S. f. (Médecine) ce mot est tiré du grec ; mauvais, et constitution. Ainsi l'on entend par cachexie la mauvaise constitution, le mauvais état du corps humain dans toute son habitude.

Pour donner une idée juste de la cachexie, il faut poser pour principes, 1° que le corps ne peut rester dans son état naturel, ni augmenter, s'il n'est réparé à proportion de la déperdition qu'il fait journellement. On appelle la première opération nutrition, et la seconde accroissement, qui arrive lorsque la déperdition est plus que compensée par l'addition du suc nourricier. Voyez NUTRITION, CROISSEMENTMENT. 2° Que ce suc nourricier doit être tiré des aliments changés en chyle par l'opération nommée digestion (voyez DIGESTION) et convertis en sang dans la veine souclavière gauche. Voyez SANGUIFICATION, 3°. Que de ce sang se sépare le suc nourricier ; que ce suc sera propre à la nutrition lorsque le chyle et le sang seront de bonne qualité : qu'au contraire il sera dépravé, et ne produira pas une bonne nutrition, lorsqu'il sera fourni par un mauvais chyle et un mauvais sang. 4°. Que le chyle ni le sang ne seront pas louables, lorsque les aliments dont ils sont tirés seront de mauvaise qualité, ou que les viscères destinés à les composer seront viciés. Cela posé, examinons à-présent quels effets produira sur le corps la dépravation du chyle et du sang. Lorsque le sang n'aura pas une consistance requise, qu'il ne sera pas fourni ou renouvellé par un bon chyle, il s'ensuivra par son défaut de couleur la pâleur de toutes les parties charnues, et surtout du visage, la déperdition des forces du corps en général, et l'inaptitude aux fonctions tant naturelles que volontaires ; d'où naitront les lassitudes dans les bras et les jambes, la difficulté de respirer, l'inégalité du pouls, la fièvre même, la perte de l'appétit, la douleur d'estomac appelée cardialgie, les palpitations, etc. enfin la dépravation du suc nourricier, d'où l'amaigrissement et l'affaissement total de la machine, à quoi se joignent les obstructions dans les glandes, et surtout dans le foie. Tous les accidents ci-dessus détaillés caractérisent la cachexie, qui lorsqu'on la néglige dégénere très-facilement en hydropisie ; le chyle mal préparé faisant, pour ainsi dire, sur le sang le même effet que le vinaigre sur le lait, en sépare la sérosité qui s'épanche. On voit aisément après cette exposition, pourquoi les jeunes personnes qui n'ont point encore été réglées, ou les femmes qui auront essuyé des pertes considérables, deviennent cachectiques ; la trop grande abondance ou la suppression de quelque évacuation ordinaire ou nécessaire, étant une cause de cachexie, leur appétit déréglé pour le fruit verd, pour la craie, le charbon, et autres drogues de cette espèce, produit souvent chez elles le même accident. Par la mauvaise qualité du chyle qui en résulte, on voit de quelle conséquence il est de corriger la cause de la cachexie. Pour y parvenir, il faut examiner si le vice est dans les liqueurs ou dans les parties solides, ou enfin dans l'un et l'autre ensemble ; lorsque l'on se sera aperçu que ce sont les liqueurs qui pechent, et que l'on reconnaitra par les signes détaillés aux articles ACIDE et ALKALI, considérés comme causes de maladies, il sera question de vider l'estomac et les intestins, soit par un vomitif doux, soit par un purgatif leger, et empêcher par toutes sortes de moyens le renouvellement de la matière morbifique. Lorsque les parties solides seront cause de la cachexie, les remèdes corroborants, et surtout les martiaux, seront convenables ; enfin lorsqu'elle procédera du vice de l'un et de l'autre, on la détruira par les remèdes destinés à réparer ce vice. On aura soin de joindre aux remèdes dans l'un et l'autre cas, l'usage d'un exercice modéré, et d'un régime capable de rendre au suc nourricier la douceur qui lui est nécessaire pour être employé utilement ; de défendre l'usage des aliments grossiers, farineux, et de difficile digestion. De tout ce que j'ai dit ci-dessus, il faut conclure que la cachexie est un état très-fâcheux ; que lorsqu'elle est la suite de la faiblesse de quelque partie solide, elle est plus difficile à guérir ; et que lorsqu'elle est accompagnée d'une fièvre opiniâtre, elle est très-dangereuse. (N)