S. m. (Belles Lettres) discours public à la louange d'une personne illustre, d'une vertu signalée, ou d'une grande action. Voyez DISCOURS.

Ce mot est grec, , formé de , tout et d', assemblée, parce qu'autrefois chez les Grecs on prononçait les panégyriques dans les cérémonies publiques et solennelles, à l'occasion de quelques jeux ou de quelques fêtes qui attiraient toujours un grand concours de peuples.

Le panégyrique appartient au genre d'éloquence, qu'on nomme en Rhétorique démonstratif. Voyez DEMONSTRATIF.

Pour rendre les anciens panégyriques plus solennels, on avait coutume de les commencer par l'éloge de la divinité, en l'honneur de laquelle on célébrait les fêtes ou les jeux. On passait ensuite aux louanges du peuple ou du pays qui les célébrait, puis à celles des princes ou des magistrats qui y présidaient ; et enfin l'orateur prononçait les athletes, et les vainqueurs qui avaient remporté le prix dans les exercices du corps.

Le P. de Colonia fait mention de deux méthodes qu'on a suivies dans les panégyriques ; l'une artificielle, suivant laquelle, sans avoir égard à l'ordre des temps ou des faits, on ramenait toutes les parties de l'éloge à certains chefs généraux. C'est ainsi que dans son oraison pro lege maniliâ, Ciceron rapporte tout l'éloge de Pompée à son habileté dans l'art militaire, à sa vertu, à son pouvoir, et au bonheur qui l'accompagnait dans toutes ses entreprises.

L'autre méthode qu'il nomme naturelle, est celle où l'on observe l'ordre des temps, ou l'ordre historique. En suivant cette dernière marche, le panégyrique se divise en trois périodes. Le temps qui a précédé la naissance de la personne dont on fait l'éloge, celui dans lequel elle a vécu, et si elle est morte, celui qui s'est écoulé après sa mort. On pourrait ajouter que cette sorte de division parait plus propre à l'oraison funèbre, qui est une espèce de panégyrique, qu'au panégyrique proprement dit. Quoi qu'il en sait, elle demande moins de génie, et est beaucoup moins susceptible de variété que la première. Aussi voyons-nous que les grands orateurs modernes fondent leurs panégyriques des saints, des rais, des héros sur une ou deux vertus principales, auxquelles ils rapportent, comme à leur centre, toutes leurs autres vertus, et les circonstances glorieuses de leur vie ou de leurs actions. D'ailleurs il faut se garder d'entasser trop de faits dans un panégyrique. Ils doivent être comme fondus dans les réflexions et dans les tours oratoires, ce qui est comme impossible en suivant historiquement l'ordre des temps.

Les lieux communs d'où l'on peut tirer des éloges ou des matériaux pour le panégyrique, sont la famille, le pays, la naissance de la personne qu'on loue, les présages qui ont précédé cette naissance, ses vertus, ses avantages corporels, les qualités de son esprit et de son cœur, ses dignités, son autorité, son opulence, c'est-à-dire, l'usage noble et vertueux qu'elle en a fait, ses grandes actions, la manière dont elle est morte, et les conséquences qu'on en peut tirer.

Le panégyrique est, dit-on, l'écueil des orateurs ; ceux qui ne roulent que sur des matières profanes, ou des sujets imaginés, tels que ces déclamations qu'on prononce dans les collèges, ou les discours académiques, comportent toutes sortes d'ornements : cependant ils ne doivent encore être embellis que jusqu'à une certaine mesure, et la grande difficulté est de s'arrêter à ce point fixe. On surcharge ordinairement son sujet de fleurs qui ne couvrent souvent que du vide. Dans l'éloquence de la chaire, les sujets sont grands, respectables, féconds par eux-mêmes : cependant la trop grande abondance d'ornements peut les défigurer, et leur faire perdre de leur majesté naturelle. D'un autre côté le défaut d'ornements les desseche pour ainsi dire, et cesse de les rendre aussi intéressants qu'ils le seraient, s'ils en étaient revêtus avec mesure et avec discrétion.

Nous avons un recueil d'harangues latines, intitulé, panegyrici vetères, qui renferment les panégyriques de plusieurs empereurs romains. On trouve à la tête celui de Trajan, par Pline, qui le composa par ordre du sénat, et au nom de tout l'empire. L'orateur y adresse toujours la parole au prince, comme s'il était présent ; et s'il le fut en effet, (car on en doute), il en couta beaucoup à la modestie de cet empereur, de s'entendre ainsi louer en face et pendant longtemps.... Le style de ce discours est élégant, fleuri, lumineux, tel que doit être celui d'un panégyrique, où il est permis d'étaler avec pompe tout ce que l'éloquence a de plus brillant. Les pensées y sont belles, solides, en grand nombre, et souvent paraissent toutes neuves. Les expressions, quoiqu'assez simples, n'ont rien de bas, rien qui ne convienne au sujet, et qui n'en soutienne la dignité. Les descriptions sont vives, naturelles, circonstanciées, pleines d'images naïves, qui mettent l'objet sous les yeux et le rendent sensible. Tout le discours est rempli de maximes et de sentiments dignes du prince qu'on y loue. M. de Sacy nous en a donné une fort belle traduction.

Dans ce même recueil, dont nous avons parlé, suivent onze autres pièces du même genre ; cette collection, outre qu'elle contient beaucoup de faits qui ne se trouvent point ailleurs, peut être fort utile pour ceux qui sont chargés de faire des panégyriques. La bonne antiquité latine ne fournit point de ces sortes de discours, excepté la harangue de Ciceron pour la loi manilia, et quelques endroits de ses autres harangues, qui sont des chefs-d'œuvres dans le genre démonstratif, comme dans celles pour Marcellus et pour le poète Archias. Il ne faut pas s'attendre à trouver la même beauté, ni la même délicatesse dans ces autres panégyriques. L'éloignement du siècle d'Auguste avait fait déchoir beaucoup l'éloquence, qui n'avait plus cette ancienne pureté de langage, cette finesse d'expression, cette sobriété d'ornements, cet air simple et naïf, mais relevé, quand il le fallait, par une grandeur et une noblesse de style admirable. Mais on trouve dans ce discours beaucoup d'esprit, de fort belles pensées, des tours heureux, des descriptions vives, et des louanges très-solides. Rollin, hist. anc. tome 12. pag. 502. et 504.

Parmi nos Panégyristes modernes, M. Flechier est brillant, ingénieux ; Bourdaloue moins orné, mais plus grave et plus majestueux ; le caractère des panégyriques de Massillon sont un mélange de ce qui domine dans les deux autres.

PANEGYRIQUE est aussi le nom d'un livre ecclésiastique à l'usage des Grecs. On l'appelle ainsi, parce qu'il contient plusieurs panégyriques composés à la louange de Jesus-Christ et de ses saints. On le trouve en manuscrit dans la plupart des églises grecques, mais il n'est pas le même dans toutes ; chaque église ayant des saints qu'elle revère particuliérement, ou les compilateurs de ces sortes d'ouvrages, ayant fait ces recueils selon leur dévotion. Ils sont disposés selon l'ordre des mois, en sorte qu'ils contiennent souvent douze volumes qui répondent chacun à un des mois de l'année.