CONDUIT, (Anatomie) conduit particulier qui se trouve le long du milieu de la largeur du pancréas ; il est très-mince, blanc, et presque transparent. Il s'ouvre par l'extrémité de son tronc dans l'extrémité du conduit cholédoque. De-là le diamètre de ce trou diminue peu-à-peu, et se termine en pointe du côté de la rate. Les petites branches collatérales sont aussi à proportion un peu grosses vers le tronc, fort déliées vers les bords du pancréas, et toutes situées sur un même plan à-peu-près comme les petites branches de la plante appelée fougère ; ce conduit ressemble à une veine vide ; sa grosseur approche de celle d'un tuyau de paille.

Maurice Hoffman a découvert le premier à Padoue en 1641 le conduit pancréatique dans un coq-d'inde ; et l'année suivante en 1642, Wirsung l'a découvert dans l'homme ; c'est le témoignage de Thomas Bartholin qui était présent ; et son témoignage est si précis, que le conduit pancréatique a été nommé depuis par les Anatomistes conduit de Wirsung.

Ce conduit se trouve quelquefois double dans l'homme, ce qui est commun aux oies, aux canards, aux coqs d'Afrique, aux faisants ; il est triple dans nos coqs, dans les pigeons, dans l'aigle, etc. il n'est pas toujours également étendu selon sa longueur : il traverse les tuniques du duodenum, et s'ouvre dans le canal cholédoque pour l'ordinaire un peu au-dessus de la pointe saillante de l'ouverture de ce canal ; quelquefois il s'ouvre immédiatement dans le duodenum.

Ceux qui se mêlent d'injections anatomiques nous ont appris que c'est par ce canal que tous les points du pancréas, pourvu qu'on ait eu soin de le bien laver auparavant, peuvent être parfaitement remplis de matière céracée. Formé par la dernière réunion de tous les émissaires qui partent de chaque grain glanduleux, il rampe par la membrane cellulaire dans la circonférence externe du duodenum ; il perce ensuite la tunique musculeuse, et s'ouvre dans la cavité de l'intestin. Son obliquitté doit conséquemment empêcher toutes les liqueurs des intestins d'entrer dans le pancréas ; c'est par le conduit de Wirsung que le pancréas souffrant quelque extravasation de sang peut s'en décharger par les selles ; il en faut dire autant de son abscès, aussi-bien que de ceux du foie, dont le pus peut s'évacuer par la même route. (D.J.)

PANCREATIQUE, suc, (Physiologie) suc lymphatique qui découle du pancréas par le canal de Wirsung dans le duodenum.

Cette liqueur toute simple qu'elle est a produit sur la fin du dernier siècle une hypothèse qui a fait de grands ravages en Médecine, je veux parler de l'hypothèse de Van-Helmont, adoptée et vivement défendue par Sylvius de le Boé, sur l'acidité du suc pancréatique, et sa fermentation avec la bile ; source, à ce qu'ils croyaient, de toutes les maladies aigues et chroniques. La Physiologie et la Pathologie ont longtemps porté sur cette chimère que le suffrage, l'éloquence, les leçons et les écrits du fameux professeur de Leyde n'avaient que trop accréditée. Heureusement on est aujourd'hui revenu de son opinion, que je qualifierais de risible, si elle n'avait été le fondement de pratiques fatales au genre humain.

Le suc pancréatique est réellement une lymphe insipide, claire, abondante, très-semblable à la salive par son origine, sa transparence, son gout, sa nature et les organes qui la filtrent sans cesse ; ce sont de très-petites glandes conglomerées, lesquelles de plusieurs n'en forment qu'une seule. Cette lymphe confondue avec la bile dans le vivant, séjournant dans le même tuyau, se mêlant également avec elle, ou même coulant seulement dans les intestins vides, n'a aucun mouvement d'effervescence. C'est donc sans raison qu'on a distingué ce suc de la salive, du suc stomacal, et du suc intestinal ; ces liqueurs sont les mêmes ; elles ne sont qu'une eau jointe à une huile fort atténuée et au sel salé.

Le suc pancréatique, que nous venons de décrire, sert beaucoup à la digestion. Son usage est de dissoudre les matières gommeuses, salines, mucilagineuses, de délayer celles qui sont trop épaisses, de rendre le chyle miscible au sang, de le mettre en état de passer par les vaisseaux lactés, de corriger les matières âcres, de changer la viscosité, l'amertume et la couleur de la bile, d'adoucir son acrimonie, et de la mêler intimement au chyle : son usage est encore de lubrifier par son onctuosité la partie interne des intestins, de faire les fonctions de menstrue et de véhicule, et finalement de changer les gouts, les odeurs, les qualités particulières des aliments de façon qu'ils n'acquièrent presque qu'une seule et même nature. Il ne s'agit plus maintenant que de dire un mot de la force qui fait couler le suc pancréatique.

1°. Comme l'artère qui porte le sang dans le corps glanduleux du pancréas est près du cœur, l'impulsion du sang est fort considérable ; ainsi comme le sang fournit toujours de nouveaux sucs qui se filtrent, le premier qui a été filtré doit couler nécessairement. 2° Ce suc coulant des petites glandes par des petits tuyaux qui vont aboutir au grand canal du milieu, est exprimé dans le duodenum par le mouvement du diaphragme, par la pression du ventricule quand il est rempli, par la force des muscles de l'abdomen, et finalement par l'action du corps.

On a tâché de calculer par des expériences sur des animaux la quantité de la secrétion de ce suc dans le duodenum pendant un certain espace de temps, afin d'appliquer ensuite à l'homme le même calcul proportionnel. Graaf ayant percé le duodenum d'un dogue, insinua une petite phiole dans le canal pancréatique, expérience très-difficile, et dans huit heures, il y coula une once entière de liqueur. Schuyl en eut deux onces en trois heures, et Nuck trois onces en vingt-quatre heures ; mais les expériences faites sur des bêtes ne décident de rien, parce que le bas-ventre étant ouvert, les muscles abdominaux ne compriment plus les parties internes, les viscères n'ont plus leur même jeu, les vaisseaux excréteurs sont resserrés par le froid ; en un mot, toute l'économie est troublée par les tourments de l'animal.

On a donc formé un autre calcul tiré de la grosseur du pancréas de l'homme, relativement aux autres glandes salivaires, qui toutes ensemble sont moins considérables que lui, et cependant suffisent à une secrétion d'environ 12 onces en 24 heures. Il faut en même temps mettre en ligne de compte 1° l'agitation et les secousses que le diaphragme, le ventricule et les muscles du bas-ventre doivent causer au pancréas à cause de leur situation et de leurs mouvements continuels, au lieu que les glandes salivaires ne sont soumises qu'à la faible action des muscles de la respiration et de la déglutition, qui ne sont pas toujours en jeu : 2° Ajouter au calcul le produit des vapeurs chaudes du bas-ventre, de même que le diamètre du canal excrétoire du pancréas, qui a communément près d'une ligne dans l'état sain. Il résultera de ces considérations qu'il se doit faire une plus abondante secrétion dans le pancréas, que dans les glandes salivaires réunies toute proportion gardée, de sorte que cette secrétion pourrait bien aller à 20 onces en 24 heures.

Mais que devient cette lymphe ? En effet, de 20 onces de suc pancréatique il n'en sort pas deux dragmes par les selles dans l'état naturel, comme le prouvent les excréments qui sont secs quand on se porte bien ; il faut donc que cette quantité soit reprise ou dans les veines lactées qui charrient toujours une humeur lymphatique, ou dans les veines mésenteriques ; et comme le chemin de la circulation est ici très-court par les artères, cette humeur sera repompée plusieurs fois en peu d'heures, reportée au cœur, séparée de l'artère coeliaque, et coulera de nouveau dans le duodenum.

De cette abondance du suc pancréatique dans l'état naturel, et de la nécessité dont il est pour la digestion et l'élaboration du chyle, il s'ensuit qu'il peut causer des dérangements, s'il péche en défaut de qualité ou de quantité. En effet, s'il est trop abondant, les tuyaux excrétoires ne permettant point à la liqueur pancréatique de sortir, les vaisseaux seront plus remplis dans le reste du pancréas, lequel, par cette plénitude, deviendra susceptible d'inflammation. D'un autre côté si le suc pancréatique péche en défaut de quantité, le duodenum ne recevra point la liqueur qui lui est nécessaire pour délayer le chyle, et pour précipiter les excréments. De plus, la bile sera trop âcre, et pourra causer des diarrhées et des espèces de dyssenteries. Enfin, si ce suc séjourne trop dans le pancréas, il tendra à s'alkaliser comme toutes les liqueurs du corps humain. (D.J.)

PANCREATICO-DUODENALE, en Anatomie, nom d'une artère qui se distribue au pancréas et au duodenum, et qui vient de la grande gastrique. Haller, Icon. anat. fasc. II. Voyez PANCREAS GASTRIQUE, etc.