(Géographie moderne) canton de Suisse le plus méridional, le quatrième entre les treize, et le premier entre les petits qui vicatim habitant ; c'est-à-dire, qui n'ont que des villages et des bourgades pour habitation. Il est borné au midi par les bailliages d'Italie, au levant par les Grisons et le canton de Glaris ; au couchant par le canton d'Underwald, et une partie du canton de Berne. Le pays d'Uri est proprement une longue vallée d'environ 25 mille pas, entourée de trois côtés des hautes montagnes des Alpes, et arrosée par la Reuss, qui prend sa source au mont Saint-Gothard.

Ce canton peut être regardé comme le séjour ancien et moderne de la valeur Helvétique. Les peuples qui l'habitent sont les descendants des Taurisques, Taurisci, et n'ont point dégénéré du mérite de leurs ancêtres. Uri a pris pour armes une tête de taureau sauvage, en champ de sinople.

Ce canton n'a qu'un seul bailliage en propre ; mais les bailliages d'Italie lui appartiennent en commun avec les autres petits cantons. Quoique situé plus avant dans les Alpes que ses voisins, cependant il est plus fertile qu'eux, et les fruits y sont plus tôt mûrs, à cause de la réverbération des rayons du soleil qui se trouvent concentrés dans des vallons étroits ; et les montagnes fournissent des pâturages pour une grande quantité de bétail.

Le gouvernement est à-peu-près le même que dans les autres petits cantons qui n'habitent que des villages ; savoir, Schwitz, Underwald, Glaris et Appenzel. L'autorité souveraine est entre les mains de tout le peuple, et dès qu'un homme a atteint l'âge de seize ans, il a entrée et voix dans l'assemblée générale. Ces assemblées se tiennent ordinairement en rase campagne ; on y renouvelle les charges, on y fait les élections, et le président de l'assemblée est au milieu du cercle avec ses officiers à ses côtés, debout et appuyé sur son sabre. On forme aussi ces assemblées extraordinairement quand il s'agit d'affaires importantes, comme de traiter de la guerre et de la paix, de faire des loix, des alliances, etc.

Les peuples de ce canton vivent frugalement ; leurs manières sont simples, et leurs mœurs sont honnêtes. Leur chef s'appelle amman ou land-amman, et est en place pendant deux ans. A cet amman ils joignent une régence pour régler les affaires ordinaires, et celles des particuliers. La régence d'Uri se tient ordinairement à Altorf, qui est le lieu le plus considérable du pays. Ce canton est catholique : il a été d'abord soumis à l'abbaye de Vettingen, mais il racheta cette soumission par de l'argent, et il dépend aujourd'hui, pour les affaires ecclésiastiques, de l'évêque de Constance ; cependant on y décide quelquefois des causes matrimoniales dans les assemblées générales du pays. (D.J.)