(Botanique exotique) plante étrangère, espèce d'arum ou de pié-de-veau.

Peu de sciences ont plus de besoin de se prêter un secours mutuel que l'Histoire ancienne et la Botanique, lorsque pour l'intelligence de quantité d'usages ou mystérieux ou oeconomiques que les Egyptiens faisaient des plantes de leur pays, il s'agit de discerner celles qui se trouvent représentées sur les monuments qui nous en restent.

Les antiquaires qui se sont flattés d'y réussir, en consultant Théophraste, Dioscoride et Pline, n'en ont pas pu juger surement ; parce qu'aucun de ces naturalistes n'avait Ve ces plantes dans leur lieu natal, et que les descriptions qu'ils nous en ont laissées étant très-courtes, très-imparfaites et sans figures, on n'a pas pu en faire une juste application aux parties détachées des plantes que les fabricateurs de ces monuments ont voulu représenter.

C'est donc au sol de l'Egypte même et au lit du Nil, qu'il faut avoir recours pour en tirer les pièces de comparaison qui leur ont servi de types. C'est sur la vue de ces plantes, ou rapportées seches de ce pays-là, ou transplantées dans celui-ci, ou très-exactement décrites par ceux de nos meilleurs botanistes, qui les ont dessinées d'après le naturel, comme l'a fait Prosper Alpin, que l'on peut qualifier raisonnablement celles qui ont servi d'attributs aux dieux, et de symbole aux rois et aux villes d'Egypte, des noms qui leur conviennent, suivant les genres auxquels elles ont du rapport.

C'est de cette manière que s'y sont pris d'habiles gens pour découvrir la colocasie des anciens, et être en état de la ranger sous le genre de plante auquel elle doit appartenir.

Comme sa principale qualité se trouvait dans sa racine dont on faisait du pain, et que de cette racine de laquelle les Arabes font encore commerce, il nait une fleur et des feuilles du genre d'arum, on ne doute plus que ce n'en soit une espèce, et tous les botanistes modernes depuis Fabius Columna, et l'ouvrage de Prosper Alpin sur les plantes d'Egypte, sont constamment de cet avis. Le nom vulgaire de culcas ou colcas qu'elle semble avoir retenu de l'ancien colocasia, doit encore contribuer à confirmer cette opinion.

Ses feuilles sont aussi larges que celles d'un chou. Sa tige est haute de trois à quatre pieds, et grosse comme le pouce. Ses feuilles sont grandes, rondes, nerveuses en-dessous, attachées à des queues longues et grosses, remplies d'un suc aqueux et visqueux. Les fleurs sont grandes, amples comme celles de l'arum, de couleur purpurine, monopétales, de figure irrégulière, en forme d'oreille d'âne. Il s'élève de chaque calice un pistil qui devient ensuite un fruit presque rond, qui contient quelques graines. La racine est charnue, bonne à manger. Cette plante nait dans l île de Candie en Egypte, et près d'Alexandrie.

Les antiquaires reconnaitront donc aujourd'hui la fleur de cette plante sur la tête de quelques Harpocrates, et de quelques figures panthées par sa forme d'oreille d'âne ou de cornet, dans laquelle est placé le fruit ; et il y a toute apparence qu'elle était un symbole de fécondité. Voyez les mémoires des Inscriptions, tome II.

Les curieux de nos pays cultivent la colocasie avec beaucoup de peine. Ils la plantent dans des pots pleins de la meilleure terre qu'il est possible d'avoir, et la tiennent toujours dans des serres sans presque l'exposer à l'air, qui endommage promptement ses feuilles : rarement on la voit produire des fleurs. Sa racine cuite a le goût approchant de celui de la naisette. J'ignore où Bontius a pris qu'elle est d'une qualité vénéneuse, et qu'avant que d'être mangeable, il faut la macérer quelques jours dans l'eau.

Il est certain qu'en Egypte, en Syrie, en Candie, et autres régions orientales, on en mange sans aucune macération, comme on fait des navets en Allemagne. Elle a, étant crue, un peu d'amertume et d'âcreté visqueuse ; mais tout cela s'adoucit entièrement par la cuisson.

Du reste cette plante n'a point de vertus médicinales.

Le chou karaïbe des Américains répond presque parfaitement à la colocasie d'Egypte ; car c'est aussi une espèce d'arum d'Amérique, dont les racines sont grosses, de couleur de chair par-dehors, jaunes par-dedans, d'une odeur douce ; ses feuilles ressemblent à la grande serpentine. On fait du potage de ses feuilles et de ses racines. Article de M. le Chevalier DE JAUCOURT.