S. m. triticum, (Histoire naturelle, Botanique) genre de plante à fleurs sans pétales, disposés par petits paquets arrangés en forme d'épi. Chaque fleur est composée de plusieurs étamines qui sortent d'un calice écailleux, qui est le plus souvent garni de barbes. Le pistil devient dans la suite une semence oblongue, convexe d'un côté et sillonnée de l'autre : ces semences sont farineuses et enveloppées dans la bale qui a servi de calice à la fleur. Les petits paquets de fleurs sont attachés à un axe dentelé, et forment l'épi. Tournefort, instit. rei herb. Voyez PLANTE. (I)

FROMENT, (Economie rustique) c'est le plus pesant de tous les grains ; c'est celui de tous qui contient la farine la plus blanche, de la meilleure espèce, et en plus grande quantité.

Destiné particulièrement à la nourriture de l'homme, son excellence le rend la matière d'un commerce nécessaire qui ajoute encore à son prix. Voyez GRAINS, (Economie politique)

M. de Buffon pense que le froment, tel que nous l'avons, n'est point une production purement naturelle ; que l'existence de ce grain précieux n'est dûe qu'à la culture et à une longue suite de soins. En effet, on ne trouve point dans la nature de froment sauvage ; mais il n'y a encore là-dessus que des expériences trop incertaines, pour que cette opinion probable soit au rang des vérités reconnues.

Le grain de froment semé en terre, germe et pousse plusieurs tiges hautes de quatre à cinq pieds, droites, entrecoupées de trois ou quatre nœuds, et accompagnées de quelques feuilles longues et étroites qui enveloppent la tige jusqu'à six pouces de l'épi.

Les épis placés au sommet de la tige sont écailleux, et forment un tissu d'enveloppes dont chacune renferme un grain : ce grain est oblong, arrondi d'un côté, sillonné de l'autre, et de couleur jaune.

On distingue plusieurs espèces de froment ; la différence en est légère : quant à la forme du grain, elle se fait remarquer principalement dans les épis. L'espèce la plus commune et la meilleure est celle dont l'épi est blanchâtre, sans barbe, et seulement écailleux. Celle qui est connue sous le nom de blé barbu, n'est cependant pas non plus sans mérite : on l'appelle ainsi, parce qu'effectivement l'épi est couvert et surmonté de barbes, comme sont les épis de seigle ; le grain en est ordinairement plus gros, la paille plus dure et plus colorée : on dit qu'il est moins sujet à verser ; mais la farine en est moins blanche que n'est celle du blé sans barbe. Le blé de Smyrne, ou blé de miracle, produit plusieurs épis assemblés en bouquet au haut de la tige. Il a quelques avantages, et encore plus d'inconvéniens.

On seme tous ces grains en automne ; ils lèvent, et doivent couvrir la terre pendant l'hiver : on les appelle blés d'hiver, pour les distinguer d'une autre espèce de froment qu'on seme au printemps, et qui est connue sous le nom de blé de Mars ; il est communément barbu ; mais on en voit aussi qui est sans barbe.

Ce blé, trop délicat pour soutenir de fortes gelées, mûrit dans les années favorables, en même temps que celui qui a passé l'hiver. En général, il produit beaucoup moins de paille, et un peu moins de grain ; il manque souvent : cependant c'est une ressource à ne pas négliger dans les terres argilleuses, et dans celles que les pluies d'hiver battent aisément.

Quelle que soit l'espèce du froment, la culture en est la même ; et c'est à cette culture que nous devons principalement nous arrêter.

On sait qu'avant de confier le blé à la terre, on la laisse reposer pendant une année, qui s'emploie en préparations ; elles ont trois objets, d'ameublir la terre, de l'engraisser, et de détruire un nombre infini d'insectes dangereux et de mauvaises herbes.

On remplit le premier objet par les labours ; le second, par les fumiers, les terres, etc. le troisième, en faisant brouter par les troupeaux les herbes qui y renaissent continuellement. Voyez AGRICULTURE, ENGRAIS, LABOUR, etc.

On donne aux terres depuis trois jusqu'à cinq labours, selon leur qualité, et quelquefois selon le hasard du temps. Lorsqu'on n'en veut donner que trois, on ne fait le premier qu'après les semailles de Mars ; mais si vous en exceptez les glaises, que souvent on ne peut labourer que trois fais, à cause de la difficulté de saisir le moment convenable, il est toujours beaucoup plus avantageux de donner quatre labours aux terres pendant l'année de jachère. Dans ce cas, le premier labour se doit faire après les semailles des blés, c'est-à-dire pendant le mois de Novembre ; et on laisse la terre en grosses mottes, exposée à l'action des gelées qui servent beaucoup à la façonner : lorsqu'au printemps elle est devenue saine, on donne le second labour ; et il est essentiel que ce soit par un temps sec, surtout dans les terres un peu fortes. Il est très-utile de herser la terre quelques jours après ce labour et les suivants ; elle en est mieux divisée ; et les herbes qui auraient repris racine sont arrachées de nouveau : mais il ne faut herser que par un beau temps, et lorsque la terre est saine. Le troisième labour devient nécessaire vers le commencement de Juillet ; et à la fin d'Aout, on commence à donner celui qui doit être le dernier, et qu'on appelle proprement labour à blé. Il est essentiel que ce labour soit fait au-moins quinze jours avant de semer le froment, lorsqu'on doit le couvrir avec la herse. La nielle est plus à craindre, quand on seme sur un labour frais. Pendant cette année de jachère, on choisit un intervalle entre deux labours, pour engraisser la terre. Le degré de putréfaction du fumier qu'on veut y répandre, et la facilité des charrais, règlent ce temps ; la nature et les besoins de la terre doivent décider de la qualité et de la quantité du fumier. Voyez ENGRAIS.

On promene aussi pendant tout le printemps et la plus grande partie de l'été, les troupeaux sur les jachères ; elles leur sont très-utiles, parce que les prairies étant occupées par le foin, il ne reste que très-peu de paturages proprement dits ; et les troupeaux, beaucoup mieux que les labours, détruisent l'herbe qui renait continuellement. On seme le froment depuis la fin de Septembre jusqu'au commencement de Novembre. En général, on peut assurer qu'il est avantageux de le semer de bonne heure. Il est bon que la plante acquerre une certaine force avant l'hiver ; qu'elle ait le temps de s'étaler, de se faire de la racine et de la pampe. Si dans une année où l'hiver sera trop doux, ce peut être un inconvenient d'avoir semé trop tôt, l'expérience apprend qu'il y en aura dix où l'on se repentira d'avoir semé trop tard. Il faut surtout se presser dans les pays où il y a beaucoup de gibier, lièvres, perdrix, etc.

La quantité de lièvres fait au blé un tort dont on ne peut se garantir par aucune précaution ; celle de semer de bonne heure et de fumer un peu plus, est suffisante pour préserver du mal que peut faire une grande abondance de perdrix. Pour semer d'une manière avantageuse, il faut que la terre ne soit pas trop humide ; il est à souhaiter qu'elle soit fraiche : mais il vaut mieux semer dans la poudre, que de trop attendre. La semence doit être choisie avec soin : il faut que ce soit du plus beau blé de l'année ; et les bons laboureurs vont l'acheter à quelque distance, parce que le blé, comme beaucoup d'autres plantes, dégenere si on le laisse dans la même terre : on lessive cette semence dans une eau de chaux ; quelques laboureurs y ajoutent avec succès de l'eau putréfiée avec leur fumier ; et il y a encore d'autres préparations plus avantageuses. Voyez NIELLE.

Dans les environs de Paris, on seme ordinairement un septier de blé, pesant deux cent cinquante livres, dans un arpent à vingt pieds par perche : mais il est certain qu'un tiers de moins est suffisant dans une terre bien préparée par les labours et par l'engrais : on pourrait même avec succès en mettre encore moins.

Le froment semé un peu clair, est moins sujet à verser ; la paille en est plus forte ; les épis sont plus longs et plus gros ; et la recolte en grain n'en est que plus abondante.

Lorsque la terre n'est ni seche ni froide, le blé lève au bout de quinze jours : après cela, si un reste de chaleur favorise encore la végétation, ses racines s'étendent dans l'intérieur de la terre ; plusieurs tiges se préparent, et la pampe s'étale. Pendant l'hiver, la plante reste ordinairement dans un état d'inaction ; et elle prend souvent une couleur un peu jaune, lorsque la terre devient trop humide. Au printemps, le premier air doux la fait reverdir ; la tige se forme et commence à monter : c'est alors qu'il faut nettoyer le blé des mauvaises herbes qui tendent à l'étouffer, et qui se multiplient malgré les précautions prises pendant l'année de jachère : il en est qu'il faut arracher avec la main, parce qu'elles ont des racines très-profondes ; telles sont une herbe connue assez généralement sous le nom de nielle, une autre appelée amourette en beaucoup d'endroits, et celle nommée queue de renard.

Il en est d'autres, comme sont les chardons, qu'on détruit avec un instrument appelé sarcloir. Toutes ces plantes malfaisantes croissent beaucoup plus vite que le blé ; elles l'étouffent ; et si on les laisse monter, leurs semences infectent la terre au point que la destruction ne peut plus en être faite que par un travail de plusieurs années. Il faut donc une très grande attention à sarcler le blé : mais il faut que cette opération se fasse avant que la tige soit à une certaine hauteur : sans cela, elle serait rompue ; et on détruirait la plante, au lieu de la favoriser.

Le blé fleurit vers la fin de Juin ; chaque épi n'est en fleurs que pendant un ou deux jours : alors les pluies froides sont à craindre ; elles font avorter une partie des grains ; un mois se passe entre la floraison et la maturité. C'est pendant cet intervalle, qu'on redoute avec raison les brouillards, qui lorsqu'ils sont suivis du soleil, causent la maladie appelée rouille. Quelle que soit la manière dont les brouillards agissent, leur effet malheureux n'est que trop certain ; les blés qui en ont été frappés ne grossissent plus ; les grains sont retraits, legers, et presque vides : l'expérience n'a point appris les moyens de prévenir cet accident ; et il parait être de nature à tromper toutes les précautions que nous pourrions prendre. La rouille n'est à craindre que dans des années humides et tardives. Cette maladie, quoique très-fâcheuse, l'est beaucoup moins que celle qu'on doit appeler nielle, et qui fait quelquefois de grands ravages : mais l'humanité doit tout récemment aux soins et à la sagacité de M. Tillet, la découverte des causes de cette maladie, et de plusieurs remèdes qui la préviendront ou même l'anéantiront dans la suite. Voyez NIELLE. On donnera à cet article les différents caractères des maladies confondues sous le nom de nielle, ou connues en divers lieux sous d'autres noms.

Lorsque le froment approche de la maturité, la tige jaunit à l'endroit nommé le collet, c'est-à-dire à l'extrémité de la tige qui approche de l'épi.

Lorsqu'il en est à ce point, rien ne retarde plus les progrès qui lui restent à faire : les pluies même semblent hâter l'instant où il sera bon à couper. Si l'on tarde trop, il s'égraine, et on en perd une partie : mais ce qu'il y a de plus essentiel à remarquer pour la récolte, c'est de ne lier le blé en gerbe, et de ne le serrer que par un temps sec ; sans quoi, il s'échaufferait dans la grange, prendrait un mauvais goût ; et on perdrait totalement le grain et la paille.

La nouvelle méthode pour la culture des terres, et surtout pour celle du froment, a fait assez de bruit pour être examinée ici. Si vous voulez vous en instruire, lisez la fin de l'article AGRICULTURE. Cette méthode a eu moins de partisans et de célébrité en Angleterre où elle est née, qu'en France où elle n'est qu'adoptive ; elle y a été soutenue par l'activité naturelle de M. Duhamel, par son zèle plein de chaleur pour le bien public, par une sorte de tendresse paternelle qui masque les défauts de ce qu'on s'est approprié. Je ne parle pas des difficultés que l'on trouve dans l'usage des instruments qui sont nécessaires pour la nouvelle culture ; je sais par expérience, que les instruments se perfectionnent et deviennent commodes entre les mains des cultivateurs. Il m'a paru que cette culture avait un vice intérieur, que rien ne pourrait jamais corriger. Il est certain que de fréquents labours paraissent rendre les terres fécondes : mais il ne faut pas beaucoup d'expérience pour savoir que si les labours sont la seule préparation qu'on leur donne, ce ne sera qu'une fécondité précaire, qui amenera une stérilité très-difficile à vaincre.

Les labours fréquents divisent, atténuent les molécules de la terre : mais cet avantage forcé n'est pas à comparer à celui qui résulte de la fermentation intérieure et sourde de ces mêmes parties, qui s'opère naturellement dans le repos, et qui est encore excitée par le fumier qu'on y ajoute. On sait, qu'indépendamment des labours, on a besoin d'aider la terre par des engrais, en proportion de la quantité de récoltes qu'on lui demande. Il peut arriver qu'une très-bonne terre brisée par des labours continuels, produise pendant quelque temps avec une abondance extraordinaire ; mais ce serait ces efforts mêmes qui détruiront sa fécondité dans son principe ; le repos long qui deviendra nécessaire, anéantira les avantages qu'on s'était promis. Indépendamment de ces principes généraux, on peut assurer qu'il y a eu une erreur de calcul très-considérable, dans la comparaison qui a été faite entre cette culture nouvelle et l'ancienne.

Dans le détail de la dépense, ce qu'il en coute pour sarcler devrait être doublé plus de six fais. On n'a pas vu de jardins, si l'on ne sait pas avec quelle assiduité il faut arracher les mauvaises herbes, que la culture rend vigoureuses et dominantes : la même chose arrive dans la nouvelle culture du froment ; chaque labour amène la nécessité de sarcler de nouveau : ce n'est point une opération facile et promte, comme celle qui se fait dans les blés ordinaires. Il faut arracher avec la main des herbes fortes, dont les racines s'étendent au loin dans une terre ameublie. Si leur tige se casse, on n'a rien fait. La répétition fréquente d'une opération aussi longue devient rebutante par les foins et les frais qu'elle exige. Il y a eu une autre erreur dans la comparaison des produits : on fait le parallèle de ce que rend une terre cultivée à l'ordinaire, avec ce que donne la même quantité, suivant la nouvelle méthode. On établit la comparaison sur quelques arpens dont on a pris le plus grand soin, selon la nouvelle méthode. Pour que le parallèle fût juste, il faudrait qu'on supposât l'ancienne pratiquée avec autant d'exactitude qu'elle pourrait l'être. Je connais des terres de qualité moyenne, qui ne sont bien cultivées que depuis deux ans, et dont chaque arpent a produit dix septiers de blé. Si les mêmes soins leur sont continués, il n'est pas douteux que dans la suite elles ne produisent douze septiers dans les années heureuses. D'après cela, un nouveau parallèle pourrait n'être pas favorable à la nouvelle culture ; mais je ne le ferai point ici : je me contenterai de ne conseiller à personne de cultiver ses terres de cette manière ; au reste, c'est au temps à décider de la valeur de mes présomptions. Quoi qu'on dise de la paresse et de la stupidité des laboureurs, l'intérêt les éclaire toujours sur les choses vraiment utiles, dès qu'une fois on les leur a montrées.

Lorsque le froment a été serré bien sec, on peut le garder assez longtemps en gerbes dans la grange. Cependant l'usage de le battre sur le champ est établi dans plusieurs pays. Cette opération se fait de différentes manières, dont aucune ne parait avoir sur l'autre un avantage bien marqué. Le grain étant sorti de l'épi, on le vanne pour le séparer encore de la paille légère des enveloppes qui s'est détachée avec lui. Après cela on le passe par le crible pour le nettoyer mieux, et on le porte dans le grenier. Pendant les premiers six mois on fait bien de le remuer tous les quinze jours. Après cela il suffit de le faire tous les mois ; et la première année étant passée, on peut encore éloigner cette opération de quelques semaines. Le froment se conserve de cette manière pendant six ans au-moins. M. Duhamel a éprouvé qu'on pouvait porter cette conservation beaucoup plus loin, avec un grenier d'une construction particulière. On y desseche d'abord le grain par le moyen d'une étuve, et l'on entretient ensuite ce premier dessechement à l'aide d'un ventilateur. M. Duhamel, sans rien oser assurer, présume avec fortes raisons que cette manière de traiter le blé doit le préserver d'une espèce d'insectes très-dangereux, qu'on appelle charençons, et contre lesquels on n'a trouvé jusqu'à-présent aucun remède sur. Voyez le traité de M. Duhamel sur la conservation des grains.

L'importance dont est le froment pour la vie des hommes, en a soumis d'une manière particulière la conservation et le commerce à la vigilance publique. La crainte de disettes a fait faire beaucoup de réglements précaires, et fait naitre plus d'une fois l'idée des magasins publics. Mais avec une connaissance mieux approfondie des hommes et des choses, on a vu que de tels magasins seraient nécessairement mal régis, et exposeraient à un monopole odieux une denrée aussi nécessaire. Voyez l'essai sur la police des grains par M. Herbert.

Il est étonnant qu'en France on ait pris pendant si longtemps de fausses mesures sur un objet dont tant d'autres dépendent. Il n'y a pas deux ans que le commerce du blé était défendu d'une province à l'autre. Souvent une partie des citoyens soumis au même maître mourait de faim, pendant que la province voisine était incommodée d'une abondance ruineuse pour les cultivateurs. Cet abus ne pouvait pas échapper à la sagesse du gouvernement, et il a cessé. Mais on ne peut pas penser aux avantages infinis qui résulteraient de l'exportation libre du blé dans un royaume aussi fertile, sans être affligé que cet encouragement soit encore refusé à l'agriculture. Voyez GRAINS, (Economie politique.) Cet article est de M. LE ROI, lieutenant des chasses du parc de Versailles.