S. m. (Anatomie et Physiologie) en latin nictatio, mouvement vif, alternatif et synchronique des paupières.

Elles ont, comme on sait, un très-promt mouvement, et la paupière supérieure dans l'homme en a beaucoup plus que la paupière inférieure. Ce mouvement des paupières se fait quelquefois volontairement, souvent aussi sans y penser, et toujours avec une extrême vitesse.

Les cillements qui arrivent de moment en moment, dans les uns plus, dans les autres moins, se font à la paupière supérieure alternativement par le releveur propre, et par la portion palpébrale supérieure du muscle orbiculaire : ils se font aussi alternativement et en même temps à la paupière inférieure, par la portion palpébrale inférieure du muscle orbiculaire, mais très-peu, à cause du petit nombre des fibres palpébrales inférieures.

On voit déjà qu'il y a deux muscles qui servent au mouvement des paupières ; mais pour mieux entendre leurs cillements, il faut se rappeler la structure de ces deux voiles qui sont tendus sur les yeux : or les deux paupières étant formées de membranes minces, presque transparentes, à petits plis, très-vasculeuses, remplies d'une grande quantité de papilles nerveuses à leur surface interne, toujours unies, et bordées d'un large cartilage en forme d'arc, on comprend qu'elles peuvent se toucher mutuellement, s'éloigner ensuite, s'abaisser et se rouvrir alternativement. Le muscle élévateur de la paupière supérieure, né par un petit principe charnu du fond de l'orbite osseuse, se disperse en petites fibrilles tendineuses très-fines, et Ve s'insérer à toute la partie supérieure du tarse de cette paupière ; elle doit donc s'élever sans rides par le mouvement de ce muscle. Pour le muscle orbiculaire qui prend son origine du grand os du nez, et Ve parsemant ses fibres par les deux paupières, il n'a qu'à se contracter, comme il fait, en forme de sphincter, pour unir doucement les paupières l'une à l'autre : s'il se contracte plus fortement, il exprime les larmes, en arrose la surface interne de l'oeil, en nettoie les ordures, et le lave. La paupière inférieure s'ouvre par la contraction spontanée des fibres musculaires distribuées dans la joue.

Mais de peur que les paupières, à force de ciller et se joindre l'une à l'autre sans-cesse, ne s'excorient, la nature a placé sur le bord cartilagineux de l'une et de l'autre de petits grains glanduleux, où se filtre une humeur qui se décharge par des orifices ouverts, et sert de liniment au bord des paupières. Ces orifices ne sont autre chose que les extrémités des petits vaisseaux qui vont serpentant en cet endroit, et naissent continus avec les artérioles qui y sont distribuées, sans structure glanduleuse.

Ainsi dans les paupières douées d'une peau flexible, de fibres nerveuses, musculeuses, d'une membrane adipeuse, et d'une tunique interne très-lisse, parsemée de vaisseaux sanguins et de glandes qui l'abreuvent sans-cesse, et entretiennent la cornée transparente, tout concourt à l'exécution des cillements alternatifs de ces rideaux de la vue, comme Cicéron même l'a remarqué dans son ouvrage de la nat. des dieux, l. II. c. lvij. Palpebrae, dit-il, sunt mollissimae tactu, ne laedèrent aciem, et aptissimae factae ad claudendas ac aperiendas pupillas ; idque providit natura, ut identidem fieri possit cum maximâ celeritate. " Les paupières sont douées d'une surface douce et polie, pour ne point blesser les yeux : soit que la peur de quelque accident oblige à les fermer, soit qu'on veuille les ouvrir, la nature les a faites pour s'y prêter ; et l'un et l'autre de ces mouvements s'exécute avec une prodigieuse vitesse ". C'est en effet une chose admirable que la promptitude des cillements, leur répétition successive, perpétuelle pendant le cours de la vie, sans dommage, sans usement du voile ni de l'oeil contre lequel il frotte, et presque toujours sans notre volonté.

Il arrive pourtant quelquefois que ce cillement, ce clignotement des paupières, est non-seulement involontaire, mais si prompt ou si lent qu'il fatigue et chagrine beaucoup ceux qui en sont attaquées, et qu'il fait de la peine à ceux qui les regardent. Cette espèce de tressaillement est une vraie maladie, un mouvement convulsif des voiles de l'oeil, pendant lequel les fibres motrices du muscle orbiculaire deviennent tendues, roides ; et la paupière après avoir demeuré un instant fermée, se relève l'instant suivant ; en sorte que les malades jouissent ou sont privés de la lumière par intervalles ; ce qui n'a pas lieu dans les cillements ordinaires et naturels. Il semble donc que la cause de cette convulsion est un mouvement irrégulier des esprits animaux, qui se portant avec trop de rapidité dans les fibres du muscle orbiculaire, empêche pendant un temps l'action du muscle releveur.

On guérit ce tressaillement plus ou moins difficilement, suivant sa fréquence et l'ancienneté du mal. Quand il est leger, deux moyens peuvent servir à sa guérison ; le premier, de se faire éternuer pendant l'accès ; le second, de frotter doucement avec la main le tour de l'orbite et des paupières, ou plutôt d'employer des frictions sur les paupières, et aux environs avec des eaux spiritueuses, ou des huiles nervines mêlées de quelques gouttes d'esprit volatil huileux, dont on répétera l'application plusieurs fois dans le jour. Lorsque ces deux moyens ne suffisent pas pour empêcher les récidives de la convulsion, il faut y joindre promptement les remèdes internes, parmi lesquels je ne connais rien de mieux que les antimoniaux, pris longtemps et en petite quantité. C'est ainsi, par exemple, qu'il convient de traiter les enfants qui clignotent perpétuellement les yeux, pour avoir été trop exposés au grand jour, en sorte que leur fréquent cillement se tourne en habitude incurable, si l'on n'a l'attention d'y remédier de bonne heure.

Il ne faut pas confondre le cillement des paupières avec leur clignement. Voyez ce mot. Article de M. le Chevalier DE JAUCOURT.