S. f. (Morale) c'est une profusion de louanges, fausses ou exagérées, qu'inspire à celui qui les donne, son intérêt personnel. Elle est plus ou moins coupable, basse, puérile, selon ses motifs, son objet, et les circonstances. Elle a pris naissance parmi des hommes, dont les uns avaient besoin de tromper, et les autres d'être trompés. C'est à la cour que l'intérêt prodigue les louanges les plus outrées aux dispensateurs sans mérite des emplois et des grâces : on cherche à leur plaire, en les rassurant sur des faiblesses dont on serait desolé de les guérir ; plus ils en ont, plus on les loue, parce qu'on les respecte moins, et qu'on leur connait plus le besoin d'être loués. On renonce pour eux à ses propres sentiments, aux privilèges de son rang, à sa volonté, à ses mœurs.

Cette complaisance sans bornes est une flatterie d'action, plus séduisante que les éloges les mieux apprêtés. Il y a une autre flatterie plus fine encore, et souvent employée par des hommes sans force de caractère, qui ont des âmes viles et des vues ambitieuses.

C'est la flatterie d'imitation, qui répand dans une cour les vices et les travers de deux ou trois personnes, et les vices et les travers d'une cour sur toute une nation. Les succès de ces différents genres de flatterie en ont fait un art qu'on cultive sous le nom d'art de plaire : il a ses difficultés, tout le monde n'est pas propre à les vaincre ; et on n'y réussit guère, quand on est né pour servir son prince et sa patrie.

Il s'en faut beaucoup que la flatterie ait toujours des motifs de fortune, les hommes en place pour objet, et la cour pour asile. Dans les pays où l'amour des distinctions, sous le nom d'honneur, remue du plus au moins tous les hommes (voyez HONNEUR), les louanges sont l'aliment de l'amour-propre dans tous les ordres et dans tous les états : on y vit de l'opinion des autres ; tout le monde y est inquiet de sa place dans l'estime des hommes, et cette inquiétude augmente en proportion du peu de mérite et de l'excès de la vanité. On y poursuit la louange avec fureur, on l'y sollicite avec bassesse ; elle y est donnée sans ménagement, et reçue sans pudeur. Il y aurait quelquefois de la barbarie à la refuser à des hommes si remplis de leurs prétentions, et si tourmentés de la crainte d'être ridicules, ou de celle d'être ignorés.

Ils veulent paraitre, c'est le désir de tous ; ils veulent couvrir d'un voile brillant leurs défauts ou leur nullité : les louanges leur donnent une apparence passagère dont ils se contentent ; et la constance dans le travail, l'étude de leurs devoirs, l'humanité, ne leur donneraient que du mérite et de la vertu.

La galanterie, ce reste des mœurs de l'ancienne chevalerie, que maintiennent le goût du plaisir et la forme du gouvernement, rend la flatterie indispensable vis-à-vis les femmes ; une adulation continuelle et de feintes soumissions, leur font oublier leur faiblesse, leur dépendance et leurs devoirs : elles leur deviennent nécessaire ; ce n'est que par la flatterie que nous les rendons contentes de nous et d'elles-mêmes, et que nous obtenons leur appui et leurs suffrages. Voyez GALANTERIE.

De cette multitude de besoins de vanité dans une nation légère ; de la nécessité de plaire par les louanges, par la complaisance, par l'imitation ; de la petitesse des uns, de la lâcheté des autres, de la fausseté de tous, résulte une flatterie générale, insupportable au bon sens. Elle apprend à mettre une foule de différences dangereuses entre l'exercice des vertus et le savoir-vivre ; elle est un commerce puéril, dans lequel on rend fidèlement mauvaise foi pour mauvaise foi, et où tout est bon, hors la vérité. Elle a sa langue, ses usages, ses devoirs même, dont on ne peut s'écarter sans danger, et auxquels on ne peut se soumettre sans faiblesse.

Des philosophes qui par leur mérite étaient faits pour corriger, ou du moins pour modérer les travers de leurs concitoyens, ont trop souvent encouragé la flatterie par leur exemple ; et ce n'est que dans ce siècle que les premiers des hommes par leurs lumières ne s'avilissent plus par l'adulation.