S. f. (Physiologie) perte de la respiration, soit en tout, soit en partie.

La suffocation procede de différentes causes ; mais nous n'expliquerons ici que la suffocation qui résulte, 1°. de la submersion, 2°. de la privation d'air dans la machine du vuide ; 3°. lorsqu'on monte sur des lieux fort élevés ; 4°. quand on respire un air trop chaud, condensé, ou rempli de vapeurs nuisibles aux poumons. Les suffocations qui proviennent de maladies, dépendent de ces maladies qui sont fort variées.

Dans la submersion par l'eau, les noyés meurent comme ceux qui sont étranglés. Dans les uns et dans les autres, le passage de l'air est bouché. Ce n'est point l'eau qui suffoque en entrant dans les poumons, car l'ouverture, c'est-à-dire, la glotte, n'est qu'une fente très-petite : or l'eau qui couvre cette fente, ne permet point à l'air d'en sortir, par conséquent elle ne saurait s'y insinuer ; cependant lorsque les cadavres viennent à flotter, l'eau n'y trouve pas toujours les mêmes obstacles ; car dans certaines situations, elle ne peut couvrir qu'une des extrémités de la glotte, tandis que l'autre répond à l'air ; ainsi dans ces situations, qui ne sont pas rares dans un corps qui flotte, et qui ne garde jamais la même position, il est certain que l'eau pourra s'introduire dans les poumons, mais cela n'arrive que longtemps après la mort ; c'est pourquoi on ne trouve pas toujours de l'eau dans les poumons ni dans l'estomac des gens noyés, mais seulement quelquefois.

L'espèce de suffocation artificielle, celle des animaux qui meurent dans la machine du vuide, n'est pas embarrassante à concevoir ; cependant pour la comprendre, il faut se rappeler que les rameaux des bronches sortent à angles aigus les uns des autres, et qu'étant élastiques, ils résistent quand on les écartera ; or on ne saurait gonfler les poumons sans écarter les branches des tuyaux bronchiques ; mais les rameaux qui pesent les uns sur les autres, résistent à la force qui fait effort pour les éloigner. Ajoutez la contractibilité du tissu pulmonaire qui tend toujours à raccourcir toutes les fibres, contractibilité qui n'est pas même perdue dans les cadavres. Cela posé, mettez un animal dans la machine du vuide, pompez-en l'air, que doit-il arriver quand l'air sera moins dense ? Il est certain qu'il ne pourra point soulever les bronches, par conséquent elles se rapprocheront ; et d'un autre côté, l'air qui est dans le tissu intérieur des poumons se dilatera : il y aura donc une dilatation et une contraction dans les poumons des animaux qui seront dans la machine du vuide, lorsque l'air en aura été pompé.

Il est évident que le mouvement progressif du sang sera difficile dans ces poumons, car d'abord l'air n'aura pas assez de force pour élever les rameaux bronchiques ; de plus les poumons seront tellement distendus par l'air du tissu intérieur, qu'il faudra de toute nécessité que les vaisseaux soient tiraillés, pressés, crevés ; ainsi les animaux qui seront dans la machine du vuide, seront dans des angoisses extraordinaires, mettront en jeu le diaphragme et leurs muscles intercostaux ; mais l'action même de ces muscles leur sera pernicieuse, car quand les côtes agrandiront l'espace que renferme le thorax, le poumon se gonflera davantage, et les vaisseaux seront plus écartés les uns des autres. Pour avoir une idée de ce qui arrive alors, qu'on se souvienne que les vésicules des poissons crevent souvent dans la machine du vuide, et que les grenouilles se boursoufflent ; la même chose doit arriver aux poumons des animaux qui meurent dans le vuide.

Une troisième espèce de suffocation, est celle qu'on éprouve quand on monte sur des lieux élevés. Il faut regarder les lieux fort élevés comme des espèces de machines du vuide, car l'air y est très-raréfié ; ainsi il ne peut plus contrebalancer l'air qui est dans le tissu intérieur des poumons. Il faut regarder les poumons comme une vessie d'air qu'on porte sur le sommet des montagnes ; or tout le monde sait que cette vessie se gonfle à-proportion qu'elle est dans un lieu plus élevé : il en est de même des poumons ; ainsi les voilà exposés à un gonflement semblable à celui qui survient dans la machine du vuide. Ainsi on y remarquera les mêmes phénomènes, c'est-à-dire que les poumons pourront laisser échapper les fluides qu'ils renferment, et qu'ils causeront par la dilatation une oppression considérable. On ne sera plus surpris à-présent, de ce qui est rapporté par Acosta, lequel en passant par les montagnes du Pérou fut exposé à des accidents terribles ; l'estomac se bouleversa ; les vomissements furent énormes dans leurs efforts, qui lui firent rendre jusqu'au sang ; et il crut enfin qu'il allait mourir. D'autres voyageurs ont observé que les corps sont alors comme des cribles, l'eau en découle de tous côtés, comme s'ils étaient dans une sueur des plus abondantes : la pression de l'air qui diminue à-proportion qu'il est éloigné de la terre, doit produire tous ces symptômes.

Une quatrième espèce de suffocation arrive, lorsqu'un animal est renfermé dans un lieu resserré, qui n'a pas commerce avec l'air extérieur ; c'est qu'alors l'air qu'on respire n'étant point renouvellé, se charge d'exhalaisons grossières et pernicieuses à la respiration. Le fait suivant justifie cette explication, et prouve qu'on rétablit la respiration lésée, en impregnant l'air de nouveaux corpuscules qui l'améliorent.

Il est rapporté dans les écrits de Boyle, que Corneille Drebel fit un bateau pour aller sous l'eau ; mais il avait un inconvénient bien fâcheux pour ceux qui hasardaient d'entrer dans ce bateau, c'est qu'ils manquaient d'air frais ; Drebel trouva le secret de remédier à ce défaut par une liqueur. Lorsque l'air était surchargé des exhalaisons qui sortaient de ceux qui étaient dans le bateau, et qu'il ne pouvait plus servir à la respiration, on débouchait une bouteille remplie de sa liqueur, et dans le moment il s'exhalait de cette bouteille une grande quantité de corpuscules qui corrigeaient l'air, et le rendaient plus propre à la respiration durant quelque temps.

L'air chaud produit la suffocation, parce qu'un des principaux usages de l'air est de tempérer la chaleur du poumon. Enfin l'air chargé de vapeurs nuisibles, irrite par l'âcreté de ces vapeurs le tissu du poumon, et gêne par conséquent la respiration. Quant aux autres phénomènes qui rendent la respiration difficile, courte, forte et fréquente, voyez pour les entendre, l'article RESPIRATION, Physiolog. (D.J.)