S. f. (Physiologie) c'est l'acte par lequel le chyle est changé en sang. Voyez CHYLE, SANG. La sanguification succede à la chylification, et est suivie de la nutrition. Voyez ces articles.

La sanguification se fait ainsi. Après que le chyle a passé par les différentes sortes de veines lactées, et qu'il est parvenu dans le canal thorachique, il est porté de-là dans la souclavière où il se mêle avec le sang avec lequel il descend dans le ventricule droit du cœur, et s'y mêlant plus intimement, ils circulent ensemble dans toute l'habitude du corps, jusqu'à ce qu'après plusieurs circulations, et après plusieurs dépurations qui se font dans les différents couloirs et dans les différents canaux du corps, ils soient intimement unis, ou, comme disent les chymistes, cohobés, de sorte qu'ils ne font plus qu'un tout uniforme qui ne parait être autre chose que le chyle altéré par l'artifice de la nature et exalté en sang. En effet il ne parait pas qu'il se mêle aucun corps étranger que le chyle avec la liqueur qui circule, excepté ce qui en a été séparé auparavant pour des cas particuliers, à moins que l'air ne se mêle avec elle dans les poumons : ce qui n'est pas hors de doute et de contestation. Voyez AIR, SANG.

Il est vrai qu'il y a une certaine quantité d'air qui est mêlée avec le sang, et qui circule avec lui ; mais il est douteux si c'est un nouvel air qui vienne se joindre à celui qui était contenu en premier dans les matières dont le chyle a été formé. Les principaux arguments dont on se sert pour appuyer cette opinion, sont la nécessité de la respiration et la couleur écarlate que le sang acquiert dans les poumons, et qui parait d'abord dans les veines pulmonaires. Le premier est fondé sur une explication assez satisfaisante sous l'article RESPIRATION.

L'autre est appuyé sur les changements qui arrivent au sang coagulé après la saignée ; si on expose à l'air la partie de ce sang qui était dans le fond du vase ; et qui avait commencé de contracter une couleur noirâtre, cette partie mise à l'air acquerrera une couleur d'un rouge éclatant : ce que nous remarquons s'exécuter de même dans la veine pulmonaire.

Les anciens étaient très-embarrassés pour connaitre le siege de la sanguification, de même que pour savoir le lieu et l'instrument par lequel elle s'effectuait ; si c'était dans le cœur, dans le foie, ou dans les poumons, mais selon la doctrine des modernes, le cœur, le foie, les vaisseaux, etc. ne contribuent pas plus à changer le chyle en sang, que le soleil contribue à changer le mout en vin. Voyez COEUR, FOIE.

Les anciens rapportaient la sanguification à la faculté formatrice. Dans le dernier siècle, quand la chimie fut introduite, on croyait que la sanguification et plusieurs autres choses se faisaient par un ferment, et les médecins de ces temps recherchaient quel était le lieu particulier où ce ferment était préparé et conservé ; les uns disaient que c'était le foie, d'autres la rate, etc. mais ces opinions sont rejetées par les modernes.

On doit admettre deux degrés de sanguification ; le premier qui se réduit seulement à la confusion et à l'intimation des parties, comme étant suffisante pour confondre les différentes couleurs des liqueurs, en sorte que la blancheur du chyle soit perdue et changée en la rougeur du sang ; de sorte qu'elle ne paraitra plus dans sa première figure, ni sous sa propre couleur. Il faut supposer que cela se fait seulement par les circulations répétées ; mais on ne peut pas déterminer le nombre de ces circulations. Le second degré est quand les parties du chyle sont si exaltées ou subtilisées, qu'elles perdent toute tendance à la séparation coagulatoire, comme elles l'ont dans le chyle et dans le lait. On peut ajouter un troisième degré dans lequel les parties du sang qui ne sont pas digérées, sont si brisées et si mêlangées avec le serum, qu'elles ne sont plus capables de séparation. Cette sanguification est morbide, et se fait dans les fièvres accompagnées de sueurs de sang, de taches de pourpre, etc.

Le docteur Drake ne doute aucunement que tous ces degrés de sanguification ne soient causés par les circulations réitérées dans lesquelles l'intestin et le mouvement progressif conspirent à mêler et à diviser les parties accessoires. Elles ont sans-doute leur période déterminé dans lequel elles arrivent à leur perfection ; mais nous ne connaissons pas précisément où il doit être fixé.