S. f. en Philosophie, est l'état par lequel une chose cesse d'être ce qu'elle était ; on peut dire que le bois est corrompu, quand nous ne le voyons plus subsister, et qu'au lieu du bois nous trouvons du feu : de même l'œuf est corrompu, quand il cesse d'être un œuf et que nous trouvons un poulet à sa place ; car corruption n'est pas pris ici dans le sens vulgaire. De-là cet axiome de Philosophie, que la corruption d'une chose est la génération d'une autre.

La corruption diffère donc de la génération, comme deux contraires diffèrent l'un de l'autre.

Elle diffère de l'altération, comme un plus grand d'un moindre, ou comme le tout de sa partie. Une chose est dite altérée lorsqu'elle n'est pas tellement changée qu'on ne la puisse reconnaitre, et qu'elle conserve encore son ancien nom : mais après la corruption, ni l'un ni l'autre ne subsistent plus. Voyez ALTERATION.

Mais comme dans la génération aucune matière n'est véritablement créée, ainsi dans la corruption rien n'est réellement anéanti, que cette modification particulière qui constituait la forme d'un être, et qui le déterminait à être de telle ou telle espèce. Voyez FORME et GENERATION. Chambers.

Les anciens croyaient que plusieurs insectes s'engendraient par corruption. On regarde aujourd'hui cette opinion comme une erreur, quoiqu'elle paraisse appuyée par des expériences journalières. En effet, ce qui se corrompt produit toujours des vers : mais ces vers n'y naissent, que parce que d'autres insectes y ont déposé leurs œufs. Une expérience sensible prouve cette vérité.

Prenez du bœuf tout nouvellement tué ; mettez-en un morceau dans un pot découvert, et un autre morceau dans un pot bien net, que vous couvrirez sur le champ avec une pièce d'étoffe de soie, afin que l'air y passe sans qu'aucun insecte y puisse déposer ses œufs. Il arrivera au premier morceau ce qui est ordinaire ; il se couvrira de vers, parce que les mouches y font leurs œufs en liberté ; l'autre morceau s'altérera par le passage de l'air, se flétrira, se reduira en poudre par l'évaporation ; mais on n'y trouvera ni œufs, ni vers, ni mouches. Tout au plus les mouches attirées par l'odeur viendront en foule sur le couvercle, essayeront d'entrer, et jetteront quelques œufs sur l'étoffe de soie, ne pouvant entrer plus avant. Au fond, il est aussi absurde, selon M. Pluche, de soutenir qu'un morceau de fromage engendre des mites, qu'il le serait de prétendre qu'un bois ou une montagne engendrât des cerfs ou des éléphans. Car les insectes sont des corps organisés, et aussi fournis des différentes parties nécessaires à la vie, que le sont les corps des plus gros animaux.

Cependant quelques philosophes modernes paraissent encore favorables à l'opinion ancienne de la génération par corruption, du moins en certains cas. M. de Buffon, dans son histoire naturelle, pag. 320. II. vol. parait incliner à cette opinion. Après avoir exposé son système des molécules organiques, dont il sera parlé à l'article GENERATION, il en conclut qu'il y a peut-être autant d'êtres, soit vivants soit végétants, qui se produisent par l'assemblage fortuit des molécules organiques, qu'il y en a qui se produisent par la voie ordinaire de la génération ; c'est, dit-il, à la production de cette espèce d'êtres qu'on doit appliquer l'axiome des anciens, corruptio unius generatio alterius. Les anguilles qui se forment dans la colle faite avec de la farine, n'ont pas d'autre origine, selon lui, que la réunion des molécules organiques de la partie la plus substantielle du grain. Les premières anguilles qui paraissent, dit-il, ne sont certainement pas produites par d'autres anguilles ; cependant quoique non-engendrées, elles en engendrent d'autres vivantes. On peut voir sur cela un plus grand détail dans l'endroit que nous abrégeons. On ne peut nier que généralement parlant les particules qui composent un insecte, ne puissent être rassemblées par une autre voie que par celle de la génération : du moins nous connaissons trop peu les voies et le mécanisme de la Nature, pour avancer là-dessus une assertion trop exclusive. Il est certain par l'expérience, que dans la plupart des cas où les insectes paraissent engendrés par corruption, ils le sont par génération ; mais est-il démontré dans tous les cas, que la corruption ne puisse jamais engendrer de corps animé ? c'est ce qu'il faut bien se garder d'affirmer d'une manière positive. Au reste, M. de Buffon lui-même avoue qu'il lui faudrait plus d'observations pour établir entre ces êtres ainsi engendrés, des classes et des genres. (O)

CORRUPTION DES HUMEURS, (Pathologie) expression qui désigne un vice imaginaire, si on l'emploie comme synonyme de putréfaction, ou même d'acrimonie, dans l'histoire des maladies ou des affections contre-nature de l'animal vivant ; expression fausse ou peu exacte, prise dans le même sens qu'abberration, ou état contre-nature des humeurs de l'animal vivant, parce qu'elle semble trop spécifier ou n'être pas assez générale. Voyez ACRIMONIE DES HUMEURS au mot HUMEURS. (b)

* CORRUPTION PUBLIQUE, (Politiq. et Morale) elle a deux sources ; l'inobservation des bonnes lois ; l'observation de lois mauvaises. Il m'a toujours semblé plus difficile de faire observer rigoureusement de bonnes lais, que d'en abroger de mauvaises. L'abrogation est l'effet de l'autorité publique. L'observation est l'effet de l'intégrité particulière.

CORRUPTION DU SANG, (Histoire moderne) Les Anglais appellent ainsi la tache imprimée sur tous les descendants d'un criminel de leze-majesté, qui les rend incapables des charges et emplois publics, et les dégrade de noblesse s'ils sont gentilshommes. Voyez DEGRADATION.

Si le roi accorde des lettres de pardon, elles empêchent que les enfants qui naitront depuis ne participent à cette corruption du sang, mais elles ne rehabilitent pas ceux qui étaient nés auparavant. (G)