S. f. (Chimie) la cémentation prise dans le sens le plus étendu, est l'opération chimique par laquelle on applique à des métaux enfermés dans un creuset, dans une boite de fer, ou même dans une cornue et stratifiés avec des sels fixes, avec différentes matières terrestres, et quelquefois phlogistiques, un feu tel, que ces métaux rougissent plus ou moins, mais sans entrer aucunement en fusion.

On voit d'abord par cette définition, que les métaux qui coulent avant de rougir, l'étain et le plomb, ne sauraient être comptés parmi les sujets de cette opération.

La cémentation est un des moyens employés, surtout par les ouvriers qui travaillent l'or et l'argent, pour vérifier la pureté de ces métaux, ou pour l'obtenir ; et c'est-là même le principal usage de cette opération. Mais des observations répétées ont appris qu'elle était insuffisante pour l'un et pour l'autre objet ; c'est-à-dire que les céments ordinaires n'enlevaient pas exactement à l'or et l'argent les métaux étrangers qui constituaient leur impureté, et qu'ils enlevaient une partie du fin. Kunckel a observé que le sel commun employé aux cémentations répétées de l'argent, se chargeait d'une quantité assez considérable de ce métal, qu'on en retirait facilement par la fusion.

Geber compte la cémentation parmi les épreuves que devait soutenir son magistère, pour être réputé parfait.

L'usage des cémentations est très-familier aux Alchimistes, soit comme opération simplement préparatoire, ou entrant dans la suite de celles qui composent un procédé ; soit comme produisant immédiatement une amélioration, nobilitatio. C'est l'argent pur ou les chaux d'argent, c'est à-dire, l'argent ouvert ou divisé par des menstrues, sur lequel ils ont principalement opéré. Voyez PARTICULIER.

Becker décrit plusieurs de ces particuliers ou procédés, dans sa concordance chimique ; et il n'est presqu'aucun des six mille auteurs d'Alchimie qui n'en célèbre quelqu'un.

La trempe en paquet, ou cette opération par laquelle les Arquebusiers, les Taillandiers, et quelques autres ouvriers durcissent ou convertissent plus ou moins profondément les lames en acier ou couches extérieures de certains ouvrages, comme de presque toutes les pièces des platines des armes à feu, les lames d'épée, les bonnes cuirasses, les haches, les limes, les boucles appelées d'acier, etc. cette opération, dis-je, est une espèce de cémentation. Voyez FER.

Les matières des céments pour l'or et pour l'argent, sont premièrement le nitre, la plupart des sels neutres marins, le sel commun, le sel gemme, le sel ammoniac, le sublimé corrosif, et même une substance saline qui contient l'acide végétal, le verdet ; secondement les vitriols calcinés, les bols, la farine ou poudre de brique, etc.

On prend une ou plusieurs matières de la première classe, et quelques-unes de celles de la seconde, dans des proportions convenables : par exemple, prenez du sel marin décrépité, une once : de la poudre de brique, demi-once ; du vitriol calciné au rouge, une once : ou de nitre, de sel ammoniac, de verdet, de bol d'Arménie, de poudre ou farine de brique, de chacun parties égales : séchez et pulvérisez toutes vos matières, et mêlez-les exactement. Quelques auteurs, principalement les anciens, les empâtent avec l'urine.

On cémente aussi l'argent avec le sel commun seul. Voyez ARGENT.

Le modus ou manuel de l'opération, est celui-ci : prenez un creuset de grandeur convenable ; mettez au fond, de votre cément environ la hauteur d'un pouce ; placez dessus une couche de votre métal réduit en petites plaques très-minces ; couvrez ces plaques d'une seconde couche de cément, à peu-près de la même hauteur que la première, et remplissez alternativement votre creuset de cément et de lames de métal ; finissez par une couche de cément, sur laquelle vous pouvez en mettre une autre de chaux vive en poudre, selon l'usage de quelques Chimistes ; fermez votre creuset avec un couvercle exactement luté, mais percé d'un petit trou à passer une aiguille ; placez-le dans un fourneau à grille ordinaire ; donnez le feu peu-à-peu, afin que vos matières s'échauffent lentement ; poussez-le ensuite jusqu'à les rougir médiocrement ; soutenez ce dernier degré de feu pendant environ trois heures, et votre opération est finie. Les anciens chimistes, les philosophes que les longs travaux n'effrayaient pas, soutenaient le dernier degré de feu pendant vingt-quatre heures, et même pendant trois jours entiers. Il devait leur en couter beaucoup, sans-doute, pour tenir pendant si longtemps leur métal dans un degré d'ignition si voisin de la fusion, sans le laisser tomber dans ce dernier état ; circonstance essentielle, et toujours recommandée par les plus anciens maîtres de l'art, par Geber lui-même. Les cémentations alchimiques sont continuées pendant des mois entiers : mais elles se font à un degré de feu un peu moindre.

La théorie de la cémentation de l'or et de l'argent dans les vues ordinaires de purification, parait assez simple : tous les céments employés à cet usage contiennent des sels neutres, et des précipitants de leur acide, c'est-à-dire des intermèdes qui procurent le dégagement : ainsi le mélange du nitre ou du sel commun avec le vitriol, doit laisser échapper les acides des premiers sels. Les terres bolaires ou argilleuses dégagent aussi les mêmes acides, selon un fait anciennement connu, mais peu ou point expliqué. La poudre de brique peut être inutile au dégagement des acides nitreux et marins : elle peut fort bien aussi avoir retenu, malgré l'altération que la terre argilleuse dont elle est formée a essuyée dans le feu ; elle peut avoir retenu, dis-je, la propriété de les dégager, dont jouit l'argille crue. Ce fait n'a pas été examiné, que je sache. Ainsi selon qu'on emploie l'un ou l'autre de ces premiers sels, ou les deux ensemble, avec une ou plusieurs des dernières matières, on a un esprit de nitre, un esprit de sel, ou une eau régale, qui selon le degré de rapport de chacun de ces menstrues avec l'or, avec l'argent, et avec les différents métaux qui leur sont mêlés, peuvent attaquer quelques-uns de ces métaux, et épargner les autres. Ainsi de l'acide nitreux dégagé dans une cémentation d'or, est censé attaquer l'argent et le cuivre qu'il peut contenir, et ne pas toucher à l'or même : l'esprit de sel produirait apparemment le même effet. L'eau régale dégagée dans une cémentation d'argent, doit agir sur les métaux imparfaits, sans entamer le métal parfait, comme l'acide nitreux ou le marin dans le cas précédent.

Mais nous n'avons pas assez d'observations pour évaluer exactement l'action des menstrues dans la cémentation : la circonstance d'être divisés, de n'être point en agrégation ou en masse, et celle d'être appliqués à des métaux actuellement ignés, et avec le degré de feu que suppose cet état, porte sans doute des différences essentielles dans leur action.

Des analogies exactement déduites de plusieurs faits connus, justifient au moins le doute, la vue de recherche. D'ailleurs nous ne connaissons pas assez les sels neutres comme menstrues ; et peut-être pensons-nous trop généralement qu'ils ne peuvent agir que par un de leurs principes, soit dégagé, soit surabondant.

Il est au moins sur que cette cémentation est une espèce de dissolution. Voyez MENSTRUE.

Les Alchimistes peuvent bien ne pas retirer de leurs longues cémentations tout l'avantage que leurs oracles leur annoncent ; au moins doit-on leur accorder que cette opération est dans les bons principes de l'art, et qu'elle a tout le mérite de la digestion tant célébrée, avec tant de raison, par les plus grands maîtres. Voyez DIGESTION.

La cémentation du fer, ou la trempe en paquet, diffère beaucoup par son effet de la cémentation purificative de l'or et de l'argent dont nous venons de parler ; elle ressemble beaucoup plus à la cémentation améliorative, transmutative, ou augmentative, en un mot alchimique, si cette dernière produisait l'effet attendu, qui est de porter dans son sujet la terre mercurielle, ou même le soufre solaire ou lunaire. On regarde l'effet de la cémentation sur le fer comme une espèce de réduction, ou plutôt de surréduction, s'il est permis de s'exprimer ainsi ; c'est-à-dire, d'introduction surabondante de phlogistique. Voyez FER. Cet article est de M. VENEL.