adj. (Philosophie) c'est le nom que les Grecs donnaient par mépris à toutes les nations qui ne parlaient pas leur langue, ou du moins qui ne la parlaient pas aussi-bien qu'eux. Ils n'en exceptaient pas même les Egyptiens, chez lesquels ils confessaient pourtant que tous leurs philosophes et tous leurs législateurs avaient voyagé pour s'instruire. Sans entrer ici avec Brucker, dans les différentes étymologies de ce terme, ni sans examiner s'il est composé du bar des Arabes, qui signifie désert, ou s'il est dérivé du terme par lequel les Chaldéens rendent le foris ou l'extra des Latins ; je remarquerai seulement que dans la suite des temps, les Grecs ne s'en servirent que pour marquer l'extrème opposition qui se trouvait entr'eux et les autres nations, qui ne s'étaient point encore dépouillées de la rudesse des premiers siècles, tandis qu'eux-mêmes, plus modernes que la plupart d'entr'elles, avaient perfectionné leur gout, et contribué beaucoup aux progrès de l'esprit humain. Ainsi toutes les nations étaient réputées barbares, parce qu'elles n'avaient ni la politesse des Grecs, ni une langue aussi pure, aussi féconde, aussi harmonieuse que celle de ses peuples. En cela ils furent imités par les Romains, qui appelaient aussi barbares tous les autres peuples, à l'exception des Grecs, qu'ils reconnaissaient pour une nation savante et policée. C'est à-peu-près comme nous autres Français, qui regardons comme grossier tout ce qui s'éloigne de nos usages. Les Grecs et les Romains étaient jaloux de dominer plus encore par l'esprit, que par la force des armes, ainsi que nous voulons le faire par nos modes.

Lorsque la religion Chrétienne parut, ils n'eurent pas pour elle plus de ménagement qu'ils en avaient eu pour la philosophie des autres nations. Ils la traitèrent elle-même de barbare ; et sur ce pied ils osèrent la mépriser. C'est ce qui engagea les premiers Chrétiens à prendre contre les Grecs et les Romains, la défense de la philosophie barbare. C'était un détour adroit dont ils se servaient pour les accoutumer peu-à-peu à respecter la religion Chrétienne, sous cette enveloppe grossière qui leur en dérobait toute la beauté, et à lui soumettre leur science et leur orgueil. Tatien de Syrie, et disciple de S. Justin, leur a prouvé qu'ils n'avaient rien inventé d'eux-mêmes, et qu'ils étaient redevables à ces mêmes hommes, qu'ils traitaient de barbares, de toutes les connaissances dont ils étaient si fort enorgueillis. " Quelle est, leur reprochait-il malignement, la science parmi vous, qui ne tire son origine de quelqu'étranger, Vous n'ignorez pas que l'art d'expliquer les songes vient de l'Italie ; que les Cariens se sont les premiers avisés de prédire l'avenir par la diverse situation des astres ; que les Phrygiens et les Isauriens se sont servis pour cela du vol des oiseaux, et les Cypriotes des entrailles encore fumantes des animaux égorgés. Vous n'ignorez pas que les Chaldéens ont inventé l'Astronomie ; les Perses la Magie ; les Egyptiens la Géométrie, et les Phéniciens l'art des Lettres. Cessez donc, ô Grecs, de donner pour vos découvertes particulières, ce que vous n'avez fait que suivre et qu'imiter ". Quoi qu'il en soit de ces reproches, il est certain qu'ils sont les premiers inventeurs de cette philosophie systématique, qui bravant toute autorité, ne veut se laisser conduire qu'à la lueur de l'évidence dans la recherche de la vérité. La Philosophie des autres peuples, et même des Egyptiens, n'était, ainsi que nous l'avons remarqué à l'article de l'âme, qu'un amas de maximes, qui se transmettaient par tradition, et qui prenaient sur les esprits le même ascendant que les oracles de leurs dieux. Ce n'est qu'en Grèce qu'on osait raisonner ; et c'est aussi là le seul pays où l'esprit subtil et raffiné enfantait des systèmes. La Philosophie des autres peuples, n'était, à proprement parler, qu'une Théologie mystérieuse. Ainsi l'on peut dire que les Grecs ont été les premiers philosophes, dans le sens rigoureux que l'usage attache à ce terme. (X)

BARBARES (Lais) Jurisprudence ; ce sont celles qui furent faites lors de la décadence de l'empire Romain, par les différents peuples qui le démembrèrent, tels que les Goths, les Visigoths, les Ripuariens, les Francs-Allemands, Anglo-Saxons, etc. Voyez au mot CODE.

On voit par ces lois la forme qui s'observait dans les jugements. Ils se rendaient dans de grandes assemblées où toutes les personnes de distinction se trouvaient. Pour les preuves, on se servait plus de témoins que de titres, par la raison qu'on ne faisait presqu'aucun usage de l'écriture, surtout dans les commencements. Faute de preuves on employait le combat, ou l'on faisait des épreuves par les éléments. Voyez COMBAT et éPREUVE.

La principale matière de ces lois étaient les crimes, et surtout ceux qui étaient les plus fréquents parmi ces peuples brutaux, tels que le vol, le meurtre, les injures, en un mot tout ce qui se commet par violence : ce qui regarde les successions et les contracts y était traité très-succinctement.

La qualité des peines qu'elles prononçaient est remarquable. Pour la plupart des crimes elles n'ordonnaient que les amendes pécuniaires, ou pour ceux qui n'avaient pas de quoi payer, des coups de fouet. On ne punissait point alors de mort les criminels, à moins qu'il ne fût question de crimes d'état. Aussi ces peines étaient-elles nommées compositions, comme n'étant qu'une taxe de dommages et intérêts, faite avec une exactitude surprenante : on y distinguait la partie blessée ou mutilée, la profondeur, la largeur de la plaie, ou le nombre des plaies.

Ces lois sont écrites d'un style si simple et si court, qu'il serait fort clair si tous les mots étaient latins : mais elles sont remplies de mots barbares, soit faute de mots latins qui fussent propres, soit pour leur servir de glose. (H)