Les abrégés peuvent, selon le même auteur, se réduire à six espèces différentes : 1°. les épitomes où l'on a réduit les auteurs en gardant régulièrement leurs propres termes et les expressions de leurs originaux, mais en tâchant de renfermer tout leur sens en peu de mots ; 2°. les abrégés proprement dits, que les abréviateurs ont faits à leur mode, et dans le style qui leur était particulier ; 3°. les centons ou rhapsodies, qui sont des compilations de divers morceaux ; 4°. les lieux communs ou classes sous lesquelles on a rangé les matières relatives à un même titre ; 5°. les recueils faits par certains lecteurs pour leur utilité particulière, et accompagnés de remarques ; 6° les extraits qui ne contiennent que des lambeaux transcrits tout entiers dans les auteurs originaux, la plupart du temps sans suite et sans liaison les uns avec les autres.

" Toutes ces manières d'abreger les auteurs, continue-t-il, pouvaient avoir quelque utilité pour ceux qui avaient pris la peine de les faire, et peut-être n'étaient-elles point entièrement inutiles à ceux qui avaient lu les originaux. Mais ce petit avantage n'a rien de comparable à la perte que la plupart de ces abrégés ont causée à leurs auteurs, et n'a point dédommagé la république des Lettres ".

En effet, en quel genre ces abrégés n'ont-ils pas fait disparaitre une infinité d'originaux ? Des auteurs ont cru que quelques-uns des livres saints de l'ancien Testament n'étaient que des abrégés des livres de Gad, d'Iddo, de Nathan, des mémoires de Salomon, de la chronique des rois de Juda, etc. Les jurisconsultes se plaignent qu'on a perdu par cet artifice plus de deux mille volumes des premiers écrivains dans leur genre, tels que Papinien, les trois Scevoles, Labéon, Ulpien, Modestin, et plusieurs autres dont les noms sont connus. On a laissé périr de même un grand nombre des ouvrages des pères Grecs depuis Origène ou S. Irenée, même jusqu'au schisme, temps auquel on a vu toutes ces chaînes d'auteurs anonymes sur divers livres de l'Ecriture. Les extraits que Constantin Porphyrogenete fit faire des excellents historiens Grecs et Latins sur l'histoire, la politique, la morale, quoique d'ailleurs très-louables, ont occasionné la perte de l'histoire universelle de Nicolas de Damas, d'une bonne partie des livres de Polybe, de Diodore de Sicile, de Denys d'Halicarnasse, etc. On ne doute plus que Justin ne nous ait fait perdre le Trogue Pompée entier par l'abrégé qu'il en a fait, et ainsi dans presque tous les autres genres de littérature.

Il faut pourtant dire en faveur des abrégés, qu'ils sont commodes pour certaines personnes qui n'ont ni le loisir de consulter les originaux, ni les facilités de se les procurer, ni le talent de les approfondir, ou d'y démêler ce qu'un compilateur habile et exact leur présente tout digéré. D'ailleurs, comme l'a remarqué Saumaise, les plus excellents ouvrages des Grecs et des Romains auraient infailliblement et entièrement péri dans les siècles de barbarie, sans l'industrie de ces faiseurs d'abregés qui nous ont au moins sauvé quelques planches du naufrage : ils n'empêchent point qu'on ne consulte les originaux quand ils existent. Baillet, Jugem. des Savants, tome I. page 240. et suiv. (G)

Ils sont utiles : 1°. à ceux qui ont déjà vu les choses au long.

2°. Quand ils sont faits de façon qu'ils donnent la connaissance entière de la chose dont ils parlent, et qu'ils sont ce qu'est un portrait en mignature par rapport à un portrait en grand. On peut donner une idée générale d'une grande histoire, ou de quelqu'autre matière ; mais on ne doit point entamer un détail qu'on ne peut pas éclaircir, et dont on ne donne qu'une idée confuse qui n'apprend rien, et qui ne réveille aucune idée déjà acquise. Je vais éclaircir ma pensée par ces exemples : Si je dis que Rome fut d'abord gouvernée par des rais, dont l'autorité durait autant que leur vie, ensuite par deux consuls annuels ; que cet usage fut interrompu pendant quelques années ; que l'on élut des décemvirs qui avaient la suprême autorité, mais qu'on reprit bien-tôt l'ancien usage d'élire des consuls : qu'enfin Jules César, et après lui, Auguste, s'emparèrent de la souveraine autorité ; qu'eux et leurs successeurs furent nommés Empereurs : il me semble que cette idée générale s'entend en ce qu'elle est en elle-même : mais nous avons des abrégés qui ne nous donnent qu'une idée confuse qui ne laisse rien de précis. Un célèbre abréviateur s'est contenté de dire que Joseph fut vendu par ses freres, calomnié par la femme de Putiphar, et devint le surintendant de l'Egypte. En parlant des décemvirs, il dit qu'ils furent chassés à cause de la lubricité d'Appius ; ce qui ne laisse dans l'esprit rien qui le fixe et qui l'éclaire. On n'entend ce que l'abréviateur a voulu dire, que lorsque l'on sait en détail l'histoire de Joseph et celle d'Appius. Je ne fais cette remarque que parce qu'on met ordinairement entre les mains des jeunes gens des abrégés dont ils ne tirent aucun fruit, et qui ne servent qu'à leur inspirer du dégout. Leur curiosité n'est excitée que d'une manière qui ne leur fait pas venir le désir de la satisfaire. Les jeunes gens n'ayant point encore assez d'idées acquises, ont besoin de détail ; et tout ce qui suppose des idées acquises, ne sert qu'à les étonner, à les décourager, et à les rebuter.

En abrégé, façon de parler adverbiale, summatim. Les jeunes gens devraient recueillir en abrégé ce qu'ils observent dans les livres, et ce que leurs maîtres leur apprennent de plus utile et de plus intéressant. (F)


ABREGE ou ABREVIATION, lorsqu'on veut écrire avec diligence, ou pour diminuer le volume, ou en certains mots faciles à deviner, on n'écrit pas tout au long. Ainsi au lieu d'écrire Monsieur et Madame, on écrit Mr ou Mde par abréviation ou par abrégé. Ainsi les abréviations sont des lettres, notes, caractères, qui indiquent les autres lettres qu'il faut suppléer. D. O. M. c'est-à-dire, Deo optimo, maximo. R. A. S. H. Anno reparatae salutis humanae. Au commencement des épitres Latines, on trouve souvent S. P. D. c'est-à-dire, salutem plurimam dicit. Aux inscriptions, D. Voyez C. c'est-à-dire, dicat, vovet, consecrat. Sertorius Ursatus a fait une collection des explications de notis Romanorum. (F)