S. m. en Astronomie, est le nom d'une des sept planètes premières ; c'est celle qui est la plus éloignée de la terre et du soleil, et qui se meut le plus lentement. On la marque ainsi . Voyez PLANETE.

Saturne n'a qu'une faible lumière, à cause de sa distance ; c'est ce qui fait que cette planète parait assez petite, quoiqu'elle soit une des plus grosses.

La période de Saturne, ou le temps de sa révolution autour du soleil, est, selon Kepler, de 29 ans, 174 jours, 4 heures 58'. 25''. et 30'''. par conséquent son mouvement journalier est de 3'. 0''. 36'''. Cependant M. de la Hire fait ce dernier mouvement de 2'. 1''.

L'inclinaison de l'orbite de Saturne à l'écliptique, est, selon Kepler, de 2°. 32'. et selon M. de la Hire, de 2°. 33'.

Sa moyenne distance du soleil est de 326925 demi-diamètres de la terre ; et sa distance moyenne de la terre est de 21000 demi-diamètres terrestres. Voyez DISTANCE. Son plus petit diamètre, selon M. Huyghens, est de 30''. Son diamètre est à celui de la terre comme 20 à 10 ; sa surface est à celle de la terre comme 400 à 1 ; et sa solidité est à celle de la terre comme 8000 à 1.

M. Halley remarque, dans la préface de son catalogue des étoiles australes, qu'il a trouvé le mouvement de Saturne plus lent que celui qui est marqué dans les tables.

On doute si Saturne tourne autour de son axe comme les autres planètes, ou non : aucune observation astronomique ne prouve qu'il tourne ; il y a même une circonstance qui, selon plusieurs auteurs, paraitrait prouver le contraire ; car la terre et toutes les autres planètes qui tournent sur elles-mêmes, ont le diamètre de l'équateur plus grand que l'axe, et l'on n'observe rien de pareil dans Saturne ; mais cette preuve est bien faible.

La distance de Saturne au Soleil étant dix fois plus grande que celle de la terre au Soleil, il s'ensuit que le diamètre apparent du Soleil vu de Saturne, ne doit être que de 3 minutes, ce qui fait un peu plus de deux fois le diamètre apparent de Vénus, vu de la terre. Le disque du soleil doit donc paraitre aux habitants de Saturne 100 fois plus petit qu'il ne nous parait ; et la lumière, aussi bien que la chaleur de cet astre, doit être moindre en même proportion. Voyez SOLEIL.

Les phases de Saturne sont fort variées et fort singulières : elle en a comme Mars et Jupiter, et des bandes changeantes : elle parait tantôt ronde, et tantôt elliptique ; mais ce qu'elle a de plus remarquable, ce sont deux espèces d'anses qui paraissent et disparaissent de temps en temps ; ces anses sont comme deux arcs de cercle lumineux, et directement opposés, qui contiennent chacun un segment obscur ; et ces segments obscurs sont renfermés entre les anses et le globe de la planète.

Ces phases ont longtemps embarrassé les Astronomes, qui ne trouvaient aucun moyen d'en expliquer toutes les irrégularités. Hevelius a observé que cette planète était quelquefois monosphérique, c'est-à-dire ne paraissait qu'un seul globe, d'autres fois qu'elle paraissait composée de trois sphères, ou d'une sphère et de deux anses, ou d'une ellipse et de deux anses, ou d'une sphère et de deux pointes lumineuses. Mais M. Huyghens, après avoir longtemps observé Saturne avec d'excellentes lunettes, a réduit toutes les phases de cette planète à quatre ; savoir la phase ronde, la phase elliptique, la phase à bras, et la phase à anses. Voyez PHASE, ANSES, etc.

Saturne a une chose qui lui est particulière ; c'est un anneau qui l'entoure à-peu-près comme l'horizon d'un globe, sans le toucher en aucun endroit ; le diamètre de cet anneau est plus que double de celui de Saturne, car le diamètre de cette planète est de 20 diamètres de la terre, et celui de l'anneau est de 45 des mêmes diamètres. Quand cet anneau est assez élevé au-dessus de l'ombre du corps de Saturne, il réfléchit très-fortement la lumière du Soleil. Son épaisseur, selon l'observation de Keill, occupe près de la moitié de l'espace qu'il y a entre sa surface extérieure et convexe, et la surface de la planète.

On a trouvé que cet anneau était un corps solide et opaque, mais dont la surface est égale et unie.

Galilée est le premier qui ait découvert que Saturne n'était pas rond ; mais M. Huyghens est le premier qui ait fait voir que ces inégalités venaient de la forme de son anneau. Il publia cette découverte en 1695, dans son systema Saturnianum. On ne sait si l'anneau tourne autour de Saturne ou non : on ignore aussi l'usage auquel il est destiné. M. Huyghens fait le plan de l'anneau de Saturne fort large, et l'épaisseur fort mince. La circonférence extérieure de l'anneau parait élevée de plus de 18000 lieues au-dessus de la surface de Saturne. Histoire de l'acad. 1715, p. 45, mem. p. 46. Cet anneau semble n'être qu'un amas et une suite de satellites, si proches les uns des autres, qu'ils ne sont que l'apparence d'un anneau continu. L'anneau se trouvant entre le soleil et Saturne, jette sur Saturne une ombre mobile, et c'est une espèce de bande. La vue de la phase ronde, de la phase elliptique, ou des autres, dépend de la position de l'anneau et par rapport au Soleil, et par rapport à notre oeil. Le plan de l'anneau passe-t-il par notre oeil ; nous ne le voyons point, parce que le tranchant de l'anneau est tout ce que l'on en pourrait voir, et il est trop mince pour être visible à une si grande distance ; c'est pourquoi Saturne, dont le globe est sphérique, parait seul dans sa phase ronde, ce qui s'observe tous les quinze ans. Voyez le recueil d'observ. par MM. de l'acad. des Sciences. Mais si la position de l'anneau change, et que son plan s'inclinant au rayon visuel nous regarde obliquement au moment qu'il reçoit les rayons du Soleil, alors une partie du plan circulaire est cachée derrière le globe, une partie est située devant le globe, auquel elle parait appliquée, sans laisser voir d'espace intermédiaire ; et confondant sa lumière avec celle du globe de la planète, elle donne au disque apparent la figure d'une ellipse. Enfin, si l'anneau se trouve posé de manière que son plan prolongé passe par le centre du soleil, il n'y a que le tranchant de l'anneau qui reçoive des rayons du centre ; et comme cette lame est mince, le tranchant échappe à notre vue, et les anses disparaissent.

On trouve des conjectures et des réflexions ingénieuses sur la cause de l'anneau de Saturne, dans un ouvrage de M. de Maupertuis ; c'est son discours sur les figures des astres, ouvrage imprimé pour la première fois en 1732, à Paris de l'imprimerie royale ; et pour la seconde fois en 1742, à Paris chez Guérin et Coignard.

Saturne, dans sa révolution autour du soleil, est continuellement accompagné par les 5 satellites ou planètes secondaires : on en trouvera les périodes, les distances, etc. au mot SATELLITES.

M. Pound nous a donné des observations fort exactes sur le diamètre de Saturne, et sur celui de son anneau ; ces observations sont rapportées dans les institutions astronomiques de M. le Monnier. On trouve aussi dans la préface de ce dernier ouvrage, un grand nombre de recherches sur Saturne, par lesquelles il parait que le mouvement de cette planète est sujet à de grandes irrégularités. L'excentricité de son orbite n'est pas constante comme celle de l'orbite terrestre, mais elle varie continuellement : le moyen mouvement de cette planète parait s'être ralenti à chaque siècle ; et à l'égard du mouvement de son nœud et de son aphélie, ils ne sont pas encore trop bien connus : les autres varient sur l'inclinaison de son orbite au plan de l'écliptique, ce qui prouve aussi que cette inclinaison est sujette à une infinité de variations.

Il parait qu'on doit attribuer ces irrégularités à l'action de Jupiter sur Saturne : Jupiter est la plus grosse de toutes les planètes ; et lorsqu'il est en conjonction avec Saturne, son action sur Saturne est alors assez considérable pour produire des effets sensibles : aussi est-ce principalement dans la conjonction de Saturne avec Jupiter qu'on remarque les plus grandes irrégularités dans le mouvement de Saturne. Il ne parait pas qu'on puisse employer d'autres moyens pour déterminer ces irrégularités, que de chercher par la théorie et par le calcul quel doit être l'effet de l'action de Jupiter sur Saturne ; mais le problème, un des plus importants de l'Astronomie, est d'une difficulté proportionnée à son importance. L'académie royale des Sciences de Paris en a proposé la solution pour le sujet du prix de 1748 ; on peut dire que c'est une des plus belles questions qu'elle ait encore proposées ; et M. Euler a donné sur ce sujet une pièce très-savante qui a remporté le prix, et qui a été imprimée.

Il pourrait se faire au reste que dans la théorie des mouvements de Saturne, on dut avoir égard non-seulement à l'action de Jupiter, mais encore à celle des satellites de Saturne, et peut-être de son anneau : la quantité de cette action dépend à la vérité de la masse des satellites qui n'est point connue, mais cela n'empêche pas que ces masses ne puissent y entrer pour quelque chose, et c'est de quoi les observations comparées au calcul peuvent nous instruire ; car si les observations s'accordent avec les loix qu'on aura trouvées du mouvement de Saturne dans la supposition que Jupiter seul agisse, c'est une marque que l'action des satellites n'a que peu d'effet. Au contraire, si ces observations ne s'accordent pas avec le calcul, c'est une marque qu'il faut tenir compte de l'action des satellites. Il est vrai qu'on ne connaitra point cette action, puisqu'on ne connait point leurs masses ; mais on pourra toujours calculer les irrégularités qui en résultent, en supposant les masses connues ; et peut-être pourra-t-on ensuite, au moyen des observations, déterminer ces masses par la différence qui se trouvera entre les observations et le calcul.

SATURNE, satellites de, (Astronomie) entre les choses curieuses que contiennent les lettres originales de M. Molineux à Flamsteed, et qui ont été recueillies par M. de Chaufepié, dans son dictionnaire, se trouve une table de M. Osborn, à la suite de la lettre dont voici la fin.

Il y a, dit M. Molineux, dans les principes mathématiques de Newton, une observation qui mérite l'admiration de tous les hommes ; c'est la raison sesquialtère entre les révolutions et les distances des planètes, et cela non-seulement parmi les planètes du premier, mais aussi parmi celles du second ordre. La chose est évidente, selon M. Newton, par rapport aux satellites de Jupiter ; et M. Osborn a pris la peine d'en faire l'essai par rapport à ceux de Saturne, sur les data des Transactions philosophiques du mois de Mai 1686, où l'on trouve le temps marqué.

Table de M. Osborn.

Voici à quoi sert la dernière colomne ; c'est qu'en supposant le demi-diamètre de saturne de 10''30'''. et ses anses de 24''34''', les distances entre le centre de saturne et ses satellites, dans leurs plus grands éloignements, nous paraissent sous les angles marqués dans la dernière colomne, ce qu'on peut vérifier par le micromètre. C'est selon M. Molineux, une pensée qui absorbe, que de voir comment cette grande loi règne universellement dans toutes les parties de la nature, et convient à des corps qui sont à une si vaste distance les uns des autres, et qui semblent n'avoir aucune relation les uns avec les autres. C'est sans contredit le plus fort argument que la constitution de l'univers fournit de l'existence de Dieu, de voir régner une loi aussi fixe et aussi inviolable parmi ces vastes corps, qui sont à de si prodigieuses distances ; certainement leur situation et leurs mouvements réglés ainsi, ne peuvent être un effet du hazard, mais il faut qu'un être tout puissant et sage, en soit l'auteur. (D.J.)

SATURNE, (Mythologie) fils d'Uranus et de Vesta, ou du Ciel et de la Terre. On sait assez tout ce qu'en dit la fable, et les charmes que la poésie a répandus sur le règne de ce dieu, qu'elle a nommé le règne d'or, parce qu'il gouverna ses sujets paisibles avec douceur, et qu'il rétablit l'égalité des conditions.

Diodore de Sicile rapportant la tradition des Crétais sur les Titants, fait de Saturne le même éloge que les poètes. Saturne, l'ainé des Titants, dit-il, devint roi, et après avoir policé ses sujets, qui menaient auparavant une vie sauvage, il porta sa réputation et sa gloire en différents lieux de la terre ; il établit par-tout la justice et l'équitté, et les hommes qui ont vécu sous son empire, passent pour avoir été bienfaisans, et par conséquent très-heureux. Il a regné dans les pays occidentaux, où sa mémoire est encore en vénération. En effet, les Romains et les Carthaginois, lorsque leur ville subsistait, et tous les peuples de ces cantons, ont institué des fêtes et des sacrifices en son honneur, et plusieurs lieux lui sont consacrés par leur nom même. La sagesse de son gouvernement avait en quelque sorte banni les crimes, et faisait goûter un empire d'innocence, de douceur, et de félicité. La montagne qu'on appela depuis le mont-Capitolin, était anciennement appelée le mont Saturnin, et si nous en croyons Denys d'Halicarnasse, l'Italie entière avait porté auparavant le nom de Saturnie : Virgile, parlant de ce prince, dit :

Aureus hanc vitam in terris Saturnus agebat.

Il est certain qu'il fut persécuté par son fils, et qu'il fut obligé de se réfugier en Italie, après avoir erré en plusieurs mers, comme le remarque Ovide.

Thuscum rate venit ad amnem

Ante pererrato falcifer orbe deus.

Mais, en quel temps vivait-il ? L'historien Thalus le fait contemporain de Bélus, qui fleurissait 322 ans avant le siege de Troïe, ce qui parait assez probable, car nous voyons qu'Agamemnon, Achille, Ajax, et Ulysse, prenaient la qualité d'arriere-petits-fils de ce Saturne, qui du temps de Janus, apprit aux Italiens à cultiver la terre.

Sous la fable de Saturne, dit Ciceron, se cache un sens physique assez beau. On a entendu par Saturne, celui qui préside au temps, et qui en règle les dimensions ; ce nom lui vient de ce qu'il dévore les années, Saturnus quod saturetur annis, et c'est pour cela qu'on a feint qu'il mangeait ses enfants ; car le temps consume toutes les années qui s'écoulent ; mais de peur qu'il n'allât trop vite, Jupiter l'a enchainé, c'est-à-dire, l'a soumis au cours des astres, qui sont comme ses liens.

Rome et plusieurs villes d'Italie dédièrent des temples à Saturne, et lui rendirent un culte religieux. Ce fut Tullus Hostilius, selon Macrobe, qui établit les saturnales en son honneur. Le temple que ce dieu avait sur le penchant du capitole, fut dépositaire du trésor public, par la raison que du temps de Saturne, c'est-à-dire, pendant le siècle d'or, il ne se commettait aucun vol. On sacrifiait à ce dieu la tête découverte, au lieu qu'on se couvrait toujours en sacrifiant aux dieux célestes, dit Plutarque, c'est-à-dire que, selon lui, Saturne était un des dieux infernaux.

Saturne se trouvait communément représenté en un vieillard courbé sous le poids des années, tenant une faulx à la main, pour marquer qu'il préside à l'agriculture. (D.J.)