S. m. (Médecine) maladie qui consiste dans une envie fréquente d'aller à la selle, et dans des efforts violents appropriés, qui n'ont que peu ou point d'effet. Les Grecs lui ont donné le nom de , ou mieux , dérivé de , tendre, et , tension, pour exprimer l'extrême contension des malades lorsqu'ils se présentent au bassin ; quelques-uns l'ont appelé , de , effort, à cause de la violence des efforts qu'ils sont obligés de faire.

Le ténesme est quelquefois entièrement sec, le plus souvent il est accompagné de déjections, mais très-modiques ; et ce ne sont point les excréments qui en sont la matière, mais quelques gouttes d'humeurs glaireuses, phlegmatiques, ou seules, ou mêlées avec des stries de sang, de la sanie ou du pus ; ces matières toujours âcres, corrosives, excitent en passant par le fondement, ou en se détachant, des douleurs et des cuissons vives, et un sentiment insupportable d'érosion. Il est rare que la fièvre survienne à ces accidents, à-moins qu'ils ne soient portés à un très-haut point d'intensité.

La cause générale qui les détermine, est une irritation constante qui a son siege à l'extrémité du rectum, ou sur le sphincter de l'anus ; cette irritation peut être produite par une inflammation, par un ulcère, par l'excoriation, le déchirement ; la blessure de cette partie à la suite d'un coup, d'une constipation opiniâtre qui n'aura pu être vaincue que par des efforts violents, de l'introduction forcée et maladroite de la canule d'une seringue, d'un suppositoire trop irritant, des rhagades qui s'étendent jusque à la partie interne du sphincter, des hémorrhoïdes aveugles et douloureuses ; des ascarides qui sont ordinairement nichés à l'extrémité du rectum, peuvent aussi déterminer les mêmes symptômes ; aux causes locales qui agissant sur la partie affectée constituent le ténesme idiopathique, on peut ajouter celles qui produisent dans d'autres parties une irritation qui se communique par sympathie, c'est-à-dire, par les nerfs au sphincter de l'anus. Telles sont l'inflammation et l'ulcère des prostates, du col de la vessie, de la matrice, les tumeurs de cet organe, et les efforts d'un accouchement laborieux. Telle est aussi plus souvent l'irritation occasionnée par la pierre dans la vessie. Le muscle qui détermine les excrétions des matières fécales étant irrité, doit suivant les lois de l'irritabilité ou sensibilité, entrer dans de fréquentes contractions, et donner lieu par-là aux efforts répétés, et à l'envie presque constante de cette excrétion : mais ces mêmes efforts en apparence destinés à emporter la cause du mal, ne font que l'enraciner davantage, et rendre la maladie plus douloureuse et plus opiniâtre : qui ne rirait d'un animiste ou stahlien qui viendrait soutenir que cette maladie est un bienfait de la nature ou de l'âme, bonne et prévoyante mère, qui dirige ces efforts à la guérison de la maladie, qui les excite même sous prétexte d'une indispensable nécessité, et dans l'espérance d'un avantage qu'on attendrait inutilement d'ailleurs ? Est-ce qu'un ulcère, une inflammation, un déchirement de l'anus, ne s'augmentent pas dans les efforts réiterés du ténesme ? Est-ce qu'un pareil vice dans les parties voisines peut en recevoir quelque soulagement ? est-ce qu'un hémorrhoïdaire ne serait pas mieux dégagé par l'écoulement du sang que par des douleurs et des cuissons qui ne font que le tourmenter davantage ? etc. &c. N'est-il pas en un mot, plus naturel de penser que tous ces mouvements tout à fait hors de l'empire de l'âme, sont la suite nécessaire de la disposition organique de ces parties : il y a des lois primitivement établies, relatives à l'organisation de la machine, suivant lesquelles se font les divers mouvements, sans qu'il soit besoin qu'un être intelligent soit sans-cesse occupé à les produire et à les diriger ; c'est ce qui fait qu'il y a des maladies qui sont avantageuses, et d'autres qui ne le sont pas ; ce mélange de bien et de mal suppose toujours un aveugle machinisme.

Quoique le ténesme ne soit pas pour l'ordinaire mortel, il ne laisse pas d'être une maladie souvent sérieuse, la source de douleurs cuisantes, et de beaucoup d'incommodités ; lorsqu'il est produit par un ulcère du sphincter, il risque s'il est négligé de dégénérer en une fistule qu'on ne guérit qu'avec beaucoup de difficulté, et qui peut même tendre à abréger les jours du malade. Lorsqu'il est la suite d'une légère excoriation, des vers ascarides, des hémorrhoïdes qui ont de la peine à percer, d'un accouchement difficile, etc. il se dissipe assez promtement par la cessation de ces causes, par la mort ou l'expulsion des vers, le flux des hémorrhoïdes, et la sortie de l'enfant : alors il occasionne plus de désagrément que de danger. Il y a une circonstance où le ténesme peut devenir fâcheux, c'est lorsqu'il se rencontre dans une femme enceinte. Alors, suivant l'observation d'Hippocrate, dont la raison est assez claire, il excite l'avortement : mulieri utero gerenti tenesmus superveniens abortire facit, (Aphor. 27. lib. VII.) le ténesme d'automne est pour l'ordinaire contagieux, et devient épidémique.

L'indication qui se présente à remplir dans le traitement du ténesme, est de faire cesser l'irritation locale qui en détermine les symptômes ; mais pour y réussir, il faut varier les remèdes, et les proportionner aux différentes causes qui l'ont excitée, et qui l'entretiennent ; ainsi dans les cas d'inflammation, phlogose, excoriation, il faut insister davantage sur les adoucissants, émolliens, anodins pris par la bouche, donnés en lavement, ou appliqués sous forme de fomentation ou d'étuves : quelquefois même il est à propos de recourir à la saignée, qu'on peut même si le cas l'exige, réitérer jusqu'à deux ou trois fais. Ces mêmes remèdes peuvent convenir dans les ténesmes sympathiques, qui doivent leur naissance à l'inflammation de la vessie, de la matrice, etc. Voyez INFLAMMATION. Les ulcères demandent qu'aux émolliens on ajoute, ou même si les douleurs ne sont pas vives, on substitue l'usage des baumes pris intérieurement, ou injectés par l'anus ; les lavements térébenthins sont très-appropriés ; on peut combattre les vers par les anthelmintiques ordinaires, et surtout par des suppositoires faits avec le miel et l'extrait d'absynthe, ou autre amer, mais qui n'irrite pas beaucoup ; quant au ténesme qui est l'effet d'un accouchement laborieux, ou d'une pierre dans la vessie, il est évident qu'on ne peut le guérir que par la sortie de ces corps étrangers ; on peut cependant calmer les douleurs, et diminuer la violence des efforts, par les lavements de mauve, de pariétaire, de branc-ursine, de psyllium, etc. qu'on rendra plus anodins par l'addition du syrop de pavot ou du laudanum en substance ; ces mêmes narcotiques peuvent être employés intérieurement sans danger dans la pierre ; mais il y aurait de l'inconvénient à les donner dans l'accouchement difficile, et leur secours est beaucoup moins nécessaire, parce que le ténesme n'est pas de longue durée, et que les efforts qu'il excite peuvent aider à l'accouchement.

Dans le ténesme qui survient aux hémorrhoïdes aveugles, il faut tourner toutes ses vues de ce côté, tâcher de les faire percer ; les remèdes indiqués dans cette circonstance sont si les douleurs sont vives, le bain local, l'étuve faite avec des plantes émollientes, les liniments avec l'onguent populeum, et surtout l'application des sangsues aux vaisseaux gonflés s'ils paraissent à l'extérieur, qu'on secondera efficacement par une bonne prise d'aloès, remède éminemment hémorrhoïdaire, ou d'extrait de l'élixir de propriété. (m)