Les êtres physiques agissent sur les sens. Les impressions de ces êtres en excitent les perceptions dans l’entendement. L’entendement ne s’occupe de ses perceptions que de trois façons, selon ses trois facultés principales : la mémoire, la raison, l’imagination. Ou l’entendement fait un dénombrement pur et simple de ses perceptions par la mémoire, ou il les examine, les compare et les digère par la raison ; ou il se plait à les imiter et à les contrefaire par l’imagination. D’où résulte une distribution générale de la connaissance humaine qui parait assez bien fondée ; en histoire, qui se rapporte à la mémoire ; en philosophie, qui émane de la raison ; et en poésie, qui nait de l’imagination.




MÉMOIRE, d’où HISTOIRE

L’Histoire est des foits ; et les foits sont ou de Dieu, ou de l’Homme, ou de la Nature. Les faits qui sont de Dieu appartiennent à l’Histoire sacrée, les faits qui sont de l’homme, appartiennent à l’Histoire civile, et les faits qui sont de la nature se rapportent à l’Histoire naturelle.

HISTOIRE
I. Sacrée. II. Civile. III. Naturelle.

I. L’Histoire Sacrée se distribue en Histoire Sacrée ou Ecclésiastique ; l'Histoire des Prophéties, où le récit a précédé l’événement, est une branche de l’Histoire sacrée.

II. L’Histoire Civile, cette branche de l’Histoire Universelle, cujus fidei exempla majorem, vicissitudines rerum, fundamenta prudentiæ civilis, hominum denique nomen et fama commissa sunt, se distribue, suivant ses objets, en Histoire Civile proprement dite, et en Histoire Littéraire.
Les Sciences sont l’ouvrage de la réflexion et de la lumière naturelle des hommes. Le Chancelier Bacon a donc raison de dire dans son admirable Ouvrage : De dignitate et augmento scientiarum, que l’Histoire du Monde, sans l’Histoire des Savants, c’est la statue de Polyphème à qui on a arraché l’œil.
L’Histoire Civile proprement dite peut se subdiviser en mémoires, en antiquités et en histoire complète. S’il est vrai que l’histoire soit la peinture des temps passés, les antiquités en sont des dessins presque toujours endommagés, et l’histoire complète un tableau dont les mémoires sont les études.

III. La distribution de l’Histoire naturelle est donnée par la différence des faits de la nature, et la différence des faits de la nature, par la différence des états de la nature. Ou la nature est uniforme et suit un cours réglé, tel qu’on le remarque généralement dans les corps célestes, les animaux, les végétaux, etc., ou elle semble forcée et dérangée de son cours ordinaire, comme dans les monstres ; ou elle est contrainte et pliée à différents usages, comme dans les arts. La nature fait tout, ou dans son cours ordinaire et réglé, ou dans ses écarts, ou dans son emploi. Uniformité de la nature, première Partie d’histoire naturelle. Erreurs ou écarts de la nature, seconde Partie d’histoire naturelle. Usages de la nature, troisième Partie d’histoire naturelle.
Il est inutile de s’étendre sur les avantages de l’Histoire de la nature uniforme. Mais si l'on nous demande à quoi peut servir l’Histoire de la nature monstrueuse, nous répondrons, à passer des prodiges de ses écarts aux merveilles de l’Art ; à l'égarer encore ou à la remettre dans son chemin ; et surtout à corriger la témérité des Propositions générales, ut axiomatum corrigatur iniquitas.
Quant à l'Histoire de la nature pliée à différents usages, on en pourrait faire une branche de l'histoire civile ; car l'art en général est l'industrie de l'homme appliquée par ses besoins ou par son luxe aux productions de la nature. Quoi qu'il en sait, cette application ne se fait qu'en deux manières : ou en rapprochant, ou en éloignant les corps naturels. L'homme peut quelque chose, ou ne peut rien, selon que le rapprochement ou l'éloignement des corps naturels est ou n'est pas possible.
L'Histoire de la nature uniforme se distribue, suivant ses principaux objets, en histoire céleste, ou des astres, de leurs mouvements, apparences sensibles, etc. ; sans en expliquer la cause par des systèmes, des hypothèses, etc. ; il ne s'agit ici que des phénomènes purs. En Histoire des météores, comme vents, pluies, tempêtes, tonnerres aurores boréales, etc. En Histoire de la terre et de la mer, ou des montagnes, des fleuves, des rivières, des courants, du flux et reflux, des sables, des terres, des forêts, des iles, des figures des continents, etc. En Histoire des minéraux, en Histoire des végétaux et en Histoire des animaux. D'où résulte une Histoire des éléments, de la nature apparente, des effets sensibles, des mouvements, etc., du feu, de l'air, de la terre et de l'eau.
L'Histoire de la nature monstrueuse doit suivre la même division. La nature peut opérer des prodiges dans les cieux, dans les régions de l'air, sur la surface de la terre, dans ses entrailles, au fond des mers, etc., en tout et partout.
L'Histoire de la nature employée est aussi étendue que les différents usages que les hommes font de ses productions dans les arts, les métiers et les manufactures. II n'y a aucun effet de l'industrie de l'homme qu'on ne puisse rappeler à quelque production de la nature. On rappellera au travail et à l'emploi de l'or et de l'argent les arts du monnayeur, du batteur d'or, du fileur d'or, du tireur d'or, du planeur, etc. ; au travail et à l'emploi des pierres précieuses, les arts du lapidaire, du diamantaire, du joaillier, du graveur en pierres fines, etc. ; au travail et à l'emploi du fer, les grosses forges, la serrurerie, la taillanderie, l'armurerie, l'arquebuserie, la coutellerie, etc. ; au travail et à l'emploi du verre, la verrerie, les glaces, l'art du miroitier, du vitrier, etc. ; au travail et à l'emploi des peaux, les arts de chamoiseur, tanneur, peaussier, etc. ; au travail et à l'emploi de la laine et de la soie, son tirage, son moulinage, les arts de drapiers, passementiers, galonniers, boutonniers, ouvriers en velours, satins, damas, étoffes brochées, lustrines, etc. ; au travail et à l'emploi de la terre, la poterie de terre, la faïence, la porcelaine, etc. ; au travail et à l'emploi de la pierre, la partie mécanique de l'architecte, du sculpteur, du stucateur etc. ; au travail et à l'emploi des bois, la menuiserie, la charpenterie, la marqueterie, la tabletterie, etc., et ainsi de toutes les autres matières et de tous les autres arts, qui sont au nombre de plus de deux cent cinquante. On a vu dans le Discours préliminaire comment nous nous sommes proposé de traiter de chacun.
Voilà tout l'historique de la connaissance humaine ; ce qu'il en faut rapporter à la mémoire, et ce qui doit être la matière première du philosophe.


RAISON, d'où PHILOSOPHIE

La philosophie, ou la portion de la connaissance humaine qu'il faut rapporter à la raison, est très-étendue. Il n'est presque aucun objet aperçu par les sens dont la réflexion n'ait fait une science. Mais dans la multitude de ces objets, il y en a quelques-uns qui se font remarquer par leur importance, quibus abscinditur infinitum, et auxquels on peut rapporter toutes les sciences. Ces chefs sont Dieu, à la connaissance duquel l'homme s'est élevé par la réflexion sur l'histoire naturelle et sur l'histoire sacrée : l'Homme, qui est sur de son existence par conscience en sens interne ; la Nature, dont l'homme a appris l'histoire par l'usage des sens extérieurs. Dieu, l'homme et la nature nous fourniront donc une distribution générale de la philosophie ou de la science (car ces mots sont synonymes) ; et la philosophie ou science sera science de Dieu, science de l'homme et science de la nature.

PHILOSOPHIE OU SCIENCE
I. Science de Dieu. II. Science de l'Homme. III. Science de la Nature

I. SCIENCE DE DIEU.
Le progrès naturel de l'esprit humain est de s'élever des individus aux espèces, des espèces aux genres, des genres prochains aux genres éloignés, et de former à chaque pas une science ; ou du moins d'ajouter une branche nouvelle à quelque science déjà formée, ainsi la notion d'une intelligence incréée, infinie, etc., que nous rencontrons dans la Nature, et que l'Histoire sacrée nous annonce ; et celle d'une intelligence créée, finie et unie à un corps que nous apercevons dans l'homme, et que nous supposons dans la brute, nous ont conduits à la notion d'une intelligence créée, finie, qui n'aurait point de corps ; et de là, à la notion générale de l'esprit. De plus les propriétés générales des êtres, tant spirituels que corporels, étant l'existence, la possibilité, la durée, la substance, l'attribut, etc., on a examiné ces propriétés, et on a formé l'Ontologie, ou Science de l'être en général. Nous avons donc eu dans un ordre renversé, d'abord l'Ontologie ; ensuite la Science de l'esprit, ou la Pneumatologie, on ce qu'on appelle communément Métaphysique particulière ; et cette science est distribuée en Science de Dieu, ou Théologie naturelle qu'il a plu à Dieu de rectifier et de sanctifier par la Révélation, d'où Religion et Théologie proprement dite ; d'où, par abus, Superstition. En doctrine des esprits bien et malfaisants, ou des Anges et des Démons ; d'où Divination, et la chimère de la Magie noire. En Science de l'Âme qu'on a subdivisée en Science de l'Âme raisonnable qui conçoit, et en Science de l'Âme sensitive, qui se borne aux sensations.

II. SCIENCE DE L'HOMME.
La distribution de la science de l'homme nous est donnée par celle de ses facultés. Les facultés principales de l'homme sont l'entendement et la volonté ; l'entendement, qu'il faut diriger à la vérité ; la volonté, qu'il faut plier à la vertu. L'un est le but de la Logique ; l'autre est celui de la Morale.
LA LOGIQUE peut se distribuer en Art de penser, en Art de retenir ses pensées, et en Art de les communiquer. L'Art de penser a autant de branches que l'entendement a d'opérations principales. Mais on distingue dans l'entendement quatre opérations principales : l'appréhension, le jugement, le raisonnement et la méthode. On peut rapporter à l'appréhension la doctrine des idées ou perceptions ; au jugement, celle des propositions ; au raisonnement et à la méthode, celle de l'induction et de la démonstration. Mais dans la démonstration, ou l'on remonte de la chose à démontrer aux premiers principes ou l'on descend des premiers principes à la chose à démontrer d'où naissent l'analyse et la synthèse.
L'Art de retenir a deux branches : la Science de la mémoire même et la Science des suppléments de la mémoire. La mémoire, que nous avons considérée d'abord comme une faculté purement passive, et que nous considérons ici comme une puissance active que la raison peut perfectionner, est ou naturelle, ou artificielle. La mémoire naturelle est une affection des organes ; l'artificielle consiste dans la prénotion et dans l'emblème ; la prénotion sans laquelle rien en particulier n'est présent à l'esprit ; l'emblème par lequel l'imagination est appelée au secours de la mémoire.
Les représentations artificielles sont le supplément de la mémoire. L'écriture est une de ces représentations ; mais on se sert en écrivant, ou des caractères courants, ou de caractères particuliers. On appelle la collection des premiers l'alphabet ; les autres se nomment chiffres : d'où naissent les arts de lire, d'écrire, de déchiffrer, et la science de l'Orthographe. L'Art de transmettre se distribue en science de l'instrument du Discours et en science des qualités du Discours. La science de l'instrument du Discours s'appelle Grammaire. La science des qualités du Discours, Rhétorique.
La Grammaire se distribue en science des signes, de la prononciation, de la construction et de la syntaxe. Les signes sont les sons articulés ; la Prononciation ou Prosodie, l'art de les articuler ; la Syntaxe, l'art de les appliquer aux différentes vues de l'esprit, et la Construction, la connaissance de l'ordre qu'ils doivent avoir dans le discours, fondé sur l'usage et sur la réflexion. Mais il y a d'antres signes de la pensée que les sons articulés ; savoir, le Geste et les Caractères. Les Caractères sont ou idéaux, ou hiéroglyphiques, ou héraldiques. Idéaux, tels que ceux des Indiens qui marquent chacun une idée, et qu'il faut par conséquent multiplier autant qu'il y a d'êtres réels. Hiéroglyphiques, qui sont l'écriture du monde dans son enfance. Héraldiques, qui forment ce que nous appelons la science du Blason.
C'est aussi à l'Art de transmettre qu'il faut rapporter la Critique, la Pédagogique et la Philologie. La Critique, qui restitue dans les auteurs les endroits corrompus, donne des éditions, etc. La Pédagogique, qui traite du choix des études et de la manière d'enseigner. La Philologie, qui s'occupe de la connaissance de la littérature universelle.
C'est à l'Art d'embellir le Discours qu'il faut rapporter la Versification, ou la Mécanique de la poésie. Nous omettrons la distribution de la Rhétorique dans ses différentes parties, parce qu'il n'en découle ni science ni art, si ce n'est peut-être la Pantomime, du geste, et, du geste et de la voix, la Déclamation.
LA MORALE, dont nous avons fait la seconde partie de la Science de l'homme, est ou générale ou particulière. Celle-ci se distribue en Jurisprudence naturelle, Économique et Politique. La Jurisprudence naturelle est la science des devoirs de l'homme seul ; l'Économique, la science des devoirs de l'homme en famille ; la Politique, celle de devoirs de l'homme en société. Mais la Morale serait incomplète, si ces traités n'étaient précédés de celui de la réalité du bien et du mal moral ; de la nécessité de remplir ses devoirs, d'être bon, juste, vertueux, etc., c'est l'objet de la Morale générale.
Si l'un considère que les sociétés ne sont pas moins obligées d'être vertueuses que les particuliers, on verra naitre les devoirs des sociétés, qu'on pourrait appeler Jurisprudence naturelle d'une société ; Économique d'une société ; Commerce intérieur, extérieur, de terre et de mer ; et Politique d'une société.

III. SCIENCE DE LA NATURE
Nous distribuerons la science de la nature en Physique et Mathématique. Nous tenons encore cette distribution de la réflexion et de notre penchant à généraliser. Nous avons pris par les sens la connaissance des individus réels : soleil, lune, Sirius, etc. Astres ; air, feu, terre, eau, etc. Éléments ; pluies, neiges, grêles, tonnerres, etc. Météores ; et ainsi du reste de l'Histoire naturelle. Nous avons pris en même temps la connaissance des abstraits : couleur, son, saveur, odeur, densité, rareté, chaleur, froid, mollesse, dureté, fluidité, solidité, raideur, élasticité, pesanteur, légèreté, etc. ; figure, distance, mouvement, repos, durée, étendue, quantité, impénétrabilité.
Nous avons vu par la réflexion que de ces abstraits, les uns convenaient à tous les individus corporels, comme étendue, mouvement, impénétrabilité, etc. Nous en avons fait l'objet de la Physique générale, ou métaphysique des corps ; et ces mêmes propriétés considérées dans chaque individu en particulier, avec les variétés qui les distinguent, comme la dureté, le ressort, la fluidité, etc., font l'objet de la Physique particulière.
Une autre propriété plus générale des corps, et que supposent toutes les autres, savoir la quantité, a formé l'objet des Mathématiques. On appelle quantité ou grandeur tout ce qui peut être augmenté et diminué.
La quantité, objet des Mathématiques, pouvait être considérée, ou seule et indépendamment des individus réels et des individus abstraits dont on en tenait la connaissance ; ou dans ces individus réels et abstraits ; ou dans leurs effets recherchés d'après des causes réelles ou supposées ; et cette seconde vue de la réflexion a distribué les Mathématiques en Mathématiques pures, Mathématiques mixtes, Physico-mathématiques.
La quantité abstraite, objet des Mathématiques pures, est ou nombrable, ou étendue. La quantité abstraite nombrable est devenue l'objet de l'Arithmétique ; et la quantité abstraite étendue, celui de la Géométrie.
L'Arithmétique se distribue en Arithmétique numérique ou par chiffres, et en Algèbre ou Arithmétique universelle par lettres, qui n'est autre chose que le calcul des grandeurs en général, et dont les opérations ne sont proprement que des opérations arithmétiques indiquées d'une manière abrégée : car, à parler exactement, il n'y a calcul que de nombres.
L'Algèbre est élémentaire ou infinitésimale, selon la nature des quantités auxquelles on l'applique. L'infinitésimale est ou différentielle ou intégrale : différentielle, quand il s'agit de descendre de l'expression d'une quantité finie, ou considérée comme telle, à l'expression de son accroissement, ou de sa diminution instantanée ; intégrale, quand il s'agit de remonter de cette expression à la quantité finie même.
La Géométrie, ou a pour objet primitif les propriétés du cercle et de la ligne droite, ou embrasse dans ses spéculations toutes sortes de courbes : ce qui la distribue en élémentaire et en transcendante.
Les Mathématiques mixtes ont autant de divisions et de subdivisions qu'il y a d'être réels dans lesquels la quantité peut être considérée. La quantité considérée dans les corps en tant que mobiles, ou tendant à se mouvoir, est l'objet de la Mécanique. La Mécanique a deux branches, la Statique et la Dynamique. La Statique a pour objet la quantité considérée dans les corps en équilibre, et tendant seulement à se mouvoir. La Dynamique a pour objet la quantité considérée dans les corps actuellement mus. La Statique et la Dynamique ont chacune deux parties. La Statique se distribue en Statique proprement dite, qui a pour objet la quantité considérée dans les corps solides en équilibre, et tendant seulement à se mouvoir ; et en Hydrostatique, qui a pour objet la quantité considérée dans les corps fluides en équilibre, et tendant seulement à se mouvoir. La Dynamique se distribue en Dynamique proprement dite, qui a pour objet la quantité considérée dans les corps solides actuellement mus, et en Hydrodynamique, qui a pour objet la quantité considérée dans les corps fluides actuellement mus. Mais si l'on considère la quantité dans les eaux actuellement mues, l'Hydrodynamique prend alors le nom d'Hydraulique. On pourrait rapporter la Navigation à l'Hydrodynamique, et la Balistique ou le jet des Bombes à la Mécanique.
La quantité considérée dans les mouvements des corps célestes donne l'Astronomie géométrique ; d'où la Cosmographie ou Description de l'univers, qui se divise en Uranographie ou Description du ciel ; en Hydrographie ou Description des eaux ; et en Géographie ; d'où encore la Chronologie, et la Gnomonique ou l'Art de construire des cadrants.
La quantité considérée dans la lumière donne l'Optique. Et la quantité considérée dans le mouvement de la lumière, les différentes branches d'Optique. Lumière mue en ligne directe, Optique proprement dite ; lumière réfléchie dans un seul et même milieu, Catoptrique ; lumière rompue en passant d'un milieu dans un autre, Dioptrique. C'est à l'Optique qu'il faut rapporter la Perspective.
La quantité considérée dans le son, dans sa véhémence, son mouvement, ses degrés, ses réflexions, sa vitesse, etc., donne l'Acoustique.
La quantité considérée dans l'air, sa pesanteur, son mouvement, sa condensation, raréfaction, etc., donne la Pneumatique.
La quantité considérée dans la possibilité des événements donne l'Art de conjecturer, d'où nait l'Analyse des jeux de hasard.
L'objet des sciences mathématiques étant purement intellectuel, il ne faut pas s'étonner de l'exactitude de ses divisions. La Physique particulière doit suivre la même distribution que l'Histoire naturelle. De l'Histoire, prise par les sens, des astres, de leurs mouvements, apparences sensibles, etc., la réflexion a passé à la recherche de leur origine, des causes de leurs phénomènes, etc., et a produit la science qu'on appelle Astronomie physique, à laquelle il faut rapporter la science de leurs influences, qu'on nomme Astrologie ; d'où l'Astrologie physique, et la chimère de l'Astrologie judiciaire. De l'Histoire, prise par les sens, des vents, des pluies, grêles, tonnerres, etc., la réflexion a passé à la recherche de leur origine, causes, effets, etc., et a produit la science qu'on appelle Météorologie.
De l'Histoire, prise par les sens, de la mer, de la terre, des fleuves, des rivières, des montagnes, des flux et reflux, etc., la réflexion a passé à la recherche de leurs causes, origine, etc., et a donné lieu à la Cosmologie ou Science de l'univers, qui se distribue en Uranologie ou Science du ciel, en Aérologie ou Science de l'air, en Géologie ou Science des continents, et en Hydrologie ou Science des eaux. De l'Histoire des mines, prise par les sens, la réflexion a passé à la recherche de leur formation, travail, etc., et a donné lieu à la science qu'on nomme Minéralogie. De l'Histoire des plantes, prise par les sens, la réflexion a passé à la recherche de leur économie, propagation, culture, végétation, etc., et a engendré la Botanique, dont l'Agriculture et le Jardinage sont deux branches.
De l'Histoire des animaux, prise par les sens, la réflexion a passé à la recherche de leur conservation, propagation, usage, organisation, etc., et a produit la science qu'on nomme Zoologie ; d'où sont émanés la Médecine, la Vétérinaire et le Manège, la Chasse, la Pêche et la Fauconnerie, l'Anatomie simple et comparée. La Médecine (suivant la division de Boerhaave) ou s'occupe de l'économie du corps humain et raisonne son anatomie, d'où nait la Physiologie : ou s'occupe de la manière de le garantir des maladies, et s'appelle Hygiène : ou considère le corps malade et traite des causes, des différences et des symptômes des maladies, et s'appelle Pathologie ou a pour objet les signes de la vie, de la santé et des maladies, leur diagnostic et prognostic, et prend le nom de Séméiotique ; ou enseigne l'art de guérir, et se subdivise en Diète, Pharmacie, et Chirurgie, les trois branches de la Thérapeutique.
L'Hygiène peut se considérer relativement à la santé du corps, à sa beauté et à ses forces ; et se subdiviser en Hygiène proprement dite, en Cosmétique et en Athlétique. La Cosmétique donnera l'Orthopédie, ou l'Art de procurer aux membres une belle conformation ; et l'Athlétique donnera la Gymnastique ou l'Art de les exercer.
De la connaissance expérimentale ou de l'Histoire, prise par les sens, des qualités extérieures, sensibles, apparentes, etc., des corps naturels, la réflexion nous a conduit à la recherche artificielle de leurs propriétés intérieures et occultes ; et cet art s'est appelé Chimie. La Chimie est imitatrice et rivale de la nature ; son objet est presque aussi étendu que celui de la nature même ou elle décompose les êtres ; ou elle les revivifie ; ou elle les transforme, etc. La Chimie a donné naissance à l'Alchimie et à la Magie naturelle. La Métallurgie, ou l'Art de traiter les métaux en grand, est une branche importante de la Chimie. On peut encore rapporter à cet art la Teinture.
La nature a ses écarts, et la raison ses abus. Nous avons rapporté les monstres aux écarts de la nature ; et c'est à l'abus de la raison qu'il faut rapporter toutes les sciences et tous les arts qui ne montrent que l'avidité, la mécanceté, la superstition de l'homme, et qui le déshonorent.
Voilà tout le philosophique de la connaissance humaine, et ce qu'il en faut rapporter à la raison.


IMAGINATION, d'où POÉSIE

L'Histoire a pour objet les individus réellement existants, ou qui ont existé, et la Poésie, les individus imaginés à l'imitation des êtres historiques. Il ne serait donc pas étonnant que la Poésie suivit une des distributions de l'Histoire. Mais les différents genres de Poésie et la différence de ses sujets nous en offrent deux distributions très-naturelles. Ou le sujet d'un Poème est sacré, ou il est profane : ou le Poète raconte des choses passées, ou il les rend présentes, en les mettant en action ; ou il donne du corps à des êtres abstraits et intellectuels. La première de ces Poésies sera Narrative ; la seconde, Dramatique ; la troisième, Parabolique. Le Poème épique, le Madrigal, l'Épigramme, etc., sont ordinairement de Poésie narrative. La Tragédie, la Comédie, l'Opéra, l'Églogue, etc., de Poésie dramatique, et les Allégories, etc., de Poésie parabolique.

POÉSIE.
I. NARRATIVE. - II. DRAMATIQUE. - III. PARABOLIQUE.
Nous n'entendons ici par Poésie que ce qui est fiction. Comme il peut y avoir versification sans poésie et poésie sans versification, nous avons cru devoir regarder la Versification comme une qualité du style, et la renvoyer à l'art oratoire. En revanche, nous rapporterons l'Architecture, la Musique, la Peinture, la Sculpture, la Gravure, etc., à la Poésie ; car il n'est pas moins vrai de dire du Peintre qu'il est un Poète, que du Poète qu'il est un Peintre ; et du Sculpteur ou Graveur, qu'il est un Peintre en relief ou en creux, que du Musicien qu'il est un Peintre par les sons. Le Poète, le Musicien, le Peintre, le Sculpteur, lu Graveur, etc., imitent ou contrefont la Nature ; mais l'un emploie le discours ; l'autre, les couleurs ; le troisième, le marbre, l'airain ; etc., et le dernier, l'instrument ou la voix. La Musique est Théorique ou Pratique : Instrumentale ou Vocale. À l'égard de l'Architecte, il n'imite la Nature qu'imparfaitement par la symétrie de ses Ouvrages. La Poésie a ses monstres comme la Nature ; il faut mettre de ce nombre toutes les productions de l'imagination déréglée, et il peut y avoir de ces productions en tous genres.
Voilà toute la partie poétique de la connaissance humaine, ce qu'on en peut rapporter à l'Imagination, et la fin de notre Distribution généalogique (ou si l'on veut Mappemonde) des sciences et des arts, que nous craindrions peut-être d'avoir trop détaillée, s'il n'était de la dernière importance de bien connaitre nous-mêmes, et d'exposer clairement aux autres, l'objet d'une Encyclopédie.
Mais une considération que nous ne pouvons trop rappeler, c'est que le nombre des systèmes possibles de la connaissance humaine est aussi grand que le nombre des esprits, et qu'il n'y a certainement que le système qui existe dans l'entendement divin d'où l'arbitraire soit exclu. Nous avons rapporté les architectures civile, navale et militaire à leur origine ; mais on pouvait également bien les rapporter à la partie des mathématiques qui traite de leurs principes ; peut-être même à la branche de l'histoire naturelle qui embrasse tous les usages des productions de la nature ; ou renvoyer la pyrotechnie à la chimie ; ou associer l'architecture à la peinture, à la sculpture, etc. Cette distribution eut été plus ordinaire ; mais le chancelier Bacon n'a pas cru que ce fût une raison pour la suivre ; et nous ['avons imité dans cette occasion et dans beaucoup d'autres, toutes les fais, en un mot, que l'histoire ne nous instruisant point de la naissance d'une science ou d'un art, elle nous laissait la liberté de nous en rapporter à des conjectures philosophiques. Il y a sans doute un système de la connaissance humaine, qui est le plus clair, le mieux lié et le plus méthodique ; l'avons-nous rencontré ? c'est ce que nous n'avons pas la présomption de croire. Aussi nous demanderons seulement qu'avant que de rien décider de celui que nous avons préféré, on se donne la peine de l'examiner et de l'entendre. L'objet est ici d'une telle étendue, que nous serions en droit de récuser pour juges ceux qui se croiraient suffisamment instruits par un coup d'œil jeté rapidement ou sur la figure de notre système, ou sur l'exposition que nous venons d'en faire. Au reste, nous avons mieux aimé ajouter à notre projet ces deux morceaux qui forment un tableau sur lequel le lecteur est en état de connaitre l'ordonnance de l'ouvrage entier, que de lui communiquer des articles qui ne lui auraient donné qu'une idée très-imparfaite de quelques-unes de ses parties. Si l'on nous objecte que l'ordre alphabétique détruira la liaison de notre système de la connaissance humaine, nous répondrons que cette liaison consistant moins dans l'arrangement des matières que dans les rapports qu'elles ont entre elles, rien ne peut l'anéantir, et que nous aurons soin de la rendre sensible par la disposition des matières dans chaque article et par l'exactitude et la fréquence des renvois.