S. f. (Mythologie et Littérature) nom propre d'une divinité des Egyptiens, et dont le culte a été adopté par presque tous les peuples de l'antiquité payenne. Il en est peu dont il nous reste autant de monuments, et sur laquelle les savants de tous les âges aient plus exercé leur imagination. Plutarque a fait un livre d'Isis et d'Osiris ; mais on ne peut que s'étonner que la fureur des étymologies ne se soit pas étendue sur le nom d'une divinité célèbre ; ces recherches souvent plus curieuses que d'autres sur lesquelles quelques savants se sont exercés, n'auraient cependant pas laissé de répandre un certain jour sur la nature de cette divinité, et par-là même sur le culte fastueux et presque universel qui lui était rendu.

Une ancienne racine arabe iscia, signifie exister invariablement, avoir une existence propre, fixe, et durable : de-là des Grecs, essentia, potestas, facultas ; et chez les Latins, ces anciens mots du siècle d'Ennius, incorporés par nos Grammairiens modernes dans le verbe auxiliaire sum, es, est, estis, esse ; on est bien convaincu aujourd'hui que les langues phéniciennes et égyptiennes étaient des dialectes de l'ancienne langue de l'Isiemen, d'où l'on peut conclure sans trop hasarder, que le mot Isis est un dérivé d'iscia, et marquait dans son origine l'essence propre des choses, la nature, ce qui pour le dire en passant, justifierait cet ancien culte dans son origine, et le rapprocherait assez des idées des plus sages philosophes.

Je ne ferai qu'indiquer ici d'autres étymologies propres à répandre du jour sur cette matière. Iza racine syriaque signifie se taire avec soin, garder un silence religieux, et l'on sait jusqu'à quel point il devait s'observer dans les mystères d'Isis ; isciaz, chaldaïque, le fondement, une base solide ; isch, en hébreu, un homme par excellence ; son féminin, ischa, une femme, et chez les Arabes et Phéniciens ischitz, Isis ; enfin celle qui serait peut-être la plus vraisemblable, l'ancien mot esch, isch, le feu, le soleil, qui a dû être le premier objet de l'admiration religieuse des humains, et par-là même de leur culte.

Les Egyptiens ont toujours passé pour avoir poussé l'idolatrie beaucoup plus loin qu'aucun autre peuple, et avoir élevé des autels aux plantes et aux animaux qui en méritent le moins ; cependant leur mythologie parait assez simple et naturelle dans son origine : ils admettaient deux principes, l'un bon, l'autre mauvais ; du principe du bien venait la génération ; de celui du mal, procédait la corruption de toutes choses ; le bon principe excellait par-dessus le mauvais, il était plus puissant que lui, mais non pas jusqu'à le détruire, et empêcher ses opérations. Ils reconnaissaient trois choses dans le bon principe, dont l'une avait la qualité et faisait l'office de père, l'autre de mère, et la troisième de fils ; le père était Osiris, la mère Isis, et le fils Orus ; le mauvais principe s'appelait Typhon. Plus une doctrine s'éloigne de son principe, plus elle dégénere, chacun veut y mettre du sien ; des idées respectables dans leur origine deviennent enfin monstrueuses ; la multitude ne voit que l'erreur, et la condamne sans remonter à une source d'autant plus excusable, qu'elle semblait plus naturelle.

Le culte d'Isis était plus célèbre que celui d'Osiris ; on la trouve bien plus souvent sur les marbres ; elle était regardée comme la mère et la nature des choses, comme le prouve l'inscription de Capoue :

Te, tibi,

Una quae est una,

Dea Isis,

Arius Babinus.

V. C.

Chacun connait la belle inscription que Plutarque rapporte, et qu'il dit avoir été sur le pavé du temple de Saïs : " je suis tout ce qui a été, ce qui est, et qui sera, et nul d'entre les mortels n'a encore levé mon voile ". Apulée au liv. II. des métamorph. introduit Isis parlant d'elle-même et de ses attributs, dans des termes qui ne sont pas moins sublimes que ceux que Salomon emploie pour faire les éloges de la souveraine sagesse.

On ne convient pas de l'origine d'Isis ; il est impossible de démêler aucune apparence de vérité dans des sujets où le principal mérite était de la voiler sous une multitude de fables et de rêveries poétiques. C'est à la faveur de toutes ces idées si peu liées entr'elles, et souvent incompatibles, qu'on a cru trouver l'Isis des Egyptiens dans presque toutes les déesses du paganisme ; mais il parait par le culte qu'on lui rendait, et les divers symboles dont on ornait ses statues, que les Egyptiens regardaient leur Isis sur le même pied que les Grecs leur Cerès. Isis fut particulièrement honorée en Grèce, comme il est aisé de le voir par le grand nombre de monuments qu'on lui érigeait dans ce pays, et par les figures d'Isis qu'on voit sur les médailles grecques. Le culte d'Isis et des autres dieux égyptiens, eut d'abord beaucoup de peine à s'établir à Rome, quoique la tolérance fût extrême pour les opinions et les cultes étrangers que chacun pouvait librement adopter et suivre dans le particulier. Le culte d'Isis ne fut incorporé qu'assez tard dans la religion des Romains par arrêt du sénat ; il parait même qu'il fut rejeté plusieurs fais, surtout par la fermeté des consuls Pison et Gabinius qui au rapport de Tertullien s'opposèrent fortement à la célébration des mystères d'Isis. Le senat renouvella souvent les mêmes défenses ; mais l'empereur Commode (Lampridius) eut tant de passion pour ces mystères, que pour les honorer davantage, il se fit raser, et porta lui-même le simulacre d'Anubis.

On voit par les médailles de l'empereur Julien, et quelques autres où elle parait portant un navire sur sa main, que, comme le dit Apulée, elle présidait à la mer, comme si elle eut été la première qui eut trouvé l'art de naviger, ou du moins de se servir de voile à cet effet.

Son culte a passé de l'Egypte dans les Gaules ; mais ce serait peut-être trop donner aux conjectures, que de vouloir dériver le mot de Paris, de , à cause que cette ville n'était pas éloignée du fameux temple de la déesse Isis, et d'établir que les Parisiens ont pris un navire pour armes de leur ville, parce que cette déesse y était venue dans un vaisseau ; mais on ne peut raisonnablement douter qu'il n'y eut en effet à Paris ou dans son voisinage, au village d'Issy, un fameux temple dédié à la grande déesse des Egyptiens. Les anciennes chartres des abbayes de sainte Genevieve et de saint Germain en font mention, et disent que Clovis et Childebert leurs fondateurs leur ont assigné les dépouilles d'Isis et de son temple ; et nous aurions une preuve sans réplique de ce fait, sans le zèle un peu véhément du bon cardinal Brissonet, qui abbé de Saint-Germain-des-Prés, l'an 1514, fit réduire en poudre le grand idole d'Isis qu'on avait par curiosité conservé dans un coin de ladite église de saint-Germain. Les Iconoclastes tant anciens que modernes ont détruit de belles choses ; le zèle aveugle est presque toujours destructeur.

Tacite dans son traité de moribus Germanorum, nous apprend que le culte d'Isis avait pénétré jusques chez les Sueves, peuple distingué parmi les anciens Germains ; il avoue qu'il ne comprend pas comment il avait passé dans un pays si éloigné ; mais si, comme l'établit solidement Dom Pezron, les Sueves étaient sortis d'Asie, il ne serait pas étonnant qu'ils eussent apporté avec eux un culte qui de l'Egypte avait passé dans presque tous les pays qui avaient quelque communication avec la Méditerranée ; il serait aussi très-probable que le culte d'Isis eut été porté dans la Germanie par les Gaulois qui y envoyèrent des colonies, et qui avaient reçu eux-mêmes le culte de cette déesse, ou par les Phéniciens qui allant jusqu'à Gades ou Cadix, s'étaient souvent arrêtés sur les côtes des Gaules, ou par les Carthaginois qui furent longtemps en commerce avec les Gaulois, et leur portèrent, comme on le sait, le culte de Saturne et de quelques autres divinités grecques.

Ce qui confirmerait ce dernier sentiment, c'est qu'au rapport du même Tacite, les Sueves honoraient Isis sous la figure d'un vaisseau : or, comme l'assure cet illustre auteur, il n'était pas permis aux anciens Germains de peindre leurs dieux sous une figure humaine, pouvant d'ailleurs les honorer sous d'autres représentations ; ils prirent le vaisseau pour le symbole d'Isis, voulant marquer par-là de quelle manière le culte de cette déesse avait passé dans l'occident chez les Gaulois, et de ceux-ci chez eux par les colonies qu'ils y avaient envoyées.

Dom Bernard de Montfaucon dans son bel ouvrage de l'antiquité expliquée par les figures, a donné une belle collection de marbres anciens, de pierres gravées, de médailles, de tables, etc. où sont diverses figures d'Isis, avec ses attributs, et les hieroglyphes d'Egypte dont elles sont accompagnées ; il les a expliquées la plupart fort heureusement ; on doit lui tenir compte de sa modestie, dans les cas où ne voyant rien il a cru devoir se taire et épargner à ses lecteurs les scolastiques rêveries dont sont remplis les commentaires et les remarques des critiques du moyen âge ; on ne peut, par exemple, que trouver ridicule l'explication que Leonard Augustini dans son ouvrage le gemme antiche figurate, nous donne de la pêche et des feuilles de pêcher qui ornent assez souvent la tête d'Isis ; il les prend pour un titre de la vérité, parce que ce fruit a la figure du cœur, et les feuilles celle de la langue, qui réunies ensemble composent la vérité, ancienne divinité honorée des Egyptiens, dans le temps que ce fruit l'un des plus beaux, ne désigne sans-doute que la part qu'Isis (la nature) a aux diverses productions de la terre ; si l'on veut ainsi donner essor à son imagination, les rocailles, les ailes de chauvesouris si fort à la mode aujourd'hui, tous les ouvrages admirables de Germain et des autres excellents maîtres de l'art,

Aux Saumaises futurs préparent des tortures.

ISIS, fête du vaisseau d'(Littérature) fête annuelle que les Egyptiens célébraient au mois de Mars en l'honneur du vaisseau d'Isis, depuis qu'ils eurent quitté l'aversion ridicule qu'ils avaient pour la mer.

Cette fameuse fête fut établie par les Egyptiens, comme un hommage qu'ils rendaient à Isis, ainsi qu'à la reine de la mer, pour l'heureux succès de la navigation, qui recommençait à l'entrée du printemps.

Voulez-vous en savoir quelques détails ? écoutez ce qu'Isis en apprit elle-même à Apulée, lorsqu'elle lui apparut dans toute sa majesté, comme le feint agréablement cet auteur. Mes prêtres, lui dit-elle, doivent m'offrir demain les prémices de la navigation, en me dédiant un navire tout neuf, et qui n'a pas encore servi : c'est aussi présentement le temps favorable, parce que les tempêtes qui règnent pendant l'hiver, ne sont plus à craindre, et que les flots qui sont devenus paisibles, permettent qu'on puisse se mettre en mer.

Apulée nous étale ensuite toute la grandeur de cette solennité, et la pompe avec laquelle on se rendait au bord de la mer, pour consacrer à la déesse un navire construit très-artistement, et sur lequel on voyait de toutes parts des caractères égyptiens. On purifiait ce bâtiment avec une torche ardente, des œufs et du soufre ; sur la voile qui était de couleur blanche, se lisaient en grosses lettres les vœux qu'on renouvellait tous les ans pour recommencer une heureuse navigation.

Les prêtres et le peuple allaient ensuite porter avec zèle dans ce vaisseau, des corbeilles remplies de parfums, et tout ce qui était propre aux sacrifices ; et après avoir jeté dans la mer une composition faite avec du lait et autres matières, on levait l'ancre pour abandonner en apparence le vaisseau à la merci des vents.

Cette fête passa chez les Romains qui la solennisèrent sous les empereurs avec une magnificence singulière. L'on sait qu'il y avait un jour marqué dans les fastes pour sa célébration ; Ausone en parle en ces termes :

Adjiciam cultus, peregrinaque sacra,

Natalem herculeum, vel ratis isiacae.

Le vaisseau d'Isis qu'on fêtait pompeusement à Rome, s'appelait navigium Isidis ; après qu'il avait été lancé à l'eau, on revenait dans le temple d'Isis, où l'on faisait des vœux pour la prospérité de l'empereur, de l'empire, et du peuple romain, ainsi que pour la conservation des navigateurs pendant le cours de l'année ; le reste du jour se passait en jeux, en processions, et en réjouissances.

Les Grecs si sensibles au retour du printemps qui leur ouvrait la navigation, ne pouvaient pas manquer de mettre au nombre de leurs fêtes celle du vaisseau d'Isis, eux qui avaient consacré tant d'autels à cette divinité. Les Corinthiens étaient en particulier des adorateurs si dévoués à cette déesse, qu'au rapport de Pausanias, ils lui dédièrent dans leur ville jusqu'à quatre temples, à l'un desquels ils donnèrent le nom d'Isis pélasgienne, et à un autre le titre d'Isis égyptienne, pour faire connaitre qu'ils ne la révéraient pas seulement comme la première divinité de l'Egypte, mais aussi comme la patrone de la navigation, et la reine de la mer. Voyez ISIS.

Plusieurs autres peuples de la Grèce célébrèrent à l'exemple de Corinthe la fête du vaisseau d'Isis. Ce vaisseau nommé par les auteurs , est encore plus connu sous le nom de . Il est même assez vraisemblable que le vaisseau sacré de Minerve, qu'on faisait paraitre avec tant d'appareil aux grandes Panathénées, n'était qu'une représentation du navire sacré d'Isis. Voyez NAVIRE SACRE. (D.J.)