S. m. (Histoire ecclésiastique et Jurisprudence) est l'église ou le bénéfice d'un évêque ; ces sortes de bénéfices sont séculiers et du nombre de ceux que l'on appelle consistoriaux : ils ont dignité et juridiction spirituelle annexées.

Quelquefois par le terme d'évêché on entend le siège d'un évêque, c'est-à-dire le lieu où est son église : quelquefois on entend singulièrement la dignité d'évêque ; mais on dit plus régulièrement en ce sens épiscopat.

Evêché signifie aussi le diocèse ou territoire soumis à la juridiction spirituelle d'un évêque.

Enfin on se sert quelquefois du terme d'évêché, pour exprimer la demeure de l'évêque ou palais épiscopal.

Les évêchés sont les premiers et les plus anciens de tous les offices et bénéfices ecclésiastiques.

L'institution des premiers évêchés est presque aussi ancienne que la naissance de l'Eglise.

Le plus ancien est celui de Jérusalem, où S. Pierre fut cinq ans, depuis l'an 34 de Notre-Seigneur, et où il mit en sa place S. Jacques le mineur.

Le second qui fut établi, fut celui d'Antioche, où S. Pierre demeura sept ans, puis y mit Evodius.

Le troisième, dans l'ordre des temps, est celui de Rome, dont S. Pierre jeta les fondements l'an 45 de Jesus-Christ.

Ainsi Jérusalem et Antioche ont été successivement le premier évêché en dignité ou principal siège de l'Eglise ; mais Rome est ensuite devenue la capitale de la Chrétienté.

L'évêché de Limoges fut fondé par S. Martial vers l'an 80.

S. Clément pape envoya vers l'an 94 des évêques en plusieurs lieux, comme à Evreux, à Beauvais ; il envoya S. Denis à Paris, et S. Nicaise à Rouen.

Les évêchés se multiplièrent ainsi peu-à-peu dans tout le monde chrétien ; mais les érections des nouveaux évêchés devinrent surtout plus communes dans le XIIe siècle, et dans le suivant ; car au commencement du XIIIe siècle, ils étaient en si grand nombre du côté de Constantinople, que le pape, écrivant en 1206 au patriarche de cette ville, lui permit de conférer plusieurs évêchés à une même personne.

La pluralité des évêchés a cependant toujours été défendue par les canons, de même que la pluralité des bénéfices en général ; mais on a été ingénieux dans tous les temps à trouver des prétextes de dispenses, pour posséder plusieurs évêchés ensemble, ou un évêché avec des abbayes. Ebroin évêque de Poitiers fut le premier en 850, qui posséda un évêché et une abbaye ensemble : les choses ont été poussées bien plus loin ; car le cardinal Mazarin évêque de Metz possédait en même temps treize abbayes ; et quant à la pluralité des évêchés, Jannus Pannonius, un des plus habiles disciples du fameux professeur Guarini de Vérone, était à son décès évêque de cinq villes ; le cardinal de Joyeuse était tout-à-la-fais archevêque de Toulouse, de Rouen, et de Narbonne ; et il y a encore en Allemagne des princes ecclésiastiques qui ont jusqu'à quatre évêchés, et plusieurs abbayes.

L'étendue de chaque évêché n'était point d'abord limitée ; ce fut le pape Denis qui en fit la division en l'année 308.

Dans les premiers siècles de l'Eglise, chaque évêque était indépendant des autres ; il n'y avait ni métropolitains, ni suffragans : il n'y avait d'abord dans chaque province qu'un évêché, jusqu'à ce que le nombre des Chrétiens s'étant beaucoup accru, on érigea plusieurs évêchés dans une même province civile, lesquels composèrent ensemble une province ecclésiastique.

Le concile de Nicée tenu en 325, attribua à l'évêque de la métropole ou capitale de la province une supériorité sur les autres évêques comprovinciaux ; d'où est venu la distinction des évêchés métropolitains, que l'on a nommés archevêchés, d'avec les autres évêchés de la même province, qu'on appelle suffragans, à cause que les titulaires de ces évêchés ont droit de suffrage dans le synode métropolitain, ou plutôt parce qu'anciennement ils assistaient à l'élection du métropolitain, qu'ils confirmaient son élection, et le consacraient.

Les métropoles sont ordinairement les seules églises qui aient des suffragans ; il y a cependant quelques évêchés qui ont pour suffragans des évêques in partibus, que l'on donne à l'évêque diocésain pour l'aider dans ses fonctions.

Il y a aussi quelques évêchés qui ne sont suffragans d'aucun archevêché, mais sont soumis immédiatement au saint Siège, comme celui de Québec en Canada.

Enfin il y a des pays qui ne sont d'aucun évêché, tels que la Martinique, la Guadeloupe, la Cayenne, Marigalande, Saint-Domingue, et autres îles françaises de l'Amérique, qui sont administrées pour le spirituel par plusieurs religieux de divers corps, qui en sont les pasteurs, et qui prennent leurs pouvoirs du siège ou de l'archevêque de Saint-Domingue, ville située dans la partie qui est aux Espagnols.

Le même concile de Nicée dont on a déjà parlé, porte encore que l'on doit observer les anciennes coutumes établies dans l'Egypte, la Lybie, et la Pentapole ; en sorte que l'évêque d'Alexandrie ait l'autorité sur toutes ces provinces. Ce degré de juridiction attribué à certains évêchés sur plusieurs provinces, est ce que l'on a appelé patriarchat ou primatie.

L'autorité des conciles provinciaux suffisait, suivant l'ancien droit, pour l'érection des évêchés et des métropoles ; mais depuis longtemps on n'en érige plus sans l'autorité du pape. Il faut aussi entendre les parties intéressées : savoir les évêques dont on veut démembrer le diocèse, le métropolitain auquel on veut donner un nouveau suffragant, le clergé et le peuple du nouveau diocèse que l'on veut former, le roi, et les autres seigneurs temporels. Ces nouveaux établissements ne se peuvent faire en France sans lettres patentes du Roi, dû.ent enregistrées.

Lorsqu'un pays est ruiné par la guerre, ou autre calamité, on unit quelquefois l'évêché de ce pays à un autre, ou bien on transfère le siège de l'évêché dans une autre ville : ce qui doit se faire avec les mêmes formalités qu'une nouvelle érection.

Il y a en France dix-huit archevêchés métropolitains, et cent treize évêchés qui sont leurs suffragans. Ces évêchés ne sont pas partagés également entre les métropolitains ; car depuis longtemps, pour l'érection des métropoles, on a eu égard à la dignité des villes, plutôt qu'au nombre d'évêchés suffragans : il n'y a cependant point d'archevêché, qui n'ait plusieurs évêchés suffragans.

Les évêchés étaient autrefois remplis par élection. Présentement en France, c'est le Roi qui y nomme.

Un évêque ne doit point sans cause légitime être transféré d'un évêché à autre.

Voyez BENEFICES CONSISTORIAUX, CONCORDAT, ELECTION, EVEQUE, NOMINATION ROYALE, PRAGMATIQUE. (A)

EVECHES ALTERNATIFS, sont ceux que l'on confère tour-à-tour à des catholiques et à des luthériens. Il y en a en Allemagne. Quand l'évêque est catholique, son grand-vicaire est protestant ; et vice versâ, quand l'évêque est protestant, son grand-vicaire est catholique. L'évêché d'Osnabruk est du nombre de ces évêchés alternatifs. (A)

EVECHE DIOCESAIN, voyez EVEQUE DIOCESAIN.

EVECHE IN PARTIBUS, voyez ci-après EVEQUE IN PARTIBUS.

EVECHE METROPOLITAIN ; voyez ARCHEVEQUE, et ci-après EVEQUE METROPOLITAIN, METROPOLE, METROPOLITAIN.

EVECHES SECULARISES, sont ceux qui ne sont plus en titre de bénéfices, et qui sont possédés par des laïcs ; ceux de Magdebourg et de Bremen en Allemagne, l'ont été, et ne sont plus considérés que comme des principautés séculières qui appartiennent à des protestants. Tableau de l'Empire germaniq. page 89. (A)

EVECHE SUFFRAGANT, est celui qui est soumis à une métropole. Voyez ce qui a été dit ci-devant sur les EVECHES en général, et ci-après EVEQUE METROPOLITAIN, METROPOLE, METROPOLITAIN. (A)

EVECHE VACANT, est celui qui n'est point rempli de fait, ou qui de droit est censé ne le pas être. Il est vacant de fait par la mort de l'évêque ; il est vacant de droit, par les mêmes causes qui font vaquer les autres bénéfices. Voyez REGALE, SIEGE, VACANT. (A)