(Géographie) en latin moderne Lubecum ; ville d'Allemagne dans le cercle de la basse-Saxe, capitale de la Wagrie, avec un évêché, dont l'évêque est prince de l'empire, et suffragant de Brême, une citadelle et un port. C'est une ville libre, impériale, anséatique et très-florissante, qui fait une espèce de république.

Elle doit sans doute sa naissance à des cabanes de pêcheurs ; car on ne sait ni quand, ni qui l'a fait bâtir ; et comme on n'en trouve aucune mention avant Godeschale, roi des Hérules ou Obotrites, lequel fut assassiné par les Slaves vers l'an 1066, on prétend qu'il en fut le restaurateur ; mais que ce soit lui, Vikbon danois, Trutton le vandale ou tel autre que l'on voudra qui en ait jeté les fondements, ce n'est certainement aucun roi de Pologne, quoi qu'en disent les historiens de ce royaume.

Nous savons que dans le xiij. siècle Lubeck était déjà considérable, qu'elle avait la navigation libre de la Trave, et que Voldemar, frere de Canut, roi de Danemarck, s'en étant emparé, ne ménagea pas les habitants. Ceux-ci, pour s'en délivrer, s'adressèrent à l'empereur Frédéric II, à condition d'être ville libre et impériale. Aussi de puis 1227, Lubeck conserva sa liberté, et devint une véritable république sous la protection de l'empereur. Malheureusement elle fut réduite en cendres par un incendie en 1276.

Elle a joué le premier rang entre les anciennes villes anséatiques, et en eut le directoire. Elle embrassa la confession d'Augsbourg en 1535, et jouit actuellement d'un territoire assez étendu, dans lequel on compte une centaine de villages ; elle a rang au banc des villes impériales à la diete de l'empire, et elle y alterne pour la préséance avec la ville de Worms.

Lubeck est située au confluent des rivières de la Trave, de Wackenitz et de Steckenitz, à 4 lieues du golfe de son nom, dans la Wagrie, aux confins de Stomar, et du duché de Lawenbourg ; elle est à 19 lieues N. O. de Lawenbourg, 15 N. E. d'Hambourg, 53 S. O. de Copenhague, 178 N. O. de Vienne. Long. selon Appien, 28, 20 ; selon Bertius, 32, 45. lat. selon tous les deux, 54, 48. Jean Kirchman, Henri Meibomius, Henri Muller, et Laurent Surius sont nés à Lubeck. Je ne m'appesantirai pas sur leur vie, ni sur leurs ouvrages.

Kirchman est un littérateur dont on estime les deux Traités de annulis, et de funeribus Romanorum ; il mourut en 1643 à 68 ans.

Meibom s'est fait un grand nom dans la Littérature et la Médecine. Ses ouvrages composent 3 vol. in-fol. Il mourut en 1700, à 52 ans.

Muller est auteur de plusieurs écrits polémiques en Théologie ; il mourut en 1675, à 44 ans, las de la vie, et assurant ses amis, qu'il ne se ressouvenait pas d'avoir encore passé un seul jour agréable.

Surius, de protestant devenu chartreux, chose rare, a publié un Recueil des conciles en 4. vol. in-fol. Le cardinal du Perron le traite d'ignorant, et Seckendorf d'aveugle. Il a plus que justifié cette dernière épithète par son apologie du massacre de la S. Barthélemi. Il est mort à 56 ans, en 1578. (D.J.)

LUBECK, le droit, (Droit Germaniq.) c'est originairement le droit que Lubeck a établi dans son ressort pour le régir et le gouverner.

Comme autrefois cette ville avait acquis une grande autorité par sa puissance et par son commerce maritime, il arriva que ses lois et ses statuts furent adoptés par la plupart des villes situées sur la mer du nord. Stralsund, Rostock, et Wismar en particulier, obtinrent de leurs maîtres la liberté d'introduire ce droit chez elles, et d'autres villes le reçurent malgré leurs souverains.

Plusieurs auteurs placent les commencements de ce droit sous Fréderic II. qui le premier accorda la liberté à la ville de Lubeck, et de plus confirma ses statuts et son pouvoir légatif ; il y a néanmoins apparence que le droit qui la gouverne ne fut pas établi tout-à-la fais, mais qu'on y joignit de nouveaux articles de temps à autres, selon les diverses conjonctures. Ce ne fut même qu'en 1582 que le sénat de Lubeck rangea tous ses statuts en un corps de lais, qui vit le jour en 1586. L'autorité de ce code est encore aujourd'hui fort considérée dans le Holstein, la Poméranie, le Mecklenbourg, la Prusse et la Livonie : quoique les villes de ces pays n'aient plus le privilege d'appeler à Lubeck, on juge néanmoins leurs procès selon le droit de cette ville ; ce qui s'observe particulièrement au tribunal de Wismar.

On peut consulter l'ouvrage latin de Jean Sibrand sur cette matière, et le savant commentaire, Commentarius ad jus Lubecense, de David Mevius, qui fut d'abord professeur à Grypswald, et enfin vice-président de la chambre de Wismar. (D.J.)