisait de petites masses noires en-dehors, rousses en-dedans lorsqu'on venait de les rompre, mais qui se noircissaient bien-tôt, d'une odeur qui n'était point du-tout puante ; d'un goût astringent avec un peu d'amertume. On avait aussi coutume de faire un lycium, que l'on exprimait et que l'on faisait sécher.

L'autre lycium, ou celui des Indes, était de couleur de safran ; il était plus excellent et plus efficace que le précédent. On dit, ajoute Dioscoride, que l'on fait ce lycium d'un arbrisseau qui s'appelle lonchitis.

Il est aussi du genre des arbres à épines ; ses branches sont droites ; elles ont trois coudées, ou même plus, elles sortent en grand nombre de la racine, et sont plus grosses que celles de l'églantier : l'écorce devient rousse après qu'on l'a brisée ; les feuilles paraissent semblables à celle de l'olivier.

Ces descriptions ne conviennent point du-tout avec celles que Garcias et Bontius font du caté, ou avec celle que Herbert de Jager fait de l'acacia indien, ni avec celle que nous avons donnée du palmier areca ; d'où nous pouvons conclure avec Clusius et Veslingius, que nous n'avons pas le lycium indien des Grecs. On ne trouve plus dans les boutiques le lycium de Cappadoce.

Auteurs sur le cachou. J'ai lu sur le cachou quantité de relations de voyageurs, qui m'ont paru la plupart infidèles ; le Traité d'Hagendorn, imprimé en Latin à Genèseen 1679, in -8°, qui est une fort médiocre compilation ; plusieurs Dissertations d'Allemagne, qui n'ont rien de remarquable : les Ephémerides des curieux de la nature, qui ont du bon et du mauvais ; un Mémoire de M. Bolduc, dans le recueil de l'Académie des Sciences, qui ne renferme rien de particulier, un autre de M. de Jussieu, qui est intéressant ; l'article qu'en a donné M. Geoffroi dans sa Matière médicale, qui est excellent, et dont j'ai fait le plus d'usage. Enfin j'ai beaucoup travaillé ce sujet pour m'en instruire et pour en parler avec quelque connaissance. Article communiqué par M(D.J.)




Affichages : 2784