subst. masc. (Métaphysique) terme qui se dit des événements, pour marquer qu'ils arrivent sans une cause nécessaire ou prévue. Voyez CAUSE.

Nous sommes portés à attribuer au hazard les choses qui ne sont point produites nécessairement comme effets naturels d'une cause particulière : mais c'est notre ignorance et notre précipitation qui nous font attribuer de la sorte au hazard des effets qui ont aussi-bien que les autres, des causes nécessaires et déterminées.

Quand nous disons qu'une chose arrive par hazard, nous n'entendons autre chose, sinon que la cause nous en est inconnue, et non pas comme quelques personnes l'imaginent mal-à-propos, que le hazard lui-même puisse être la cause de quelque chose. M. Bentley prend occasion de cette observation de faire sentir la folie de l'opinion ancienne que le monde ait été fait par hazard. Ce qui arriva à un peintre, qui ne pouvant représenter l'écume à la bouche d'un cheval qu'il avait peint, jeta de dépit son éponge sur le tableau, et fit par hazard ce dont il n'avait pu venir à bout lorsqu'il en avait le dessein, nous fournit un exemple remarquable du pouvoir du hazard ; cependant il est évident que tout ce qu'on entend ici par le mot de hazard, c'est que le peintre n'avait point prévu cet effet, ou qu'il n'avait point jeté l'éponge dans ce dessein, et non pas qu'il ne fit point alors tout ce qui était nécessaire pour produire l'effet, de façon qu'en faisant attention à la direction dans laquelle il jeta l'éponge, à la force avec laquelle il la lança, ainsi qu'à la forme de l'éponge, à sa gravité spécifique, aux couleurs dont elle était imbibée, à la distance de la main au tableau ; l'on trouverait en calculant bien qu'il était absolument impossible, sans changer les lois de la nature, que l'effet n'arrivât point. Nous en dirions autant de l'univers, si toutes les propriétés de la matière nous étaient bien connues.

On personnifie souvent le hazard, et on le prend pour une espèce d'être chimérique, qu'on conçait comme agissant arbitrairement, et produisant tous les effets dont les causes réelles ne se montre point à nous ; dans ce sens, ce mot est équivalent au grec , ou fortune des anciens. Voyez FORTUNE.

Hazard, marque aussi la manière de décider des choses dont la conduite ou la direction ne peuvent se réduire à des règles ou mesures déterminées, ou dans lesquelles on ne peut point trouver de raison de préférence, comme dans les cartes, les dés, les loteries, etc.

Sur les lois du hazard, ou la proportion du hazard dans les jeux. Voyez JEUX.

M. la Placette observe que l'ancien sort ou hazard avait été institué par Dieu même, et que dans l'ancien Testament nous trouvons plusieurs lois formelles ou commandements exprès qui le prescrivent en certaines occasions ; c'est ce qui fait dire dans l'Ecriture que le sort ou hazard tomba sur S. Matthias, lorsqu'il fut question de remplir la place de Judas dans l'apostolat.

De-là sont venus encore les sortes sanctorum, ou la manière dont les anciens chrétiens se servaient pour conjecturer sur les événements ; savoir d'ouvrir un des livres de l'Ecriture-sainte, et de regarder le premier verset sur lequel ils jetteraient les yeux : les sortes homericae, virgilianae, praenestinae, etc. dont se servaient les Payens, avaient le même objet, et étaient parfaitement semblables à celles-ci. Voyez SORT.

S. Augustin semble approuver cette méthode de déterminer les événements futurs, et il avoue qu'il l'a pratiquée lui-même, se fondant sur cette supposition que Dieu préside au hazard, et sur le verset 33. chapitre xvj. des Proverbes.

Plusieurs théologiens modernes soutiennent que le hazard est dirigé d'une manière particulière par la Providence, et le regardent comme un moyen extraordinaire dont Dieu se sert pour déclarer sa volonté. Voyez PURGATION, JUDICIUM DEI, COMBATS, CHAMPIONS, etc.