S. f. (Histoire naturelle, Botanique) Tournefort compte douze espèces de ce genre de plante ; mais ces variétés ne consistent que dans la différente grandeur, forme, et couleur du fruit, ou dans les piquans dont il est armé.

Nous n'avons donc besoin que de décrire ici l'espèce commune nommée par le même Tournefort, melongena, fructu oblongo, violaceo. Inst. rei herb. 151.

Sa racine qui est fibreuse et peu profonde, pousse une tige ordinairement simple, d'environ un pied de haut, de la grosseur du doigt, cylindrique, rougeâtre, couverte d'un certain duvet qui s'en peut aisément détacher. Elle jette des rameaux nombreux, et placés sans ordre, qui partent des aisselles des feuilles.

Ses feuilles sont de la grandeur de la main, et même plus grandes, assez ressemblantes aux feuilles de chêne, sinuées ou plissées sur les bords, mais non crenelées ou dentelées, vertes et couvertes superficiellement d'une certaine poudre blanche comme de la farine. Elles sont portées sur de grosses queues, longues d'un empan ; leurs nervures sont rougeâtres comme la tige, et quelquefois épineuses.

A l'opposite des feuilles, sortent des fleurs, tantôt seules, tantôt deux à deux ou trois à trois, sur la même tige ou la même branche. Ces fleurs sont des rosettes à cinq pointes, en façon d'étoile, amples, sinuées, blanchâtres ou purpurines, soutenues par des calices hérissés de petites épines rougeâtres, et divisés en cinq segments pointus. Quand les fleurs sont passées, il leur succede des fruits, environ de la grosseur d'un œuf ou d'un concombre, et selon l'espèce, oblongs, cylindriques, ou ovoïdes, solides, lisses, de couleur violette, jaune purpurine, blanche, noire, ou verdâtre, doux au toucher, remplis d'une pulpe ou chair succulente. Ces fruits contiennent plusieurs semences blanchâtres, aplaties, qui ont pour l'ordinaire la figure d'un petit rein, et ressemblent assez à la graine du poivre d'inde.

Il est vraisemblable que la mélongène est le bedingian des Arabes, le tongu des habitants d'Angola, et le belingel des Portugais. Quelques botanistes modernes, comme Dodonée, Gérard, Lonicer, et Gesner, ont nommé le fruit de cette plante mala insana, des pommes dangereuses, ou mal-saines, ou propres à rendre fou. Cependant ce fruit n'est nullement mal-faisant, comme il parait par l'usage continuel qu'en font les Espagnols, les Italiens, et les habitants de la côte de Barbarie dans leurs salades et leurs ragouts. Les habitants des Antilles les font bouillir après les avoir pelées ; ensuite ils les coupent par quartiers, et les mangent avec de l'huile et du poivre. Les Anglais leur trouvent un goût insipide ; les Botanistes qui s'embarrassent peu du goût des fruits, cultivent la mélongène par pure curiosité. (D.J.)

MELONGENE, (Diète). Le fruit de cette plante se mange très-communément en été et en automne, dans les provinces méridionales de France. La manière la plus usitée de les apprêter, c'est de les partager longitudinalement par le milieu, de faire dans leur chair de profondes entailles, qui ne percent cependant point la peau, de les saupoudrer de sel et de poivre, de les couvrir de mie de pain et de persil haché, de les arroser avec beaucoup d'huile, et de les faire cuire avec cet assaisonnement au four ou sur le gril. On les coupe aussi par tranches longitudinales ; après les avoir pelées, on les couvre d'une pâte fine, et on en prépare des bignets à l'huile. On les mange aussi au jus comme les cardes, avec du mouton sous la forme du ragoût populaire qu'on appelle haricot à Paris et aux environs.

Ce fruit a fort peu de goût par lui-même, mais il fournit une base très-convenable aux divers assaisonnement dont nous venons de parler.

Presque tous les auteurs, en y comprenant le continuateur de la matière médicale de Geoffroy, conviennent que la melongène est un aliment non seulement froid et insipide, mais aussi mauvais que les champignons ; qu'il excite des vents, des indigestions, et des fièvres, etc. Tous ces auteurs se trompent : on en mange à Montpellier, par exemple, pendant quatre mois consécutifs, autant au-moins que de petits pois à Paris, dans le même temps, c'est-à-dire presque deux fois par jour dans la plus grande partie des tables : les étrangers surtout les trouvent très-appétissantes, et en mangent beaucoup. On en trouve dans plusieurs potagers de Paris, depuis quelques années, et j'ai vu beaucoup de personnes qui connaissaient ce mets, en faire apprêter plusieurs fais, et en faire manger à beaucoup de personnes, pour l'estomac desquelles c'était un aliment insolite ; et je puis assurer que je n'ai jamais vu l'usage de ce fruit suivi de plus d'accidents que la nourriture la plus innocente. (b)