S. m. , à perfluendo, (Médecine) genre de maladie qu'Hippocrate et Galien désignent souvent sous le nom de , et qui est appelé en latin diarrhaea, alvi profluvium, &, selon Celse, fluxus ventris, flux de ventre, signifie en général toute sorte de déjection de matière liquide, plus fréquente que dans l'état naturel.

Si la déjection est accompagnée de cours de ventre et de douleur, on a coutume de la nommer dyssenterie ; si les aliments sont rendus par la voie des excrétions fécales, sans avoir presqu'éprouvé aucune altération, on nomme cette espèce de diarrhée, lienterie. L'affection caeliaque en est une autre espèce, dans laquelle on rend avec les excréments une partie notable du chyle, qui aurait dû passer dans les veines lactées, etc. Voyez DISSENTERIE, LIENTERIE, etc.

Presque toutes les humeurs du corps humain peuvent être portées par leurs vaisseaux dans le canal des intestins, comme la mucosité des narines, de la bouche, du gosier, de l'oesophage, de l'estomac, et de tous les boyaux ; la salive, le suc gastrique, pancréatique, intestinal ; la bile hépatique et cystique, la lymphe, le sang des vaisseaux mesentériques, etc.

La matière de la diarrhée peut donc être de différente nature, selon ses différentes causes ; mais il est reçu parmi les Médecins, que l'on entend par le mot diarrhée spécialement pris, une fréquente évacuation par les selles, d'une matière tenue, stercoreuse, purulente, sanieuse, aqueuse, muqueuse, pituiteuse, glutineuse, adipeuse, écumeuse, bilieuse, atrabilaire, qui tient plus ou moins de l'une de ces qualités mêlées ou distinctes, et plus ou moins âcres, qui vient des intestins immédiatement, et qui sort quelquefois avec les excréments, et quelquefois seule : elle est souvent accompagnée de tranchées, mais non pas essentiellement.

Il se présente trois choses surtout à considérer avec attention dans les diarrhées, pour parvenir à en bien connaitre la nature, à juger quel en sera l'évenement, et à saisir les indications convenables pour la curation. Elles consistent à bien distinguer, 1° les différentes matières de l'évacuation ; 2° les diverses parties du corps qui les fournissent ; et 3° les causes qui font qu'elles se ramassent dans les intestins en plus grande quantité que dans l'état naturel, et qu'elles sortent ensuite par la voie des selles.

I. La mucosité, cette humeur lente, épaisse, qui est susceptible de se durcir, comme du tuf, en se desséchant, et de se liquéfier de nouveau par la macération dans l'eau ; qui sert à enduire la membrane des narines et de toutes les premières voies, peut fournir la matière de la diarrhée muqueuse, si elle vient à se ramasser en plus grande abondance qu'à l'ordinaire, en se détachant par quelque cause que ce sait, des surfaces qu'elle doit lubrifier ; s'il s'en sépare davantage, comme dans le catharre, qui peut affecter les entrailles, en sorte qu'il s'y porte une plus grande quantité de cette humeur, comme il arrive aux narines, où il s'en fait une copieuse excrétion dans cette même maladie, il s'en évacue de même beaucoup par l'anus ; ce qui établit le cours de ventre, auquel peut également donner lieu cette même humeur muqueuse viciée devenue trop abondante par la glutinosité dominante des liquides, et changée en une matière pituiteuse, vitrée, transparente, et tremblante comme de la gelée.

La salive et les différents sucs digestifs de nature lymphatique ; la bile hépatique, lorsqu'elle est bien délayée, peuvent aussi fournir la matière du cours de ventre, si toutes ces humeurs excrémentitielles ne sont pas absorbées dans le canal intestinal, pour être remêlées avec le sang ; et comme il s'en sépare une grande quantité dans toute l'étendue des premières voies, il s'en peut ramasser assez pour une évacuation fréquente et copieuse, qui prive le corps de beaucoup de bons fluides, et peut occasionner dans la suite des obstructions, la faiblesse, l'atrophie, parce que les humeurs grossières perdent leur véhicule ; parce que les aliments ne pouvant pas fournir de quoi réparer cette perte, les secrétions des liquides qui servent à la digestion, se font imparfaitement ; le chyle est mal travaillé, le suc nerveux, la lymphe nourricière, manquent, d'où suivent les effets mentionnés.

La sérosité du sang épanchée dans quelque cavité, étant repompée par les veines, peut être portée dans le canal intestinal, par analogie avec les différentes secrétions qui s'y font, et fournir la matière d'une diarrhée aqueuse, séreuse, comme on le voit souvent dans les hydropiques, d'une manière salutaire, selon que l'a observé Hippocrate dans ses prénotions de cos.

La bile cystique, si elle vient à contracter trop d'âcreté, irrite fortement les boyaux dans lesquels elle coule continuellement ; elle les excite à de fortes contractions, qui resserrent les orifices des vaisseaux absorbans, en sorte qu'elle est poussée tout le long des intestins avec vélocité, jusqu'à ce qu'elle soit parvenue à leur extrémité, pour être chassée hors du corps, ce qui constitue le plus souvent la cause de la diarrhée, et en fournit la matière, qui est de différente nature, selon que la bile est elle-même différemment viciée ; d'où les déjections sont de différente couleur, comme jaunes, vertes, noires, etc. Voyez BILE.

Des abris rompus dans les premières voies, ou dans des parties qui y communiquent ; de petits ulcères qui y ont leur écoulement, peuvent fournir la matière d'une diarrhée purulente sanieuse.

La graisse rendue plus fluide que dans l'état naturel, par la chaleur de la fièvre ou par les causes de la consomption, venant à être mêlée dans la masse des humeurs, peut être portée par les lois des secrétions dans les colatoires intestinaux, et y établir une diarrhée adipeuse.

Les matières morbifiques, de quelque nature qu'elles soient, peuvent aussi, ou par leur abondance ou par leur coction, avoir les dispositions nécessaires pour être portées de toutes les parties du corps, par les différentes voies qui conduisent aux boyaux, et y former une diarrhée symptomatique ou critique.

II. Les narines ont une libre communication avec le gosier, aussi-bien que la bouche ; celui-ci avec l'oesophage, l'estomac et toute la suite des boyaux ; ainsi la mucosité peut être portée des narines dans les intestins. Le sang même avalé pendant le sommeil, peut de ces cavités supérieures être rendu par les selles, et en imposer pour un flux de sang. La mucosité surabondante dans le corysa, ou catarrhe de la membrane pituitaire (voyez CORYSA ) ; la matière des crachats dans le catarrhe des poumons, peuvent aussi, étant avalées, parcourir le canal intestinal, et sortir par l'anus.

La communication du foie avec les boyaux, est doublement établie par le canal hépatique et cystique, celle du pancréas par le pancréatique. Les injections anatomiques ont démontré aussi que la veine-porte et les artères mésentériques ont des rameaux par lesquels ils communiquent avec la cavité intestinale, et que les humeurs peuvent être portées par cette voie en très-grande abondance, parce qu'ils sont très-nombreux, et que leurs orifices dans les boyaux sont tellement susceptibles de se laisser dilater, qu'ils transmettent même de la cire, comme l'a observé Ruysch, et comme M. Wanswieten dit l'avoir vu lui-même, sans qu'il fût fait aucune violence à leurs tuniques. Si le cours des humeurs n'est pas libre dans la veine-porte ou dans les artères mésentériques, elles peuvent refluer par ces rameaux, et par un mouvement rétrograde se porter dans la cavité des boyaux en assez grande quantité pour donner lieu à une diarrhée lymphatique.

Si ces vaisseaux et tous autres colatoires des intestins sont relâchés par quelque cause que ce sait, de manière à diminuer considérablement la résistance qu'ils doivent offrir à recevoir une plus grande quantité de fluides que dans l'état naturel, ou que l'effort des humeurs se porte vers ces conduits, en sorte qu'il se fasse une dérivation des autres parties vers celle-là ; il s'ensuit qu'il y en sera porté de toutes les parties du corps, même des plus éloignées, selon qu'il a été dit en parlant du diabetes, voyez DIABETES, et qu'il sera expliqué à l'article FLUXION. C'est ainsi que l'usage des purgatifs trop répetés, peut épuiser entièrement le corps, tout comme les diarrhées trop longtemps continuées, parce que l'effet des purgatifs peut être regardé comme une diarrhée artificielle ; ainsi il doit y avoir de l'analogie entre les suites de l'une et celles de l'autre. On voit quelquefois dans le cholera morbus, qu'il se fait une si grande évacuation d'humeurs en très-peu de temps, que les malades en sont presqu'épuisés ; ils sont si pâles, si changés, si abattus par le vomissement et les déjections, qu'ils sont meconnaissables ; tellement que les humeurs dissoutes comme par l'effet d'un poison, se portent avec facilité de toutes les parties du corps vers les cavités des premières voies.

III. Après avoir exposé sommairement quelle est la nature et la diversité de la matière de la diarrhée, et quelles sont les parties d'où elles peuvent se porter dans le canal intestinal, l'ordre indiqué conduit à examiner quelles sont les causes de cette maladie : on peut les distinguer en trois classes générales, qui comprennent chacune de grandes variétés.

La première a lieu lorsque les humeurs sont déterminées à se porter vers la cavité des entrailles en plus grande abondance que dans l'état naturel, et qu'elles ne sont pas pompées par les pores des intestins, dont l'action n'est pas assez forte pour les appliquer aux vaisseaux absorbans, de manière à les y faire pénétrer. Alors les matières contenues dans le canal intestinal, se portent par la continuation du mouvement péristaltique subsistant, quoiqu'affoibli, et par la pression des organes de la respiration, vers l'endroit où il y a le moins de résistance, c'est-à-dire vers l'extrémité de ce canal, pour être évacuées hors du corps : dans ce cas les liquides pris par la bouche, les différents sucs digestifs, s'écoulent par l'anus ; et les aliments mêmes qui n'ont pas éprouvé l'action des puissances digestives, sortent aussi par la même voie presque sans changement, et quelquefois sans que les malades s'en aperçoivent ; ce qui est un très-mauvais signe, selon Hippocrate dans ses Coaques. Telle est l'espèce de diarrhée qu'on appelle lienterie.

Si l'action des intestins n'est pas si fort diminuée, et si l'évacuation de toutes ces matières ne se fait qu'en partie, alors les aliments sont plus retenus, moins imparfaitement digerés : il en est fourni une partie au sang par la voie des veines lactées ; mais moins cette partie est considérable respectivement à la quantité, moins il se fait de résorbtion des sucs digestifs ; plus il se porte de ces matières vers l'extrémité des intestins, plus les déjections sont fréquentes : ainsi, pour parler le langage des anciens, moins il y a de force retentrice dans les intestins, plus la diarrhée est considérable.

La seconde classe générale des causes de la diarrhée, comprend tous les cas dans lesquels le mouvement péristatique des intestins est tellement augmenté, que les matières contenues sont portées avec trop de rapidité pour pouvoir être appliquées à l'orifice des vaisseaux absorbans, de manière à y pénétrer : elles sont par conséquent déterminées vers l'extrémité du canal, et y fournissent la matière des fréquentes déjections qui constituent la diarrhée. Si les aliments même ne s'arrêtent pas assez dans les boyaux pour y être digérés, ils sont également évacués par la même cause, sans être changés ; d'où une lienterie d'une autre espèce, eu égard à la cause, que celle dont il a été fait mention ci-dessus. Mais si le mouvement n'est pas si promt, et qu'ils soient assez retenus pour être digerés en partie, il en résulte une diarrhée simple. L'effet des purgatifs donne une idée juste des diarrhées qui proviennent de cette cause ; car on ne peut douter qu'ils n'agissent en irritant, et qu'ils ne déterminent une plus grande évacuation en augmentant l'action des intestins : quoiqu'elle ne suffise pas pour l'excrétion des matières fécales, lorsqu'elles sont dures, résistantes, elle est suffisante lorsque les matières sont liquides, et qu'elles peuvent céder aisément. Wepfer l'a prouvé par une très-belle expérience sur un chat, à qui il avait donné un scrupule de verre d'antimoine dans du lait. L'animal ayant le ventre ouvert, et les boyaux à nud et pendants, ne laissa pas de rendre des excréments de qualité naturelle. Les grouillements d'entrailles, les petites tranchées que l'on éprouve pendant l'action des purgatifs, et par l'effet des diarrhées spontanées, prouvent bien aussi l'augmentation du mouvement intestinal causé par l'irritation.

La troisième classe des causes générales de la diarrhée, renferme tout ce qui peut empêcher le passage dans les vaisseaux absorbans, des liquides contenus dans les intestins, ce qui y laisse la matière des fréquentes déjections ; car, comme il a déjà été dit, celle des sucs muqueux, salivaires, gastriques, hépatiques, intestinaux, est très-considérable ; elle est presque toute absorbée dans l'état de santé, les parties grossières des aliments restent presqu'à sec ; au lieu que toutes ces humeurs, en restant dans les boyaux, y croupissent, s'y pourrissent, y deviennent âcres, excitent et augmentent le mouvement des boyaux, qui tend à les expulser et les évacuer en effet, sans quoi elles causeraient de grands désordres dans toute l'oeconomie animale ; ou si elles ne sont pas susceptibles de contracter cette acrimonie irritante, elles se ramassent en si grande quantité, que leur propre poids tiraille les fibres des intestins et en excite les contractions plus fortement, d'où résulte toujours l'évacuation.

La mucosité trop abondante, les croutes des aphtes peuvent couvrir les orifices des veines absorbantes, de manière que rien ne peut pénétrer dans ces vaisseaux : les cicatrices qui se font à la surface des boyaux à la suite des excoriations dans la dyssenterie, peuvent produire le même effet.

Ces trois classes générales des causes de la diarrhée, renferment un très-grand nombre de différentes causes qui s'y rapportent : par exemple, la transpiration insensible arrêtée par le froid de la nuit, dans un homme qui s'y expose au sortir d'un lit bien chaud, détermine une plus grande quantité d'humeurs vers les intestins, qui fournit bien-tôt matière à une diarrhée. La bile trop acre ou corrompue dans les maladies aiguës, l'acrimonie acide dans les enfants ou dans les adultes d'une constitution faible, donne souvent lieu à la diarrhée par l'irritation causée aux intestins : l'inflammation des intestins, les convulsions qui resserrent les orifices des vaisseaux absorbans, produisent souvent le même effet : les grandes agitations du corps et de l'esprit, la colere surtout, la douleur, comme dans la dentition difficile, la trop grande quantité d'aliments qui ne peuvent pas être digérés, ou dont le chyle est trop abondant pour être tout reçu dans les veines lactées, ce qui est la même chose que si l'orifice en était bouché en partie, sont aussi souvent des causes de diarrhée ; de même que l'usage immodéré de la viande, les fruits verds et cruds, le mout et le vin nouveau, le cidre, l'eau de rivière pour ceux qui n'y sont pas accoutumés, l'usage trop continué des eaux minérales, celui des aliments acres, les liqueurs ardentes, les purgatifs trop actifs, les poisons, les exercices immodérés qui tendent à dissoudre les humeurs, à leur donner de l'acrimonie, par la même raison la fièvre ardente, etc. ainsi d'une infinité d'autres causes qui ont du rapport à quelqu'une de celles dont il vient d'être fait mention.

On peut conclure de tout ce qui vient d'être dit, que toutes les humeurs du corps, tant saines que morbifiques, les aliments, les remèdes, les poisons, peuvent être la matière de la diarrhée, peuvent être portés dans les boyaux par toutes sortes de voies, et peuvent causer des diarrhées d'une infinité d'espèces différentes, et entièrement opposées.

La diarrhée admet aussi bien des différences par rapport à ses effets : car elle peut être salutaire, si elle sert à évacuer des humeurs surabondantes, quoique de bonne nature, ou des humeurs viciées, quand les forces du malade n'en souffrent aucune diminution : c'est le contraire s'il se fait une déperdition de bonnes humeurs, ou si les forces du malade ne comportent pas une grande évacuation. Ainsi on doit beaucoup avoir égard au tempérament du malade, au caractère, et aux différents temps de sa maladie.

Hippocrate, aphor. ij. sect. 1. donne une maxime de pratique très-propre à diriger le médecin dans le jugement qu'il a à porter touchant l'évenement d'une diarrhée. " Dans le déréglement du ventre, dit-il, et dans les vomissements qui surviennent d'eux-mêmes, si les matières qui doivent être évacuées pour le bien du malade le sont, il en est soulagé, et il supporte sans peine l'évacuation, sinon le contraire arrive ".

Quelquefois la matière de la diarrhée est d'une si grande malignité, et se porte en si grande quantité dans les boyaux, que tous les secours de l'art deviennent inutiles. C'est sur ce fondement que le père de la Médecine a dit, " que dans tous les commencements de maladie, s'il survient par le haut ou par le bas une grande évacuation de bile noire, de matière atrabilaire, c'est un signe de mort. Aphor. xxij. sect. 4. " et dans les prénotions. Il dit dans les coaques, " que le cours de ventre copieux dans une fièvre ardente est mortel ".

La diarrhée colliquative est aussi presqu'incurable ; tous les cours de ventre qui durent longtemps, et dans lesquels les déjections sont abondantes, causent à la suite l'exténuation du corps par la grande perte qui se fait des fluides. Ils ne doivent cependant pas tous être appelés colliquatifs, quoique cet effet ait lieu ; on doit entendre par diarrhées colliquatives, celles dans lesquelles après de longues maladies, et surtout après des suppurations de viscères ou une hydropisie invétérée, les humeurs dissoutes se portent abondamment, et se précipitent, pour ainsi dire, dans les entrailles. Telle est la diarrhée, qui dans la phtysie consommée met fin à la maladie et à la vie, comme le dit Hippocrate, aphor. xij. xjv. sect. 5. telle est celle qui arrive aux hydropiques, lorsque les eaux se corrompent et pourrissent les viscères qui y sont plongés ; les misérables se croient mieux, quand ils sont plus près de leur fin.

La diarrhée aqueuse n'est salutaire dans l'hydropisie, que quand elle est commençante.

La diarrhée, telle qu'elle puisse être, dans quelque maladie que ce sait, si elle continue trop, ne peut qu'être nuisible : Hippocrate ne veut pas qu'on la laisse subsister au-delà des sept jours, sans y remédier par le régime et de la manière convenable ; car si on la néglige, elle dispose de plus en plus les viscères abdominaux à en fournir la matière ; étant toujours plus abreuvés d'humeurs qu'à l'ordinaire, ils se relâchent, ils résistent toujours moins à leurs efforts : elle détruit peu-à-peu la mucosité des boyaux, ceux-ci s'excorient, d'où la dyssenterie : tous les autres viscères s'épuisent, se dessechent ; d'où suivent la faiblesse, la maigreur, l'atrophie, par la perte du chyle, du suc nourricier même qui suit le torrent : aussi le trop grand embonpoint peut-il être corrigé par les purgations du ventre ; les déperditions de substance, effet naturel de la vie saine, n'étant pas réparées, les fibres se relâchent dans toutes les parties du corps : les parties les plus fluides des humeurs se perdent continuellement, il ne reste plus que les plus grossières qui s'épaississent, et ne sont plus propres qu'à causer des obstructions, des inflammations ; les humeurs arrêtées se pourrissent dans toutes les parties du corps, d'où la soif qui excite à boire beaucoup, ce qui fournit dequoi achever le relâchement des fibres ; d'où la leucophlegmatie, les différentes hydropisies, la consomption, le marasme, et la mort.

Après avoir parcouru ce qui regarde la matière, l'origine, les causes, les effets de la diarrhée, il reste à dire quelque chose de la curation de cette maladie ; et d'abord il faut examiner s'il convient de l'arrêter ou non : car comme il a été dit, elle sert souvent à décharger le corps d'humeurs nuisibles ; ce que l'on connait aux signes ci-dessus mentionnés. Il arrive souvent que les malades dont on arrête mal-à-propos le cours de ventre, deviennent phrénétiques ou léthargiques, ou bien qu'il leur survient des maux de tête violents, des parotides très-funestes, etc.

Mais dans les cas où il est bien décidé qu'il faut travailler au traitement de la diarrhée, il faut avoir égard à la cause qui la produit, qui peut être de bien différente nature, comme il a été suffisamment établi ; et attendu qu'on a réduit les diverses causes à trois classes générales, on proposera trois sortes de curations qui leur conviennent ; car il ne peut y avoir de méthode générale pour toutes sortes de diarrhées.

Ainsi dans celle qui provient d'une trop grande abondance d'humeurs qui se portent dans les entrailles et qui n'y sont pas absorbées, en sorte qu'elles sont évacuées par les déjections en tout ou en partie, il convient d'abord de tâcher de les détourner, en diminuant l'action qui les pousse vers ces viscères, par la saignée plus ou moins répétée, selon les forces du malade ; en leur faisant prendre un autre cours par la voie des sueurs ou des urines, au moyen des remèdes appropriés ; en hâtant l'évacuation des matières contenues dans les premières voies, par les émétiques, les purgatifs ; en travaillant à corroborer les vaisseaux, les tuniques des intestins, qui se laissent engorger par leur relâchement : c'est pour remplir les dernières indications que l'on emploie contre cette maladie l'hypecacuanha, qui joint à la vertu vomitive et purgative la propriété de resserrer, de rendre le ressort aux parties qui l'ont perdu. La rhubarbe produit aussi à-peu-près le même effet ; elle purge et elle est astringente ; c'est ce qui la fait regarder comme un remède très-efficace contre les cours de ventre. On peut mettre en usage bien d'autres remèdes corroborants, tels que les martiaux astringens, le diascordium, la thériaque, la conserve de roses rouges, de kinorrhodon, etc. Selon Baglivi, la canelle mâchée pendant tout un jour, avec soin d'avaler la salive qui s'y mêle, a guéri des diarrhées, des dyssenteries, des langueurs d'estomac invétérées. Forestus, liv. XXII. rapporte s'être servi avec succès de neffles qui n'étaient pas mûres, qu'il avait fait manger en grande quantité pour arrêter une diarrhée opiniâtre. Le vin chauffé avec des aromates pris intérieurement, donné en lavement, appliqué en fomentation, a souvent produit de bons effets. On doit observer pour le régime, de n'user que d'aliments secs, de boire peu, et du vin pur, dans les cas où la diarrhée n'est pas accompagnée d'autres symptômes qui exigent une diete plus sévère. On doit éviter soigneusement tous les remèdes huileux, émolliens, relâchans, dans les diarrhées du genre dont il s'agit.

Dans les diarrhées qui proviennent des causes de la seconde classe, c'est-à-dire des matières irritantes qui accélèrent le mouvement des boyaux, on doit employer des remèdes délayans, adoucissants, calmants ; les aqueux en doivent être la base. L'eau de poulet très-légère, la tisane de ris émulsionnée, sont recommandées dans ce cas ; et quoique par la boisson il semble que l'on augmente la matière de l'évacuation, ce qui est vrai, il ne l'est pas moins aussi que l'on corrige la cause de l'irritation, en émoussant et noyant pour ainsi dire les âcres. C'est pour cet effet que l'on peut aussi faire usage des huiles douces, des graisses récentes, et quelquefois du lait : si l'acrimonie acide est dominante, on peut employer les correctifs spécifiques, tels que les absorbans terrestres et animaux. Après avoir diminué l'irritation des boyaux par ces différents remèdes, on doit avoir recours aux purgatifs minoratifs, aux lavements laxatifs, aux eaux minérales douces et en quantité modérée, pour évacuer entièrement les humeurs viciées qui entretiennent la cause du mal. On peut aussi travailler au-dehors à relâcher, à détendre l'abdomen, par le moyen des fomentations avec des décoctions émollientes : à la suite des évacuations, on place avec succès les narcotiques, pour ralentir le mouvement des boyaux, pour détendre les fibres et diminuer leur sensibilité à l'irritation.

On emploiera contre les causes de la diarrhée de la troisième classe, dans laquelle les orifices des vaisseaux absorbans des intestins, sont couverts par la mucosité trop abondante et trop épaisse, ou par des croutes d'aphtes, dans le premier cas, des remèdes aqueux, savonneux, qui dissolvent la matière gluante qui enduit les parois des boyaux, et ensuite des purgatifs propres à l'évacuer : dans le second cas la diarrhée est presque toujours incurable ; il ne se présente d'autre indication à remplir, que de favoriser la séparation, la chute des croutes aphteuses ; ce que l'on pourra tenter par le moyen de la boisson chaude, copieuse, de différentes tisanes appropriées, qui serve à détremper, à déterger, à résoudre. Les lavements, les fomentations, les bains, peuvent être employés pour la même fin ; et lorsqu'on y est parvenu, on doit placer un purgatif doux, un peu astringent, comme la rhubarbe, et ensuite quelques remèdes un peu corroborants. Voyez APHTHES.

Il est facile d'appliquer ce qui vient d'être dit de la curation de la diarrhée, selon les différentes causes générales qui la produisent, aux causes particulières qui participent plus ou moins de celles-là : l'essentiel est de bien distinguer de quelle nature est le vice dominant dans la diarrhée ; l'indication des remèdes propres à combattre est en conséquence facile à saisir.

La diarrhée comme symptôme de la fièvre, exige beaucoup d'attention avant qu'on entreprenne de la faire cesser. Il faut avoir égard à la nature de la fièvre en général, et suivre le traitement qu'elle indique.

Si on rend dans le cours de ventre des matières grasses, huileuses, qui ne proviennent pas des aliments qu'on a pris, c'est un signe de la fonte de la graisse du corps, qui caractérise la colliquation, qui annonce la consomption, le marasme.

Les causes des diarrhées colliquatives doivent être rapportées à celles de la première classe ; ordinairement elles demandent la même curation. Extr. du comment. des aphor. de Boerhaave par Wanswieten. Voyez DEJECTION, DISSENTERIE, FLUXION. (d)