catamenia, (Médecine) ce sont les évacuations qui arrivent chaque mois aux femmes qui ne sont ni enceintes ni nourrices. Voyez MENSTRUEL. On les appelle ainsi de mensis mois, parce qu'elles viennent chaque mois. On les nomme aussi fleurs, règles, ordinaires, etc. Voyez REGLES.

Les menstrues des femmes sont un des plus curieux et des plus embarrassants phénomènes du corps humain. Quoiqu'on ait formé différentes hypothèses pour l'expliquer, on n'a encore presque rien de certain sur cette matière.

On convient universellement que la nécessité de fournir une nourriture suffisante au foetus pendant la grossesse, est la raison finale de la surabondance de sang qui arrive aux femmes dans les autres temps. Mais voilà la seule chose dont on convienne. Quelques-uns non contens de cela, prétendent que le sang menstruel est plutôt nuisible par sa qualité, que par sa quantité ; ce qu'ils concluent des douleurs que plusieurs femmes ressentent aux approches des règles. Ils ajoutent, que sa malignité est si grande, qu'il gâte les parties des hommes par un simple contact ; que l'haleine d'une femme qui a ses règles, laisse une tache sur l'ivoire, ou sur un miroir ; qu'un peu de sang menstruel brule la plante sur laquelle elle tombe et la rend stérile ; que si une femme grosse touche de ce sang elle se blesse ; que si un chien en goute, il tombe dans l'épilepsie, et devient enragé. Tout cela, ainsi que plusieurs autres fables de même espèce, rapportées par de graves auteurs, est trop ridicule pour avoir besoin d'être refuté.

D'autres attribuent les menstrues à une prétendue influence de la lune sur les corps des femmes. C'était autrefois l'opinion dominante ; mais la moindre réflexion en aurait pu faire voir la fausseté. En effet, si les menstrues étaient causées par l'influence de la lune, toutes les femmes de même âge et de même tempérament, auraient leurs règles aux mêmes périodes et révolutions de la lune, et par conséquent en même temps ; ce qui est contraire à l'expérience.

Il y a deux autres opinions qui paraissent fort probables, et qui sont soutenues avec beaucoup de force et par quantité de raisons. On convient de part et d'autre que le sang menstruel n'a aucune mauvaise qualité ; mais on n'est pas d'accord sur la cause de son évacuation. La première de ces deux opinions est celle du docteur Bohn et du docteur Freind, qui prétendent que l'évacuation menstruelle est uniquement l'effet de la pléthore. Voyez PLETHORE.

Freind qui a soutenu cette opinion avec beaucoup de force et de netteté, croit que la plethore est produite par une surabondance de nourriture, qui peu-à-peu s'accumule dans les vaisseaux sanguins, que cette plethore a lieu dans les femmes et non dans les hommes, parce que les femmes ont des corps plus humides, des vaisseaux et surtout leurs extrémités plus tendres, et une manière de vivre moins active que les hommes ; que le concours de ces choses fait que les femmes ne transpirent pas suffisamment pour dissiper le superflu des parties nutritives, lesquelles s'accumulent au point de distendre les vaisseaux, et de s'ouvrir une issue par les artères capillaires de la matrice. La plethore arrive plus aux femmes, qu'aux femelles des animaux qui ont les mêmes parties, à cause de la situation droite des premières, et que le vagin et les autres conduits se trouvent perpendiculaires à l'horizon, en sorte que la pression du sang se fait directement contre leurs orifices ; au-lieu que dans les animaux, ces conduits sont parallèles à l'horizon, et que la pression du sang se fait entièrement contre leurs parties latérales ; l'évacuation, suivant le même auteur, se fait par la matrice plutôt que par d'autres endroits, parce que la structure des vaisseaux lui est plus favorable, les artères de la matrice étant fort nombreuses, les veines faisant plusieurs tours et détours, et étant par conséquent plus propres à retarder l'impétuosité du sang. Ainsi, dans un cas de plethore les extrémités des vaisseaux s'ouvrent facilement, et l'évacuation dure jusqu'à ce que les vaisseaux soient déchargés du poids qui les accablait.

Telle est en substance la théorie du docteur Freind, par laquelle il explique d'une manière très-mécanique et très-philosophique, les symptômes des menstrues.

A ce qui a été dit, pourquoi les femmes ont des menstrues plutôt que les hommes, on peut ajouter, selon Boerhaave, que dans les femmes l'os sacrum est plus large et plus avancé en-dehors, et le coccyx plus avancé en dedans, les os innominés plus larges et plus évasés, leurs parties inférieures de même que les éminences inférieures du pubis, plus en dehors que dans les hommes. C'est pourquoi la capacité du bassin est beaucoup plus grande dans les femmes, et néanmoins dans celles qui ne sont pas enceintes, il n'y a pas beaucoup de choses pour remplir cette capacité. De plus, le devant de la poitrine est plus uni dans les femmes que dans les hommes, et les vaisseaux sanguins, les vaisseaux lymphatiques, les nerfs, les membranes et les fibres sont beaucoup plus lâches : de-là vient que les humeurs s'accumulent plus aisément dans toutes les cavités, les cellules les vaisseaux, etc. et celles-ci plus sujettes à la plethore.

D'ailleurs, les femmes transpirent moins que les hommes, et arrivent beaucoup plutôt à leur maturité. Boerhaave ajoute à tout cela la considération du tissu mol et pulpeux de la matrice, et le grand nombre de veines et d'artères dont elle est fournie intérieurement.

Ainsi, une fille en santé étant parvenue à l'âge de puberté, prépare plus de nourriture que son corps n'en a besoin ; et comme elle ne croit plus, cette surabondance de nourriture remplit nécessairement les vaisseaux, surtout ceux de la matrice et des mammelles, comme étant les moins comprimés. Ces vaisseaux seront donc plus dilatés que les autres, et en conséquence des petits vaisseaux latéraux s'évacuant dans la cavité de la matrice, elle sera emplie et distendue, c'est pourquoi la personne sentira de la douleur, de la chaleur, et de la pesanteur autour des lombes, du pubis, etc. en même temps les vaisseaux de la matrice seront tellement dilatés qu'ils laisseront échapper du sang dans la cavité de la matrice ; l'orifice de ce viscère se ramollira et se relâchera et le sang en sortira. A mesure que la plethore diminuera, les vaisseaux seront moins distendus, se contracteront davantage, retiendront la partie rouge du sang, et ne laisseront échapper que la sérosité la plus grossière, jusqu'à ce qu'enfin il ne passe que la sérosité ordinaire. De plus il se prépare, dans les personnes dont nous parlons, une plus grande quantité d'humeur, laquelle est plus facilement reçue dans les vaisseaux une fois dilatés : c'est pourquoi les menstrues suivent différents périodes en différentes personnes.

Cette hypothèse, quoique très-probable, est combattue par le docteur Drake, qui soutient qu'il n'y a point de pareille plethore, ou qu'au-moins elle n'est pas nécessaire pour expliquer ce phénomene. Il dit, que si les menstrues étaient les effets de la plethore, les symptômes qui en resultent, comme la pesanteur, l'engourdissement, l'inaction, surviendraient peu-à-peu et se feraient sentir longtemps avant chaque évacuation ; que les femmes recommenceraient à les sentir aussi-tôt après l'écoulement, et que ces symptômes augmenteraient chaque jour : ce qui est entièrement contraire à l'expérience ; plusieurs femmes dont les menstrues viennent régulièrement et sans douleur, n'ayant pas d'autre avertissement ni d'autre signe de leur venue, que la mesure du temps ; en sorte que celles qui ne comptent pas bien, se trouvent quelquefois surprises, sans éprouver aucun des symptômes que la plethore devrait causer. Le même auteur ajoute, que dans les femmes même, dont les menstrues viennent difficilement, les symptômes, quoique très-fâcheux et très-incommodes, ne ressemblent en rien à ceux d'une plethore graduelle. D'ailleurs, si l'on considère les symptômes violents qui surviennent quelquefois dans l'espace d'une heure ou d'un jour, on sera fort embarrassé à trouver une augmentation de plethore assez considérable pour causer en si peu de temps un si grand changement. Selon cette hypothèse, la dernière heure avant l'écoulement des menstrues n'y fait pas plus que la première, et par conséquent l'altération ne doit pas être plus grande dans l'une que dans l'autre, mettant à part la simple éruption.

Voilà en substance les raisons que le docteur Drake oppose à la théorie du docteur Freind, laquelle, nonobstant toutes ces objections, est encore, il faut l'avouer, la plus raisonnable et la mieux entendue, qu'on ait proposée jusqu'ici.

Ceux qui la combattent ont recours à la fermentation, et prétendent que l'écoulement des menstrues est l'effet d'une effervescence du sang. Plusieurs auteurs ont soutenu ce sentiment, particulièrement les docteurs Charleton, Graaf et Drake. Les deux premiers donnent aux femmes un ferment particulier, qui produit l'écoulement, et affecte seulement, ou du moins principalement la matrice. Graaf, moins précis dans ses idées, suppose seulement une effervescence du sang produite par un ferment, sans marquer quel est ce ferment, ni comment il agit. La surabondance soudaine du sang a fait croire à ces auteurs, qu'elle provenait de quelque chose d'étranger au sang, et leur a fait chercher dans les parties principalement affectées, un ferment imaginaire, qu'aucun examen anatomique n'a jamais pu montrer ni découvrir, et dont aucun raisonnement ne prouve l'existence. D'ailleurs, la chaleur qui accompagne cette surabondance les a portés à croire qu'il y avait dans les menstrues autre chose que de la plethore et que le sang éprouvait alors un mouvement intestin et extraordinaire.

Le docteur Drake enchérit sur cette opinion d'un ferment, et prétend non-seulement qu'il existe, mais encore qu'il a un réservoir particulier. Il juge par la promptitude et la violence des symptômes, qu'il doit entrer beaucoup de ce ferment dans le sang en très-peu de temps, et par conséquent, qu'il doit être tout prêt dans quelques réservoirs, où il demeure sans action, tandis qu'il n'en sort pas. Le même auteur va encore plus loin, et prétend démontrer que la bile est ce ferment, et que la vesicule du fiel en est le réservoir. Il croit que la bile est très-propre à exciter une fermentation dans le sang, lorsqu'elle y entre dans une certaine quantité ; et comme elle est contenue dans un réservoir qui ne lui permet pas d'en sortir continuellement, elle y demeure en réserve jusqu'à-ce qu'au bout d'un certain temps la vesicule étant pleine et distendue, et d'ailleurs comprimée par les viscères voisins, lâche sa bile, qui s'insinuant dans le sang par les vaisseaux lactés, peut y causer cette effervescence qui fait ouvrir les artères de la matrice. Voyez FIEL.

Pour confirmer cette doctrine Drake ajoute, que les femmes d'un tempérament bilieux ont leurs menstrues plus abondantes ou plus fréquentes que les autres, et que les maladies manifestement bilieuses sont accompagnées de symptômes qui ressemblent à ceux des femmes dont les menstrues viennent difficilement. Si on objecte que sur ce pié-là les hommes devraient avoir des menstrues comme les femmes, il répond que les hommes n'abondent pas en bile autant que les femmes, par la raison que les pores, dans les premiers, étant plus ouverts, et donnant issue à une plus grande quantité de la partie séreuse du sang, laquelle est le véhicule de toutes les autres humeurs, il s'évacue par conséquent une plus grande quantité de chacune de ces humeurs dans les hommes que dans les femmes, dont les humeurs superflues doivent continuer de circuler avec le sang, ou se ramasser dans des réservoirs particuliers, comme il arrive en effet à la bile. Il rend de même raison pourquoi les animaux n'ont point de menstrues ; c'est que ceux-ci ont les pores manifestement plus ouverts que les femmes, comme il parait par la qualité de poil qui leur vient, et qui a besoin pour pousser d'une plus grande cavité et d'une plus grande ouverture des glandes que lorsqu'il n'en vient point. Il y a néanmoins quelque différence entre les mâles et les femelles des animaux, c'est que celles-ci ont aussi leurs menstrues, quoique pas si souvent ni sous la même forme, ni en même quantité que les femmes.

L'auteur ajoute que les divers phénomènes des menstrues, soit en santé, soit en maladie, s'expliquent naturellement et facilement par cette hypothèse, et aussi bien que par celle de la plethore, ou d'un ferment particulier.

La racine d'hellébore noir et le mars, sont les principaux remèdes pour faire venir les règles. Le premier est presque infaillible, et même dans plusieurs cas où le mars n'est pas seulement inutile, mais encore nuisible, comme dans les femmes plethoriques auxquelles le mars cause quelquefois des mouvements hystériques, des convulsions, et une espèce de fureur utérine : au-lieu que l'hellébore atténue le sang et le dispose à s'évacuer sans l'agiter. Ainsi quoique ces deux remèdes provoquent les menstrues, ils le font néanmoins d'une manière différente ; le mars les provoque en augmentant la vélocité du sang, et en lui donnant plus d'action contre les artères de la matrice ; et l'hellébore en le divisant et le rendant plus fluide. Voyez HELLEBORE et CHALIBE.

MENSTRUE et ACTION MENSTRUELLE, ou DISSOLVANT et DISSOLUTION, (Chimie) le mot menstrue a été emprunté par les Chimistes du langage alchimique. Il est du nombre de ceux auxquels les philosophes hermétiques ont attaché un sens absolument arbitraire, ou du moins qu'on ne peut rapprocher des significations connues de ce mot que par des allusions bizarres et forcées.

On entend communément par dissolution chimique la liquéfaction, ou ce qu'on appelle dans le langage ordinaire la fonte de certains corps concrets par l'application de quelques liqueurs particulières ; tel est le phénomene que présente le sel, le sucre, la gomme, etc. dissous ou fondus dans l'eau.

Cette idée de la dissolution est inexacte et fausse à la rigueur, comme nous l'avons déjà remarqué à l'article CHIMIE, voyez cet article p. 317. col. 2. parce qu'elle est incomplete et trop particulière. Nous l'avons crue cependant propre à représenter ce grand phénomene chimique de la manière la plus sensible, parce que dans les cas auxquels elle convient, les agens chimiques de la dissolution opèrent avec toute leur énergie, et que leurs effets sont aussi manifestes qu'il est possible. Mais, pour rectifier cette notion sur les vérités et les observations que fournit la saine Chimie, il faut se rappeler,

1°. Que les corps que nous avons appelés aggrégés, voyez article CHIMIE, p. 410. col. 2, sont des amas des particules continues, arrêtées dans leur position respective, leur assemblage, leur système par un lien ou une force quelconque, que j'ai appelé rapport de masse, et que les Chimistes appellent aussi union aggrégative ou d'aggrégation.

2°. Que cet état d'aggrégation subsiste sous la consistance liquide et même sous la vaporeuse, et qu'un même corps en passant de l'état concret à l'état liquide, et même à celui de vapeur, n'est altéré, tout étant d'ailleurs égal, que dans le degré de vicinité de ses parties intégrantes, et dans le plus ou le moins de laxité de son lien aggrégatif.

3°. Il faut savoir que dans toute dissolution les parties intégrantes du corps dissous s'unissent chimiquement aux particules du menstrue, et constituent ensemble de nouveaux composés stables, constants, que l'art sait manifester de diverses manières, et qu'il est un terme appelé point de saturation, voyez SATURATION, au-delà duquel il n'y a plus de mixtion, voyez MIXTION, ni par conséquent de dissolution, circonstance qui constitue l'essence de la dissolution parfaite ; c'est ainsi que de la dissolution ou de l'union en proportion convenable de l'alkali fixe et de l'acide nitreux résulte le sel neutre, appelé nitre. Il faut se rappeler encore à ce propos que les divers principes qui constituent les composés chimiques, sont retenus dans leur union par un lien ou une force, que les Chimistes appellent union mixtive ou de mixtion, et qui, quoique dépendant très-vraisemblablement du même principe que l'union aggrégative, s'exerce pourtant très-diversement, comme il est prouvé dans toute la partie dogmatique de l'article CHIMIE, voyez cet article.

4°. De quelque manière qu'on retourne l'application mutuelle, le mélange, l'intromission de deux corps naturellement immiscibles, jamais la dissolution n'aura lieu entre de tels corps : c'est ainsi que de l'huile d'olive qu'on versera sur du sel marin qu'on fera bouillir sur ce sel, qu'on battra avec ce sel, dans laquelle on broyera ce sel, dans laquelle on introduira ce sel aussi divisé qu'il est possible précédemment dissous sous forme liquide ; c'est ainsi, dis-je, que l'huile d'olive ne dissoudra jamais le sel marin.

5°. On doit remarquer que la dissolution, c'est-à-dire l'union intime de deux corps a lieu de la même manière et produit un nouvel être exactement le même, soit lorsque le corps appelé à dissoudre est concret, soit lorsqu'il est en liqueur, soit lorsqu'il est dans l'état de vapeur ; ainsi de l'eau ou un certain acide seront convertis chacun dans un corps exactement le même, lorsqu'ils seront imprégnés de la même quantité de sel alkali volatil, soit qu'on l'introduise dans le menstrue sous la forme d'un corps solide, ou bien sous celle d'une liqueur, ou enfin sous celle d'une vapeur. Il faut savoir cependant que l'union de deux liqueurs miscibles, dont l'une est l'eau pure, a un caractère distinctif bien essentiel, savoir que cette union a lieu dans toutes les proportions possibles des quantités respectives des deux liqueurs, ou, ce qui est la même chose, que cette union n'est bornée par aucun terme, aucun point de saturation. Aussi n'est-ce pas là une vraie dissolution, l'eau ne dissout point proprement un liquide aqueux, composé tel qu'est tout liquide, composé miscible à l'eau ; elle ne fait que l'étendre, c'est-à-dire entrer en aggrégation avec l'eau liquéfiante du liquide aqueux composé. Ceci recevra un nouveau jour de ce qui est dit de la liquidité empruntée au mot LIQUIDITE (Chimie), voyez cet article, et de l'état des mixtes artificiels dans la formation desquels entre l'eau à l'article MIXTION, voyez cet article.

6°. Il est indifférent à l'essence de la dissolution que le corps dissous demeure suspendu dans le sein de la liqueur dissolvante, ou, ce qui est la même chose, soit réduit dans l'état de liquidité. Il y a tout aussi bien dissolution réelle dans la production d'un amalgame solide, dans celle du tartre vitriolé formé par l'effusion de l'huile de vitriol ordinaire sur l'alkali fixe concret, ou sur l'huile de tartre ordinaire, dans l'offa de Vanhelmont, dans la préparation du précipité blanc, etc. quoique les produits de ces dissolutions soient des corps concrets, que dans la préparation d'un sirop, d'un bouillon, etc. quoique ces dernières dissolutions restent sous forme liquide.

Enfin il est des corps qui ne peuvent être dissous tant qu'ils sont en masse solide, et même d'autres que leur dissolvant propre n'attaque point, encore qu'ils soient dans l'état de liquidité, et qui ont besoin pour obéir à l'action d'un menstrue d'avoir été déjà divisés jusques dans leurs corpuscules primitifs par une dissolution précédente. C'est ainsi que le mercure crud ou en masse n'est point dissout par l'acide du sel marin, qui exerce facilement sa vertu menstruelle sur ce corps lorsqu'il a été précédemment dissout par l'acide nitreux. Voyez MERCURE, Chimie. Il est facile de déduire de ces principes l'idée vraie et générale de la dissolution, de reconnaitre qu'elle n'est autre chose qu'une mixtion artificielle, c'est-à-dire que l'union mixtive déterminée par l'apposition artificielle de deux substances diverses et appropriées ou miscibles.

Il est encore aisé d'en conclure que les explications mécaniques que certains Physiciens ont donné de ce phénomene, et dont le précis est exposé, article CHIMIE, page 415, col. 2, tombent d'elles-mêmes par ces seules observations ; car enfin ces explications ne portant que sur la disgrégation et la liquefaction des corps concrets, et ces changements étant purement accidentels et très-secondaires lors même qu'ils ont lieu, il est évident que ces explications ne peuvent être qu'insuffisantes. D'ailleurs la nécessité de l'appropriation ou rapport des sujets de la dissolution et l'union intime, ou la mixtion qui en est la suite, dérangent absolument toutes ces spéculations mécaniques ; il n'est pas possible à quelque torture qu'on se mette pour imaginer des proportions de molécules, d'interstices, de figures, etc. d'attribuer aux instruments mécaniques un choix pareil à celui qu'on observe dans les dissolutions ; et il est tout aussi difficile de résoudre cette objection victorieuse, savoir l'union de l'instrument avec le sujet sur lequel il a agi, car les instruments mécaniques se séparent dès que leur action a cessé des corps qu'ils ont divisés, selon que leur diverse pesanteur, ou telle autre cause mécanique agit diversement sur ces différents corps. C'est une des raisons par laquelle Boerhaave qui a d'ailleurs beaucoup trop donné aux causes mécaniques dans sa théorie de l'action menstruelle, voyez elementa chemiae, pars altera, de menstruis, infirme les explications purement mécaniques. Cet auteur observe aussi avec raison qu'un instrument mécanique, un coin, par exemple, ne peut point agir en se promenant doucement (sola levi circumnatatione) autour du corps à diviser, qu'il doit être chassé à coups redoublés, et que certainement on ne trouve point cette cause impulsive dans des particules nageant paisiblement dans un fluide, in particulis molli fluido placidè circumfusis omni causâ adigente carentibus, &c.

La cause de la dissolution est donc évidemment l'exercice de la propriété générale des corps que les Chimistes appellent miscibilité, affinité, rapport, etc. voyez RAPPORT, ou ce qui revient au même, la tendance à l'union mixtive, voyez encore MIXTION.

Si cette tendance est telle que l'union aggrégative de sujets de la dissolution en puisse être vaincue, la dissolution aura lieu, quoique ces sujets ou dumoins l'un d'eux soit dans l'état de l'aggrégation la plus stable, c'est-à-dire qu'il soit concret ou solide. Il arrivera au contraire quelquefois que la force du lien aggrégatif sera supérieure à la force de miscibilité ; et alors la dissolution ne pourra avoir lieu, qu'on n'ait vaincu d'avance la résistance opposée par l'union aggrégative, en détruisant cette union par divers moyens. Ces moyens les voici : 1°. Il y en a un qui est de nécessité absolue ; savoir, que l'un des sujets de la dissolution soit au-moins sous la forme liquide ; car on voit bien, et il est confirmé par l'expérience, que des corps concrets, quand même ils seraient réduits dans l'état d'une poudre très-subtile, ne sauraient se toucher assez immédiatement pour que leurs corpuscules respectifs se trouvassent dans la sphère d'activité de la force mixtive. Cette force qui est à cet égard la même que celle que les Physiciens appellent attraction de cohésion, ne s'exerce, comme il est assez généralement connu, que dans ce qu'on appelle le contact, et qu'il ne faut appeler qu'une grande vicinité. Voyez l'article CHIMIE.

C'est cette condition dans le menstrue que les Chimistes ont entendue, lorsqu'ils ont fait leur axiome, corpora, ou plutôt menstrua non agunt nisi sint soluta.

La liquidité sert d'ailleurs à éloigner du voisinage du corps ; à dissoudre les parties du menstrue, à mesure qu'elles se sont chargées et saturées d'une partie de ce corps, et en approcher successivement les autres parties du menstrue : car il ne faut pas croire que la liquidité consiste dans une simple oscillation, c'est-à-dire dans des éloignements et des rapprochements alternatifs et uniformes des ces parties. Tout liquide est agité par une espèce de bouillonnement ; le feu produit dans son sein des tourbillons, des courants, comme nous l'avons déjà insinué à l'article CHIMIE ; et quand même cette assertion ne serait point prouvée d'ailleurs, elle serait toujours démontrée par les phenomenes de la dissolution. Au reste la liquidité contribue de la même manière à la dissolution ; elle est une condition parfaitement semblable, soit qu'elle reside dans un corps naturellement liquide sous la température ordinaire de notre atmosphère, ou qu'elle soit procurée par un degré très-fort de feu artificiel, ou, pour s'exprimer plus chimiquement, que cette liquidité soit aqueuse, mercurielle ou ignée. Il faut remarquer seulement que les menstrues qui jouissent de la liquidité aqueuse, sont tous, excepté l'eau pure, composés de l'eau liquéfiante et d'un autre corps, lequel est proprement celui dont on considère l'action menstruelle : en sorte que dans l'emploi de ces menstrues aqueux composés, il faut distinguer une double dissolution ; celle du corps à dissoudre par le principe spécifique du menstrue aqueux composé, les corpuscules acides, par exemple, répandus dans la liqueur aqueuse composée, appelée acide vitriolique, et la dissolution par l'eau du nouveau corps résultante de la première dissolution. Voyez LIQUIDITE, Chimie.

Lorsque les Chimistes emplaient des menstrues doués de la liquidité aqueuse, ils appellent de tels procédés, procédés par la voie humide ; et ils nomment procédés par la voie seche, ceux dans lesquels le menstrue employé éprouve la liquidité ignée ou la fusion. Voyez l'article VOIE SECHE et VOIE HUMIDE.

C'est l'état ordinaire de liquidité propre à certaines substances chimiques qui leur a fait donner spécialement le nom de menstrue ou de dissolvant ; car on voit bien par la doctrine que nous venons d'exposer, que cette qualité ne peut pas convenir à un certain nombre d'aggrégés seulement, qu'au contraire tous les aggrégés de la nature sont capables d'exercer l'action menstruelle, puisqu'il n'en est point qui ne soient miscibles à d'autres corps, et que d'ailleurs l'action menstruelle est absolument réciproque, que l'eau ne dissout pas plus le sucre que le sucre ne dissout l'eau. Cette distinction entre le corps à dissoudre et le dissolvant, que les Chimistes ont conservée, n'a donc rien de réel, mais elle est aussi sans inconvénient, et elle est très-commode dans la pratique, en ce qu'elle sert à énoncer d'une façon très-abrégée l'état de la liquidité de l'un des réactifs, et l'état ordinairement concret de l'autre. Sous ce dernier point de vue, l'acception commune du mot menstrue ne signifie donc autre chose qu'une liqueur capable de s'unir ou de subir la mixtion avec un sujet chimique quelconque ; et les liqueurs étant en effet naturellement disposées à s'associer à un grand nombre de corps, méritent de porter par préférence le titre de dissolvant.

On a grossi pourtant la liste des menstrues de quelques corps qu'on a aussi assez communément sous la forme concrete ; tels sont l'un et l'autre alkali, quelques acides, comme la crême de tartre et le sel de succin, le soufre, quelques verres métalliques, le plomb, la litharge, le foie de soufre, etc. mais outre que ces corps sont très-facilement ou liquefiables ou fusibles, ils ont d'ailleurs mérité le titre de dissolvant par l'étendue de leur emploi. On trouvera aux articles particuliers les propriétés et les rapports divers de tous ces différents menstrues, que nous croyons très-inutile de classer, et sur l'histoire particulière desquels on doit consulter aussi la savante dissertation que le célèbre M. Pott a publiée sur cette matière, sous le titre de historia partic. corporum solutionis. Voyez, par exemple, EAU, HUILE, SEL, SOUFRE, etc.

La seconde condition, sinon essentielle, du-moins le plus souvent très-utile pour faciliter la dissolution, c'est que le menstrue soit plus ou moins échauffé par une chaleur artificielle : cette chaleur augmente la liquidité, c'est-à-dire la rapidité des courants et la laxité de l'aggrégation du menstrue. Il est nécessaire dans quelques cas particuliers que cette liquidité soit portée jusqu'à son degré extrême, c'est-à-dire l'ébullition, et quelquefois même que l'un et l'autre sujet de la dissolution soit réduit en vapeurs. Le mercure n'est point dissous, par exemple, par l'acide vitriolique, à-moins que cette liqueur acide ne soit bouillante ; et l'acide marin qui ne dissout point le mercure tant que l'un et l'autre corps demeurent sous forme de liqueur, s'unit facilement à ce corps, et forme avec lui le sublimé corrosif, s'ils se rencontrent étant réduits l'un et l'autre en vapeurs. Au reste le feu n'agit absolument dans l'affaire de la dissolution que de la manière que nous venons d'exposer ; il ne faut point lui prêter la propriété de produire des chocs, des collisions, des ébranlements par l'agitation qu'il produit dans les parties du liquide. Cette prétention serait un reste puérile et routinier des miseres physiques que nous avons réfutées plus haut. Encore un coup, l'effet de cette agitation se borne à amener mollement les parties du liquide dans le voisinage de celles du corps concret. Tout ceci est déjà insinué à l'article CHIMIE, pag. 417. col. 2.

Un troisième moyen de favoriser les dissolutions, est quelquefois de lâcher le lien aggrégatif des liquides salins, en faisant ce qu'on appelle communément les affoiblir, c'est-à-dire en les étendant dans une plus grande quantité de la liqueur à laquelle ils doivent leur liquidité, savoir l'eau. Voyez LIQUIDITE, Chimie. C'est ainsi que l'acide nitreux concentré n'agit point sur l'argent, et que l'acide nitreux faible, c'est-à-dire plus aqueux, dissout ce métal.

Quatriemement, on supplée au mouvement de liquidité, ou on accélere ses effets en secouant, roulant, battant, agitant avec une spatule, un moussoir, quelques brins de paille, etc. le liquide dissolvant.

Cinquiemement enfin, on dispose les corps concrets à la dissolution de la manière la plus avantageuse, en rompant d'avance leur aggrégation par les divers moyens mécaniques ou chimiques, en les pulvérisant, les rapant, les laminant, grenaillant, etc. les pulvérisant philosophiquement, les calcinant, les réduisant en fleurs, et quelquefois même en les fondant ou les divisant autant qu'il est possible par une dissolution préliminaire. Il est nécessaire, par exemple, de fondre le succin pour le rendre dissoluble, dans une huile par expression même bouillante ; et l'acide marin n'attaque l'argent que lorsque ce métal a été préalablement dissout par l'acide nitreux.

Les Chimistes admettent ou du-moins distinguent trois espèces de dissolutions : celle qu'ils appellent radicale, la dissolution entière ou absolue, et la dissolution partiale.

La dissolution radicale est celle qui divise un corps jusque dans ses premiers principes, et qui laisse tous ces divers principes libres ou à nud véritablement séparés les uns des autres et du menstrue qui a opéré leur séparation. Une pareille dissolution n'a été jusqu'à présent qu'une vaine prétention, et on peut légitimement soupçonner qu'elle sera fondée encore longtemps sur un espoir chimérique. L'agent merveilleux de cette prétendue dissolution, est ce que les Chimistes ont appelé alkahest ou dissolvant universel. Voyez ALKAHEST. On trouvera une idée très-claire et très-précise de cette prétendue propriété de l'alkahest dans la physique souterraine de Becher, liv. I. sect. 3. ch. iv. n °. 10 et 11.

La dissolution entière ou absolue est celle que subissent des sujets dont la substance entière inaltérée, indivise, est dissoute, mêlée, unie : c'est celle qui a lieu entre le sucre et l'eau, l'acide et l'alkali, l'esprit-de-vin et une résine pure, etc.

Enfin, la dissolution partiale est celle dans laquelle le menstrue, appliqué à un certain corps composé ou à un simple mélange par confusion (voyez CONFUSION Chimie), ne dissout qu'un des principes de ce composé ; ou l'un des matériaux de ce mélange. La dissolution de l'acide vitriolique, qui est un des principes de l'alun par l'alkali fixe, tandis que ce menstrue ne touche point à la terre, qui est un autre principe de l'alun, fournit un exemple d'une dissolution partiale de la première espèce, et cette opération est connue dans l'art sous le nom de précipitation, voyez PRECIPITATION, Chimie. La dissolution d'une résine répandue dans un bois par l'esprit-de-vin qui ne touche point au corps propre du bois, fournit un exemple d'une dissolution partiale de la seconde espèce, et cette opération est connue dans l'art sous le nom d'extraction, voyez EXTRACTION. L'effervescence est un accident qui accompagne plusieurs dissolutions, et qui étant évalué avec précision, doit être rapporté à la classe des précipitations. Voyez EFFERVESCENCE et PRECIPITATION.

Les usages, tant philosophiques que pharmaceutiques, diététiques, économiques, etc. de la dissolution chimique, sont extrêmement étendus : c'est cette opération qui produit les lessives ou liqueurs salines de toutes les espèces, les sels neutres, les sirops, les baumes artificiels, les foies de soufre, soit simples, soit métalliques ; les amalgames, les métaux soufrés par art, le savon, les pierres précieuses artificielles, le verre commun, les vernis, etc. Les usages et les effets du même ordre de la dissolution partiale, ne sont pas moins étendus, mais celle-ci offre de plus le grand moyen, le moyen principal fondamental des recherches chimiques : en un mot, l'emploi de ce moyen constitue l'analyse menstruelle. Voyez MENSTRUELLE, analyse.

On emploie quelquefois dans le langage chimique le mot de dissolution, comme synonyme à celui de diacrese ou séparation (voyez SEPARATION, Chimie) ; mais son usage dans ce sens, qui est beaucoup plus étendu que celui que nous lui avons donné dans cet article, est peu reçu.

Nous avons déjà dit ailleurs (voyez DISSOLUTION, Chimie) qu'on donnait aussi le nom de dissolution aux liqueurs composées produites par la dissolution. (b)