SAN, (Géographie moderne) nom commun à plusieurs lieux.

1°. San-Salvador, ville d'Afrique, sur la côte orientale de l'Ethiopie, capitale du Congo, sur une montagne escarpée. Elle est le séjour du roi du pays, et s'appelait Congo, avant que les Portugais eussent changé son nom. Elle est aujourd'hui peuplée d'européens. Les Jésuites et les Capucins y sont établis ; l'évêque est suffragant de Lisbonne. Latit. méridionale, 5.

2°. San-Salvador, ville de l'Amérique, au gouvernement de Guatimala, à 7 lieues de la mer du sud, à 40 de San-Jago de Guatimala, dans un terrain fertile en fruits, et dans un air assez temperé. Latit. septentrionale, 13. 6.

3°. San-Salvador, ville de l'Amérique méridionale, au Brésil, dont elle est la capitale. Elle est grande, bien bâtie, fort peuplée, très-commerçante, et située sur la baie de tous les Saints, Baya de Todos los Santos ; son assiette n'est pas avantageuse, parce qu'elle est haute et basse, et qu'elle n'a presque point de rues qui soient droites.

Comme on ne peut s'y servir d'aucunes voitures, les esclaves y font la fonction de chevaux, et transportent d'un lieu à un autre, toutes les marchandises ; ils portent aussi les habitants sur une espèce de lit de coton à réseau, suspendu par les deux bouts ; ce lit ou palanquin est couvert d'une impériale, d'où pendent des rideaux qui empêchent d'être vu, et qui garantissent du soleil. On est fort à son aise dans ce lit ; la tête repose sur un chevet, et le corps sur un petit matelas proprement piqué ; la chaleur violente du climat, et la molesse extrême des habitants, ont rendu ces hamacs très-communs ; non-seulement pour faire les visites, mais aussi pour se rendre à l'église.

San-Salvador, est la résidence du viceroi du Brésil, le siege d'un archevêque, d'un conseil souverain, et d'une cour des monnaies.

Les maisons y sont hautes, et presque toutes de pierre de taille et de brique. Les églises sont riches, et les communautés nombreuses ; les jésuites seuls y sont au nombre de près de deux cent, et les plus riches de tous les religieux. Ils y possèdent une église et un college magnifique, où ils entretiennent six régens pour enseigner.

San-Salvador, est un lieu de grand abord pour les marchandises qui s'y trafiquent, telles que sont les toiles, les baies, les serges, et les perpétuanes ; les chapeaux, les bas de soie et de fil, les biscuits, les farines, le froment, les vins de Port-à-port, etc. les huiles, le beurre, le fromage, les batteries de cuisine, les esclaves de Guinée, etc. Pour toutes ces choses, on y reçoit en retour de l'or, du sucre, du tabac, du bois de teinture du Brésil et autres ; des peaux, des huiles, des suifs, du baume de copahu, de l'ypécacuana, etc.

Cette ville si avantageuse pour les Portugais, est sur une hauteur de 80 taises, qui dépend de la côte orientale de la baie de tous les Saints. Cette hauteur est très-difficile à grimper, et on s'y sert d'une espèce de gruè pour monter et descendre les marchandises du port à la ville.

San-Salvador est en général bien fortifiée, mais la garnison est aussi débauchée que mal disciplinée. Les autres habitants ne valent guère mieux ; ils sont voluptueux, ignorants, vains, et bigots. Ils marchent ordinairement un rosaire à la main, un chapelet au col, un S. Antoine sur l'estomac, un poignard sur le sein, un pistolet dans la poche, et une longue épée au côté, afin de ne pas perdre l'occasion en disant leurs chapelets, de se venger d'un ennemi. Lat. méridionale, 12. (D.J.)