(Géographie moderne) en latin condate Rhedonum ; ville de France, capitale de la Bretagne, au confluent de Lille et de la Vilaine, dans les terres, à 22 lieues au nord de Nantes, à 18 au sud-est de S. Malo, et à 80 de Paris. Long. suivant Cassini, 15. 46. 30. latit. 48. 3. 10.

Le nom de Rennes a été tiré des peuples Rhedones, célébres parmi les Armoriques, et dont le territoire devait s'étendre jusqu'à la mer ; d'où l'on voit que le diocèse de Rennes est aujourd'hui bien moins considérable.

Cette ville vint au pouvoir des Francs, lorsqu'ils s'emparèrent de celles des pays voisins de l'embouchure de la Loire, après qu'ils eurent vaincu les Saxons qui s'y étaient établis. Dans le jx siècle, Numenojus se rendit maître de Rennes, qui passa à ses successeurs, et qui depuis a subi le même sort que les autres villes de la Bretagne. Marmodus qui vivait dans le xj siècle, et qui fut depuis évêque de Rennes, a fait de cette capitale une peinture des plus satyriques, et dont voici quelques traits.

Urbs Rhedonis, spoliata bonis, viduata colonis,

Plena dolis, odiosa polis, sine lumine solis ;

In tenebris vacat illecebris, gaudetque latebris :

Desidiam putat egregiam, spernitque sophiam.

Rennes moderne ne ressemble point à cette description, excepté que ses rues sont étroites, mal-propres, que la plupart de ses maisons sont de bois et si hautes que cette ville est toujours comme du temps de Marmode, sine lumine solis ; mais elle est aujourd'hui le siege d'un parlement, d'une cour des aides, d'une cour des monnaies, d'un présidial, d'une intendance, d'une table de marbre et d'une juridiction consulaire. La faculté de droit qui était à Nantes, y a été transférée, et elle y sied mieux que dans une ville de pur commerce. On y compte neuf paroisses, en y comprenant les fauxbourgs qui sont très-étendus ; les jésuites y avaient un college ; la rivière de Vilaine divise la ville en deux parties, et on passe cette rivière sur trois ponts.

De notre temps, en 1720, Rennes a été désolée par un terrible incendie qui dura six à sept jours, et qui consuma, dit-on, huit cent cinquante maisons ; la perte des meubles, de l'argent comptant, et des titres d'une bonne partie des familles de la province, augmenta la consternation de tous les habitants.

Son évêché est un des plus anciens de la Bretagne ; on prétend qu'il fut établi dans le troisième siècle, et ses prélats ont eu quelquefois l'honneur de couronner leur souverain ; ils sont conseillers nés du parlement de cette province, et seigneurs d'une partie de la ville ; le revenu de l'évêque n'est cependant que d'une quinzaine de mille livres ; son diocèse renferme quatre abbayes et deux cent soixante-trois paroisses. On y recueille des grains, et on y nourrit dans les pâturages quantité de vaches qui donnent d'excellent beurre, dont on fait un assez grand trafic.

Tournemine, (René-Joseph) jésuite célèbre par sa belle érudition, naquit à Rennes en 1661, d'une illustre et ancienne maison de Bretagne. Il avait une faiblesse singulière pour un savant et pour un religieux, c'est qu'il était très-flatté que personne n'ignorât sa naissance ; on ne pouvait pas mieux lui faire sa cour que de lui en parler ; il se plaisait à relever les avantages de la noblesse, et l'on s'apercevait aisément que son amour-propre s'appropriait une partie des éloges qu'il donnait là-dessus à ceux qui jouissaient de ce don du hasard ; une mémoire heureuse, une imagination féconde, un goût délicat, un esprit étendu, lui acquirent un nom dans la littérature ; il possédait les belles lettres, l'histoire, la fable, la chronologie, et surtout la science des médailles.

Il travailla longtemps au journal de Trévoux, et ce travail le mit en correspondance avec un grand nombre de savants des plus distingués ; son style est aisé, noble, brillant, varié ; il a su mettre beaucoup de netteté et d'agrément même dans la sécheresse des discussions. Il fut fait bibliothécaire des jésuites de la maison professe à Paris, et il forma pour lui-même une bibliothèque choisie d'environ sept mille volumes ; il supportait avec peine les opinions différentes des siennes, et a fait voir un zèle amer contre tous les ouvrages du P. Hardouin son confrere. Il mourut à Paris en 1739, à 78 ans.

Presque tous ses écrits se trouvent semés dans les différents volumes du journal de Trévoux, auquel il a travaillé pendant dix-neuf ans ; on lui doit encore une nouvelle édition des commentaires de Ménochius, à laquelle il ajouta douze dissertations curieuses ; cette édition nouvelle, Joannis-Stephani Menochii, S. J. commentarii totius S. Scripturae, parut à Paris en 1719, en 2 vol. in-fol. On pourrait rassembler en un corps plusieurs écrits du P. Tournemine, ou du-moins tous ceux qui concernent l'art numismatique.

Dom Lobineau, (Gui-Alexis) bénédictin, était aussi natif de Rennes ; il se livra tout entier à la seule étude de l'histoire, et mourut en 1727 dans une abbaye près de S. Malo, à 61 ans ; il a fini l'histoire de la ville de Paris, que Dom Félibien avait déjà très-avancée ; elle a paru en 1725, en cinq volumes in fol. il a pareillement achevé l'histoire de Bretagne, à laquelle le P. le Gallois avait longtemps travaillé ; cette histoire de Bretagne est en 2 vol. in-fol. on lui a attribué les avantures de Pomponius, chevalier romain ; mais cette brochure satyrique est de M. de Themiseuil. (D.J.)