S. f. (Belles Lettres) ornements d'un théâtre, qui servent à représenter le lieu où l'on suppose que se passe l'action dramatique.

Comme les anciens avaient trois sortes de pièces, de comiques, de tragiques, et de satyriques, ils avaient aussi de trois sortes de scènes, c'est-à-dire des décorations de ces trois différents genres. Les tragiques représentaient toujours de grands bâtiments, avec des colonnes, des statues, et les autres ornements convenables. Les comiques représentaient des édifices particuliers avec des toits et de simples croisées, comme on en voit communément dans les villes. Et les satyriques, quelques maisons rustiques, avec des arbres, des rochers, et les autres choses qu'on voit d'ordinaire à la campagne.

Ces trois scènes pouvaient se varier de bien des manières ; mais la disposition en devait être toujours la même en général, et il fallait qu'elles eussent chacune cinq différentes entrées, trois en face, et deux sur les ailes. L'entrée du milieu était toujours celle du principal acteur : ainsi dans la scène tragique, c'était ordinairement la porte d'un palais ; celles qui étaient à droite et à gauche, étaient destinées à ceux qui jouaient les seconds rôles ; et les deux autres qui étaient sur les ailes, servaient l'une à ceux qui arrivaient de la campagne, et l'autre à ceux qui venaient du port ou de la place publique. C'était à-peu-près la même chose dans la scène comique. Le bâtiment le plus considérable était au milieu ; celui du côté droit était un peu moins élevé, et celui qui était à gauche représentait ordinairement une hôtellerie. Mais dans la pièce satyrique il y avait toujours un antre au milieu, quelque méchante cabane à droite et à gauche, un vieux temple ruiné, ou quelque bout de paysage.

On ne sait pas bien sur quoi ces décorations étaient peintes ; mais il est certain que la perspective y était observée : car Vitruve, liv. VII. remarque que les règles en furent inventées et mises en pratique dès le temps d'Eschyle, par un peintre nommé Agatarchus, qui en laissa même un traité.

Quant aux changements de théâtre, Servius nous apprend qu'ils se faisaient ou par des feuilles tournantes qui changeaient en un instant la face de la scène, ou par des châssis qui se tiraient de part et d'autre comme ceux de nos théâtres. Mais comme il ajoute qu'on levait la toile à chacun de ces changements, il y a bien de l'apparence qu'ils ne se faisaient pas encore si promptement que les nôtres. D'ailleurs comme les ailes de la scène sur lesquelles la toile portait, n'avançaient que de la huitième partie de sa longueur, ces décorations qui tournaient derrière la toile, ne pouvaient avoir au plus que cette largeur pour leur circonférence : ainsi il fallait qu'il y en eut au moins dix feuilles sur la scène, huit de face et deux en aile ; et comme chacune de ces feuilles devaient fournir trois changements, il fallait nécessairement qu'elles fussent doubles, et disposées de manière qu'en demeurant pliées sur elles mêmes, elles formassent une des trois scènes, et qu'en se retournant ensuite les unes sur les autres de droite à gauche, ou de gauche à droite, elles formassent les deux autres, ce qui ne se pouvait faire qu'en portant de deux en deux sur un point fixe commun, c'est-à-dire en tournant toutes les dix sur cinq pivots, placés sous les trois portes de la scène et dans les deux angles de ses retours. Discours de M. Boindin sur les théâtres des anciens. Mém. de l'acad. des Belles-Lettres, tom. I. (G)

PARMI LES DECORATIONS THEATRALES, les unes sont de décence, et les autres de pur ornement. Les décorations de pur ornement sont arbitraires, et n'ont pour règle que le gout. On peut en puiser les principes généraux dans les art. ARCHITECTURE, PERSPECTIVE, DESSEIN, etc. Nous nous contenterons d'observer ici que la décoration la plus capable de charmer les yeux, devient triste et effrayante pour l'imagination, dès qu'elle met les acteurs en danger ; ce qui devrait bannir de notre théâtre lyrique ces vols si mal exécutés, dans lesquels, à la place de Mercure ou de l'Amour, on ne voit qu'un malheureux suspendu à une corde, et dont la situation fait trembler tous ceux qu'elle ne fait pas rire. Voyez l'art. suiv. DECORATION, (Opera).

Les décorations de décence sont une imitation de la belle nature, comme doit l'être l'action dont elles retracent le lieu. Un homme célèbre en ce genre en a donné au théâtre lyrique, qui seront longtemps gravées dans le souvenir des connaisseurs. De ce nombre était le péristyle du palais de Ninus, dans lequel aux plus belles proportions et à la perspective la plus savante, le peintre avait ajouté un coup de génie bien digne d'être rappelé.

Après avoir employé presque toute la hauteur du théâtre à élever son premier ordre d'architecture, il avait laissé voir aux yeux la naissance d'un second ordre qui semblait se perdre dans le ceintre, et que l'imagination achevait ; ce qui prêtait à ce péristyle une élévation fictive, double de l'espace donné. C'est dans tous les arts un grand principe, que de laisser l'imagination en liberté : on perd toujours à lui circonscrire un espace ; de-là vient que les idées générales n'ayant point de limites déterminées, sont les sources les plus fécondes du sublime.

Le théâtre de la Tragédie, où les décences doivent être bien plus rigoureusement observées qu'à celui de l'opera, les a trop négligées dans la partie des décorations. Le poète a beau vouloir transporter les spectateurs dans le lieu de l'action ; ce que les yeux voient, dément à chaque instant ce que l'imagination se peint. Cinna rend compte à Emilie de sa conjuration, dans le même salon où Ve délibérer Auguste ; et dans le premier acte de Brutus, deux valets de théâtre viennent enlever l'autel de Mars pour débarrasser la scène. Le manque de décorations entraine l'impossibilité des changements, et celle-ci borne les auteurs à la plus rigoureuse unité de lieu ; règle gênante qui leur interdit un grand nombre de beaux sujets, ou les oblige à les mutiler. Voyez TRAGEDIE, UNITE, etc.

Il est bien étrange qu'on soit obligé d'aller chercher au théâtre de la farce italienne, un modèle de décoration tragique. Il n'est pas moins vrai que la prison de Sigismond en est un qu'on aurait dû suivre. N'est-il pas ridicule que dans les tableaux les plus vrais et les plus touchants des passions et des malheurs des hommes, on voie un captif ou un coupable avec des liens d'un fer blanc, leger et poli ? Qu'on se représente Electre dans son premier monologue, trainant de véritables chaînes dont elle serait accablée : quelle différence dans l'illusion et l'intérêt ! Au lieu du faible artifice dont le poète s'est servi dans le comte d'Essex pour retenir ce prisonnier dans le palais de la reine, supposons que la facilité des changements de décoration lui eut permis de l'enfermer dans un cachot ; quelle force le seul aspect du lieu ne donnerait-il pas au contraste de sa situation présente avec sa fortune passée ? On se plaint que nos tragédies sont plus en discours qu'en action ; le peu de ressource qu'a le poète du côté du spectacle, en est en partie la cause. La parole est souvent une expression faible et lente ; mais il faut bien se résoudre à faire passer par les oreilles ce qu'on ne peut offrir aux yeux.

Ce défaut de nos spectacles ne doit pas être imputé aux comédiens, non plus que le mélange indécent des spectateurs avec les acteurs, dont on s'est plaint tant de fais. Corneille, Racine et leurs rivaux n'attirent pas assez le vulgaire, cette partie si nombreuse du public, pour fournir à leurs acteurs de quoi les représenter dignement ; la Ville elle seule pourrait donner à ce théâtre toute la pompe qu'il doit avoir, si les magistras voulaient bien envisager les spectacles publics comme une branche de la police et du commerce.

Mais la partie des décorations qui dépend des acteurs eux-mêmes, c'est la décence des vêtements. Il s'est introduit à cet égard un usage aussi difficile à concevoir qu'à détruire. Tantôt c'est Gustave qui sort des cavernes de Dalécarlie avec un habit bleu-céleste à parements d'hermine ; tantôt c'est Pharasmane qui, vêtu d'un habit de brocard d'or, dit à l'ambassadeur de Rome :

La Nature marâtre en ces affreux climats,

Ne produit, au lieu d'or, que du fer, des soldats.

De quoi donc faut-il que Gustave et Pharasmane soient vêtus ? l'un de peau, l'autre de fer. Comment les habillerait un grand peintre ? Il faut donner, dit-on, quelque chose aux mœurs du temps. Il fallait donc aussi que Le-Brun frisât Porus et mit des gants à Alexandre ? C'est au spectateur à se déplacer, non au spectacle ; et c'est la réflexion que tous les acteurs devraient faire à chaque rôle qu'ils vont jouer : on ne verrait point paraitre César en perruque carrée, ni Ulysse sortir tout poudré du milieu des flots. Ce dernier exemple nous conduit à une remarque qui peut être utile. Le poète ne doit jamais présenter des situations que l'acteur ne saurait rendre : telle est celle d'un héros mouillé. Quinault a imaginé un tableau sublime dans Isis, en voulant que la furie tirât Io par les cheveux hors de la mer : mais ce tableau ne doit avoir qu'un instant ; il devient ridicule si l'oeil s'y repose, et la scène qui le suit immédiatement, le rend impratiquable au théâtre.

Aux reproches que nous faisons aux comédiens sur l'indécence de leurs vêtements, ils peuvent opposer l'usage établi, et le danger d'innover aux yeux d'un public qui condamne sans entendre, et qui rit avant de raisonner. Nous savons que ces excuses ne sont que trop bien fondées : nous savons de plus que nos reflexions ne produiront aucun fruit. Mais notre ambition ne Ve point jusqu'à prétendre corriger notre siècle ; il nous suffit d'apprendre à la postérité, si cet ouvrage peut y parvenir, ce qu'auront pensé dans ce même siècle ceux qui, dans les choses d'art et de gout, ne sont d'aucun siècle ni d'aucun pays. Voyez l'article suiv. DECORATION, (Opera) article de M. MARMONTEL.

DECORATION, (Opera) Ce spectacle est celui du merveilleux ; c'est-là qu'il faut sans-cesse éblouir et surprendre. La décoration commence l'illusion ; elle doit par sa vérité, par sa magnificence, et l'ensemble de sa composition, représenter le lieu de la scène et arracher le spectateur d'un local réel, pour le transporter dans un local feint. L'invention, le dessein et la peinture, en forment les trois principales parties. La première regarde le poète lyrique, et il doit avoir une connaissance fort étendue de la seconde et de la troisième, pour pouvoir avec fruit et sans danger, donner une libre carrière à son imagination.

Rien n'est plus commun que d'imaginer une décoration en formant le plan d'un opera ; on place les lieux différents dans lesquels se passeront ses différents actes. Ce point une fois décidé, on croit que le reste regarde le décorateur, et qu'il n'est question que de peindre mécaniquement les locaux, pour établir aux yeux du spectateur le lieu où se passe la scène.

Ce qui nous reste des ouvrages dramatiques des Grecs, montre assez qu'Eschyle, Euripide et Sophocle étaient mieux instruits, et mettaient une plus grande importance dans tout ce qui avait quelque rapport à la représentation de leurs tragédies.

Par les discours qui sont à la tête des pièces en machines de P. Corneille, et en parcourant les détails clairs et raisonnés qu'il y fait de tout ce qui regarde leur spectacle, il est aisé de se convaincre de la connaissance profonde que ce grand homme avait acquise, de toutes ces grandes parties qu'on croit peut-être fort étrangères à la poésie.

Qu'on s'occupe à sonder avec quelque soin la marche, l'ordre et la mécanique des opera de Quinault, malgré la modestie de ce poète, qui n'a cherché à nous donner ni par des explications, ni par des préfaces, ni par des détails raisonnés, aucune idée de ses études, de ses connaissances, de sa fécondité, de son invention et de ses travaux ; il est impossible de ne pas s'assurer qu'il possédait à fond toute cette matière, et que jamais homme peut-être avant lui n'avait su la mettre en pratique avec tant de méthode, d'intelligence, de variété et de gout.

Ces exemples seraient sans-doute suffisans pour prouver qu'un poète lyrique ne peut acquérir trop de lumières sur les arts qui doivent concourir à rendre parfaite l'exécution de ses ouvrages. Ce que les Grecs, P. Corneille et Quinault ont cru nécessaire, eux qui avaient tant de talents divers, un si beau génie, un feu poétique si brillant, ne doit pas sans-doute paraitre inutile aux poètes qui viennent après eux, quelques talents qu'ils se flattent d'avoir d'ailleurs.

Mais pour le bien et le progrès de l'art, il faut qu'ils sachent encore les avantages que les connaissances de cette espèce peuvent leur procurer, et les inconvénients qu'ils ont à craindre, s'ils mettent le pied dans la carrière sans avoir pris la précaution de les acquerir.

La décoration à l'opera fait une partie de l'invention. Ce n'est pas assez d'imaginer des lieux convenables à la scène, il faut encore varier le coup-d'oeil que présentent les lieux, par les décorations qu'on y amene. Un poète qui a une heureuse invention, jointe à une connaissance profonde de cette partie, trouvera mille moyens fréquents d'embellir son spectacle, d'occuper les yeux du spectateur, de préparer l'illusion. Ainsi à la belle architecture d'un palais magnifique ou d'une place superbe, il fera succéder des déserts arides, des rochers escarpés, des antres redoutables. Le spectateur effrayé sera alors agréablement surpris de voir une perspective riante coupée par des paysages agréables, prendre la place de ces objets terribles. De-là, en observant les gradations, il lui présentera une mer agitée, un horizon enflammé d'éclairs, un ciel chargé de nuages, des arbres arrachés par la fureur des vents. Il le distraira ensuite de ce spectacle par celui d'un temple auguste : toutes les parties de la belle architecture des anciens rassemblées dans cet édifice, formeront un ensemble majestueux ; et des jardins embellis par la nature, l'art et le gout, termineront d'une manière satisfaisante une représentation, dans laquelle on n'aura rien négligé pour faire naitre et pour entretenir l'illusion. Les machines qui tiennent si fort à la décoration, lui prêteront encore de nouvelles beautés ; mais comment imaginer des machines, si on ignore en quoi elles consistent, la manière dont on peut les composer, les ressorts qui peuvent les faire mouvoir, et surtout leur possibilité ? Voyez MACHINE, MERVEILLEUX.

Le décorateur, quelque génie qu'on lui suppose, n'imagine que d'après le plan donné. Que de beautés ne doivent pas résulter du concours du poète et de l'artiste ? Que de belles idées doivent naitre d'une imagination échauffée par la poésie et guidée par l'instruction, et de la verve d'un peintre à qui le premier dessein est donné par une main sure qui a su en écarter tous les inconvéniens, et qui en indique tous les effets ? D'ailleurs, l'oeil vigilant d'un poète plein de son plan général, doit être d'un grand secours au peintre qui en exécute les parties. Que de défauts prévenus ! que de détails embellis ! que d'études et de réflexions épargnées !

Outre ces avantages, celui de se mettre à l'abri d'une foule d'inconvénients qu'on peut par ce seul moyen prévenir, doit paraitre bien puissant à tous les poètes qui se livrent au genre lyrique.

Comment imaginer, comment se faire entendre, si on ignore et la matière sur laquelle il faut que l'imagination s'exerce, et l'art qui doit mettre en exécution ce qu'on aura imaginé ? Le goût seul peut-il suffire pour empêcher qu'on ne s'égare ? et le goût lui-même est-il autre chose qu'un sentiment exquis, que la connaissance des matières auxquelles il s'applique, la comparaison, l'expérience peuvent seules rendre sur ?

La pompe, la variété, le contraste toujours juste et plein d'adresse de tous les opera de Quinault, sont encore de nos jours un des points les moins susceptibles de critique de ces heureuses compositions. On dit plus : il n'y a point d'opera de Quinault, dans lequel un homme de goût versé dans l'étude des différents arts nécessaires à l'ensemble de pareils spectacles, ne trouve à produire en machines et en décorations des beautés nouvelles, capables d'étonner les spectateurs et de rajeunir les anciens ouvrages. Qu'on juge par-là du fonds inépuisable sur lequel Quinault a travaillé.

Chez lui d'ailleurs, l'effet, le service d'une décoration, ne nuisent jamais au service ni à l'effet de celle qui suit. Les temps de la manœuvre, les contrastes nécessaires pour attacher les spectateurs, l'ordre, l'enchainement, les gradations, toutes ces choses y sont ménagées avec un art, une exactitude, une précision qui ne sauraient être assez admirées, et qui supposent la connaissance la plus étendue de toutes ces parties différentes.

Voilà le modèle : malheur aux poètes lyriques, eussent-ils même le génie de Quinault, s'ils négligent d'acquérir les connaissances qu'il a cru lui être nécessaires. Voyez MACHINE, MERVEILLEUX, OPERA. Voyez aussi l'article suiv. DECORATION, Architecture. (B)

DECORATION, terme d'Architecture. On entend sous ce nom la partie de l'Architecture la plus intéressante, quoique considérée comme la moins utile relativement à la commodité et à la solidité. En effet combien d'édifices publics et particuliers où la décoration devient peu nécessaire, tels que les casernes, les hôpitaux, les manufactures, les marchés et autres bâtiments oeconomiques, élevés dans les villes pour la retraite des gens de guerre, le soulagement des pauvres, la facilité du commerce, ou pour l'habitation des citoyens destinés au trafic, aux arts mécaniques, &c ?

Plus il nous serait aisé de démontrer l'inutilité de la décoration dans les bâtiments que nous venons de nommer, et plus néanmoins il doit paraitre important que la décoration que nous entendons ici, soit de toute beauté, puisqu'elle est destinée à caractériser les édifices sacrés, les palais des souverains, la demeure des grands seigneurs, les places publiques, les arcs de triomphe, les fontaines, les théâtres, etc. qui ne peuvent s'attirer le suffrage des nations étrangères, que par les embellissements que leur procurent la décoration des dehors et la magnificence des dedans.

On distingue en général quatre genres de décoration ; celle des façades, celle des appartements, celle des jardins, et celle des théâtres, qui toutes demandent des caractères distinctifs, quoique soumises également aux lois de la convenance, de la bienséance, et aux principes du goût : connaissances qui ne peuvent jamais s'acquérir sans l'exercice du dessein, et l'examen réfléchi des plus beaux ouvrages antiques et modernes concernant l'Architecture, la Sculpture, la peinture, etc.

De ces quatre genres de décoration, celle des façades est sans contredit celle qui exige le plus les préceptes de l'art. L'architecture et la sculpture concourent également à leur embellissement ; mais cette dernière doit être absolument subordonnée à la première.

Par décoration d'architecture on entend l'application des ordres, colonnes ou pilastres ; les frontons, les portes, les croisées, les niches, les attiques, les soubassements, les balustrades ; différentes parties qui se doivent accorder si bien avec les masses et la dimension du bâtiment, que l'une ne puisse être supprimée sans nuire au reste de l'édifice.

Par décoration de sculpture on entend les statues, les trophées, les vases qui servent à composer les amortissements et les couronnements des façades, ou à enrichir chacune de leurs parties, telles que les chapiteaux des ordres, leurs entablements, leurs piédestaux, par des ornements en bas relief, en demi-bosse, en rond de bosse, etc. L'on appelle encore décoration de sculpture, celle où l'architecture entrant pour quelque chose, sert à la composition des tombeaux, des fontaines jaillissantes ou tout autre ouvrage pittoresque et contrasté, soutenus seulement sur des socles ou des empatements qui leur servent de base.

Les Grecs et les anciens Romains l'ont emporté de beaucoup sur nous pour la décoration d'architecture et de sculpture. Nos édifices en France les plus généralement approuvés, sont ceux qui approchent le plus de la composition de ces maîtres du monde ; néanmoins il nous reste beaucoup à faire pour arriver à la perfection des monuments qui nous restent de ces peuples. Sans-doute la différence de notre climat, la disette des matières, moins d'opulence, et peut-être un goût trop national, ont contribué à ne les imiter que d'assez loin. Mais d'un autre côté nous pouvons avancer sans prévention que si ces nations nous ont montré une si belle route, nous sommes à-présent les seuls qui puissions être imités des autres peuples, pour l'élégance des formes, le détail des ornements et la commodité de la distribution ; de manière que dans les siècles à venir on n'hésitera point de citer l'Architecture française à la suite de la grecque et de la romaine, nos architectes en ayant pour ainsi dire créé une relative à notre climat et à nos besoins.

La décoration intérieure a pour objet la magnificence des appartements. Cette partie de l'Architecture est sans contredit celle qui, après la distribution, fait le plus d'honneur à la France ; et on peut avancer qu'à l'exception de quelques ornements peut-être trop frivoles que nos sculpteurs ont introduits dans leurs décorations, il n'est point de nation, sans excepter l'Italie, qui entende aussi-bien cette partie que nous. Les hôtels de Toulouse, de Soubise, de Thiers, de Mazarin, de Biron, de Villars, etc. peuvent être regardés comme autant de chefs-d'œuvre en ce genre, et l'on trouve dans leurs appartements la richesse des matières, la magnificence des meubles, la sculpture, la peinture, les bronzes, les glaces, distribués avec tant de gout, de choix et d'intelligence, qu'il semble que ces palais soient autant de lieux enchantés, élevés par l'opulence pour le séjour des grâces et de la volupté.

La décoration des jardins consiste dans l'art de cultiver avec goût la nature, de manière que ces deux parties concourent à former ces lieux délicieux que nous offrent abondamment les jardins de Versailles, de Marly, de Meudon, de Sceaux, de Chantilly, etc. la plupart exécutés sur les desseins de le Nautre et de Mansard, et où se trouvent rassemblés avec autant de choix que de profusion, les chefs-d'œuvre de sculpture de nos plus célèbres artistes, les canaux, les fontaines, les cascades, les bosquets, les terrasses, les escaliers, les palissades, les berceaux de treillage ; enfin des pavillons, des salons, des belvederes, des vertugadins, des boulingrins, des figures et des vases de métal, de marbre, de bronze, tout ce que l'art, le génie, le goût et la magnificence peuvent offrir de plus somptueux.

C'est l'assemblage de toutes ces différentes parties, aidé d'une situation avantageuse, d'une exposition convenable et dirigée par des mains habiles, qui attire chez nous les nations les plus éloignées, et qui nous ont mérité la réputation de grands jardiniers ; nom célèbre dû aux soins, à la vigilance et à la capacité de la Quintinie, de le Nautre et de le Blond ; en sorte que l'on dit de l'art du jardinage en France, comme de l'Architecture, les jardins français, qui se distinguent de ceux de l'Angleterre et de l'Italie ; les premiers n'étant recommandables que par leur grandeur étonnante, une belle simplicité, et un entretien très-recherché ; les seconds, par la disposition des lieux, l'abondance des eaux et la fertilité du terroir ; ceux-ci, quoiqu'embellis par le secours de l'art et des artistes, doivent leur plus grande beauté à leur situation, et à un ciel plus favorable pour les productions de la nature : avantage qui ne se rencontrant pas chez nous, nous fait avoir recours à l'art, quoique l'on ne puisse disconvenir que nos jardins en général sont plus verds, moins tristes, moins arides, et plus capables par cet endroit de se plier au pouvoir de l'art ; séduction satisfaisante pour nos jardins de propreté, et qui oppose un contraste ingénieux avec nos potagers, nos vergers, nos parcs, nos bois et nos forêts, qui nous fait passer alternativement dans un même lieu de l'agréable à l'utile, du merveilleux au séduisant, et enfin de la nature à l'art. Voyez plus bas DECORATION. (Jardinage)

La décoration des théâtres consiste en l'art de rendre par le secours de la perspective, de la peinture et d'une lumière artificielle, tous les objets que nous offre la nature. Rien de si séduisant que ce que nous pourrait présenter l'art dans ce genre de choses ; cependant nous sommes forcés de convenir que de toutes les parties de la décoration, celle des théâtres est celle que nous entendons le moins. Je ne sais par quelle fatalité, avec les talents supérieurs de plusieurs de nos artistes, les François sont encore si éloignés des peintres d'Italie dans ce genre. Sans doute l'oeconomie, le peu d'espace de nos théâtres, la disette des mécaniciens, l'indifférence de notre nation pour les spectacles à cet égard ; le dirai-je ? l'ignorance des chefs ou des entrepreneurs de nos spectacles, est la source du peu de succès de nos décorations théâtrales. A l'exception du célèbre Servandoni peintre italien, qu'est-ce que la plupart de nos décorateurs ? des peintres de chevalet qui n'ont jamais sorti de leurs cabinets, qui ignorent l'histoire, les principes de l'architecture, les règles de la perspective ; et qui bien loin de saisir le génie, le goût ou l'opinion des peuples d'où le poème est tiré, appliquent indistinctement dans les pastorales grecques, les hameaux des environs de Paris ; dans les tragédies romaines, nos décorations françaises ; dans leurs temples, des ornements chimériques et hasardés : qui nous présentent des carrefours au lieu de places publiques, des colonades, des pérystiles, des portiques aussi peu relatifs à l'exécution, que peu vraisemblables ; et où on ne remarque enfin ni correction, ni effet, ni plan, ni ensemble ; dérèglement dont on ne parviendra jamais à corriger l'abus, qu'en envoyant passer plusieurs années de suite en Italie, les sujets qu'on destine aux décorations théâtrales, comme la seule école qui soit en Europe pour ce genre de talents, Paris manquant absolument d'artistes à cet égard. Voyez DECORATION ci-dessus. (P)

DECORATION, (Jardinage) Cette partie qui dépend entièrement du génie, est pour ainsi dire la manière d'inventer et de distribuer les beaux jardins. Voyez DISTRIBUTION.

On pourrait entendre par décoration, les ornements qui contribuent à embellir un jardin : il ne peut être mieux décoré que par de belles figures : des vases, des canaux, des fontaines, des cascades, des portiques, des treillages, des caisses d'orangers, et des théâtres, gradins et pots de fleurs.

La décoration regarde encore les changements de scènes occasionnés par les fleurs des saisons : il y en a trois.

Celle du printemps dure pendant les mois de Mars, Avril et Mai, et présente en oignons, pattes, et griffes, les tulipes, les anemones, renoncules de Tripoli, les jonquilles, bassinets, jacinthes, iris, narcisses, ciclamen printanier, couronne impériale, crocus.

En plantes et racines, les oreilles d'ours, hépatiques, pensées, giroflées, primevers, violettes, marguerites, muguet.

La décoration de l'été règne dans les mois de Juin, Juillet et Aout, et est moins abondante en oignons ; mais elle est très-riche en plantes et racines.

En oignons et pattes, les tulipes tardives, les lys, martagons, frittilaires, pivoines, hémerocales, tubéreuses.

En plantes et racines, les oeillets, la véronique, les campanules, les croix de Jérusalem, mignardise, sain-foin d'Espagne, coque lourde, jassée, giroflée, persicaire, fraxinelle, scabieuse, marjolaine, genêt d'Espagne, thlaspi, pavots, pieds d'alouette, balsamines, tournesols, julienne, aconit, matricaire, valérienne, coquelicot, camomille, muscipula, muffle de lion, immortelle, basilic, oeil de bœuf, statissée.

L'automne qui comprend les mois de Septembre, d'Octobre et de Novembre, offre dans sa décoration en oignons ;

La tubéreuse, le crocus, et le ciclamen automnal.

En plantes et racines, les amarantes, les passe-velours, tricolor, oculus-christi, souci, belle-de-nuit, palma-christi, roses d'Inde, oeillets d'Inde, valérienne, roses trenières, reine-marguerite, oeillets de la Chine, volubilis. (K)